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Parce que nous demeurons en lui. 3

Lui-mme nous y appelle. 4

Comme celui qui sert. 6

Notre Tte. 7

En souffrant injustement. 9

Crucifi avec lui. 11

Dans son abngation. 13

Dans te sacrifice de lui-mme. 14

En n'tant pas du monde. 16

Dans sa mission divine. 18

L'lu de Dieu. 19

En faisant la volont de Dieu. 21

Dans sa piti. 22

Un avec le Pre. 24

Dans sa dpendance du Pre. 25

Dans son amour. 27

Dans la prire. 28

Dans son recours aux critures. 30

En pardonnant. 32

En le contemplant. 33

Dans son humilit. 35

Semblable lui dans sa mort 37

Dans sa rsurrection. 39

Conforme lui dans sa mort. 41

Donnant sa vie pour les hommes. 42

Dans sa douceur. 44

Demeurant dans l'amour de Dieu. 46

Conduit par l'Esprit. 48

Vivant par le Pre. 49

En glorifiant le Pre. 51

Dans sa gloire. 53

DE LA NCESSIT , DE PRCHER CHRIST COMME NOTRE MODLE.. 54

PREMIER JOUR

COMME CHRIST

Parce que nous demeurons en lui.

Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit aussi marcher comme il a march lui-mme. 1 Jean 2 : 6.

Demeurer en Christ et marcher comme Christ: voil les deux grces qui nous sont prsentes ici dans leur intime union. Le fruit d'une vie en Christ est une vie semblable celle de Christ.

La premire de ces deux paroles : demeurer en Christ, ne nous est pas nouvelle. L'admirable parabole du cep et des sarments accompagne de ce commandement : Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous (Jean 15 : 4), nous a souvent t une source d'instruction, et de force ; et quoique nous n'ayons que bien imparfaitement appris demeurer en Christ, nous avons pourtant got dj quelque chose de la joie donne toute me qui peut dire : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je demeure en toi ! Et Jsus aussi sait combien de fois s'adresse encore lui cette prire : Seigneur, donne-moi de demeurer en toi compltement et sans interruption !

Cette autre parole : marcher comme Christ n'a pas moins d'importance que la premire. Elle nous est une promesse de la puissance merveilleuse que doit produire en nous le fait de demeurer en Christ. C'est l le fruit de notre entier abandon au Seigneur. Sa vie opre alors si puissamment en nous, que notre marcher c'est--dire l'expression extrieure de notre vie intrieur en devient semblable la sienne. L'une et l'autre de ces vrits sont insparablement lies. Toujours il faut commencer par demeurer en Christ pour pouvoir marcher comme lui, quoique marcher comme Lui soit le but qui nous engage demeurer en lui et qui nous en fait pleinement sentir le besoin; alors seulement le Seigneur a toute libert de nous accorder la plnitude de sa grce, parce qu'il voit que l'me est prpare en user selon sa destination. Plus d'un croyant dcouvrira l pourquoi il n'a pas russi demeurer en Christ ; il comprendra que c'est parce que son but n'tait pas de marcher comme Christ. Les paroles de Jean nous engagent considrer ces deux vrits dans leur rapport vital et leur dpendance l'une de l'autre.

La premire chose qu'elles nous enseignent est que celui qui cherche demeurer en Christ doit ncessairement marcher comme Christ a march lui-mme. Chacun sait que le sarment porte un fruit de lespce du cep auquel il appartient. La vie du cep et celle du sarment sont si bien une mme vie, que le produit de cette vie ne peut en diffrer. Quand le Seigneur Jsus nous a rachets par son sang et qu'il nous a prsents au Pre revtus de sa justice, il ne nous a pas laisss notre ancienne nature pour servir Dieu de notre mieux. Non, en lui rside la vie ternelle, la vie sainte et divine du ciel, et tous ceux qui demeurent en lui, reoivent de lui cette mme vie ternelle avec toute sa puissance sainte et divine. De l, rien de plus naturel que d'attendre de tout homme qui demeure en Christ et reoit sa vie, qui marche aussi comme Christ a march lui-mme. Cette vie de Dieu dans notre me n'agit pourtant pas comme une force aveugle qui nous ferait marcher comme Christ involontairement et notre insu. Nous ne pouvons au contraire marcher avec Christ qu'en vertu de notre libre choix, quaprs lavoir voulu, dsir et cherch. C'est pour cela que notre Pre cleste nous a montr par la vie terrestre de Jsus ce que peut tre ici-bas la vie du ciel quand elle est soumise aux conditions et aux circonstances terrestres de ntre vie humaine. C'est pour cela aussi que notre Seigneur Jsus, en nous communiquant sa vie et en nous invitant demeurer en lui, nous donne pour modle sa propre vie sur la terre, et nous rappelle que c'est pour nous faire marcher comme lui qu'il nous communique cette vie nouvelle. Comme moi, de mme vous aussi . Dans cette parole du Matre se rsume toute sa vie terrestre ; elle en fait tout naturellement notre rgle de conduite. Si nous demeurons en Jsus, nous ne pourrons pas agir autrement que Lui. Comme Christ nous donne donc en deux mots la rgle de la vie du chrtien. Il doit penser, parler et agir comme Jsus la fait. Ce que Jsus a t, il doit l'tre aussi.

La seconde leon retirer des deux vrits qui font le sujet de notre tude, complte la premire : Celui qui dsire marcher comme Christ, doit demeurer en lui.

Il importe de bien comprendre ceci pour pouvoir suivre lexemple de Christ. Quelques croyants font de serieux efforts pour y parvenir , mais ils ne comprennent pas quil est impossible de ressembler Christ sans demeurer en Lu ; ils chouent donc dans leurs tentatives parce qu'ils cherchent obir sans en avoir la force, c'est--dire sans possder la vie en Christ. Chez d'autres on trouve l'erreur oppose : connaissant leur propre faiblesse, ils dclarent quil est impossible de marcher comme Christ. Soit les uns, soit les autres doivent apprendre que pour marcher comme Christ, il faut demeurer en Lui et que celui qui demeure en Lui a le pouvoir de marcher comme Lui, non de lui-mme, non par ses propres efforts, mais en Jsus dont la force s'accomplit dans la faiblesse . (2 Cor. 12: 9)- C'est prcisment quand je sens le mieux mon incapacit absolue et que j'accepte entirement Jsus et sa vie, que sa puissance opre en moi et qu'alors je puis tre dans ma vie bien au del de ce que je serais par mes propres forces. Je vois alors que demeurer en Christ n'est pas seulement une grce de courte dure ou qui ne me serait accorde que de temps en temps, mais que j'ai l une source abondante de vie, d'o je puis continuellement et sans interruption, tirer toute ma vie chrtienne. J'ose donc prendre rellement Christ pour mon modle en toutes choses, puisque j'ai la certitude que cette communion de vie avec lui amnera toute ma conduite ressembler la sienne.

Cher lecteur! Si Dieu nous fait la grce, dans le cours de ces mditations, de bien saisir le sens de ce qu'il nous dit par ce texte, de bien comprendre ce qu'est une vie vraiment conforme celle de Christ, nous nous trouverons plus d'une fois en prsence de cimes et de profondeurs qui nous obligeront nous crier : comment ces choses peuvent-elles se faire ? Quand le Saint-Esprit nous aura rvl la cleste perfection de l'humanit de notre Seigneur, comme tant l'image du Dieu invisible (Col. 1:15) et qu'il nous aura dit Comme  oui  Comme lui-mme a march, vous devez"aussi marcher , nous sentirons aussitt a quelle distance nous sommes de lui. Nous serons mme sur le point de dsesprer et de nous crier avec tant d'autres : Inutile d'essayer! Jamais je ne pourrai marcher comme Jsus! Mais alors voici ce qui sera notre force : Celui qui demeure en lui doit et peut marcher comme il a march lui-mme . La parole du Matre prenant un sens nouveau, Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits . (Jean 15 : 5), nous sera la promesse d'une force suffisante. Demeurez donc en lui, frre! Tout croyant est en Christ, mais chacun ne demeure pas en lui, ne s abandonne pas lui volontairement, joyeusement, entirement et avec pleine confiance. Vous savez ce que signifie demeurer en Christ . C'est consentir de toute notre me ce que Jsus soit notre vie, cest compter sur Lui pour nous inspirer tout ce qui compose notre vie. C'est lui remettre absolument toutes choses pour que lui-mme dirige et fasse toutes choses en nous. Cest le repos qui rsulte de la pleine assurance qu' chaque instant, il opre en nous tout ce que nous devons tre, et qu'ainsi lui-mme nous fait persvrer dans cet entier renoncement qui lui laisse la libert daccomplir en nous sa volont. Que tous ceux donc qui veulent marcher avec Christ, reprennent courage la pense de ce qu'il est pour eux et de ce quIl fera en eux sils se confient en Lui. C'est lui qui est  le vrai Cep . Aucun cep ne fit jamais pour ses sarments tout ce que Jsus veut faire pour nous. Nous n'avons pour cela qu' consentir tre des sarments. Honorez-le donc de votre joyeuse confiance, considrez-le avec adoration comme le vrai Cep qui vous soutient par sa force toute-puissante et qui vous nourrit de sa plnitude infinie. Ds que votre foi regardera ainsi Lui, plus de soupirs, plus de chutes, mais l'accent de l louange, mais l'action de grces de la foi. Grces Dieu, celui qui demeure en lui, marche rellement comme il a march lui-mme. Grces Dieu, je demeure en lui, je marche donc comme il a march ! Oui, grces Dieu, dans la vie du rachet ces deux choses sont insparables : demeurer en Christ et marcher comme Christ.

Tu sais, mon Sauveur, que souvent je t'ai dit : Je demeure en toi ! Et pourtant souvent encore je manque de la joie et de la force qui se trouvent en toi. Ta parole me rappelle aujourd'hui quelle en est la raison. Je cherchais demeurer en toi pour ma propre jouissance, plutt que pour ta gloire. Je n'avais pas encore bien saisi que le but de mon union avec toi devait tre ma parfaite conformit avec toi, et que celui-l seulement, qui se consacre obir au Pre et le servir aussi compltement que tu l'as fait, peut recevoir pleinement tout ce que l'amour divin veut faire pour lui. J'en entrevois quelque chose prsent. La volont de renoncer moi-mme pour vivre et pour travailler comme toi, doit prcder l'exprience de la puissance merveilleuse de ta vie en moi. Seigneur, je te rends grces de me l'avoir fait dcouvrir. De tout mon cur je voudrais rpondre ton appel et marcher en toutes choses comme tu as march. Que l'unique dsir de mon cur soit de te suivre en tout ce que tu as t, en tout ce que tu as fait sur la terre. Seigneur ! celui qui veut sincrement marcher comme tu as march, recevra la grce de demeurer en toi. O mon Dieu, me voici pour marcher comme Christ! C'est pour cela que je me consacre toi, que je veux demeurer en Christ! Et pour le pouvoir, je me confie en toi avec la pleine assurance de la foi. Daigne perfectionner en moi ton uvre !

Chaque fois que je mditerai sur le sens de ces mots : marcher comme Christ , veuille ton Saint-Esprit me faire comprendre qu'aussitt que je demeure en Christ, je possde par l mme la force de marcher comme Christ. Amen.

DEUXIME JOUR

COMME CHRIST

Lui-mme nous y appelle.

Je vous ai donn un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. Jean 13 : 15.

C'est Jsus-Christ, le Rdempteur de notre me, qui parle ainsi. Il venait de s'abaisser faire le service d'un esclave, il venait de laver les pieds de ses disciples. Par l, dans sa charit, il avait rendu au corps le service voulu pour que chacun d'eux pt prendre place la table du souper. Par l il avait aussi symbolis son uvre de purification pour l'me. Par l, il avait rsum, la veille de les quitter, toute l'uvre de sa vie, tout ce qu'avait t son ministre et pour le corps et pour l'me. Puis en se remettant table il leur dit : Je vous ai donn un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait . Tout ce qu'ils lui ont vu faire, tout ce qu'ils ont reu de lui, devient ainsi la rgle de leur vie : comme je vous ai fait, faites-le, vous aussi.

Cette parole de notre adorable Sauveur s'adresse nous. A chacun de ceux qui se savent lavs par Jsus, s'adresse ce mme commandement, d'autant plus impressif et plus touchant qu'il est une des dernires paroles de celui qui allait mourir pour nous. Faites comme je vous ai fait. Jsus-Christ demande rellement chacun de nous de l'imiter. Ce qu'il a fait pour nous, ce qu'il fait encore chaque jour pour nous, nous devons le faire aux autres. Son amour plein de support, de pardon et du dsir de sauver les hommes est notre modle, et chacun de nous doit tre la fidle image du Matre.

Aussitt nous prouvons ce regret : Hlas! que j'ai peu vcu ainsi! Que j'ai mme peu compris que je devais vivre ainsi ! Et pourtant Jsus est mon Seigneur et mon Dieu, il m'aime et je l'aime. Je ne puis donc admettre la pense de vivre autrement qu'il ne l'attend de moi. Que puis-je faire, sinon ouvrir mon cur sa parole, et regarder lui comme mon modle, jusqu' ce que sa puissance divine m'amne m'crier : Seigneur, je veux, moi aussi, faire ce que tu as fait!

La puissance de l'exemple dpend soit de l'attrait mme de cet exemple, soit de l'influence individuelle de celui qui donne l'exemple. De quelle puissance est ici l'exemple de notre Seigneur ! Et pourtant y a-t-il vraiment un si grand attrait dans l'exemple de notre Seigneur? Je le demande srieusement, parce qu' en juger par la conduite d'un grand nombre de ses disciples, on pourrait croire que non. Oh ! veuille le Saint-Esprit nous ouvrir les yeux et nous faire voir toute la cleste beaut du Fils de Dieu!

Nous savons qui est le Seigneur Jsus. Il est le Fils du Dieu de gloire, il est un avec le Pre, soit par sa nature mme, soit par sa gloire et sa perfection. Quand il tait sur la terre, on pouvait dire de lui : Nous vous annonons la vie ternelle qui tait avec le Pre et qui s'est manifeste nous . (1 Jean 1:2). En lui, nous voyons Dieu. En lui, nous voyons comment Dieu agirait notre place sur la terre. En lui, tout ce qui est beau, aimable et parfait dans le monde cleste nous est rvl dans l'exemple d'une vie terrestre. Si nous voulons savoir ce qui est noble et glorieux dans le ciel, si nous voulons voir ce qui est rellement divin, nous n'avons qu' contempler Jsus, car dans tout ce qu'il fait se rvle la gloire de Dieu.

Mais quel aveuglement chez les enfants de Dieu ! Pour plusieurs d'entre eux, cette beaut cleste n'a aucun attrait : Il n'y a rien en lui le voir qui le leur fasse dsirer . (Esa. 53 : 2).

L'influence d'un roi de la terre et de sa cour se fait sentir dans tout son royaume. Tous ceux qui appartiennent la noblesse et aux classes leves s'empressent d'imiter l'exemple donn en si haut lieu, mais pour l'exemple du roi des cieux qui est venu habiter un corps de chair et nous enseigner vivre ici-bas d'une vie divine, hlas, qu'il trouve peu d'imitateurs! Quand nous considrons Jsus, son obissance la volont du Pre, son abaissement jusqu' se faire le serviteur de tous, son amour allant jusqu'au plus entier dvouement, jusqu'au, sacrifice de lui-mme, nous voyons l ce que le ciel a de plus merveilleux, de plus glorieux nous montrer. Dans le ciel mme nous ne verrons rien de plus grand, de plus resplendissant. Un exemple aussi attrayant ne devrait-il pas nous engager le suivre? N'y a-t-l pas l de quoi mouvoir sainte jalousie tout ce qui a vie en nous, et nous faire accueillir avec joie cette parole de Jsus : Je vous ai donn un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait !

Ce n'est pas tout. La force de l'exemple ne dpend pas seulement de son excellence intrinsque, mais aussi des rapports personnels qui s'tablissent entre celui qui le donne et celui qui le reoit. Jsus n'avait pas lav les pieds d'autres devant ses disciples. C'est aprs leur avoir lav les pieds eux-mmes qu'il dit: Comme je vous ai fait, vous devez aussi faire de mme . C'est donc la certitude d'tre en relation directe avec Christ qui m'impose l'obligation de faire ce qu'il a fait. C'est l'exprience de ce que Jsus a fait pour moi qui me donne la force de faire de mme aux autres. Jsus ne me demande pas de faire plus qu'il n'a fait pour moi, mais je ne dois pas faire moins non plus : Comme je vous ai fait . Il ne me demande pas de m'abaisser plus bas que lui comme serviteur, et pourtant il n'et pas t trange qu'il le demandt d'un pauvre ver comme moi ; mais non, il veut seulement que je sois et que je fasse prcisment ce que lui, le roi, a t et a fait. Il s'est abaiss aussi bas que possible pour m'aimer et me bnir, et il a trouv l son plus grand honneur, son plus grand bonheur. Maintenant il m'invite prendre part ce mme honneur, ce mme bonheur, en aimant et en servant comme lui. En vrit, si je comprends bien de quel amour il m'enveloppe, et par quelle humiliation cet amour a d passer pour m'atteindre, si je comprends quelle est la puissance de purification qui m'a lav, rien ne saurait m'empcher de m'crier : Oui, mon Sauveur ! Ce que tu as fait pour moi, je veux le faire aussi! La cleste beaut de l'exemple donn, la divine beaut de celui qui donne l'exemple se runissent ici pour donner cet exemple un attrait irrsistible.

N'oublions pas qu'il ne s'agit pas seulement ici du souvenir de ce que Jsus a fait une fois pour nous, mais que c'est l'exprience de ce qu'il est prsent mme pour nous qui nous donnera la force d'agir comme lui. Ce n'est qu'en ralisant moi-mme par le secours du Saint-Esprit ce que Jsus fait pour moi, et comment il le fait, et que c'est bien lui qui le fait, qu'il me devient possible de faire pour les; autres ce qu'il fait pour moi.

Que vous fassiez comme je vous ai fait . Quelle prcieuse parole! Quelle glorieuse perspective ! Jsus veut manifester en moi le divin pouvoir de son amour pour que je puisse mon tour le manifester d'autres. Il me bnit pour que je puisse tre en bndiction d'autres. Il m'aime pour que je puisse aimer les autres. Il se fait mon serviteur pour que je devienne le serviteur des autres. Il me sauve et me sanctifie, pour que je puisse en amener d'autres tre galement sauvs et sanctifis. Il se donne entirement pour moi et moi, pour que je puisse me donner entirement aussi pour d'autres et d'autres. Je n'ai qu' faire pour les autres ce qu'il fait pour moi, rien de plus, et c'est prcisment parce qu'il le fait en moi que je puis le faire aussi. Ce que je fais n'est donc pas autre chose que le reflet, que la manifestation de ce que je reois de lui.

Quelle grce d'tre appel suivre le Seigneur dans ce qui constitue sa plus grande gloire ! Quelle grce que celle qui, en nous appelant faire ces choses, nous donne en mme temps le ncessaire pour les accomplir, puisque c'est Jsus qui opre avant tout en nous ce que nous devons tre notre tour pour les autres! De tout notre cur ne rpondrons-nous pas son appel par un joyeux : Oui, Seigneur, ce que tu as fait pour moi, je veux aussi le faire pour d'autres.

Dieu de grce, que puis-je faire sinon te louer et t'adorer? Mon cur ne peut suffire saisir l'offre merveilleuse que tu me fais de me rvler tout ton amour, toute ta puissance, si je veux consentir les faire passer de moi d'autres. J'en suis cras, et si c'est avec crainte et tremblement, c'est pourtant aussi avec gratitude et adoration, avec joie et confiance que je voudrais accepter ton offre et te dire : Me voici. Montre-moi combien tu m'aimes et je le montrerai aux autres en les aimant de mme.

Mais pour que je le puisse, mon Dieu, accorde-moi par ton Saint-Esprit une plus ample connaissance de ton amour pour moi. Oui, que je puisse savoir combien tu m'aimes, savoir que tu prends plaisir m'aimer et faire en moi tout ce que je devrais faire. Accorde-le moi, Seigneur. Je saurai alors comment aimer les autres, et vivre pour les autres, ainsi que tu le fais pour moi.

Accorde-moi encore, chaque fois que je me sens si peu d'amour pour mes semblables, de bien comprendre que ce n'est pas par le faible amour de mon misrable cur que je puis accomplir ton commandement d'aimer comme toi, mais uniquement par ton amour venant en moi. Ne suis-je pas ton sarment, mon divin Cep? C'est donc la plnitude de ta vie et de ton amour qui doit se rpandre en amour et en bndiction sur ceux qui m'entourent. C'est ton Esprit qui me rvle ce que tu es pour moi, et qui me donne la force d'tre pour les autres ce que je dois, tre en ton nom. Voil ce qui me permet de dire : Amen, Seigneur, ce que tu fais pour moi, je le ferai aussi. Oui, amen.

TROISIME JOUR

COMME CHRIST

Comme celui qui sert.

Si donc je vous ai lav les pieds, moi qui suis le Seigneur et le Matre, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Jean 13 : 14.

Je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Luc 22 : 27.

Hier nous nous sommes occups du droit qu'a le Seigneur de demander et d'attendre de ses rachets qu'ils suivent son exemple. Aujourd'hui nous allons chercher en quoi nous devons le suivre.

Vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres . Voil le texte dont il nous importe de bien saisir le sens. Il nous offre trois principaux sujets mditer : le rle de serviteur que prend ici Jsus ; la purification qui tait le but de ce service ; l'amour qui en tait le mobile.

En premier lieu le rle de serviteur. Tout est prt pour le dernier souper, tout, jusqu' l'eau pour laver, selon la coutume, les pieds des convives, mais il n'y a pas l d'esclave pour ce service. Chacun l'attend des autres ; aucun des douze ne songe s'abaisser jusque l. Mme table, ils ne sont proccups que de savoir qui sera le plus grand dans le royaume qu'ils attendent. (Luc 22 : 26,27). Soudain Jsus se lve, pose sa robe, se ceint d'un linge et se met leur laver les pieds. O merveille ! Les anges mmes ne le voient-ils pas avec tonnement et adoration! Christ, lui, le Crateur et le Roi de l'univers, lui que des lgions d'anges sont prtes servir au moindre signe, lui qui d'un mot affectueux aurait pu dsigner l'un des douze pour ce service, il prend lui-mme la place d'un esclave, et de ses mains il lave les pieds poudreux de ses disciples. Il le fait avec la pleine connaissance de sa gloire divine, car Jean dit : Jsus, sachant que le Pre lui avait remis toutes choses entre les mains, et qu'il tait venu de Dieu, et qu'il s'en allait Dieu, i1 se leva... (Jean 13 : 3). Pour les mains entre lesquelles Dieu a remis toutes choses, il n'est rien de vulgaire ni de souill. Ce n'est pas le travail le plus vil qui abaisse le travailleur, mais c'est le travailleur qui honore et relve le travail, revtant de sa propre valeur le plus humble service ; aussi est-ce dans ce que nous appelons l'abaissement, selon nos vues humaines, que notre Seigneur trouve sa gloire divine, et qu'il met ainsi son Eglise sur la voie de toute vraie bndiction. C'est prcisment parce qu'il est le bien-aim du Pre qui lui a remis toutes choses, qu'il ne lui est pas difficile de s'abaisser aussi bas. En prenant ainsi la place de serviteur, Jsus proclame la loi du rang dans l'Eglise chrtienne. Plus un de ses membres veut tre en faveur, plus il doit trouver sa joie tre le serviteur de tous. Quiconque voudra tre le premier entre vous, qu'il soit votre esclave . (Matt. 20 : 27). Que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur . (Matt. 23 : 11).

Un serviteur est sans cesse occup de l'ouvrage et de l'intrt de son matre ; il est toujours prt montrer son matre qu'il ne cherche en toutes choses qu' lui plaire, ou lui tre utile. Ainsi a vcu Jsus, car le Fils de l'homme lui-mme est venu, non pour tre servi, mais pour servir et pour donner sa vie pour la ranon de plusieurs . (Marc 10 : 45) Je suis au milieu de vous comme celui qui sert . Et moi, disciple de Christ, c'est ainsi que je dois vivre aussi, ainsi que je dois tre, au milieu des enfants de Dieu, le serviteur de tous. Si je veux tre en bndiction d'autres, ce sera par mon empressement les servir avec humilit et avec amour, sans gard ma propre gloire, ni mon propre intrt, mais en cherchant leur faire du bien. C'est en lavant les pieds des disciples que je dois suivre l'exemple de Christ, car un serviteur n'a pas honte d'tre tenu pour un infrieur; sa place et son travail sont de servir les autres. Souvent, nous ne sommes pas eh bndiction aux autres, parce que nous nous adressons eux comme leur tant suprieurs par les grces et les dons que nous avons reus. Si nous apprenions d'abord du Seigneur apporter dans nos relations avec le prochain l'esprit de serviteur, quelle bndiction ne serions-nous pas pour le monde ! Quand cet exemple sera suivi et tiendra la place qu'il doit tenir dans l'Eglise de Christ, on sentira bientt la prsence du Matre et sa puissance.

Et quel travail est appel le disciple dans cet esprit d'humble service? Laver les pieds reprsente ici un double travail : l'un en vue de nettoyer et rafrachir le corps, l'autre de purifier et sauver l'me. Ces deux buts ont toujours t runis dans tout le cours de la vie terrestre de notre Seigneur. Les malades taient guris et l'Evangile tait prch aux pauvres. Pour le paralytique, comme pour beaucoup d'autres, la gurison du corps tait la figure et la promesse de la vie de l'esprit.

Le disciple de Jsus ne doit pas perdre de vue ceci quand il reoit l'ordre de laver les pieds aux autres. Se souvenant que par la vie extrieure et matrielle il peut trouver accs la vie intrieure et spirituelle, il fait du salut de l'me le premier but de son ministre, mais il cherche aussi le chemin des curs par sa promptitude rendre service dans les menus dtails de la vie de chaque jour. Ce ne sera pas par des reproches et par des censures qu'il remplira l'office de serviteur, ce sera bien plutt par sa bienveillance et son affection, par son empressement aider et rendre service, qu'il tmoignera de ce que doit tre le disciple de Jsus. Sa parole aura de la force alors, elle sera bien accueillie, et s'il rencontre chez autrui pch, perversit et opposition, loin d'en tre dcourag, il persvrera en pensant toute la patience avec laquelle Jsus l'a support lui-mme, et continue chaque jour le laver et le purifier. Il se sait au nombre des serviteurs destins de Dieu s'abaisser aussi bas que possible pour servir et sauver les hommes, mme jusqu' se mettre leurs pieds s'il le faut.

L'esprit qui doit animer cette vie d'amour et d'humble service ne peut venir que de Jsus seul. Jean dit de lui : Comme il avait aim les siens qui taient dans le monde, il les aima jusqu' la fin . (Jean 13 : 1). Pour l'amour, rien n'est trop difficile. L'amour ne parle pas de sacrifice. Pour rendre heureux celui qu'il aime, l'amour est prt renoncer tout. C'est l'amour qui a fait de Jsus un serviteur. C'est l'amour seul qui nous fera trouver tant de bonheur tre serviteur, qu' tout prix nous voudrons continuer servir notre Matre. Nous pourrons, comme Jsus, avoir laver les pieds de quelque Judas qui nous paiera d'ingratitude et de trahison. Nous rencontrerons probablement plus d'un Pierre qui nous repoussera d'abord par son : Jamais tu ne me laveras les pieds , et qui ensuite exhalera son mcontentement si nous ne pouvons complaire l'impatience de son : Non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tte . L'amour seul, un amour divin, inpuisable, peut donner la patience, le courage et la sagesse ncessaires pour le vaste service dont le Seigneur nous a donn l'exemple : Vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres .

O mon me, ton amour ne saurait atteindre si haut. C'est pourquoi, coute celui qui te dit: Demeurez dans mon amour . (Jean 15 : 9).

Apprenez de Jsus combien il vous aime, et que lui seul peut vous faire demeurer dans son amour .Vivez chaque jour comme le bien-aim du Seigneur, faisant l'exprience que son amour vous purifie, vous sanctifie, vous soutient et vous bnit tout le long de la journe. Son amour se rpandant ainsi en vous, dbordera aussi de vous, et vous fera trouver votre plus grande joie suivre son exemple en lavant les pieds aux autres. Ne vous plaignez pas trop du manque d'amour et d'humilit chez les autres, mais priez beaucoup le Seigneur de rendre les siens attentifs leur vritable vocation, celle de suivre ses traces, afin que le monde voie que Christ est rellement leur modle. Et si vous ne voyez pas de changement aussi vite que vous le voudriez chez ceux qui vous entourent, demandez d'autant plus au Seigneur que vous puissiez, vous au moins, tmoigner de la joie qu'il y a aimer et servir comme Jsus, que vous puissiez montrer que c'est aussi l le moyen d'tre, comme Jsus, en bndiction aux autres.

Mon Dieu ! Je m'abandonne toi, te priant de me faire entrer dans cette heureuse vie de service. En toi, Seigneur, j'ai vu que l'esprit de serviteur est l'esprit qui vient du ciel et qui conduit au ciel. Que ton amour ternel demeure en moi, et ma vie sera, comme la tienne, l'accomplissement de ces mots : Je suis au milieu de vous comme celui qui sert .

O toi, Fils glorifi du Pre, tu sais que ce n'est pas toujours ton Esprit qui nous anime, tu sais que cette vie de serviteur est le contraire de ce que le monde tient pour honorable, mais tu es venu nous donner d'autres notions l-dessus, tu es venu nous enseigner ce qu'on pense au ciel de la gloire d'tre le dernier, et du bonheur qu'on peut trouver servir. O toi, qui donnes, non seulement de nouvelles penses, mais encore de nouveaux sentiments donne-moi un cur comme le tien, un cur rempli du Saint-Esprit, un cur qui puisse aimer comme toi.

O Seigneur, ton Saint-Esprit demeure dj en moi; mais le recevoir avec plnitude est l'hritage que tu m'as promis. Dans la joie que donne ton Saint-Esprit, je pourrai tre ce que tu es. Je me consacre donc une vie de service comme la tienne. Donne-moi le mme esprit qui t'animait quand tu t'es abaiss au point de revtir un corps d'homme, et sans gard l'opinion du monde, de prendre la place de serviteur. Oui, Seigneur, que par ta grce ce mme esprit vienne m'animer, moi aussi. Amen.

QUATRIME JOUR

COMME CHRIST

Notre Tte.

C'est aussi quoi vous tes appels, puisque Christ lui-mme a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces... lui qui a port nos pchs en son corps sur le bois, afin qu'tant morts au pch, nous vivions la justice. 1 Pier. 2 : 21, 24.

Etre appel suivre l'exemple de Christ et marcher sur ses traces ! C'est si grand, c'est si lev, qu'il y a l toute raison de s'tonner et de s'crier : Comment attendre d'hommes pcheurs qu'ils marchent comme le Fils de Dieu? Aussi la plupart s'crient que c'est impossible, que c'est l un idal admirable, mais hors d'atteinte.

L'Ecriture parle autrement. Elle nous montre l'admirable union qui nous relie .Christ et qui nous remplit de sa vie divine avec toute sa puissance d'action. Elle nous montre que par l mme il est tout naturel d'attendre de nous que nous vivions comme Christ. Pour suivre l'exemple de Christ il faut donc avant tout raliser l'union de Christ avec ses disciples.

Et quelle est cette union? Dans notre texte, Pierre nous prsente Christ comme notre Garant, notre Modle et notre Tte.

Christ est notre Garant. Christ a souffert pour nous, lorsqu'il a port nos pchs en son corps sur le bois . Comme notre Garant, il a souffert et il est mort notre place. En portant nos pchs, il nous a affranchis de la maldiction et de la domination du pch. Comme notre Garant, il a fait ce que nous ne pouvions pas faire, ce qu' prsent nous n'avons pas besoin de faire.

Christ est aussi notre Modle. Dans un sens son uvre est unique sans doute, et pourtant nous avons le suivre dans cette uvre mme, nous devons faire ce qu'il a fait, vivre et souffrir comme lui. Christ nous a laiss un exemple afin que nous suivions ses traces. Ses souffrances comme mon Garant m'appellent des souffrances semblables, puisqu'il est aussi mon Modle. Mais ceci est-il quitable? Lorsque Jsus a souffert comme Garant du pcheur, il avait en lui la puissance de sa nature divine, et comment peut-il attendre de moi, dans la faiblesse de la chair, que je souffre comme lui? N'y a-t-il pas un abme bant entre ces deux choses que Pierre runit si troitement : la souffrance comme Garant et la souffrance comme Modle? Non, l'uvre de Christ prsente une troisime face qui jette un pont sur l'abme, et qui nous rend possible de prendre le Garant pour notre Modle, de vivre, de souffrir et de mourir comme lui.

Christ est aussi notre Tte. Voil ce qui relie le Garant au Modle: Christ est le second Adam. Comme croyant, je suis spirituellement un avec lui, membre du corps dont il est la tte. (Eph. 1 : 23). Par cette unit en lui, il vit en moi et me fait avoir part la vertu de son uvre accomplie, la vertu de ses souffrances, de sa mort et de sa rsurrection. C'est sur cette base-l qu'il nous est dit dans Romains 6, et ailleurs, que le chrtien est rellement mort au pch et vivant Dieu. La vie mme dont Christ vit, cette vie qui a pass par la mort et par la puissance de cette mort, devient la vie du croyant, et par ce fait il est mort et ressuscit avec Christ. C'est la mme pense qu'exprime Pierre, quand il dit : qui a port nos pchs en son corps sur le bois . Il l'a fait, non seulement afin que nous soyons pardonns par sa mort, mais afin qu'tant morts au pch, nous vivions la justice . Comme nous avons part la mort spirituelle du premier Adam, tant rellement morts Dieu en lui, nous avons de mme part au second' Adam, tant rellement morts au pch en lui, et ayant repris vie en lui pour tre Dieu. Christ n'est pas seulement le Garant qui a vcu et qui est mort pour nous, il n'est pas seulement le Modle qui nous a montr comment nous devons vivre et mourir, il est encore notre Tte. En lui, nous sommes un; en sa mort, nous sommes morts, et sa vie est prsent ntre vie. Voil ce qui nous donne la force de marcher d'aprs le Modle dans tout ce qu'a fait le Garant. Christ comme notre Tte est le lien qui rend insparables la foi au Garant et la conformit au Modle.

Ces trois choses n'en font qu'une. Ces trois vrits ne peuvent se sparer l'une de l'autre. Et pourtant on les spare trop souvent.

-     Quelques-uns veulent suivre l'exemple de Christ sans foi en son expiation. Ils cherchent en eux-mmes la force de vivre comme lui, et leurs efforts ne peuvent tre que vains.

-     D'autres saisissent bien l'uvre du Garant, mais ils ngligent le Modle. Ils croient la rdemption par le sang vers sur la croix, mais ils ngligent de suivre les traces de celui qui a souffert la croix. La foi l'expiation est bien la base de l'difice, mais ce n'est pas tout. Leur christianisme est dfectueux aussi, il manque de lumire sur la sanctification, parce qu'ils ne comprennent pas que la foi l'expiation impose l'obligation de suivre l'exemple de Christ.

-     D'autres croyants ont bien saisi ces deux vrits : Christ leur Garant, et Christ leur modle ; et pourtant il leur manque encore quelque chose. Ils sentent bien le besoin de suivre Christ comme leur Modle dans ce qu'il a fait comme leur Garant, mais ils manquent de force pour le faire. Ils ne comprennent pas comment on peut arriver suivre cet exemple. Ce qu'il leur faut, c'est une vue claire de ce que l'Ecriture nous dit de Christ comme notre Tte.

C'est parce que le Garant n'est pas spar de moi, mais que je suis en lui, et qu'il est en moi, que je puis devenir comme lui. Sa vie mme devient ma vie. Lui-mme vient habiter en moi qu'il a rachet par son sang. Suivre ses traces est mon devoir, parce que cela m'est possible par l'union qui existe entre la Tte et les membres. Ce n'est que lorsque ceci sera bien compris, que l'exemple de Christ sera suivi, et qu'il aura la place qu'il doit avoir dans la vie chrtienne. Si Jsus lui-mme veut, en me communiquant sa vie, agir en moi et rendre ainsi ma vie conforme la sienne, mon devoir en devient simple et d'un accomplissement assur. Je n'ai plus qu' regarder l'exemple donn par Jsus pour savoir ce que j'ai faire, puis demeurer en lui, et ouvrir mon cur l'action bnie de sa vie en moi. Aussi certainement qu'il a vaincu le pch et la condamnation pour moi, il vaincra de mme la domination du pch en moi. Ce qu'il a commenc pour moi par sa mort, il le perfectionnera par sa vie en moi. C'est donc parce que mon Garant est aussi ma Tte, que l'exemple qu'il me donne comme mon Modle doit tre et sera la rgle de ma vie.

On cite souvent cette parole de saint Augustin : Seigneur donne-moi ce que tu commandes, et commande alors ce que tu voudras . Ce qu'il a dit trouve ici sa confirmation : Si le Seigneur, qui vit en moi, me donne ce qu'il demande de moi, il ne me demandera jamais rien de trop lev pour moi. J'ai le courage alors de considrer son saint exemple en long et en large et de le recevoir comme la rgle suivre. Ce n'est plus seulement le commandement qui me dit ce que je dois tre, c'est aussi la promesse de ce que je serai. Rien n'affaiblit plus la force de l'exemple de Christ que la pense de ne pas pouvoir marcher comme lui. N'accueillez jamais cette pense-l. C'est dj sur cette terre que doit commencer la parfaite ressemblance avec Christ que nous obtiendrons plus tard au ciel. Ds ici-bas elle peut s'accentuer chaque jour et devenir plus visible mesure que la vie suit son cours. Comme Christ, votre Tte, a accompli une fois pour toutes l'uvre de votre salut, il accomplira peu peu en vous avec sa mme puissance cette oeuvre de renouvellement son image. Que ceci nous rende la croix doublement prcieuse ! Jsus, notre Tte, a souffert comme notre Garant, afin de pouvoir, par son union avec nous, porter nos pchs notre place. Jsus, notre Tte, a souffert comme notre Modle, afin de pouvoir nous guider dans la voie, qui par notre union avec lui, nous conduit la victoire et la gloire. Le Christ qui a souffert est donc la fois notre Tte, notre Garant et notre Modle.

Il en rsulte que c'est prcisment la voie de souffrance o Jsus a opr notre union avec lui, qui nous conduit la victoire et la gloire. Le Christ qui a souffert est donc la fois notre Tte, notre Garant et notre Modle.

Il en rsulte que c'est prcisment dans la voie de souffrance o Jsus a opr notre expiation et notre rdemption, que nous devons suivre ses traces, et que nous ne raliserons ce qu'est pour nous cette rdemption qu' proportion de la part personnelle que nous prendrons cette souffrance. Christ a souffert pour nous, nous laissant un exemple . Veuille le Saint-Esprit nous rvler ce que signifie cette parole.

O mon Sauveur ! Comment te rendre grce de l'uvre que tu as accomplie comme mon Garant? Te mettant ma place comme un coupable, tu as port mes pchs en ton corps sur le bois, sur cette croix que j'avais mrite. Toi, tu l'as subie, tu t'es fait semblable moi, afin que la croix fut pour moi bndiction et vie.

Et prsent tu m'appelles tre crucifi, afin d'tre fait semblable toi, et de trouver en toi la force de souffrir et de ne plus pcher. Toi, ma Tte, tu as t mon Garant, tu as souffert et tu es mort avec moi. Toi, ma Tte, tu es mon Modle, afin que je puisse souffrir et mourir avec toi.

O mon Sauveur! Je reconnais que j'ai trop peu compris ces choses. Ton uvre comme Garant tenait plus de place mes yeux que ton uvre comme Modle. J'tais heureux de savoir que tu avais souffert la croix pour moi, mais je ne pensais gure que je dusse, moi aussi, souffrir la croix comme toi et avec toi. J'attachais plus d'importance l'expiation de la croix qu' ma participation la croix, plus d'importance me savoir rachet qu' tre personnellement uni toi

Pardonne-le-moi, Seigneur ! et apprends-moi trouver ma joie dans mon union avec toi, ma Tte, tout autant que dans ma confiance en toi comme Garant et comme Modle. Et quand je me demande comment je puis suivre l'exemple que tu m'as donn, puisse ma foi devenir plus ferme et plus joyeuse la pense que si Jsus est mon modle, c'est parce qu'il est aussi ma vie. Puisque je suis un avec lui, je dois et je puis tre comme lui. Accorde-le-moi, Seigneur, dans ton amour! Amen.

(Voir la fin du volume la note 1)

CINQUIME JOUR

COMME CHRIST

En souffrant injustement.

Car cela est agrable Dieu, lorsque quelqu'un, par un motif de conscience, endure de mauvais traitements en souffrant injustement. Autrement quelle gloire serait-ce pour vous, si, tant battus pour avoir mal fait, vous l'enduriez? Mais si, en faisant bien, vous tes maltraits, et que vous le souffriez patiemment, c'est cela que Dieu prend plaisir. 1 Pier. 2 ; 19, 20.

C'est propos de choses tout ordinaires que Pierre prononce ces paroles importantes, nous prsentant Christ comme notre Garant et notre Modle. Il crit des serviteurs qui dans ce temps-l taient pour la plupart des esclaves. Il les exhorte tre soumis leurs matres avec toute sorte de crainte, non seulement ceux qui sont bons et quitables, mais aussi ceux qui sont fcheux, car, dit-il, si quelqu'un fait mal et en est puni, quelle gloire lui serait-ce de le supporter patiemment? Non, mais si quelqu'un fait bien, et en souffre et le supporte patiemment, voil ce qui est agrable Dieu. Supporter ainsi l'injustice, c'est faire comme Christ. En portant nos pchs notre place, Christ a souffert injustement ; d'aprs son exemple, nous devons tre prts aussi souffrir injustement.

Il n'est gure de chose qui nous soit plus dure et plus difficile supporter que de souffrir injustement de la part de nos semblables. Il y a l non seulement prjudice et douleur, mais encore un sentiment d'humiliation et d'injustice qui rveille la conscience de nos droits. Dans ce qui nous arrive par l'entremise des hommes, il n'est pas toujours facile de discerner la volont de Dieu et de nous dire aussitt qu'il permet cette preuve pour voir si nous avons rellement pris Christ pour notre modle. Etudions ce modle ; il nous apprendra ce qui lui donnait la force de supporter patiemment l'injustice.

Christ voyait dans la souffrance la volont de Dieu. Il avait trouv dans l'Ecriture que le serviteur de Dieu doit souffrir. Cette pense lui tait devenue familire, en sorte qu' l'arrive de la souffrance, il n'en fut pas surpris. Il l'attendait, il savait qu'elle devait contribuer sa perfection. Il n'eut donc pas l'ide de chercher comment il pourrait s'en dlivrer mais plutt comment il pourrait glorifier Dieu par l-mme. Ceci le rendit capable de supporter tranquillement la plus grande injustice. Il voyait l la main de Dieu.

Chrtien! Auriez-vous la force de souffrir injustement dans le mme esprit que Christ? Accoutumez-vous reconnatre la main de Dieu dans tout ce qui vous arrive. Ce que Jsus vous enseigne l est plus important que vous ne le pensez. Qu'il s'agisse de quelque injustice dans des choses graves, ou de quelque petite offense du courant de chaque jour, avant d'arrter votre pense sur la personne qui en est l'occasion, recueillez-vous et rappelez-vous ceci: Dieu permet cette preuve sur ma route pour voir si je le glorifierai par l. Cette preuve, grande ou petite, me vient de Dieu, elle est sa volont mon gard. Avant tout puiss-je y voir la volont de Dieu et m'y soumettre. Alors, dans la tranquillit d'me que donne ce regard en haut, je recevrai aussi la sagesse ncessaire pour me conduire en cette circonstance. Quand on regarde, non plus l'homme, mais Dieu, souffrir injustement n'est pas si difficile qu'il semble d'abord.

Christ aussi croyait que Dieu prendrait soin de ses droits et de son honneur. Nous avons en nous un sentiment inn de justice qui vient de Dieu; mais l'homme qui vit encore selon le monde visible veut avoir son honneur veng ds ici-bas, tandis que celui qui vit dj dans le monde ternel et comme voyant celui qui est invisible (Hb. 11 : 27), se contente de laisser Dieu le soin de venger son honneur et ses droits ; il les sait en sret dans la main de Dieu. Ainsi faisait notre Seigneur Jsus. Pierre nous dit  qu'il s'en remettait celui qui juge justement (1 Pier. 2 : 23). C'tait une chose entendue entre le Pre et le Fils que le Fils n'avait pas prendre soin de son honneur lui, mais seulement de celui du Pre, et que le Pre pourvoirait la gloire du Fils. Qu'en ceci le chrtien suive l'exemple de Christ et il en retirera beaucoup de paix et de repos d'esprit. Placez sous la garde de Dieu vos droits et votre honneur ; recevez chaque offense avec la ferme confiance que Dieu veille sur vous et prend soin de vous, vous en remettant celui qui juge justement .

En outre, Christ croyait la puissance de l'amour qui sait souffrir. Nous reconnaissons tous qu'il n'est pas de plus grande puissance que celle de l'amour. C'est par l que Christ a vaincu l'inimiti du monde. Toute autre victoire n'obtient qu'une soumission force, l'amour seul opre la vritable victoire qui change l'ennemi en ami. Nous admettons tous cette vrit en thorie, mais nous reculons devant l'application, tandis que Christ l'a mise en pratique. Lui aussi a voulu se venger, mais il l'a fait avec amour, amenant ses pieds ses ennemis devenus ses amis. Il a cru que, par le silence, la soumission, la souffrance et le support des offenses, il gagnerait sa cause, parce que c'est ainsi que l'amour obtient la victoire.

Et voil ce qu'il veut aussi de nous. Notre nature pcheresse aime mieux compter sur sa propre force et son droit que sur le pouvoir divin de l'amour, mais celui qui veut ressembler Christ doit le suivre l aussi et surmonter le mal par le bien. Plus il sera trait injustement par un autre, plus il se sentira appel laimer. Et mme, s'il faut pour la scurit publique que la justice punisse l'offenseur, il prendra garde ce qu'il ne s'y mle de sa part aucun ressentiment personnel, mais en tout ce qui le concerne il pardonnera, il aimera.

Ah! que tout serait diffrent dans le monde chrtien et dans nos Eglises, si l'exemple de Christ tait suivi ! Que tout serait diffrent si chacun de ceux qui reoivent des outragea n'en rendaient point , si chacun de ceux qui sont maltraits ne faisaient point de menaces, mais s'en remettaient celui qui juge justement . Frres chrtiens, voil littralement ce que le Pre demande de nous. Lisons et relisons les paroles de Pierre jusqu' ce que notre me soit pntre de cette pense : Si en faisant bien vous tes maltraits et que vous le souffriez patiemment, c'est cela que Dieu prend plaisir .

Dans la vie chrtienne, comme on la cornprend ordinairement, o chacun cherche remplir par ses propres efforts sa vocation de rachet, il est impossible de parvenir une semblable conformit l'image du Seigneur ; mais dans la vie de celui qui renonce soi-mme pour s'abandonner au Seigneur, qui remet tout entre ses mains avec la confiance qu'il fera tout, renat l'esprance de pouvoir ressembler Christ en ceci aussi. Pour lui le commandement de souffrir comme Christ se lie troitement ces mots : Christ a port nos pchs en son corps sur le bois, afin qu'tant morts au pch, nous vivions la justice . (1 Pier. 2 : 24).

Frre chrtien, ne voudrais-tu pas ressembler Jsus et faire, en supportant les offenses, ce que lui-mme et fait ta place? N'est-elle pas belle la perspective d'tre en toutes choses, mme en ceci, conforme Jsus? Avec tes propres forces, c'est impossible, mais avec sa force lui, c'est possible. Abandonne-toi donc lui jour aprs jour pour qu'il opre en toi tout ce qu'il veut que tu sois. Crois qu'il vit dans les cieux pour tre la vie et la force de chacun de ceux qui cherchent marcher sur ses traces. Renonce toi-mme pour devenir un avec le Christ crucifi, si tu veux savoir ce que c'est d'tre mort au pch et de vivre la justice. Alors tu prouveras avec joie quelle puissance rsulte de la mort de Jsus, non seulement pour effacer le pch, mais encore pour en briser les liens; alors tu participeras aussi sa vie de rsurrection qui te fera vivre la justice , et tu trouveras tout autant de bonheur suivre les traces du Sauveur dans la souffrance que tu en as trouv te confier pleinement et uniquement en sa passion pour ton expiation et ta rdemption. Alors Christ te sera aussi prcieux comme Modle qu'il te l'a t comme Garant. C'est parce qu'il a pris sur lui ton chtiment en souffrant pour toi, que tu souffriras, toi aussi, volontiers pour lui. Souffrir injustement deviendra ainsi pour toi une participation honorable ses souffrances, le sceau de la conformit sa sainte ressemblance, le fruit bni de la vritable vie de foi.

O Seigneur, mon Dieu, je viens d'entendre ce que dit ta Parole : Lorsque quelqu'un, par un motif de conscience, endure de mauvais traitements en souffrant injustement, cela est agrable Dieu . Voil donc, Seigneur, le sacrifice qui test agrable, l'uvre que ta grce seule peut faire en nous. C'est l le fruit des souffrances de ton Fils bien-aim, le fruit de l'exemple qu'il a laiss et de la force qu'il donne parce qu'il a dtruit la domination du pch.

O mon Pre, enseigne-moi, enseigne tous tes enfants, rechercher une entire conformit avec ton Fils dans ce trait de son image. Seigneur, je veux une fois pour toutes te confier la garde de mes droits et de mon honneur, et ne plus m'en charger moi-mme. Tu sauras parfaitement en prendre soin. Et quant moi, que ma seule proccupation soit dsormais l'honneur et les droits de mon Dieu.

Je te demande surtout de me remplir de foi en la puissance victorieuse de l'amour qui sait souffrir. Fais-moi saisir pleinement que l'Agneau de Dieu qui a souffert pour nous, nous enseigne par l-mme que la patience, le silence et le support ont plus de prix aux yeux de Dieu et plus d'influence sur les hommes que la force et le droit. O mon Pre, je dois marcher et je voudrais marcher sur les traces de Jsus, mon Sauveur. Que ton Saint-Esprit, que ta lumire, ton amour et ta prsence me guident et me fortifient. Amen.

(Voir la note 2me).

SIXIME JOUR

COMME CHRIST

Crucifi avec lui.

Je suis crucifi avec Christ, et je vis, non plus moi-mme, mais Christ vit en moi. Dieu me garde de me glorifier en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jsus-Christ par laquelle le monde est crucifi mon gard, et moi je suis crucifi au monde. Gal. 2 ; 20 ; 6, 14.

Se charger de la croix. Voil le mot de ralliement donn par Christ ses disciples. Dans trois occasions diffrentes, ces paroles sont rptes : Si quelqu'un veut venir aprs moi, qu'il renonce soi-mme, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive . (Matt. 10 : 38 et 16 : 24 ; Luc 14 : 27). Pendant que le Seigneur tait encore sur le chemin de la croix, cette expression se charger de sa croix tait la plus propre bien rendre la conformit avec Christ laquelle est appel son disciple. Mais prsent que Christ a t crucifi, le Saint-Esprit emploie d'autres termes pour nous parler avec plus de force de notre entire conformit avec Christ ([1]). Il nous dit que le croyant est crucifi avec Christ. La croix est le signe distinctif du chrtien, aussi bien que de Christ. Le Christ crucifi et le chrtien crucifi s'appartiennent mutuellement. Le principal trait de ressemblance avec Christ consiste tre crucifi avec lui. Aussi quiconque veut lui ressembler doit avant tout chercher comprendre le mystre de cette union avec Christ sur la croix. Au premier moment, ce mot  crucifi avec Christ effraye le chrtien qui cherche ressembler Jsus. Il recule la pense de la croix, la pense des souffrances et de la mort .qui s'y rattachent, mais mesure que sa vie spirituelle s'claire, cette parole fait toujours plus son esprance et sa joie, et il se glorifie de la croix, parce qu'elle le fait participer la mort et la victoire qui ont dj t accomplies et qui l'affranchissent de la domination de la chair et du monde. Pour comprendre ces choses, il faut tudier avec soin ce que nous en dit l'Ecriture.

Je suis crucifi avec Christ , dit Paul et je vis, non plus moi-mme, mais Christ vit en moi . Par la foi en Christ nous sommes amens participer la vie de Christ, et cette vie-l a pass par la mort de la croix. Elle possde la puissance divine que lui a acquise la mort de la croix. Quand donc je reois en moi la vie de Christ, je reois par l-mme toute la puissance qui rsulte de sa mort sur la croix, puissance qui agit constamment en moi. J'ai t crucifi avec Christ, et pourtant je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ en moi ; ma vie est celle de Christ crucifi, celle qu'il a obtenue par la croix. Le fait d'avoir t crucifi est au nombre des choses passes et accomplies. Sachant que notre vieil homme a t crucifi avec lui . (Rom. 6:6).  Ceux qui sont Christ ont crucifi la chair . (Gal. 5 : 34). Dieu me garde de me glorifier en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jsus-Christ, par laquelle le monde est crucifi mon gard et moi au monde . (Gal. 6 : 14). Tous ces textes parlent de quelque chose qui a t fait en Christ, et dont je suis participant par la foi.

Il est trs important de comprendre cette vrit et de la proclamer hautement. J'ai t crucifi avec Christ. J'ai crucifi ma chair. J'apprends ainsi quel point je participe l'uvre accomplie par Christ, car si je suis crucifi et mort avec lui, j'ai part aussi sa vie et sa victoire. J'apprends ainsi laisser mortifier mon vieil homme par la vertu de cette croix.

Il me reste encore beaucoup faire, mais non me crucifier, puisque j'ai dj t crucifi, Mon vieil homme, dit l'Ecriture, a t crucifi . (Rom. 6 : 6). Je n'ai donc plus qu' le tenir pour crucifi, et le traiter comme tel sans lui permettre de descendre de la croix. Il faut que je maintienne ma position de crucifi, que  ma chair reste sur la croix. Pour raliser la force de ce que nous disons l, il y a encore une importante distinction faire : le vieil Adam en moi a bien t crucifi, mais il n'est pas encore mort. Quand je me suis donn mon Sauveur crucifi, pch, chair et tout, il m'a reu tout entier. Tout mon tre avec sa vieille nature fut alors runi lui sur la croix, mais l se fit une sparation. Par ma runion Christ j'ai t libr de la vie de la chair, je suis mort avec lui et l'essence intime de mon tre a reu une vie nouvelle : Christ vit en moi; mais la chair que j'habite encore, ce vieil homme crucifi avec lui, bien que condamn mort, n'est pas encore mort. Et maintenant, par mon union avec Christ et par sa force en moi, je dois avoir l'il ce que ma vieille nature reste cloue la croix jusqu'au moment o elle sera entirement dtruite. Tous ses instincts, tous ses dsirs crient ensemble : Descends de la croix. Sauve-toi toi-mme et nous aussi ! (Luc 23 : 89). Mais mon devoir, moi, est de me glorifier en la croix, de maintenir de tout mon cur la prminence de la croix, d'apposer mon sceau la sentence prononce contre la chair, de tenir le pch pour crucifi, et ainsi de ne lui permettre aucune domination. C'est l ce qu'entend l'Ecriture quand elle dit : Si par l'Esprit vous mortifiez les uvres du corps, vous vivrez . (Rom. 8 : 18). Faites donc mourir ce qui compose en vous l'homme terrestre . (Col. 8:5). Par l je reconnais que le bien n'habite point en moi, dans ma chair (Rom. 7 : 18), par l je reconnais que Christ, le Crucifi, est mon Seigneur; je me souviens que j'ai t crucifi, que je suis mort en lui, et que ma chair a t jamais livre la mort de la croix. C'est ainsi que je vis comme Christ, crucifi avec lui.

Pour se rendre pleinement compte du sens et de la porte de cette participation la croix de notre Seigneur, voici ce que doivent bien saisir ceux qui veulent suivre Christ : qu'ils sachent, avant tout, que par la foi, ils sont unis au Christ crucifi. C'est leur conversion qu'a commenc cette union, mais alors ils ne l'ont pas bien comprise ; et combien de chrtiens restent toute leur vie dans l'ignorance cet gard, faute de dveloppement spirituel. Mon frre, demandez que le Saint-Esprit vous rvle votre union avec le Crucifi et vous claire sur le sens de ces mots :  J'ai t crucifi avec Christ . Je me glorifie en la croix de Christ par laquelle le monde est crucifi mon gard et moi au monde . Saisissez-vous de ces paroles de l'Ecriture, cherchant par la prire et la mditation vous les approprier entirement. D'un cur avide de recevoir, demandez que le Saint-Esprit les fasse vivre en vous. A la lumire de Dieu, comprenez ce que vous tes bien rellement : crucifi avec Christ .

Quand vous serez au clair sur ce premier point, vous recevrez par l-mme la grce et la force de vivre comme quelqu'un qui a t crucifi et en qui Christ vit. Vous pourrez alors, tenir la chair et le monde pour clous la croix, et les traiter comme tels. Votre vieille nature cherche sans cesse vous faire croire que c'est trop prtendre d'exiger de vous que vous viviez toujours de cette vie de crucifi, mais vous le pouvez par votre union avec Christ. C'est en lui et en sa croix que saint Paul peut dire : J'ai t crucifi au monde . En Jsus cette crucifixion est un fait accompli; en Jsus vous avez pass par la mort, en lui vous avez t rendu vivant. Christ vit en vous. Que cette participation la croix de Christ s'implante toujours mieux en vous, car elle vous fera participer toujours mieux sa vie et son amour. Etre crucifi avec Christ, c'est tre affranchi de la domination du pch, c'est tre rachet et vainqueur. Souvenez-vous que le Saint-Esprit est spcialement charg de glorifier Christ en vous, de vous rvler et de vous approprier tout ce qu'il y a en Christ pour vous. Ne vous contentez pas, comme tant d'autres, de ne voir dans la croix que l'expiation.

La gloire de la croix est non seulement d'avoir t pour Jsus l'entre dans la vie du ciel, mais d'tre continuellement pour nous le moyen de vaincre le pch et d'entretenir en nous la vie divine. Apprenez de votre Sauveur saisir tout ce que la croix vous donne l. La foi en la puissance victorieuse de la croix fera mourir de jour en jour les dsirs de la chair ; elle vous fera trouver votre bonheur, dans la mort continuelle du moi, car vous regarderez la croix, non plus comme si vous tiez encore sur le chemin qui mne la crucifixion, avec la perspective d'une mort douloureuse, mais comme ayant dj subi la mort de la croix en Christ et comme vivant en Christ. La croix vous sera ainsi le moyen bni par lequel  le corps du pch est dtruit (Rom. 6 : 6), le drapeau sous lequel il faut s'enrler pour obtenir pleine victoire sur le pch et sur le monde.

Enfin, souvenez-vous de ce qui est ici l'essentiel. Souvenez-vous que c'est Jsus lui-mme, votre Sauveur, qui vous rendra capable d'tre semblable lui en toutes choses. Sa douce communion, son tendre amour, sa divine puissance font de la participation sa croix et de la vie de crucifixion une vie de joyeuse rsurrection, de bndiction et de victoire sur le pch. En lui vous pouvez chanter cet hymne de victoire :  Dieu me garde de me glorifier en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jsus-Christ, par laquelle le monde est crucifi mon gard, et moi je suis crucifi au monde !

O mon Sauveur, je te demande humblement de me rvler la gloire que recle pour moi ta croix lorsque je m'y place avec toi. La croix, c'tait l ma place, lieu de mort et de maldiction ; et toi, tu t'es fait homme comme nous, et tu as t crucifi avec nous. A prsent la croix est la place dont tu fais un lieu de bndiction et de vie; et tu m'appelles devenir comme toi, crucifi avec toi, pour que je sache par ma propre exprience que la croix m'a entirement affranchi du pch.

Seigneur, fais-moi connatre toute la puissance de la croix. Depuis longtemps je connais sa vertu efficace pour racheter de la maldiction. Mais qu'il y a longtemps aussi que, rachet, je lutte en vain contre le pch, pour obir au Pre comme toi tu lui as obi. Il m'tait impossible de me soustraire la domination du pch. A prsent je vois que nul ne le peut, moins de s'abandonner la direction du Saint-Esprit en la communion de ta croix. Alors tu fais voir ton disciple que la croix a mis fin la domination du pch et l'en a affranchi. Alors toi, le Crucifi, tu viens vivre en lui, lui communiquer ton esprit de volontaire sacrifice, expulser et vaincre le pch.

O mon Dieu ! Fais-moi mieux comprendre ces choses. C'est avec la confiance que tu le feras, que je puis dire : J'ai t crucifi avec Christ . Toi, qui m'as aim jusqu' mourir pour moi, ce n'est pas ta croix, c'est toi-mme, toi, le Crucifi, que je cherche et en qui j'espre. Prends-moi, garde-moi, enseigne-moi d'instant en instant que tout ce qui compose mon vieil homme, mon moi terrestre, est condamn, mrite la croix et a t crucifi ; enseigne-moi d'instant en instant qu'en toi j'ai tout ce qui m'est ncessaire pour vivre d'une vie sainte et bnie. Amen.

(Voir la note 3e).

SEPTIEME JOUR

COMME CHRIST

Dans son abngation.

Nous devons donc, nous qui sommes plus forts, supporter les infirmits des faibles, et non pas chercher notre propre satisfaction. Que chacun de nous donc ait de la condescendance pour son prochain, et cela pour le bien et pour l'dification ; car aussi Christ n'a point cherch sa propre satisfaction ; mais selon qu'il est crit : Les outrages de ceux qui t'ont outrag sont tombs sur moi. C'est pourquoi recevez-vous les uns les autres avec bont, comme Christ nous a reus pour la gloire de Dieu. Rom. 15 : 1-3, 7.

Si quelqu'un veut venir aprs moi, qu'il renonce a soi-mme, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Matth. 16 : 24.

Christ lui-mme n'a pas cherch sa propre satisfaction . Il a support avec patience les reproches par lesquels les hommes ont dshonor Dieu; il l'a fait afin de sauver les hommes et de glorifier Dieu. C'est l ce qui nous donne la clef de sa vie, soit l'gard de Dieu, soit l'gard de l'homme. C'est l aussi ce qui doit tre notre rgle de conduite. Nous qui sommes plus forts, nous ne devons pas chercher notre propre satisfaction .

Renoncer soi-mme est tout le contraire de chercher sa propre satisfaction. Quand Pierre renia Christ, il dit : Je ne connais point cet homme-l , je n'ai rien faire avec lui, ni avec ce qui le concerne; je ne veux pas qu'on me croie son ami. Le vrai chrtien renie de mme son vieil homme : Je ne connais pas ce vieil homme; je ne veux rien avoir de commun avec lui, ni avec ce qui le concerne. Et s'il encourt quelque blme, s'il est en butte quelque offense, quelque procd pnible son ancienne nature, il se borne dire : Faites ce que vous voudrez du vieil Adam ; je n'en ai nul souci. Par la croix de Christ, je suis crucifi au monde, la chair, moi-mme, et je suis tranger ce qui touche le vieil homme. Je ne suis pas son ami. Je dsavoue toute rclamation, toute exigence de sa part, je ne le connais pas.

Le chrtien qui n'en est encore qu' se savoir sauv de la condamnation et de la maldiction, ne peut pas comprendre ceci, il lui semble impossible de renoncer soi-mme , et bien qu'il essaye parfois de le faire, sa vie consiste en majeure partie chercher sa propre satisfaction . Mais le chrtien qui voit en Christ son modle ne peut plus s'en tenir l. Il a renonc lui-mme pour chercher dans la croix de Christ une parfaite intimit avec le Seigneur. Le Saint-Esprit lui a appris dire : J'ai t crucifi avec Christ , et par l je suis mort au pch et moi-mme. Etroitement uni Christ, il voit son vieil homme crucifi comme un malfaiteur condamn, et il a honte de l'avouer pour son ami. Il est dtermin ne plus chercher la satisfaction de son ancienne nature, mais la renier, et il a reu la force de le faire. Depuis que le Christ crucifi est sa vie, renoncer lui-mme est devenu la rgle de sa vie.

Ce renoncement s'tend tout. Il en tait ainsi du Seigneur Jsus, et il en est de mme de chacun de ceux qui veulent rellement le suivre. Ce renoncement comprend non seulement le pch et toute contravention la loi de Dieu, mais il va plus loin encore, il s'tend jusqu'aux choses qui sont en apparence licites ou indiffrentes. Pour celui qui a renonc lui-mme, la volont et la gloire de Dieu, ainsi que le salut des mes, l'emportent toujours sur tout plaisir, sur tout intrt personnel.

Pour pouvoir user de condescendance pour le prochain , il faut commencer par user de renoncement soi-mme. Le jene de celui qui a dit : L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu , et qui ne voulut pas manger avant que le Pre lui envoyt la nourriture, et que l'ouvrage du Pre ft achev, offre au croyant un bel exemple de temprance dans le manger et le boire. La pauvret de celui qui n'avait pas un lieu o reposer sa tte, lui apprend user de la possession et de la jouissance des choses terrestres comme ne possdant pas ; et par la passion de celui qui a port tous nos pchs en son corps sur le bois, il apprend supporter patiemment toute souffrance. Son corps, comme temple du Saint-Esprit, est prt porter partout la mort du Seigneur Jsus . (2 Cor. 4 : 10). Avec Paul il traite durement son corps et le tient assujetti . (1 Cor. 9 : 27). Il met un frein ses dsirs, et selon l'exemple de renoncement donn par Jsus, il ne cherche pas sa propre satisfaction .

Le renoncement est la sauvegarde aussi de l'intelligence et de l'esprit. Le croyant soumet aux enseignements de la parole de Dieu et de l'Esprit de Dieu sa propre sagesse, son propre jugement et toutes ses penses. Vis--vis de l'homme, il se montre prt renoncer ses propres vues pour couter et s'instruire avec douceur et humilit, et mme quand il sait avoir raison, c'est avec douceur encore, avec humilit qu'il met son opinion, cherchant dcouvrir et reconnatre ce qu'il y a de bon chez les autres.

Le renoncement a en outre une grande influence sur le cur. C'est sous son contrle que doivent se placer les affections, les dsirs et la volont aussi, cette puissance souveraine de l'me. Chez le disciple de Christ, la propre satisfaction ne doit pas tenir plus de place qu'elle n'en tenait dans la vie de Christ. Le renoncement est la rgle de sa vie.

Ce renoncement n'est pas difficile au croyant rellement donn Christ. Pour celui qui, d'un cur partag, veut se contraindre une vie de renoncement, oui, c'est difficile, mais non pas pour celui qui s'est donn sans rserve et qui a saisi de tout son cur que la croix dtruit la domination du pch et du moi. Les bndictions qu'il recueille de son renoncement lui sont une ample compensation du sacrifice plus apparent que rel auquel il s'est soumis. A peine ose-t-il parler encore de renoncement, tant il trouve de bonheur tre rendu conforme l'image de Jsus.

Aux yeux de Dieu, le renoncement ne tire pas sa valeur, ainsi qu'on se le figure parfois, du degr de peine qu'il cause. Non, car la peine qu'on en prouve vient en grande partie d'un reste de rpugnance renoncer soi-mme. Sa plus grande valeur aux yeux de Dieu vient au contraire d'un acquiescement facile et mme joyeux qui ne regarde pas comme un sacrifice ce qui est fait pour Jsus, et qui s'tonne plutt d'entendre les autres le qualifier de renoncement.

Ili fut un temps o les hommes croyaient devoir fuir au dsert et se retirer dans des couvents pour renoncer eux-mmes. Le Seigneur Jsus nous a montr que c'est dans nos rapports ordinaires avec les hommes que doit s'exercer le renoncement. Aussi Paul dit ici que nous devons ne pas chercher notre propre satisfaction, et cela pour le bien et l'dification de notre prochain, car Christ n'a pas cherch sa propre satisfaction. C'est pourquoi recevez-vous les uns les autres avec bont comme Christ nous a reus . Le renoncement de notre Seigneur : voil, ni plus ni moins, l'exemple suivre. Ce qu'il fut, nous devons l'tre. Ce qu'il fit, nous devons le faire.

Quelle vie glorieuse sera celle de l'Eglise de Christ quand cette rgle-l prvaudra : chacun ne vivant plus que pour rendre les autres heureux ; chacun renonant lui-mme, ne se cherchant plus lui-mme, estimant les autres meilleurs que lui-mme! Alors plus de susceptibilit prompte s'offenser, plus d'amour-propre bless au moindre manque d'gards. Comme disciple de Christ, chacun cherchera supporter les faibles et avoir de la condescendance pour son prochain.

Si quelqu'un veut venir aprs moi, qu'il renonce soi-mme, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive . Cette parole de Jsus non seulement nous appelle renoncer nous-mmes, mais nous indique en outre le moyen de le pouvoir. Celui qui ne se borne pas vouloir atteindre le ciel par Christ, mais qui veut aussi marcher sur ses traces pour lui plaire, le suivra.

Dans ce cur l Jsus prend aussitt la place qu'occupait le moi. Jsus seul devient alors le centre et le but de sa vie. La reddition sans rserve de celui qui suit Jsus est couronne de l'insigne bndiction de voir Christ devenir lui-mme sa vie par son Esprit. L'esprit de Christ, son esprit de renoncement et d'amour lui est envoy, et c'est alors avec joie qu'il renonce lui-mme, puisqu'il trouve l un moyen d'intime communion avec Dieu.

Le renoncement n'est plus alors une uvre qu'il accomplit dans le but d'atteindre la perfection par lui-mme ; il n'est plus seulement une victoire ngative sur lui-mme, un moyen de tenir en respect son moi. Depuis qu'il a formellement rompu avec le moi, Christ a pris en lui la place du moi, et l'amour de Christ, sa douceur et sa bont se rpandent de lui sur les autres. Nul commandement alors ne lui parat plus bni, plus naturel que celui-ci : Nous devons ne pas chercher notre propre satisfaction, car aussi Christ n'a pas cherch sa propre satisfaction... Si quelqu'un veut venir aprs moi, qu'il renonce soi-mme et qu'il me suive .

Bien-aim Sauveur, je te remercie de ce nouvel appel te suivre et ne pas chercher ma propre satisfaction, puisque toi-mme tu ne l'as pas cherche. Je te remercie de ce qu' prsent, je n'ai plus peur comme nagure, d'entendre ce que tu me dis l. Tes commandements ne me sont plus pnibles. Ton joug est ais, et ton fardeau lger. Ce que je vois de ta vie terrestre et de l'exemple qu'elle me donne suivre, m'est un gage certain de ce que je recevrai en moi de ta vie actuelle et cleste. C'est l ce que je n'avais pas encore compris. Longtemps aprs avoir reconnu en toi mon Sauveur, je n'osais pas admettre la pense de renoncer moi-mme. Mais pour celui qui a appris ce que c'est que de se charger de sa croix, d'tre crucifi avec toi et de laisser son vieil homme clou sur la croix, il n'est plus si terrible de renoncer soi-mme. Depuis que j'ai compris que tu es toi-mme ma vie, depuis que je sais que tu te charges entirement de la vie qu'on te confie entirement, produisant en nous le vouloir et le faire , je ne crains plus que tu me laisses manquer de l'amour et de la sagesse ncessaires pour pouvoir suivre joyeusement tes traces dans la voie du renoncement.

Seigneur, tes disciples sont indignes d'une telle grce, mais puisque tu as bien voulu nous l'accorder, tout notre bonheur sera de ne plus chercher notre propre satisfaction, mais d'avoir chacun, de la condescendance pour son prochain, comme tu nous en as donn l'exemple. Veuille ton Saint-Esprit le raliser avec puissance en nous! Amen.

HUITIME JOUR

COMME CHRIST

Dans te sacrifice de lui-mme.

Marchez dans la charit de mme que Christ qui nous a aims et qui s'est offert lui-mme Dieu pour nous comme une oblation et une victime d'agrable odeur. Eph. 5 : 2.

Nous avons connu ce que c'est que la charit en ce que Jsus-Christ a mis sa vie pour nous ; nous devons donc aussi mettre notre vie pour nos frres. 1 Jean 3 : 16.

Quel rapport y a-t-il entre le sacrifice de soi et le renoncement soi?

Le premier est la source du second. Le renoncement tmoigne d'un sacrifice antrieur; il le confirme, il en prpare le renouvellement. C'est ce que nous montre la vie de notre Seigneur Jsus. Son incarnation fut le sacrifice de soi-mme, sa vie de renoncement en fut la consquence, et par l il fut amen au grand sacrifice de sa mort sur la croix. Il en est de mme du chrtien. Sa conversion est en quelque mesure le sacrifice de soi-mme, quoique bien imparfait, vu son ignorance et sa faiblesse. De ce premier acte nat pour lui l'obligation du renoncement quotidien. Ses efforts le raliser lui prouvent sa faiblesse, et l'amnent un nouveau sacrifice plus complet dans lequel seulement il trouve la force de pratiquer le renoncement habituel. L'esprit de sacrifice est l'essence mme de l'amour. L'amour trouve son bonheur s'oublier pour autrui, tout sacrifier pour autrui, s'identifier avec ceux qu'il aime et partager avec eux toutes ses joies.

Qui sait si au nombre des mystres que nous rvlera l'ternit, nous ne verrons pas que le pch fut permis sur la terre, parce que sans cela l'amour de Dieu n'aurait pas eu lieu de se manifester si pleinement? Le suprme degr de l'amour de Dieu se rvle dans le sacrifice de Christ, et la plus grande gloire du chrtien est de suivre jusque-l son Dieu. Sans un entier sacrifice de soi-mme, impossible d'accomplir le nouveau commandement , celui de l'amour. (Jean 13 : 34). Sans un entier sacrifice de soi-mme, impossible d'aimer comme Jsus a aim. Soyez les imitateurs de Dieu , dit l'aptre, et marchez dans la charit, de mme que Christ qui nous a aims et qui s'est offert lui-mme Dieu pour nous comme une oblation et une victime d'agrable odeur . Que tout' dans votre vie se fasse, d'aprs l'exemple de Christ, avec amour. C'est cet amour qui a rendu son sacrifice agrable Dieu, et puisque cet amour s'est manifest par le sacrifice de lui-mme, que votre amour aussi soit conforme au sien par le sacrifice rpt de vous-mme pour le bien des antres; c'est l ce qui le rendra agrable Dieu. Nous devons mettre notre vie pour nos frres .

C'est jusque d'ans les menus dtails de notre intrieur, jusque dans nos rapports entre mari et femme, entre matre et serviteur, que le sacrifice de Christ doit tre la rgle de notre conduite de chaque jour. De mme vous, maris, aimez vos femmes comme Christ aussi a aim l'Eglise et s'est livr lui-mme pour elle . (Eph. 5 : 25).

Remarquez surtout ces mots : Christ s'est offert lui-mme Dieu pour nous comme une oblation . Nous voyons l que son sacrifice a deux faces, l'une pour Dieu, l'autre pour l'homme. C'est pour nous, mais c'est Dieu qu'il s'est offert en sacrifice. Dans le sacrifice de nous-mmes ces deux faces doivent toujours se retrouver aussi, quoique tantt l'une, tantt l'autre soit plus en vidence.

Ce n'est qu'aprs nous tre offerts en sacrifice Dieu que nous pouvons aussi renoncer entirement nous-mmes. Le Saint-Esprit rvle alors au croyant les droits que Dieu a sur lui. Il nous enseigne que nous ne nous appartenons pas nous-mmes, mais que nous sommes Dieu. Alors seulement, nous apprenons quel degr nous sommes sa proprit absolue, achets et pays prix de sang, quel degr il nous a aims de son amour infini, et quel bonheur il y a se donner, s'abandonner lui. Voil ce qui amne le croyant s'offrir aussi en sacrifice fait par le feu . (Lv. 1:9). Il se place sur l'autel de conscration et trouve sa plus grande joie tre une oblation d'agrable odeur son Dieu, tre consacr Dieu et accept de Dieu. Son plus vif dsir est alors de savoir comment Dieu l'appelle lui prouver, par sa vie de chaque jour, la ralit de cet entier sacrifice de lui-mme.

Dieu lui montre l'exemple de Christ. Il tait d'agrable odeur Dieu quand il s'est offert en sacrifice pour nous. A tout chrtien qui se consacre entirement au service de Dieu, Dieu rserve le mme honneur qu'il a confr son Fils, il se sert de lui comme d'un moyen de bndiction pour les autres. C'est pour cela que Jean dit : Celui qui n'aime point son frre qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? (1 Jean 4 : 20). Le sacrifice de vous-mme par lequel vous vous tes consacr au service de Dieu, vous oblige servir aussi vos semblables ; le mme acte qui vous donne entirement Dieu, vous donne entirement eux.

C'est donc prcisment cette entire conscration Dieu qui rend capable de se sacrifier pour les autres et qui en fait mme une joie. C'est quand ma foi s'est approprie cette promesse : En tant que vous avez fait ces choses l'un de ces plus petits de mes frres, vous me les avez faites , que je puis concilier ces deux faces du sacrifice : sacrifice Dieu et sacrifice pour les hommes. Alors mes rapports avec mes semblables, au lieu d'tre, comme on s'en plaint souvent, un obstacle ma communion non interrompue avec Dieu, deviennent l'occasion mme de m'offrir incessamment lui.

Quel appel ! Marcher dans la charit de mme que Christ nous a aims, et s'est offert lui-mme Dieu pour nous, comme une oblation et une victime d'agrable odeur . Ce n'est qu'ainsi que l'Eglise peut remplir son mandat, et prouver au monde qu'elle a t mise part pour continuer l'oeuvre de Christ, son uvre de sacrifice et d'amour, pour achever de souffrir le reste des afflictions de Christ . (Col. 1 : 240.

Mais Dieu attend-il rellement de nous que nous renoncions si compltement nous-mmes pour les autres? N'est-ce pas trop demander? Peut-on se sacrifier si entirement? Chrtien! Dieu l'attend de vous. Il ne faut pas moins pour devenir conforme l'image de son Fils, ce quoi il vous a destin ds l'ternit. C'est l la voie qu'a suivie Jsus pour entrer dans la gloire et la flicit, et le disciple ne peut en suivre d'autre pour entrer dans la joie de son Seigneur. C'est bien rellement devenir comme Jsus dans son amour et son abngation que nous sommes appels : Marchez dans 1a. charit de mme que Christ qui nous a aims .

Il est essentiel pour le croyant de reconnatre cette vrit, car l'tat de faiblesse de l'Eglise vient en grande partie de ce que les serviteurs de Dieu la comprennent gnralement si peu. En ceci l'Eglise a besoin d'une nouvelle rformation. Lors de la grande rformation, il y a trois sicles, la puissance de la mort et de la justice de Christ pour effacer les pchs fut remise en lumire pour la joie et la consolation des mes angoisses ; mais il nous faut prsent une seconde rformation pour dployer le drapeau de Christ comme exemple et rgle suivre, pour rtablir cette vrit trop oublie : la puissance de la rsurrection de Christ nous rend participants de la vie de notre Seigneur, nous rend ainsi conformes lui. Les chrtiens ne doivent pas s'en tenir croire leur union avec Christ seulement pour leur salut et leur rconciliation, mais ils doivent croire leur union parfaite avec Christ, leur Tte, leur Modle et leur Vie. Ils doivent rellement reprsenter Christ sur la terre et faire voir autour d'eux par la vie des membres ce qu'a t la vie de la Tte, quand Jsus tait dans la chair. Demandons au Seigneur que partout les enfants de Dieu apprennent voir ce que rclame d'eux leur sainte vocation.

Et vous tous qui dj dsirez raliser ces choses, ne craignez pas de vous donner Dieu, par un sacrifice semblable celui de Christ. A votre conversion, vous vous tes dj donns Dieu et ds lors vous vous tes plus d'une fois donns et consacrs de nouveau lui, mais l'exprience vous a montr tout ce qui vous manque encore. Peut-tre n'avez-vous jamais compris quel degr votre sacrifice devait et pouvait tre entier et complet. Eh bien, venez et voyez en Christ votre Modle, voyez dans son sacrifice sur la croix ce que votre Pre attend de vous. Voyez en Christ qui est votre Tte et votre Vie, ce qu'il veut faire de vous. Croyez en lui. Croyez que ce qu'il a accompli sur la terre par sa vie et par sa mort comme votre Modle, il veut prsent l'accomplir en vous aussi du haut du ciel. Offrez-vous au Pre en Christ, voulant tre aussi entirement, aussi compltement que lui une oblation d'agrable odeur. Comptez sur Christ pour le raliser en vous, et pour vous maintenir dans cette voie. Que vos rapports avec Dieu soient clairs et prcis; soyez-lui, comme Christ, entirement consacrs. Alors il ne vous sera plus impossible de marcher dans la charit de mme que Christ qui nous a aims . Alors tous vos rapports avec vos frres et avec le monde vous seront l'occasion de prouver Dieu que vous vous tes bien compltement donns lui en oblation d'agrable odeur.

O mon Dieu! Qui suis-je que tu m'aies choisi, moi, pour me rendre conforme l'image de ton Fils dans son amour et son sacrifice ! Il nous a rvl sa perfection et sa gloire divines en n'aimant point sa propre vie, mais en se donnant pour nous en sa mort, et c'est par l que je puis lui ressembler. En marchant dans la charit, je puis montrer que moi aussi, je me suis donn tout entier Dieu.

O mon Pre ! ce que tu demandes de moi, je le veux aussi. Avec solennit je te confirme ma conscration, non pas en me confiant en ma propre force, mais avec foi en la force de Celui qui s'est donn pour moi. C'est parce que Christ, mon Modle, est aussi ma vie, que j'ose te dire : Mon Pre, en Christ, comme Christ, je m'offre toi en sacrifice.

O mon Pre! Enseigne-moi comment tu veux que je manifeste ton amour au monde. Tu veux le faire en me remplissant de ton amour. Mon Pre, fais-moi marcher dans la charit de mme que Christ qui nous a aims . Que ton Saint-Esprit me vivifie chaque jour et me rende capable d'aimer en toutes circonstances chacun de ceux que je rencontrerai, capable d'aimer d'un amour qui ne vient pas de moi, mais de toi. Amen.

(Voir la note 4).

NEUVIME JOUR

COMME CHRIST

En n'tant pas du monde.

Eux sont dans le monde,... et le monde les a has, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. Ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde. Jean 17 : 11, 14, 16.

Afin que nous soyons dans ce monde tel qu'il est lui-mme. 1 Jean 4 : 17.

Si Jsus n'tait pas du monde, pourquoi tait-il dans le monde? S'il n'y avait aucune sympathie entre lui et le monde, pourquoi y vivait-il, au lieu de rester dans ce monde suprme, saint et bni auquel il appartenait? C'est parce que le Pre la envoy dans le monde. Ces mots : dans le monde , pas du monde nous rvlent tout le secret de son uvre comme Sauveur, et de sa gloire comme Dieu-homme.

Dans le monde : Revtu de la nature humaine, parce que Dieu voulait montrer ainsi que cette nature humaine lui appartenait, lui, quelle n'appartenait pas au prince de ce monde , et qu'elle tait capable de recevoir la vie divine, de parvenir par l la plus haute gloire.

Dans le monde : Ml aux hommes, en relation avec eux pour se faire voir et connatre d'eux et pour les ramener par l au Pre.

Dans le monde : En lutte avec les puissances qui gouvernent le monde, pour apprendre l'obissance, pour perfectionner et sanctifier ainsi la nature humaine.

Pas du monde : Mais du ciel, manifestant la vie qui se trouve en Dieu et que l'homme avait perdue, pour la rapprocher de l'homme, pour la lui faire contempler et dsirer.

 Pas du monde : Tmoignant contre le pch et contre tout ce qui spare l'homme de Dieu, pour montrer l'homme qu'il est incapable de se faire une juste ide de Dieu et de lui plaire.

Pas du monde : Fondant sur la terre un royaume d'origine toute divine, tout fait indpendant de tout ce que le monde tient pour dsirable ou ncessaire, avec des principes et des rgles tout autres que ceux qui ont cours dans le monde.

Pas du monde : Afin de racheter tous ceux qui lui appartiennent, et de les amener dans le royaume nouveau et cleste qu'il leur a rvl.

Dans le monde . Pas du monde . Voil ce qu'est Jsus, ce qu'est son uvre : pas du monde quant sa puissance et sa saintet divines qui doivent juger le monde et le vaincre ; et pourtant dans le monde quant son humanit et son amour qui cherchent sauver tout ce qui peut tre sauv. La plus complte sparation d'avec le monde jointe aux plus intimes rapports avec ceux qui sont dans le monde, voil les deux extrmes qui se runissent et se concilient en Jsus. La vie du chrtien doit aussi mettre d'accord ces deux extrmes, quelque contradictoires qu'ils puissent paratre. Il faut que chez le croyant, la vie divine se fasse jour au travers de l'enveloppe terrestre.

S'en tenir l'une de ces vrits seulement n'est pas trs difficile. Pas du monde fut ds les ges les plus reculs la devise de tous ceux qui croyaient devoir, pour servir Dieu, fuir au dsert, ou se retirer dans des couvents, et de nos jours encore, elle rallie ceux qui croient devoir montrer la sincrit de leur pit en jugeant svrement tout ce qui est dans le monde. Il y a bien chez eux sparation d'avec le pch, mais il n'y a plus de rapports avec les pcheurs qui ne se sentent pas entours par eux de la divine charit de Jsus. C'est limiter la religion un seul point de vue, c'est en faire par consquent une religion dfectueuse.

D'autres s'en tiennent aux mots : Dans le monde , se rclamant de cette parole de l'aptre : Autrement il vous faudrait sortir du monde . (I Cor. 5 : 10). Ils veulent montrer que la religion n'empche pas d'tre sociable et de jouir de tout, car ils se figurent que par l ils engageront le monde servir Dieu. Souvent ils ont en effet russi rendre le monde trs religieux, mais quel prix? La religion se faisait alors trs mondaine.

Le vrai disciple doit runir ces deux vrits. S'il ne montre pas clairement qu'il n'est pas du monde, s'il ne tmoigne pas du bonheur qui rsulte de la vie qui vient de Dieu, comment pourra-t-il convaincre le monde de pch, comment lui prouver qu'il existe une vie d'un niveau plus lev, comment l'engager dsirer ce qu'il ne possde pas encore? Il faut que son srieux, sa saintet et sa sparation d'avec l'esprit du monde le caractrisent, lui et sa vie. Il faut que son esprit sanctifi, un esprit nouveau, cleste, tout contraire celui du monde, prouve tous qu'il appartient un royaume qui n'est pas de ce monde.

Et pourtant il doit vivre dans le monde . Dieu l'a plac l, au milieu de ceux qui sont du monde pour gagner leur cur, pour avoir de l'influence sur eux, pour leur communiquer l'Esprit qui est en lui, et c'est remplir cette mission qu'il doit chercher employer sa vie. Il ne saurait y russir par les moyens qu'indique la sagesse du monde, par des concessions, par des dviations ou des attnuations des grandes vrits religieuses. Non, il ne pourra tre en bndiction au monde qu'en suivant lest traces de celui qui seul peut enseigner vivre dans le monde sans tre du monde, qu'en ralisant une vie de service et d'abngation par laquelle il confessera ouvertement que la gloire de Dieu est le but de son existence, et par laquelle, tant plein du Saint-Esprit il rchauffera les hommes au contact de l'amour divin.

Oh! qui nous fera trouver le secret divin de runir chaque jour dans notre vie ces deux choses si difficiles concilier : dans le monde, et pas du monde? C'est Jsus qui nous le rvle, lui qui a dit : Ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde . Ce comme a plus de porte et de puissance que nous ne le pensons. Si nous laissons le Saint-Esprit nous expliquer le sens de ce mot, nous comprendrons ce que c'est que de vivre dans ce monde comme Jsus y a vcu. C'est de notre union avec Christ que ce comme tire toute sa force. C'est elle qui nous enseignera que plus on est loin  d?tre du monde , mieux on est prpar tre dans le monde . Plus l'Eglise sera affranchie de l'esprit et des principes du monde, plus aussi elle aura d'influence sur lui. La vie du monde cherche sa propre satisfaction et sa propre gloire. La vie du ciel est sainte, elle vit d'amour et de renoncement soi-mme. Un grand nombre de chrtiens qui cherchent se sparer du monde ne possdent que peu de vie spirituelle, parce qu'ils conservent encore trop de l'esprit goste du monde, cherchant avant tout leur propre amlioration, et leur propre bonheur. Jsus-Christ n'tait pas du monde, il n'avait rien de l'esprit du monde; c'est pourquoi il pouvait aimer les pcheurs, les gagner et les sauver. Le croyant non plus ne doit pas tre du monde plus que Christ ne l'a t, car le Seigneur lui dit : pas du monde, comme je ne suis pas du monde . Par sa nouvelle nature le croyant est n de Dieu , il a reu en lui la vie et l'amour de Dieu, et c'est cette vie surnaturelle qui le rend capable d'tre dans le monde sans tre du monde. Tout disciple qui tire sa vie de Christ en fera l'exprience. Il peut se dire : comme Christ je ne suis pas du monde, parce que je suis en Christ. Il sait que c'est seulement par son union avec Christ qu'il peut rester spar du monde, et que ce n'est qu'autant que Christ vit en lui qu'il peut jouir de la vie qui vient de Dieu. Il sait que pour rpondre sa vocation, il doit se retirer du monde comme tant crucifi au monde, et que nanmoins il doit vivre dans le monde, afin d'y tre en bndiction aux autres par la vie qu'il reoit de Christ. Tout en marchant sur la terre, il vit dans le ciel.

Chrtiens, voyez l la vraie manire d'imiter Jsus-Christ. C'est pourquoi sortez du milieu d'eux et vous en sparez, dit le Seigneur . Et alors s'accomplit cette promesse : J'habiterai au milieu d'eux et j'y marcherai . (2 Cor. 6 : 17, 16). Alors Christ pourra vous envoyer dans le monde, comme le Pre l'y a envoy? pour occuper dans le monde la place o votre Pre vous commande de le glorifier et de faire connatre son amour.

Pas du monde : Ce n'est pas seulement se sparer du monde et tmoigner contre lui, mais c'est encore faire connatre l'esprit, l'amour et la puissance de l'autre monde, du ciel, auquel nous appartenons, c'est amener le monde terrestre avoir part aux bndictions du monde cleste.

O toi, Souverain Sacrificateur ! Toi, qui revtu de ton pouvoir sacerdotal as pri le Pre pour nous qui ne sommes, pas plus que toi, du monde, quoique devant encore l'habiter, puisse ton intercession manifester en notre faveur sa souveraine efficace !

Le monde a souvent accs dans notre cur. Son gosme nous domine trop encore. A cause de notre incrdulit, la nouvelle nature n'a pas toujours plein pouvoir. Seigneur, nous te supplions, en vertu de ton intercession toute-puissante, de raliser en nous ces mots : Pas du monde, comme je ne suis pas du monde , car notre seule force contre le monde est d'tre comme toi.

Seigneur, nous ne pouvons tre comme toi qu'en tant un avec toi. Nous ne pouvons marcher avec toi qu'en demeurant en toi. O Seigneur, nous renonons nous-mmes pour demeurer en toi seul. Tu prends possession d'une vie qui se donne entirement toi. Que ton Saint-Esprit, qui habite en nous, nous unisse si troitement toi, que nous puissions toujours vivre comme n'tant pas du monde. Et qu'en outre ton Saint-Esprit nous initie si bien ton uvre, en nous invitant travailler comme toi dans le monde, que nous puissions tre avec joie et en toute humilit un exemple du bonheur dont jouissent ceux qui ne sont pas du monde. Que notre sparation du monde se reconnaisse notre amour et notre empressement nous sacrifier, comme toi, pour ceux qui sont encore du monde. Amen.

DIXIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa mission divine.

Comme tu m'as envoy dans le monde, je les ai aussi envoys dans le monde. Jean 17 ; 18.

Comme mon Pre m'a envoy, je vous envoie aussi de mme. Jean 20 : 21.

Notre Seigneur Jsus se rendait compte que son Pre lui avait donn une mission remplir ici-bas. Souvent il disait: Le Pre m'a envoy ([2]) . Il savait ce qu'tait cette mission. Il savait que le Pre lavait choisi, l'avait envoy dans le monde pour accomplir cette mission, et il savait aussi que le Pre lui donnerait tout ce dont il aurait besoin pour l'accomplir. La conviction d'avoir t envoy par le Pre tait le grand mobile de tout ce qu'il faisait.

Dans les affaires de ce monde, il importe qu'un ambassadeur sache clairement quelle est la mission dont il est charg, et qu'il sache aussi qu'il n'a autre chose faire qu' la bien remplir, s'y adonnant tout entier. Il importe aussi que le chrtien se rende compte qu'il a une mission remplir sur cette terre, qu'il sache ce qu'elle est et comment il peut l'accomplir.

Notre mission divine est une des plus belles parties de notre conformit avec Jsus. Lui-mme dit clairement dans un des moments les plus solennels de sa vie que, comme le Pre l'a envoy , il envoie de mme ses disciples. C'est dans sa prire sacerdotale qu'il parle ainsi son Pre, lui demandant pour eux qu'ils soient gards et sanctifis. Aprs sa rsurrection, il le dit aussi ses disciples, leur promettant cet effet l'envoi du Saint-Esprit. Rien ne nous fera mieux comprendre et remplir notre mission ici-bas que sa correspondance, son identit avec la mission de Christ.

Notre mission est semblable la sienne par le but qu'elle se propose. Pourquoi le Pre a-t-il envoy son Fils? Pour faire connatre son amour envers les pcheurs et sa volont de les sauver. Non seulement les paroles de Jsus, mais sa personne mme, mais toute sa conduite et toute sa vie tmoignaient de l'amour du Pre. Il devait reprsenter en sa personne le Pre invisible qui est au ciel, afin que sur la terre les hommes apprissent ce que signifie: Comme le Pre .

Aprs avoir accompli sa mission, le Seigneur monta au ciel, devenant, comme le Pre, invisible au monde. Et maintenant il a transmis sa mission ses disciples aprs leur avoir montr comment il fallait l'accomplir. Ils doivent le reprsenter, lui l'Invisible, afin qu'en voyant ce qu'ils sont, les hommes de la terre puissent juger de ce qu'il est lui-mme. Tout chrtien doit donc tre la vivante image de Jsus, il doit montrer en sa personne et par sa conduite le mme amour pour les pcheurs, le mme dsir de les sauver, afin que par eux le monde puisse savoir ce que signifie ; Comme Christ . O mon me, prends le temps ncessaire pour raliser cette vrit. Notre mission a le mme but que celle de Christ, le but de faire connatre le saint amour de Dieu revtu de notre enveloppe terrestre.

Notre mission a la mme origine aussi que celle de Christ. C'est l'amour du Pre qui a choisi Christ pour cette uvre, et qui l'a trouv digne d'un tel honneur, d'une telle confiance. Nous aussi, nous sommes choisis par Christ pour cette uvre. Tout rachet sait bien que ce n'est pas lui qui a t chercher le Seigneur, mais que c'est le Seigneur qui a t le chercher. En allant le chercher, et en l'attirant a lui, le Seigneur avait expressment en vue cette mission divine, Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit . {Jean 15 : 16).

Croyant, qui que tu sois, et o que tu sois, le Seigneur, qui te connat, toi et ceux qui t'entourent, a besoin de toi; il t'a choisi pour le reprsenter dans le cercle o tu te meus. Que ton cur s'applique lui obir. Jsus a mis son cur te sauver, afin que tu refltes et que tu fasses voir autour de toi l'image mme de sa gloire invisible. Oh ! souviens-toi que ta mission divine mane de l'amour ternel de Jsus comme la mission de Jsus manait de l'amour du Pre. Souviens-toi que, par l, ta mission est en toute vrit semblable la tienne.

Notre mission est encore semblable celle de Christ quant aux subsides qui nous sont accords pour la remplir. Tout ambassadeur s'attend tre pourvu du ncessaire pour sa mission.  Celui qui m'a envoy est avec moi, et le Pre ne m'a point laiss seul . (Jean 8 : 29). Ceci nous apprend qu'en envoyant son Fils, le Pre tait toujours avec lui, qu'il tait partout sa force et son appui. Il en est de mme quant l'Eglise de Christ et sa mission. Une promesse accompagne l'ordre donn : Allez et instruisez toutes les nations... Voici, je suis toujours avec vous . (Mat. 28 : 19, 20). Le chrtien ne doit jamais se retirer en arrire sous prtexte d'incapacit, car le Seigneur ne demande jamais rien qu'il ne donne le pouvoir d'accomplir. Tout croyant peut donc tre certain que, comme le Pre avait donn son Esprit-Saint au Fils pour le rendre capable de son travail, de mme le Seigneur Jsus donnera aussi aux siens tout ce dont ils ont besoin. Le croyant recevra d'En haut la grce d'tre un fidle reprsentant de Christ ici-bas, d'offrir dans sa vie un reflet de l'exemple laiss par Christ et d'tre ainsi un foyer de vie, d'amour et de bndiction pour ceux qui l'entourent. Quiconque entreprend sa mission divine avec cur et avec foi ne tardera pas prouver que, rellement, celui qui envoie se charge aussi de pourvoir du ncessaire ceux qui sont envoys. Jsus fait ainsi pour nous ce que Dieu a fait pour lui.

Notre mission est semblable en outre celle de Christ par la conscration qu'elle exige Le Seigneur Jsus s'est adonn sans rserve poursuivre son uvre. C'tait lunique but de sa vie : Pendant qu'il est jour, il me faut faire les uvres de celui qui m'a envoy. La nuit vient dans laquelle personne ne peut travailler . (Jean 9 : 4). La mission du Pre tait la seule raison de sa vie terrestre. Il ne vivait ici-bas que pour rvler l'humanit l'excellence et la gloire de Dieu le Pre.

De mme pour nous. La mission que Christ nous confie ici-bas est la seule raison de notre prsence sur la terre, sans cela il nous retirerait de ce monde. La plupart des croyants ne s'en rendent pas compte. Leur devoir se bornes, selon eux, travailler quelque peu pour Christ au milieu d'autres choses faire, et encore n'en trouvent-ils que difficilement le temps et la force. Et pourtant chacun devrait se dire : Accomplir la mission de Christ est la seule raison de ma vie ici-bas. Ce n'est qu'en m'y consacrant sans rserve, comme la fait mon Seigneur et mon Matre, que ma vie pourra lui tre agrable. Cette mission divine est si vaste et si belle que nous ne pouvons pas l'accomplir sans nous y consacrer entirement. Impossible sans cela de recevoir les forces ncessaires pour nous en acquitter, impossible aussi de compter sur le secours du Seigneur, sur l'accomplissement de ses promesses. Est-ce bien ainsi que je suis prpar pour cette mission? Si je le suis, je possde la clef qui va ouvrir mon exprience tous les trsors de gloire contenus dans ces mots : Comme mon Pre m'a envoy, je vous envoie aussi de mme .

O frres, consacrons notre vie cette mission ; n'est-elle pas digne de la remplir tout entire ?

Seigneur Jsus, tu es descendu du ciel pour nous faire connatre ce qu'est la vie du ciel. Tu as pu le faire parce que tu tais du ciel. Tu as apport sur la terre l'image et l'esprit de la vie du ciel ; c'est pourquoi tu as pu nous montrer aussi glorieusement ce qui constitue la vraie gloire du ciel, la volont et l'amour du Pre invisible.

Seigneur, tu es toi-mme prsent l'Invisible dans le ciel, et tu nous envoies, nous, pour te reprsenter dans ta gloire divine de Sauveur. Tu demandes que, nous aussi, nous aimions les hommes, afin que, d'aprs ce que nous serons avec eux, ils puissent se faire quelque ide de la manire dont tu les aimes, toi, dans le ciel.

O notre Sauveur, notre me te bnit de ce que tu ne demandes pas plus que tu ne donnes. Toi qui es la vie du ciel, tu promets de faire vivre de ta vie tes disciples, tu vis en eux, bni soit ton saint nom! C'est de toi qu'ils reoivent le Saint-Esprit pour tre en eux  un souffle de vie . C'est lui qui est la vie divine de l'me, et quiconque accepte la direction de l'Esprit pourra accomplir sa mission. Par la joie et la puissance que confre le Saint-Esprit, nous pourrons tre ta vivante image, et faire connatre tous ce qu'est ta ressemblance.

Seigneur, enseigne-moi, enseigne-nous, nous tous, que nous ne sommes pas du monde, comme toi tu n'tais pas du monde, et que c'est pour cela que tu nous envoies dans le monde, comme tu avais t envoy par ton Pre, afin que nous prouvions par notre vie que nous appartenons ce monde d'amour, de puret et de flicit auquel ici-bas tu appartenais toi-mme. Amen.

ONZIME JOUR

COMME CHRIST

L'lu de Dieu.

(Attention la doctrine de la prdestination)

Prdestins tre conformes l'image de son Fils afin qu'il soit le premier-n entre plusieurs frres Rom. 8: 29.

L'Ecriture nous parle d'une lection individuelle. Cette doctrine de l'lection ne rsulte pas seulement de quelques textes isols, mais de l'ensemble de ce qu'elle nous dit quant aux conseils de l'ternit qui s'accomplissent ici-bas dans le temps. Elle fait dpendre tout l'avenir du royaume de Dieu de la fidlit de quelque individu remplir son mandat ici-bas. Aussi la seule garantie de l'excution du dessein de Dieu repose sur la prdestination de l'individu. Ce n'est que dans la prdestination que l'histoire du monde, aussi bien que celle du royaume de Dieu et de chaque croyant, trouve une base assure.

Il y a des chrtiens qui ne peuvent pas admettre ceci. Ils craignent tellement de porter atteinte la responsabilit d l'homme qu'ils rejettent la doctrine de la prdestination divine comme privant l'homme de sa libert de volont et d'action. LEcriture ne partage pas cette crainte-l. Tantt elle parle de la libre volont de l'homme, comme s'il n'y avait pas d'lection, tantt elle parle de l'lection, comme s'il n'tait pas question de libre volont. Nous voyons par l que nous devons admettre l'une et l'autre de ces deux vrits, lors mme que nous ne pouvons pas les comprendre, ni les mettre d'accord. C'est la lumire de l'ternit que nous sera donne la solution du problme. En attendant, celui qui les recevra toutes deux avec foi, ne tardera pas reconnatre qu'elles ne se contredisent point. Il verra que plus sa foi croira au dessein ternel de Dieu, plus il en recevra de force et de zle pour le travail ; il verra aussi que plus il travaillera et sera bni dans son travail, plus il lui deviendra vident que tout vient de Dieu et concourt l'accomplissement de son plan.

C'est pour cela qu'il est si important pour le croyant de travailler affermir son lection . L'Ecriture nous assure  qu'en faisant cela, nous ne broncherons jamais . (2 Pier. 1 : 10). En effet, plus je crois que je suis lu de Dieu, et que je le suis, non seulement en gnral, mais parce que de cette lection dpend chaque dtail de ce qu'il m'appelle faire, plus aussi je me sens fortifi par la conviction que Dieu lui-mme perfectionnera son oeuvre en moi, et qu'ainsi il me sera possible de faire tout ce qu'il attend de moi. Pour chaque devoir que m'impose l'Ecriture, pour chaque promesse dont je dsire l'accomplissement, je recourrai au dessein de Dieu sur lequel se fondera mon attente et qui me donnera aussi la mesure de ce que je dois attendre. Je comprendrai que ma vie sur la terre doit tre la fidle reproduction du plan de ma vie que le Pre a trac dans le ciel, indiquant l ce que je dois tre ici-bas.

Chrtien, affermissez votre vocation et votre lection. Voyez clairement que Dieu vous a lu d'avance, et dans quel but vous tes lu. En faisant cela, vous ne broncherez jamais . Votre confiante adhsion au dessein irrvocable de Dieu vous communiquera une ferme assurance qui vous gardera de broncher.

Voici en quels termes l'Ecriture parle du dessein de Dieu en ce qui nous concerne : Prdestins tre conformes l'image de son Fils . Jsus-Christ, homme, est l'lu de Dieu. En lui commence et finit l'lection,  En lui nous sommes lus . C'est pour que nous fussions unis lui et pour sa gloire que nous avons t lus. Le croyant qui ne cherche dans son lection que l'assurance de son propre salut, qu' tre affranchi de toute crainte et incertitude, n'en sait encore que peu de chose. Le but de notre lection est de nous ouvrir tous les trsors qui nous sont promis en Christ et de pourvoir chaque dtail, chaque besoin de notre vie. Nous avons t lus en lui avant la fondation du monde, afin que nous soyons saints et irrprhensibles devant lui par la charit . (Eph. 1 : 4). Ce n'est que lorsque l'Eglise saisira bien le rapport qui existe entre l'lection et la sanctification, que la doctrine de l'lection rpandra toutes ses grces. (2 Ths. 2 : 13; 1 Pier. 1 : 2). Elle enseigne au croyant que c'est Dieu qui doit et qui veut tout faire en lui; elle lui enseigne qu'il peut s'en remettre jusque dans les moindres dtails au dessein irrvocable de Dieu, pour accomplir lui-mme en son enfant tout ce qu'il attend de lui. A cette lumire-l, cette parole : Prdestins tre conformes l'image de son Fils , fortifie d'une force nouvelle chacun de ceux qui ont dj commenc prendre pour rgle de ce qu'ils doivent tre, ce que Christ est lui-mme.

Chrtien, si vous voulez rellement tre comme Christ, attachez-vous la certitude que Dieu le veut aussi, que tout le plan de la rdemption a pour but de vous rendre tel, et que le dessein de Dieu vous est une garantie du succs de vos efforts. A ct de votre nom, dans le livre de vie, se trouvent aussi ces mots; Prdestin tre conforme l'image de son Fils . Toute la puissance divine, qui a dj accompli la premire partie du dessein ternel en rvlant la parfaite ressemblance du Pre dans la personne de Jsus-Christ homme, est pareillement engage en accomplir la seconde partie, en oprant cette mme ressemblance dans chacun des enfants de Dieu. Dans l'uvre de Christ se trouve tout ce qu'il faut pour accomplir cette seconde partie du dessein de Dieu, aussi est-ce notre union avec Christ qui fait ici notre force. Nous pouvons compter sur cette force-l comme certaine, comme nous tant destine de Dieu, et nous la recevrons aussitt que nous nous livrerons son influence. Dieu ne nous a-t-il pas lus pour tre conformes l'image de son Fils?

Il est facile de comprendre toute l'influence qu'exerce cette vrit ds qu'elle prend vie dans l'esprit. Elle nous enseigne nous abandonner la Volont Eternelle, pour qu'elle accomplisse elle-mme par nous l'uvre que Dieu attend de nous. Elle nous montre aussi toute l'insuffisance et l'inutilit de nos propres efforts, car tout ce qui est de Dieu doit tre fait par Lui. Lui qui est le commencement doit aussi tre le milieu et la fin. La foi se fortifie tonnamment, elle prend une sainte hardiesse quand on se glorifie en Dieu seul, quand on attend de Dieu lui-mme l'accomplissement de toute promesse, de tout commandement, de tout ce qui rentre dans son dessein et sa volont sainte.

Croyant ! prenez le temps de vous assimiler cette vrit, demandant Dieu de la faire pntrer en vous, pour qu'elle agisse avec puissance dans votre me. Que le Saint-Esprit grave au plus intime de votre tre que vous tes prdestin tre conforme l'image de son Fils . Le but du Pre tait la gloire de son Fils, il voulait qu'il ft le premier-n entre plusieurs frres . (Rom. 8 : 29). Que votre but aussi, le but de toute votre vie, soit d'tre l'image de votre frre an, afin qu'en vous voyant, vos frres en Christ soient stimuls le rechercher lui directement, le louer lui seul, et le suivre de plus prs. Soit par votre vie, soit par vos prires, tendez toujours ce que Christ soit glorifi dans votre corps . (Phil. 1 : 20). Vous en recevrez une confiance nouvelle pour demander et attendre tout ce qu'il vous faut pour vivre comme Christ. Votre conformit avec Christ contribuera accomplir le dessein ternel du Pre, qui est de glorifier le Fils. Par l mme, elle vous paratra si sainte et si divine, que vous saurez bien ne pouvoir la tenir que du Pre, et que, venant de lui, elle vous est assure. Ce que le dessein de Dieu a arrt, la puissance de Dieu l'accomplit; ce que l'amour de Dieu a dcid, l'amour de Dieu le ralise. Une foi vivante au dessein ternel de Dieu vous sera donc une force majeure pour vous inciter vivre comme Christ.

O toi que je ne puis comprendre, je me prosterne devant toi avec la plus profonde humilit. Quelle force dj m'avait donn la certitude que ton Fils m'avait choisi pour m'envoyer dans le monde comme toi tu l'as envoy! Mais prsent tu me fais monter plus haut encore en me rvlant que ma mission, celle d'tre tel que Jsus a t dans le monde, a t dcrte par toi ds l'ternit. O mon Dieu ! mon me se prosterne dans la poussire devant toi.

Seigneur Dieu, prsent que ton enfant vient toi pour rclamer l'accomplissement de ton propre dessein, il ose attendre avec confiance que tu l'exauceras. Ta volont est plus forte que n'importe quel obstacle. La foi qui se confie en toi ne sera point confuse. Seigneur, avec un saint respect, avec adoration, aussi bien qu'avec la confiance d'un enfant, je t'adresse cette prire : Pre, accorde-moi le dsir de mon me, rends-moi conforme l'image de ton Fils. Mon Pre, devenir semblable Jsus, voil ce que mon me dsire et te demande.

O mon Pre, inscris dans ton livre de mmoires, inscris aussi dans ma propre mmoire, que je te demande ici ce que je dsire par-dessus tout : devenir conforme l'image de ton "Fils.

Pre, c'est pour cela mme que tu m'as lu; tu me le donneras donc ta gloire et celle de ton Fils. Amen.

DOUZIME JOUR

COMME CHRIST

En faisant la volont de Dieu.

Car je suis descendu du ciel pour faire non ma volont, mais la volont de celui qui m'a envoy Jean 6: 38; 5: 30.

La volont de Dieu nous manifeste la plus haute expression de sa perfection divine, aussi bien que la suprme nergie de sa Toute-Puissance. C'est la volont de Dieu que la cration doit son existence et sa beaut, et dans toute la nature s'accomplit chaque jour encore la volont de Dieu. Dans le ciel, les anges prennent plaisir faire la volont de Dieu; sur la terre, l'homme fut cr libre pour qu'il pt de son libre choix faire aussi la volont de Dieu. Mais, hlas ! tromp par le diable, l'homme commit le grand pch de faire sa propre volont plutt que celle de Dieu, oui, sa propre volont plutt que la volont de Dieu! Voil l'origine et la culpabilit du pch.

Jsus-Christ s'est fait homme pour nous ramener au bonheur de faire la volont de Dieu.

Le grand but de la rdemption est de nous affranchir, nous et notre volont, de la puissance du pch, pour nous ramener vivre selon la volont de Dieu. Jsus lui-mme, pendant sa vie terrestre, nous a montr ce que c'est que de vivre uniquement pour faire la volont de Dieu ; puis, par sa mort et sa rsurrection, il nous a acquis la force de vivre selon Dieu et de faire sa volont comme il l'avait faite lui-mme. Voici, je viens, Dieu, pour faire ta volont! (Hb. 10 : 7; Ps. 40 : 9). Ces paroles prophtiques que le Saint-Esprit mit dans la bouche d'un serviteur de Dieu longtemps avant la naissance de Christ, donnent la clef de sa vie sur la terre. A Nazareth, dans l'atelier du charpentier, au Jourdain avec Jean-Baptiste, dans le dsert avec Satan, en public au milieu des multitudes, dans sa vie, dans sa mort, c'est toujours ce qui l'a inspir, guid et satisfait. C'est en lui et par lui que devait s'accomplir la divine volont du Pre.

Ne pensons pas qu'il ne lui en cott rien. Souvent il rptait Non pas ma volont, mais la volont du Pre , pour nous faire comprendre qu'il y avait rellement l un renoncement sa propre volont. C'est Gethsman que le sacrifice de sa propre volont atteint son plus haut degr, mais ce dernier acte de soumission n'est que le rsum de ce qui avait rendu toute sa vie agrable au Pre.

Ce qui constitue le pch pour l'homme, ce n'est pas d'avoir comme crature une volont diffrente de celle du Crateur, mais c'est de tenir sa propre volont quand il la voit contraire celle du Crateur. Comme homme, Jsus avait une volont humaine ; il avait, bien que sans pch, les dsirs naturels la nature humaine. Comme homme, il ne savait pas toujours d'avance quelle tait la volont de Dieu. Il devait attendre que Dieu la lui enseignt. Mais, ds qu'elle lui tait connue, il tait toujours prt abandonner sa propre volont pour faire celle du Pre. C'est l ce qui faisait la valeur du sacrifice. Une fois pour toutes, il avait renonc lui-mme, pour n'avoir plus en vue que la volont de Dieu, toujours prt, mme Gethsman et au Calvaire, faire uniquement cette volont-l.

C'est cette mme vie d9obissance de notre Seigneur Jsus dans sa chair que le Saint-Esprit nous communique. Par sa mort, notre Seigneur a expi notre volont propre et notre dsobissance. Par elle, il a effac devant Dieu le pch de notre volont propre et il en a bris la force en nous. A sa rsurrection, il est sorti d'entre les morts avec une vie qui avait dompt et dtruit toute volont propre. Aussi le croyant qui sait quelle puissance lui est acquise par la mort et la rsurrection de Jsus, peut son tour s'abandonner entirement la volont de Dieu. Il sait que l'appel suivre Christ lui impose le devoir de se servir des mots mmes de son Matre pour formuler, lui aussi, ce vu solennel :  Je ne cherche point ma volont, mais la volont du Pre .

Pour en venir l, il faut commencer par se placer au point de vue de notre Seigneur, par considrer la volont de Dieu comme embrassant toutes choses, et comme la seule chose que nous ayons faire sur la terre. Voyez le soleil et la lune, les arbres et les fleurs ; voyez de quel clat brille chacun d'eux prcisment parce qu'ils font tous la volont de Dieu. Ils la font, eux, sans le savoir, tandis que vous, vous pouvez la faire avec plus de gloire encore, puisque ce sera en le sachant, et le voulant. Que votre cur se pntre de la gloire que confre la volont de Dieu ses enfants, vous mme ; n'hsitez pas dire que votre seul but est de servir aussi l'accomplissement de cette volont. Donnez-vous, consacrez-vous au Pre, faites-le souvent et d'une manire prcise. Comme Jsus, tenez pour un point rgl que vous avez faire la volont de Dieu ici-bas. Dans vos rflexions et vos mditations, rptez-vous souvent d'un cur joyeux et confiant : Dieu soit lou ! Moi aussi je puis vivre uniquement pour faire la volont de Dieu !

Qu'aucune crainte ne vous retienne ! Ne pensez pas que la volont de Dieu soit si difficile accomplir. Elle ne parat difficile que tant qu'on la regarde de loin et sans vouloir s'y soumettre. Voyez encore de quel clat elle revt la nature. Demandez-vous s'il serait bien de vous dfier de Dieu sachant qu'il vous aime et vous bnit comme son enfant. La volont de Dieu est la volont de son amour; comment craindriez-vous de vous livrer elle?

Je viens, Dieu, pour faire ta volont Voil ce qu'avait pu dire, avant la naissance de Christ, un croyant de l'Ancien Testament, le disant par le Saint-Esprit, soit de lui-mme, soit de Christ. Plus tard, Christ a relev cette parole, lui donnant nouvelle vie et nouvelle puissance ; et maintenant il attend de ses rachets que de tout leur cur ils cherchent, eux aussi, faire la volont de Dieu. Faisons-le donc ; et, pour cela, ne nous en tenons pas essayer seulement si, dans telle ou telle circonstance, nous russirons faire la volont de Dieu, esprant partir de l pour obtenir ensuite une conscration plus entire et pouvoir dire enfin : Je viens, Dieu ! pour faire ta volont . Non, ce n'est pas l le bon moyen. Reconnaissons d'abord que la volont de Dieu s'tend tout, qu'elle embrasse et comprend toutes choses, puis reconnaissons aussi les droits qu'elle a sur nous, ainsi que le bonheur et la gloire qu'elle nous promet. Abandonnons-nous elle comme Dieu lui-mme, faisant d'elle un des principaux articles de notre credo : Je suis dans ce monde, comme Christ, uniquement pour faire la volont du Pre. Cette reddition de notre propre volont nous apprendra accepter avec joie tout commandement de Dieu, tout ce qu'il mettra sur notre chemin, comme venant directement de la volont laquelle nous nous sommes dj soumis. Par l, nous pourrons compter et sur la direction et sur la force de Dieu, car l'homme qui vit uniquement pour faire la volont de Dieu peut tre certain que Dieu se charge de lui. Par l, nous reconnatrons mieux notre entire incapacit, nous discernerons toujours mieux aussi notre union et notre conformit avec le Fils bien-aim du Pre, et nous recueillerons les grces qu'il nous a prpares. Rien ne nous rapprochera mieux de Dieu, rien ne nous unira mieux Christ.

Enfant de Dieu! l'obissance doit caractriser notre conformit avec Christ, l'obissance implicite la volont de Dieu tout entire. Qu'elle soit donc le signe distinctif de ta vie. Commence par vouloir de tout ton cur garder chacun des commandements de la sainte Parole de Dieu. Puis, accde tout ce que ta conscience te dira tre bon et bien, mme lorsque la Parole ne te le commande pas directement. Par l, tu monteras plus haut encore, car c'est l'obissance aux commandements, et la voix de la conscience aussitt qu'elle parle, qui te prparera couter les enseignements de l'Esprit, et celui-ci te fera mieux pntrer le sens de la Parole, te donnera une vue plus claire de la volont de Dieu ton gard. C'est ceux qui lui obissent que Dieu envoie le Saint-Esprit, et par lui la volont de Dieu leur devient une lumire resplendissante qui augmente d'clat sur leur sentier . (Prov- 4 : 18). Si quelqu'un honore Dieu et fait sa volont? il l'exauce . (Jean 9 : 81). Sainte volont de Dieu ! Bienheureuse obissance la volont de Dieu ! Oh ! que ne savons-nous voir l notre plus prcieux trsor!

O mon Dieu, je te rends grce du don merveilleux que tu nous as fait de ton Fils. Il s'est fait homme pour nous enseigner comment l'homme peut faire ta volont. Je te rends grce de ce que tu m'appelles tre comme lui en ceci aussi, pour jouir avec lui des bndictions d'une vie parfaitement d'accord avec la volont sainte. Je te rends grce de la force que tu m'as donne en Christ pour accepter et pour faire toute ta volont. Je te rends grce de ce qu'ainsi je puis ressembler par mon obissance ton Fils bien-aim.

Et maintenant je viens toi, mon Pre, pour rpondre l'appel que tu m'adresses et je le fais avec une confiance d'enfant, joyeuse et pleine d'amour. Seigneur, je voudrais vivre entirement, uniquement pour faire ta volont. Je voudrais garder ta Parole et compter sur tort Esprit. Je voudrais, comme ton Fils, vivre en communion avec toi par la prire, dans la ferme confiance que, de jour en jour, tu me feras connatre plus clairement ta volont.

O mon Pre, veuille exaucer ce dsir; grave-le jamais dans mon cur et mon esprit. Fais-moi la grce de pouvoir dire continuellement et avec joie : Non pas ma volont, mais la volont de mon Pre. Je ne suis ici-bas que pour faire la volont de mon Dieu. Amen.

TREIZIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa piti.

Alors Jsus dit : J'ai piti de cette multitude. Mat. 15 ; 32.

Ne te fallait-il pas aussi avoir piti de ton compagnon de service, comme j'avais eu piti de toi? Mat. 48 : 33.

Dans trois occasions diffrentes? Matthieu nous dit que notre Seigneur fut mu de piti pour la multitude. Toute sa vie a tmoign de la compassion avec laquelle il avait ds l'ternit regard le pcheur, aussi bien que de sa sympathie pour toutes les souffrances de l'humanit. Il tait bien en ceci le reflet du Dieu des misricordes, du Pre qui,  touch de compassion pour son fils prodigue, se jette son cou et le baise . (Lue 15 : 20).

Cette compassion du Seigneur Jsus nous montre bien que ce n'tait pas seulement par devoir et par contrainte qu'il faisait la volont de Dieu, mais que cette volont divine tait la sienne aussi, qu'elle tait ainsi le mobile et la rgle de tous ses sentiments, de toutes ses actions. Aprs avoir dit : Je suis descendu du ciel pour faire non ma volont, mais la volont de celui qui m'a envoy , il ajoute aussitt:  Or, c'est ici la volont du Pre qui m'a envoy, que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donns, mais que je les ressuscite au dernier jour. C'est ici la volont de celui qui m'a envoy, que quiconque contemple le Fils et croit en lui, ait la vie ternelle . (Jean 6 : 39). Pour le Seigneur Jsus, la volont de Dieu ne consistait, pas seulement en telle dfense ou tel commandement. Non; pntrant le sens intime de la volont de Dieu, il savait que son but tait de donner la vie ternelle aux pcheurs perdus. C'est parce que Dieu est amour que sa volont a t de donner libre cours son amour pour le salut des pcheurs ; et c'est pour accomplir cette volont-l de notre Dieu que le Seigneur Jsus est descendu sur la terre. Il ne l'a pas fait dans un esprit servile et pour obir une volont trangre la sienne, mais par sa vie individuelle, par tous les traits de son caractre, il a prouv que cette volont et cet amour du Pre l'animaient lui aussi. Non seulement sa mort Golgotha, mais sa piti pour tous les malheureux, mais ses rapports d'affection avec eux prouvaient que la volont du Pre tait Vritablement sa volont lui. De toute faons Il montrait que la vie n'avait de valeur pour lui qu'autant qu'elle lui donnait l'occasion d'accomplir la Volont de Son Pre.

Bien-aims disciples de Christ, Vous qui Vous tes consacrs suivre l'exemple du Seigneur, que la volont du Pre vous soit ce qu'elle tait pour le Fils. La volont du Pre, quant la mission de son Fils, tait de manifester et de faire triompher ses compassions divines en sauvant les pcheurs perdus. Jsus ne pouvait accomplir cette volont qu'en ressentant lui-mme cette compassion. A prsent, la volont de Dieu demande aussi de nous ce qu'elle demandait de Jsus, de sauver ceux qui prissent Impossible nous d'accomplir cette volont, sans avoir aussi cette compassion de notre Dieu se manifestant dans l'ensemble et les dtails de notre vie. Ne nous bornons pas, pour faire la volont de Dieu, viter ce qu'il dfend, ou faire ce qu'il commande, mais qu'elle consiste pour nous avoir pour le pcheur les mmes sentiments que Dieu a eus lui-mme, ne vivre que pour cela. En nous dvouant entirement chacun des pauvres pcheurs qui nous entourent, en allant leur secours avec amour, nous prouverons que rellement la volont de Dieu est devenue notre volont nous aussi. Puisque nous avons pour Pre le Dieu pitoyable, et pour vie le Christ plein de compassion, rien de plus juste que l'ordre donn tout chrtien, d'avoir une vie de dvouement ses semblables.

La compassion est cet esprit de charit qu'veille la vue de la misre, ou du pch. Que d'occasions chaque jour: de pratiquer cette vertu cleste et qu'il en est besoin dans un monde si rempli de misre et de pch ! Il faut donc que, soit par la prire, soit par la pratique, le chrtien entretienne en lui ces sentiments de compassion qui sont un des plus beaux traits de sa ressemblance avec son Matre. L'amour ternel cherche se rpandre pour sauver ceux qui prissent. Il demande des vaisseaux qu'il puisse remplir de cet amour divin et envoyer parmi ceux qui courent leur mort, afin qu'ils vivent jamais. Il demande des curs qu'Il puisse remplir de tendres compassions, des curs qui soient heureux de faire connatre les compassions de Dieu, heureux de vivre uniquement pour sauver les pcheurs. O mon frre, la compassion divine qui a eu piti de toi, t'appelle, toi aussi qui as trouv grce, laisser remplir ton cur de son amour. Elle veut faire de toi aussi un tmoin de l'amour de Dieu par les compassions que tu auras pour tous ceux dont tu es entour.

Que d'occasions tout l'entour de nous d'exercer notre compassion ! Que de besoins matriels ! Les pauvres, les malades, les veuves, les orphelins, les mes angoisses et dcourages que rien ne console mieux qu'un cur pitoyable. Tous ceux-l vivent au milieu de chrtiens, et pourtant, les entendre, ils trouvent souvent plus de sympathie leurs maux chez les enfants du monde que chez les gens trop uniquement proccups de leur propre salut. O frres, demandez Dieu un cur pitoyable, toujours prt tre l'instrument de la compassion de Dieu. C'est la tendre sympathie de Jsus qui lui attirait les foules sur la terre, et, encore prsent, c'est cette mme tendre sympathie qui, plus que toute autre chose, amnera des mes vous et votre Matre. (Voir la note 5e).

Et que de misres spirituelles de tous cts! Ici, c'est un riche, pauvre des biens spirituels ; l, un jeune homme qui se perd, ou bien quelque ivrogne, quelque malheureux au dsespoir. Peut-tre aussi n'est-ce rien de tout cela ; ce sont seulement des mondains enlacs par les folies et les vanits du monde. Que de fois on entend parler d'eux avec une froide indiffrence, ou porter sur leur compte des jugements svres. Il manque l un cur pitoyable. La compassion sait que sa place est auprs des plus profondes misres, et que c'est prcisment l que Dieu la veut. La compassion ne se dcourage pas, ne se dsespre pas, elle ne se laisse pas rebuter, car c'est l'amour dvou de Christ qui l'inspire.

Le chrtien ne limite pas ses compassions son propre petit cercle ; son cur est plus large, car son Matre lui a assign pour champ de travail tout le monde paen. Il cherche se rendre compte des circonstances des paens, il porte leurs difficults dans son cur et contribue les encourir; Quil soit prs ou loin d'eux, qu'il soit lui-mme tmoin de leur dgradation ou quil en entende seulement parler, il se souvient qu'il vit uniquement pour accomplir la volont de Dieu, en ayant piti de ceux qui prissent et en cherchant les sauver.

Comme Christ dans ses compassions! Faisons de ces mots notre devise. Aprs avoir racont la parabole du Samaritain qui, mu de piti, secourut le pauvre bless, le Seigneur ajoute : Va, et fais de mme . (Luc 10 : 37). Afin que vous fassiez comme je vous ai fait . (Jean 13 : 15). Nous qui devons tout ses compassions, nous qui nous disons ses disciples, qui voulons suivre ses traces et porter son image, montrons aussi cette mme compassion pour tous. Nous le pouvons, il vit en nous et son Esprit agit en nous. Avec prire, avec une foi ferme, voyons dans l'exemple qu'il nous a donn, le gage de ce que nous pouvons tre. Quelle joie pour Jsus quand il nous voit prt non seulement recevoir pour nous-mme l'effet de sa compassion, mais aussi la faire connatre d'autres. Et pour nous, quelle joie inexprimable d'avoir un cur comme celui de Christ, plein de compassion et de misricorde.

O mon Dieu, ma vocation devient presque trop leve. C'est donc jusque dans tes compassions et ton amour que je dois te suivre, que je dois t'imiter et reproduire ce que fut ta vie. C'est par la compassion qui me portera soulager toute misre physique et spirituelle, c'est par la douce et sympathique charit qui prouvera aux pcheurs mon dsir de leur tre en bndiction, que le monde doit se former quelque ide de tes compassions toi ! Misricordieux Sauveur, pardonne-moi d'avoir si peu ralis tout cela dans ma vie. Puissant Rdempteur, que ta compassion ne se borne pas me sauver, mais qu'elle prenne si bien possession de moi, habitant si continuellement en moi, qu'elle devienne le souffle mme et la joie de ma vie. Que la compassion que tu as eue de moi devienne en moi une source jaillissante de compassion pour les autres.

Seigneur Jsus ! je sais que tu ne peux m'accorder cette grce qu' la condition que je renonce moi-mme, tout effort de ma part pour diriger et sanctifier ma vie, et que je te laisse, toi, Seigneur, vivre en moi et devenir ma vie. O Dieu de misricorde ! je m'abandonne toi. Tu as droit me possder, toi seul. Rien de plus ncessaire et de plus prcieux pour moi que tes compassions ! Quoi de plus heureux pour moi que de te ressembler !

Seigneur! Me voici. J'ai la confiance que tu m'apprendras toi-mme obir cette parole : Ne te fallait-il pas avoir piti comme j'avais eu piti de toi? C'est avec cette confiance que je vais sortir aujourd'hui mme pour trouver dans mes rapports avec les autres l'occasion de montrer combien tu m'as aim. Avec cette confiance en toi, Seigneur, le grand but de ma vie sera de te gagner des mes. Amen.

QUATORZIME JOUR

COMME CHRIST

Un avec le Pre.

Pre saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donns, afin qu'ils soient un comme nous... afin que tous soient un comme toi, Pre, tues en moi et moi en toi; afin qu'ils soient aussi un en nous, pour que le monde croie que c'est toi qui m'as envoy- Je leur ai donn la gloire que tu m'as donne, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaitement un et que le monde connaisse que tu m'as envoy et que tu les aimes comme tu m'as aim. Jean 17 :11, 21, 22.

Quel trsor inexprimable que cette prire sacerdotale ! Nous avons l le cur de Jsus exposant nos regards ce que son amour souhaite pour nous. Nous avons l le ciel ouvert, nous entendons l ce que notre Intercesseur demande sans cesse pour nous, ce quil obtient du Pre pour nous.

Dans cette prire, l'union mutuelle des croyants tient plus de place que tout le reste. C'est la principale requte de Jsus pour tous ceux qui croiront plus tard. (Vers. 20-26). Trois fois il demande qu'ils soient unis entre eux.

Le Seigneur nous dit clairement pourquoi il le dsire autant : parce que c'est l pour le monde la seule preuve convaincante que le Pre l'a envoy. Malgr tout son aveuglement, le monde voit bien que l'gosme est une maldiction qui vient du pch ; aussi les enfants de Dieu n'avancent gure lui parler de leur nouvelle naissance, de leur bonheur et des merveilles opres au nom de Jsus, ou vouloir lui prouver la vrit des Ecritures; mais quand le monde voit une Eglise d'o l'gosme est banni, il y reconnat la mission divine de Christ, car lui seul peut oprer le miracle qu'offre une communaut d'hommes s'aimant vraiment et cordialement entre eux.

Trois fois le Seigneur prsente cette union comme le reflet de sa propre union avec son Pre. Il savait que c'tait l la perfection de la divinit : le Pre et le Fils, deux personnes spares et pourtant parfaitement unies par le Saint-Esprit. Pour ses fidles, il ne peut rien souhaiter de plus lev, de plus excellent, que d'tre avec lui et en lui, unis entre eux, comme lui et le Pre le sont.

L'intercession du Seigneur Jsus est toute-puissante. Ce qu'il demande, il le reoit de son Pre. Mais, hlas ! la grce qui descend d'en haut ne trouve aucun accs dans les curs dont la porte n'est pas encore ouverte, et o il n'y a pas de place pour la recevoir. Combien de croyants n'ont pas mme le dsir d'tre unis entre eux comme le sont le Pre et le Fils ! Nous sommes si accoutums notre vie d'gosme, ou d'amour trs limit, que souvent nous ne dsirons pas cet amour plus parfait, et que nous l'ajournons au moment de notre runion dans le ciel. Et pourtant c'tait bien de notre vie terrestre que parlait le Seigneur lorsque deux fois il a dit : afin que le monde sache .

Afin qu'ils soient un comme nous sommes un . Il faut que l'Eglise se rveille pour comprendre et apprcier cette prire sa juste valeur. Quelques personnes veulent voir dans cette union le lien mystique qui runit, malgr leurs divisions extrieures, tous les croyants anims de la mme vie spirituelle, mais ce n'est pas l ce qu'entend le Seigneur. Il parle de quelque chose que le monde puisse voir, de quelque chose de semblable l'union qui existe entre Dieu le Pre et Dieu le Fils. Il faut que cette vie mystique, commune tous, se manifeste par leur amour mutuel. Ce n'est que lorsque les croyants, trop diviss en petits groupes restreints, ne se priveront plus de rapports fraternels avec tous les enfants de Dieu qui les entourent; ce n'est que lorsqu'ils verront leur plus simple devoir s'aimer les uns les autres comme Christ nous aime et comme il est aime de son Pre ; ce n'est que lorsqu'ils crieront Dieu, demandant que le Saint-Esprit ralise en eux cette union de vie et d'amour, que lon pourra esprer quelque changement. Le feu se communiquera alors d'une congrgation l'autre, jusqu' ce que tous ceux qui veulent rellement faire la volont de Dieu, se consacrent une vie de charit mutuelle, s'aimant entre eux de l'amour de Dieu.

Et qu'avons-nous faire pour hter ce jour-l ? Que chacun de ceux qui prennent au srieux ces mots du Matre : Afin que vous fassiez comme je vous ai fait (Jean 13 : 24), se mette aussitt l'uvre dans le milieu o il se trouve. Quelque faibles ou languissants, quelque pervers ou difficiles supporter que puissent tre autour de lui les membres du corps de Christ, que ses rapports avec eux soient ceux de la charit. Qu'ils le veuillent ou non, qu'il soit bien ou mal reu par eux, n'importe, qu'il persvre, lui, les aimer de l'amour de Christ. Oui, les aimer comme Christ les aime, tel doit tre le but de sa vie ; et cet amour finira par trouver cho dans quelques curs, par veiller en eux aussi le dsir de plus d'union et de charit.

Mais ici quelle incapacit le croyant dcouvrira en lui. Il verra bientt que ses efforts ne sauraient y suffire, qu'il ne saurait atteindre si haut sans une entire conscration de tout son tre Dieu. Il devra apprendre que, pour aimer comme Christ, il faut vivre de la vie de Christ, il devra apprendre aussi et tout de nouveau que Christ veut tre, dans toute l'tendue du terme, la vie de ceux qui osent se confier en lui. Ceux qui ne peuvent pas se confier pleinement en lui ne peuvent pas non plus aimer pleinement.

Croyants, coutez une fois de plus combien il est simple et facile de raliser cette vie-l. Reconnaissez aussi que vous tes incapables de le faire, mme au moindre degr; et croyez que Christ vous attend, que lui-mme vous rendra capables de remplir cette vocation aussitt que vous vous donnerez lui sans rserve. Absolument incapables de rien faire par vos propres forces, livrez-vous entirement au Seigneur pour qu'il produise en vous et la volont et 1excution . (Phil. 2 : 13). Comptez sur lui avec une foi implicite, comptez sur la puissance de son intercession pour raliser en vous ce qu'il a demand pour vous son Pre. Oui, comptez sur celui qui a dit au Pre : toi en moi et moi en eux, afin qu'ils soient un comme nous sommes un  ; comptez sur lui pour manifester sa vie mme en vous par sa toute-puissance divine. Quand vous serez anims de sa vie, il vous sera possible d'aimer de son amour.

Amis chrtiens, l'union de Christ avec le Pre est notre modle; comme le Pre et le Fils, nous aussi, nous devons tre un entre nous. Aimons-nous donc les uns les autres, servons-nous, supportons-nous, aidons-nous, vivons les uns pour les autres. Pour tout cela, notre amour est trop restreint, trop limit; mais prions Christ de nous donner son amour, afin que nous puissions aimer nos semblables. Cet amour divin rpandu dans nos curs par le Saint-Esprit nous rapprochera si bien les uns des autres, qu'enfin le monde croira que le Pre a envoy Christ et que Christ nous a donn la vritable vie, le vritable amour du ciel.

Pre saint, nous savons prsent quelle est la prire que te prsente continuellement celui qui est toujours vivant pour intercder pour nous . (Hb. 7 : 25). Il te demande la parfaite union de ses disciples entre eux. Pre, nous aussi, nous voudrions crier toi pour implorer cette grce. Hlas ! que ton Eglise est divise ! Ce ne sont pas les divisions de langage ou de pays que nous dplorons, ni mme les diffrences de doctrine et d'enseignement ; c'est, Seigneur, le manque d'union, de cette union d'esprit et de cur par laquelle ton Eglise pourrait convaincre le monde qu'elle est du ciel.

O Seigneur ! avec une profonde humiliation nous te confessons la froideur, l'gosme, la dfiance et l'amertume qui se voient encore parfois parmi tes enfants. Nous te confessons combien nous manquons, chacun de nous, de cet amour fervent et habituel auquel tu nous appelles ! Oh ! pardonne-nous selon ta misricorde !

Seigneur Dieu, viens au secours de ton Eglise. C'est en ayant un mme esprit que nous pourrons reconnatre et montrer notre union en un mme Dieu. Que ton Saint-Esprit agisse puissamment au milieu des croyants pour les amener tre un entre eux. Que partout o se runissent les enfants de Dieu, ils sentent l'indispensable ncessit d'une troite union dans l'amour de Jsus. Que mon cur aussi soit dlivr de son gosme et qu'il ralise dans une sincre communion avec tes enfants que tous ensemble nous sommes un comme toi, notre Pre, et Jsus, ton Fils, vous tes un. Amen

QUINZIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa dpendance du Pre.

En vrit, en vrit, je vous dis que le Fils ne peut rien faire de lui-mme, moins qu'il ne le voie faire au Pre, car tout ce que le Pre fait, le Fils le fait pareillement. Car le Pre aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Et il lui montrera des uvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l'admiration. Jeaa 5 : 19, 20.

Je connais mes brebis et je suis connu d'elles comme mon Pre me connat et que je connais mon Pre. Jean 10 : 15.

Notre relation avec Jsus est exactement la contre-partie de sa relation avec le Pre ; les paroles dont il se sert pour rendre ses rapports avec le Pre, se trouvent donc vraies pour nous aussi. Dans le cinquime chapitre de l'Evangile de Jean, Jsus dcrit les rapports d'un pre avec son fils; il nous parle ainsi, soit de ses rapports de Fils unique de Dieu avec son Pre, soit des rapports qui existent entre Dieu et chacun de ceux qui, par Jsus et en lui, sont appels enfants de Dieu . (1 Jean 3:1).

Nous ne saurions mieux saisir la vrit et la force de cette comparaison qu'en nous reprsentant Jsus avec son pre terrestre, dans l'atelier du charpentier qui lui enseigne son mtier. La premire chose qui frappe est son entire dpendance. Le Fils ne fait rien de lui-mme, moins qu'il ne le voie faire au Pre . Puis son obissance imiter son pre :  Car, tout ce que le Pre fait, le Fils le fait pareillement . Puis aussi l'affectueuse intimit laquelle l'admet son pre, ne lui cachant aucun de ses secrets. Car le Pre aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait . Cette obissance, cette dpendance du fils, aussi bien que l'affectueux enseignement de son pre, promettent un dveloppement qui le conduira de plus grandes uvres encore ; peu peu le fils en viendra faire tout ce que fait son pre lui-mme.  Il lui montrera des uvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l'admiration .

Nous avons l un reflet des rapports de Dieu le Pre avec son Fils pendant l'humanit de Jsus. Si Jsus a rellement t assujetti la nature humaine, si nous devons voir en Christ notre Modle, nous devons croire sans rserve ce qu'il nous rvle ici de sa vie intime. Tout ce qu'il nous en dit est littralement vrai. Sa dpendance chaque instant de sa vie fut absolument et positivement telle qu'il nous la dpeint : Le Fils ne peut rien faire de lui-mme, moins qu'il ne le voie faire au Pre il ne regardait pas comme une humiliation de recevoir ses ordres. Se laisser guider et conduire comme un enfant par son pre tait au contraire son plus grand bonheur. Par l, il se savait tenu d'obir strictement, soit par ses paroles, soit par ses actes, tout ce que le Pre lui montrait,  Tout ce que le Pre fait, le Fils le fait pareillement .

Nous en avons la preuve dans le soin extrme que mettait Jsus suivre en toutes choses l'Ecriture sainte. Dans sa passion, il veut tout supporter, afin que l'Ecriture soit accomplie. C'est pour cela aussi qu'il passait la nuit prier; en prolongeant ces heures de prire, il prsente au Pre ses penses, et il attend sa rponse, afin de connatre la volont du Pre. Jamais enfant dans son ignorance, jamais esclave dans sa servitude ne fut si attentif observer ce qu'avait dit son pre, ou son matre, que ne l'tait notre Seigneur Jsus suivre les directions de son Pre cleste. Aussi, le Pre ne lui cachait rien. Son entire dpendance et son constant dsir d'apprendre obtenaient en retour la communication de tous les secrets du Pre,  car le Pre aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait, et il lui montrera des uvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l'admiration . Le Pre a son plan pour le Fils, il veut que par lui la vie divine se manifeste dans les conditions de la vie humaine. Ce plan fut peu peu rveill au Fils jusqu' ce que tout ft accompli.

Croyant, ce n'est pas seulement pour le Fils unique du Pre qu'un plan de vie terrestre a t trac, c'est aussi pour chacun des enfants de Dieu, et selon que nous vivrons plus ou moins dans la dpendance du Pre, notre vie sera plus ou moins d'accord avec ce plan. Plus le croyant se placera, comme le Fils, dans une entire dpendance, ne faisant que ce qu'il voit faire au Pre, puis dans une entire obissance, faisant tout ce que le Pre fait, plus aussi s'accomplira en lui cette promesse : le Pre lui montre tout ce qu'il fait, et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci . Comme Christ ! Cette parole nous appelle une vie conforme celle du Fils dans sa dpendance du Pre. Chacun, de nous est appel vivre ainsi.

Pour vivre de cette vie de dpendance du Pre., il faut avant tout avoir la ferme assurance qu'il nous fera connatre sa volont. Je pense que c'est l ce qui arrte plus d'un croyant. Nous ne pouvons pas croire que le Seigneur veuille s'occuper autant de nous3 qu'il veuille prendre la peine, chaque jour, de nous faire connatre sa volont prcisment comme il le faisait l'gard de Jsus. Chrtien, tu as plus de valeur aux yeux du Pre que tu ne le crois. Tu vaux tout le prix qu'il a pay pour toi. Ce prix est le sang de son Fils; par consquent, il attache la plus grande importance au moindre dtail de ce qui te concerne, et il veut te guider mme dans ce qui te parat le plus insignifiant.

Il veut avoir avec toi des rapports plus troits et plus soutenus que tu ne peux te le figurer. Il peut se servir de toi pour sa gloire, il peut faire de toi quelque chose de bien plus grand que tu ne sais le comprendre. Le Pre aime son enfant et lui montre ce qu'il fait. Il l'a fait pour Jsus, il le fera pour nous aussi. Pour tre enseign de lui, il suffit de s'abandonner lui, et alors, par le Saint-Esprit, il donne tout le ncessaire. Sans nous tirer de notre milieu, le Pre peut nous rendre si conformes l'image de Christ, que nous en devenions bndiction et joie pour tous. Que notre incrdulit ne nous empche plus de croire l'amour et aux compassions de Dieu, de compter sur la direction du Pre en toutes choses.

Que votre rpugnance vous soumettre ne vous arrte pas non plus. C'est souvent l aussi un grand obstacle. Le dsir d'indpendance fut la tentation du paradis, c'est encore la tentation qui assaille tout cur humain. Il nous semble dur de n'tre rien, de ne rien pouvoir, de ne rien vouloir. Et pourtant quelle bndiction il y a l! Cette dpendance nous met en communion avec Dieu et alors se ralise, pour nous, comme pour Jsus, cette promesse : Le Pre aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait . Cette dpendance nous enlve tout souci, toute responsabilit, puisque nous n'avons plus qu' obir. Elle nous donne aussi une grande force de volont, puisque nous savons que Dieu produit en nous le vouloir et le faire . (Phil. 2: 13). Elle nous donne enfin l'assurance de russir dans notre travail, puisque nous avons laiss Dieu en prendre le soin.

Mon frre, si jusqu' prsent vous n'avez encore su que peu de chose de cette vie de dpendance volontaire et de simple obissance, commencez ds aujourd'hui suivre l'exemple de votre Sauveur. Il veut vivre lui-mme en vous, et rpter en vous ce qu'il a t sur la terre ; il n'attend que votre acquiescement pour le faire. Offrez-vous donc au Pre aujourd'hui mme, selon l'exemple de son Fils unique, pour ne plus vouloir faire que ce que le Pre vous montrera. Attachez vos regards sur Jsus qui vous est la fois le modle et la promesse de ce que vous serez. Adorez celui qui s'est fait humble pour vous, et qui vous a montr combien la vie de dpendance peut tre bnie.

Heureuse dpendance! C'est bien l la position qui nous convient l'gard d'un tel Dieu. Elle lui rend la gloire qui lui est due; elle maintient notre me en paix et en repos, remettant Dieu le souci de tout; elle garde notre esprit dans le calme habituel qui le prpare recevoir les enseignements du Pre et a en profiter; elle nous fait entrer en communion plus intime avec lui, et nous apprend connatre toujours mieux sa volont. Heureuse dpendance, qui fut celle du Fils ici-bas! C'est bien l ce que dsire aussi mon me.

O mon Pre, plus je considre l'image de ton Fils, plus aussi je vois l'tat de ruine de ma propre nature, et combien le pch m'a spar de toi. Dpendre de toi! Se confier pour toutes choses en un Dieu tel que toi, si sage, si bon, si riche et si puissant ! Se peut-il rien de plus heureux? Mais hlas? rien n'est plus difficile. Nous prfrons dpendre de notre propre folie plutt que de dpendre du Dieu de gloire. Tes enfants mmes, mon Pre, trouvent qu'il est bien dur, bien difficile d'abandonner leurs propres vues, leur propre volont pour croire que le vrai bonheur ne se trouve que dans une absolue dpendance de toi en toutes choses et jusque dans les moindres dtails.

Seigneur, avec humilit, je te prie de me faire bien saisir tout cela. Celui qui m'a acquis la flicit ternelle au prix de son sang, m'a montr par sa propre vie en quoi consiste cette flicit. Je sais qu' prsent il veut me conduire et me garder. O mon Pre, en ton Fils je m'abandonne toi pour que tu m'apprennes ne rien faire de moi-mme, mais ne faire, comme Jsus, que ce que je vois faire au Pre. Mon Pre, tu veux m'enseigner, comme tu l'as fait pour ton Fils premier-n. Pour l'amour de lui tu me montreras moi aussi ce qu'est sa volont. Amen.

SEIZIME JOUR

COMME CHRIST

Dans son amour.

Je vous donne un commandement nouveau ; c'est que vous vous aimiez les uns les autres, que comme je vous ai aims, vous vous aimiez aussi les uns les autres. Jean 13 : 34.

C'est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aims. Jean 15 : 12.

Comme : Nous commenons comprendre quelque chose de tout ce que contient ce petit mot. Ce n'est plus le commandement d'une loi qui se borne convaincre de pch et d'incapacit ; c'est un commandement nouveau sous une alliance nouvelle, tablie sur de meilleures promesses. C'est le commandement de Celui qui pourvoit tout, qui ne demande rien qu'il n'offre de donner, rien qu'il ne veuille faire lui-mme en nous. Comme je vous ai aims comme chaque instant je rpands sur vous mon amour par mon Saint-Esprit, aimez-vous aussi les uns les autres. C'est mon amour pour vous qui vous dira dans quelle mesure vous devez aimer, vous aussi, et qui vous donnera la force de le faire.

Comme je vous ai aims . Voil comment nous devons nous aimer mutuellement. Le vritable amour ne connat pas de limites, il se donne entirement. Il peut varier quant au moment et l'opportunit de se montrer, nanmoins toujours il est complet et sans restriction. La plus grande gloire de l'amour divin est de runir les deux personnes du Pre et du Fils en un seul Etre, l'un se confondant dans l'autre. Voil quel est l'amour de Jsus pour nous. Lui, l'image du Pre, nous aime comme son Pre l'aime, et voil jusqu'o doit s'lever aussi l'amour fraternel; il n'admet d'autre rgle que celle d'aimer comme Dieu et comme Christ.

Celui qui veut tre comme Christ ne doit pas hsiter faire de cette vrit la rgle de sa vie, il sait combien il est difficile, impossible mme, d'aimer ceux de ses frres qui sont peu aimables, aussi avant de s'exposer les rencontrer dans des circonstances qui pourraient mettre l'preuve son amour pour eux, il lve son cur au Seigneur, puis, regardant ses propres pchs, sa propre indignit, il se demande : Combien dois-tu ton Matre ? (Luc 16 : 5). Il se transporte au pied de la croix, et l il cherche se rendre compte de quel amour Jsus l'a aim. Il laisse resplendir dans son me l'incommensurable amour de Celui qui est, dans le ciel, sa tte et son frre, cet amour divin qui ne cherche pas sa propre satisfaction, mais qui \se donne entirement. Il se consacre de nouveau au Seigneur, se mettant sur l'autel devant son Dieu, et lui disant : Comme tu m'as aim, je veux aimer mes frres. En vertu de ton union avec Jsus et avec nous par Jsus, il ne peut tre question de faire autrement : je les aime comme Christ a aim.

Oh ! si les chrtiens voulaient bien faire taire tous les raisonnements de leur propre cur pour regarder la loi que Jsus a promulgue par son exemple, ils en viendraient enfin mieux comprendre l'imprieux devoir d'couter les commandements de Dieu et de leur obir.

Notre amour ne peut admettre d'autre mesure que celle de Christ, puisque c'est son amour qui fait la force du ntre. L'amour de Christ n'est ni de l'idalisme, ni du sentimentalisme, c'est rellement une puissance de vie divine. Tant que le chrtien ne le comprend pas, l'amour divin ne peut pas exercer en lui toute sa force, mais quand sa foi en vient raliser que l'amour de Christ est la prsence mme de Jsus en ses bien-aims, il puise cette source divine et en reoit l'amour du Seigneur qui le contraint d'aimer comme lui.

L'amour de Christ nous apprend aussi de quelle manire doit se montrer notre amour pour nos frres. Il enseigne au disciple de Christ tre dans son petit cercle prcisment ce qu'a t Jsus , ne vivre que pour aimer et pour aider les autres. Paul demande pour les. Philippiens que leur charit augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence . (Phil. 1 : 9). La charit n'embrasse pas de prime abord tout le travail qu'elle aura faire, mais le croyant qui demande Dieu que sa charit augmente en connaissance , et qui, prend rellement l'exemple de Christ pour la rgle de sa vie, verra peu peu quelle grande et belle uvre il lui sera donn d'accomplir. L'Eglise de Dieu, aussi bien que le monde, a un besoin inexprimable d'amour, de l'amour de Christ, et le chrtien qui veut obir cette parole du Seigneur : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aims , devient une source de bndiction et de vie pour tous ceux avec lesquels il se trouve en relation. La vie merveilleuse de Christ et sa mort galement merveilleuse, ne peuvent s'expliquer que par son amour pour nous; c'est aussi l'amour divin qui fera des merveilles dans les enfants de Dieu Voyez quel amour ! Voyez comme il aimait . Voil ce qu'on disait de l'amour du Pre et de celui du Fils. Que ce soit l aussi ce qui fasse reconnatre les chrtiens. Dj la vocation d'Abraham, Dieu manifeste sa volont que nous soyons pour les autres ce qu'il est pour nous, posant ainsi ce grand principe de vie pour l'Eglise de Dieu : Je te bnirai et tu seras bndiction . (Gen. 12 : 2). Si Dieu nous rvle ce qu'il est pour nous en nous disant : Je vous ai aims , son commandement. Aimez-vous les uns les autres nous apprend aussi ce que nous devons tre entre nous. Soit donc dans les prdications, soit dans la vie pratique de l'Eglise, qu'il soit bien compris que le signe distinctif de tout vrai disciple de Christ, est d'aimer comme Christ a aim.

Bien-aims chrtiens, Jsus-Christ vous attend pour faire connatre par vous son amour au milieu de ceux qui vous entourent. Cet amour divin voudrait prendre possession de vous pour accomplir son uvre sur la terre. Cdez son influence. Offrez-vous sans rserve lui servir de demeure. Honorez-le de votre confiance et soyez bien certains qu'il vous apprendra aimer comme Jsus a aim. Votre vie chrtienne doit porter le cachet de votre conformit avec Jsus, et celle-ci porte le cachet de l'amour. Ne perdez pas courage si vous ne ralisez pas tout de suite cette charit de Christ, mais retenez ferme ce commandement : Aimez comme je vous ai aims . Il faut du temps pour crotre en charit . (1 Ths. 3 : 12). Prenez donc le temps, dans le secret de votre cur de contempler l'amour divin. Prenez le temps d'alimenter par la prire et la mditation le dsir que vous avez dj de le possder, jusqu' ce qu'il devienne en vous une flamme vive. Prenez le temps de regarder autour de vous en pensant de tous et de chacun, quels qu'ils soient et quoi qu'il arrive : Il faut que je les aime. Prenez le temps de vous rendre compte que vous tes un avec le Seigneur et rprimez toute crainte de ne pouvoir parvenir aimer comme lui, en vous souvenant de ces mots : C'est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aims . Chrtiens, prenez le temps d'tre en communion avec Jsus, le modle de la charit, et alors vous obirez joyeusement au commandement d'aimer comme lui.

Seigneur Jsus, toi qui m'as tellement aim, et qui me commandes prsent d'aimer comme toi, vois, je suis tes pieds. C'est avec joie que je voudrais accueillir tes commandements et aller par ta force manifester ton amour tous.

Avec ta force, mon Dieu, veuille donc me rvler ton amour. Inonde mon cur de ton amour par ton Saint-Esprit. Fais-moi prouver chaque instant que je suis aim de Dieu, moi aussi.

Seigneur, fais-moi comprendre que je puis aimer, non pas par moi-mme, mais par ton amour en moi. Tu vis en moi. Ton Esprit demeure et agit en moi. De toi dborde en moi l'amour dont je puis aimer les autres. Tu demandes seulement de moi que je comprenne, que j'accepte ma vocation, et que je consente vivre comme tu as vcu. Tu voudrais que je tinsse ma vieille nature goste et dure pour avoir t crucifie et que, par la foi, je fusse prt faire ce que tu commandes.

Seigneur, je le veux aussi. Par ta force, Seigneur, je veux vivre dsormais en aimant comme tu mas aim Amen.

DIX-SEPTIME JOUR

COMME CHRIST

Dans la prire.

Le matin, comme il faisait encore fort obscur, s'tant lev, il sortit et s'en alla dans un lieu cart, et il y priait. Marc 1 : 35.

Et il leur dit : Venez l'cart, dans un lieu retir, et prenez un peu de repos. Marc 6 : 31.

C'est aussi dans sa vie de prire que mon Sauveur est mon Modle. Jsus ne pouvait pas conserver la vie divine dans son me sans se sparer souvent de l'homme pour se retrouver en communion avec son Pre. Il en est de mme de la vie divine qui habite en moi; elle a le mme besoin de se sparer de l'homme pour se retremper, non seulement par courts instants, mais tout le temps ncessaire, dans la source de la vie, auprs du Pre qui est aux cieux.

C'tait an commencement du ministre de Jsus que se passait la scne dont ses disciples furent assez frapps pour l'crire ensuite. Aprs une journe de travail et de miracles Capernam (Marc 1 : 21-34) la foule augmente encore le soir. Toute la ville sort hors des portes. Les malades sont guris et les dmons chasss. Il est tard avant qu'ils puissent aller dormir; et au milieu de cette foule, comment trouver le temps, le recueillement ncessaire pour la prire? Aussi, le lendemain matin, quand ils se lvent, Jsus est dj sorti. Dans le silence de la nuit, il est all chercher la solitude au dsert, et quand ses disciples l'y dcouvrent, il prie encore.

Pourquoi donc mon Sauveur avait-il besoin de ces heures de prire? Ne connaissait-il pas cette prire silencieuse de l'me qui s'lve Dieu au milieu mme des plus pressantes affaires? Le Pre ne demeurait-il pas en lui? Ne jouissait-il pas dans le secret de son cur d'une communion incessante avec lui? Oui, cette  vie cache en Dieu tait bien sa vie ; mais, assujettie aux lois de l'humanit, cette vie spirituelle avait besoin de recourir sans cesse la source mme. La vie de Jsus tait une vie de dpendance ; et plus elle tait active et pure de tout alliage, moins elle pouvait se passer de rapports directs et constants avec le Pre, de qui elle tirait son existence.

Quelle leon pour tout chrtien ! Les rapports frquents avec l'homme nous dissipent et menacent notre vie spirituelle ; ils nous replongent sous l'influence des choses visibles et temporelles. Rien ne saurait remplacer pour nous des rapports directs avec Dieu. Le travail, mme au service de Dieu, nous puise. Nous ne pouvons pas tre en bndiction aux autres sans que la vertu de Dieu passe de nous eux, il faut donc que celle-ci nous soit renouvele d'En-Haut. C'est comme la manne au dsert ; ce qui descend du ciel ne peut pas se conserver longtemps sur la terre, mais doit tre renouvel de jour en jour. Jsus-Christ nous l'enseigne par son exemple. Et moi aussi, j'ai besoin chaque jour d'tre dans la retraite en communion avec mon Pre. Ma vie est comme celle de Christ, une vie cache dans le ciel en Dieu; il lui faut jour aprs jour le temps ncessaire pour tre alimente du haut du ciel, car c'est du ciel seul que peut venir la force de vivre d'une vie cleste sur la terre.

Et quelles taient les prires qui occupaient si longtemps notre Seigneur ? Si je pouvais: l'entendre prier, comme j'apprendrais prier moi-mme ! Dieu soit lou, il nous est rest plus d'une de ses prires, afin que l aussi nous puissions suivre son exemple. Dans la prire sacerdotale (Jean 17), nous l'entendons parler son Pre comme si nous tions avec lui dans le calme et la profondeur des cieux; dans sa prire en Gethsman, quelques heures plus tard, nous l'entendons crier Dieu des abmes de l'angoisse et des tnbres. Ces deux prires, ne nous offrent-elles pas tout ce qui peut se trouver de plus lev et de plus profond dans la communion de prire du Fils avec le Pre ?

L'une et l'autre de ces prires, nous disent comment Jsus s'adresse Dieu. C'est chaque fois : Pre! O mon Pre! Tout le secret de la prire est l. Jsus savait qu'il tait fils du Pre qui l'aimait. Par ce mot il se place en face de son Pre, dans la pleine lumire de son regard. Jouir de l'amour du Pre, voil pour lui ce qui faisait de la prire un imprieux besoin, ce qui en faisait aussi son plus grand bonheur. Qu'il en soit de mme pour moi. Que ma prire soit avant tout le silence de l'adoration et de la foi, jusqu' ce que Dieu se rvle moi, et me donne par son Esprit l'assurance qu'il abaisse sur moi un regard de pre. Celui qui dans sa prire n'a pas le temps de dire avec tranquillit d'me : Abba, Pre, en comprenant tout ce que renferme ce mot, perd la meilleure partie de la prire. C'est dans la prire que doit s'affirmer toujours plus ce tmoignage de l'Esprit que nous sommes enfants de Dieu, que le Pre se rapproche de nous et prend son plaisir en nous. Si notre cur ne nous condamne point, nous avons de l'assurance devant Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous faisons ce qui lui est agrable . (1 Jean 3 : 21, 22).

Dans ces deux prires je vois aussi ce que Jsus dsirait : Que le Pre ft glorifie Il dit : Je t'ai glorifi. Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie . (Jean 17 : 4, 1). Voil sans doute quel aura t l'esprit de chacune de ses prires, un entier renoncement lui-mme pour vivre uniquement selon la volont du Pre et sa gloire. Toutes ses requtes avaient pour objet la gloire de Dieu. En ceci aussi Jsus est mon modle. Le mme esprit doit dicter chacune de mes prires, m'enseignant dire : Pre, bnis ton enfant, et glorifie-toi en lui, pour que ton enfant puisse te glorifier !

Tout dans l'univers doit concourir la gloire de Dieu. Le chrtien qu'anime cette pense et qui se sert de la prire pour l'exprimer jusqu' ce qu'il en soit tout pntr acquerra une grande puissance de prire. Dans le ciel mme notre Seigneur continue nous dire : Ce que vous demanderez en mon nom je le ferai, afin que le Pre soit glorifi dans le Fils . (Jean 14 : 13). O mon me, avant d'exposer Dieu tes dsirs, apprends tout d'abord de ton Sauveur t'offrir en oblation et n'avoir d'autre but que celui de glorifier Dieu.

Quand vous pourrez prier ainsi, vous prouverez le vif dsir, aussi bien que la pleine libert, de demander au Pre de vous rendre semblable Christ dans chaque dtail de l'exemple qu'il vous a laiss et dans chaque trait de son image, afin que Dieu en soit glorifi. Vous comprendrez aussi que c'est seulement dans la prire sans cesse renouvele que l'me acquiert le renoncement ncessaire pour vouloir que Dieu opre en elle tout ce qui sera sa gloire. C'est parce que Jsus a consacr sa vie entire glorifier son Pre, qu'il a t digne d'tre notre Mdiateur, et qu'il a pu demander dans sa prire sacerdotale de si grandes bndictions pour les siens. Apprenez comme Jsus chercher uniquement la gloire de Dieu dans vos prires, et vous deviendrez ainsi un vritable intercesseur, qui pourra s'approcher du trne de grce non seulement avec les requtes qui le concernent, mais en prsentant aussi pour d'autres cette prire fervente du juste qui a une grande efficace , (Jac. 5 : 16). Aprs nous avoir enseign dire dans la prire dominicale : Ta volont soit faite , Jsus reprend ces mots pour les prononcer lui-mme Gethsman parce qu'il a fallu qu'il ft en toutes choses semblables ses frres . (Hb. 2 : 17). Nous les recevons ainsi une seconde fois de lui, revtus de la vertu de son intercession, afin que nous puissions les rpter dans le mme esprit que lui. Vous aussi, vous deviendrez semblables Christ en vous acquittant de cette intercession sacerdotale si ncessaire l'unit et la prosprit de l'Eglise, aussi bien qu'au salut des pcheurs.

Celui qui fait de la gloire de Dieu le principal objet de sa prire, aura aussi la force, si Dieu l'y appelle, de faire la prire de Gethsman. Chaque prire de Christ tait une prire d'intercession parce qu'il s'tait donn pour nous. Tout ce qu'il demandait, tout ce qu'il recevait tait en vue de notre bien, aussi chacune de ses prires tait-elle faite dans un esprit de sacrifice. Donnez-vous tout Dieu pour le bien de vos semblables, et il en sera de vous comme de Jsus, car le sacrifice de soi, renouvel dans les prires de chaque jour, est la seule prparation efficace pour ces heures de lutte o l'on est appel quelqu'un de ces renoncements particulirement difficiles qui ne se font qu'avec angoisse et avec larmes. Quand on s'est consacr Dieu, on reoit de lui la force de renoncer tout pour lui.

O mon frre ! Si toi et moi nous voulons ressembler Jsus, nous devons contempler Jsus priant seul au dsert. C'est l que nous dcouvrons le secret de sa vie merveilleuse. Ce qu'il faisait ensuite, ce qu'il disait aux hommes avait d'abord t dit avec le Pre. En communion avec le Pre, il recevait chaque jour de nouveau l'onction du Saint-Esprit. Celui qui veut marcher comme Jsus, doit commencer par le suivre dans la solitude. Dt-il lui en coter le sacrifice du repos de la nuit, des affaires, du jour, ou de la socit d'amis, il faut qu'il trouve le temps d'tre seul avec le Pre, Outre ses heures ordinaires de prire, il se sentira parfois irrsistiblement appel se retirer dans le sanctuaire et ne le quitter qu'aprs avoir de nouveau reu l'assurance que Dieu est son partage. Soit dans le secret du cabinet, derrire la porte ferme, soit dans la solitude du dsert, il faut que chaque jour nous retrouvions Dieu pour renouveler notre communion avec lui. Si Christ en avait besoin, combien plus nous-mmes. Ce qu'tait pour lui ce moment de solitude, il le sera pour nous aussi.

Son baptme nous apprend ce qu'tait pour lui la rponse du Pre : Jsus fut aussi baptis; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle comme une colombe; et il vint une voix du ciel qui dit :  Tu es mon Fils bien-aim en qui j'ai pris plaisir . (Luc 3 : 22,). Oui, voil ce que nous recueillerons, nous aussi, de la prire : le ciel ouvert, le baptme de l'Esprit, la voix du Pre, l'assurance de son amour et de son plaisir nous recevoir. Comme pour Jsus, de mme pour nous. C'est d'en haut, c'est d'en haut que toutes ces grces viendront rpondre nos prires.

Prier l'cart comme Christ, c'est le secret de vivre en public comme Christ. Usons donc de nos merveilleux privilges, de cette hardiesse de Christ pour nous prsenter devant le Pre, de cette libert de Christ pour prier notre Dieu.

O Seigneur, tu m'as appel et je t'ai suivi, voulant reflter ton image en toutes choses. Chaque jour je voudrais suivre tes traces, tre conduit par toi partout o tu vas. Aujourd'hui je les ai trouves humides de la rose de la nuit et me conduisant au dsert. L je t'ai vu genoux pendant des heures devant le Pre. L je t'ai entendu prier. Tu renonces tout pour la gloire du Pre, tu lui demandes tout, et tu attends, tu reois tout de lui. Grave dans mon cur ce que j'ai vu l : mon Sauveur se levant longtemps avant le jour, pour se mettre en communion avec son Pre, pour demander et pour obtenir par la prire tout ce que requrait son travail de la journe.

O Seigneur, qui suis-je pour assister tes entretiens avec Dieu? Qui suis-je pour que tu m'invites prier comme toi? O mon Sauveur, du plus profond de mon cur je te supplie d'veiller en moi ce mme et intense besoin de prire dans la retraite. Daigne me pntrer de cette vrit que, pour moi comme pour toi, ma vie divine ne saurait atteindre tout son dveloppement sans tre en communion frquente avec mon Pre cleste, de telle sorte que mon me demeure en vrit dans la lumire de sa face. Et puisse cette conviction veiller en moi un si ardent dsir d'obtenir cette grce que je ne puisse avoir de repos jusqu' ce que mon me soit chaque jour de nouveau baptise dans les flots de l'amour divin. O toi, mon Modle et mon Intercesseur, enseigne-moi prier comme toi. Amen.

DIX-HUITIME JOUR

COMME CHRIST

Dans son recours aux critures.

 ... Qu'il fallait que tout ce qui a t crit de moi dans la loi de Mose et dans les prophtes et dans les psaumes ft accompli. Luc 24 : 44.

C'est l'usage que Jsus faisait des Ecritures qu'il devait en grande partie ce qu'il accomplissait ici-bas. Elles lui taient le chemin fray qu'il devait suivre, la nourriture et la force dont il avait besoin pour travailler, ainsi que les armes propres terrasser tout ennemi. Pendant toute sa vie, et jusque dans sa passion, les Ecritures lui furent indispensables, car, du commencement la fin, sa vie fut l'accomplissement de ce qui avait t crit de lui dans le volume du livre . (Psa. 40 : 8).

A peine est-il ncessaire d'en donner des preuves. Dans la tentation au dsert, c'est par son : Il est crit qu'il a vaincu Satan. Dans ses conflits avec les pharisiens, il en appelait; sans cesse la Parole de Dieu : Que dit l'Ecriture? N'avez-vous pas lu? Nest-il pas crit? Dans ses conversations avec ses disciples, c'tait toujours par les Ecritures qu'il prouvait la ncessit de ses souffrances et de sa rsurrection : Comment donc s'accompliraient les Ecritures? (Mat. 26 54). Puis, quand il s'adresse son Pre la fin de la passion, c'est en employant les paroles de l'Ecriture qu'il se plaint d'tre abandonn, et qu'il remet son esprit entre les mains du Pre. Tout ceci est riche d'enseignement. Jsus tait lui-mme la Parole vivante. Il avait en lui l'Esprit sans mesure. Mieux que personne il aurait pu se passer de la Parole crite ; et pourtant nous voyons qu'elle est tout pour lui. Il nous montre ainsi que la vie de Dieu en l'homme est insparablement lie la Parole de Dieu formule par le langage humain. Jamais Jsus n'et t ce qu'il fut, n'et pu faire ce qu'il fit, s'il ne s'tait laiss conduire chaque pas par la Parole de Dieu, s'appuyant toujours sur elle.

Cherchons le bien comprendre. La Parole de Dieu est plus d'une fois compare une semence; nous savons ce qu'est une semence.

C'est cet admirable organisme dans lequel la vie, l'essence invisible d'une plante ou d'un arbre est si bien concentre, qu'elle peut tre transporte ailleurs pour reproduire la vie du mme arbre. Cette semence peut servir deux fins : Ou nous la mangeons, comme le bl dont on fait le pain, et alors cette vie de la plante devient notre nourriture, notre propre vie; ou bien nous la plantons et dans ce cas, la vie de la plante se reproduit et se multiplie. Sous ces deux aspects, la Parole de Dieu est une semence. La vie vritable ne se trouve qu'en Dieu. Mais cette vie ne peut nous tre communique qu'en s'offrant nous sous une forme qui nous permette de la saisir. C'est dans la Parole de Dieu que la vie de Dieu, que ses penses, ses sentiments et sa puissance revtent une forme pour se mettre notre porte et passer en nous. Sa Parole est une semence de vie divine. Elle nous est pain de vie et nourriture. Quand nous mangeons notre pain quotidien, notre corps absorbe la nourriture telle qu'elle a t prpare dans le grain de bl par la nature, par la terre et le soleil. Nous, nous l'assimilons si bien qu'il devient une partie de nous-mmes et de notre vie. Quand nous nous nourrissons de la Parole de Dieu, la vie divine entre aussi en nous et devient une partie de nous-mmes, la vie de notre vie.

Elle nous est aussi une semence. Les Paroles de Dieu se sment dans le cur, elles ont une vertu divine de reproduction et de multiplication. La vie mme que renferme chacune d'elles, la pense de Dieu, ses dispositions notre gard prennent racine dans le cur du croyant et s'y dveloppent. Les Paroles de Dieu sont ainsi les semences de la plnitude de la vie divine en nous.

Quand le Seigneur Jsus se fit homme, il se soumit en toutes choses la Parole de Dieu. Sa mre la lui enseigna; les docteurs de Nazareth l'en instruisirent; par la mditation et la prire, par l'exercice de l'obissance et de la foi, il fut amen la comprendre et se l'appliquer pendant ses annes de prparation. La Parole du Pre tait pour le Fils la vie de son me, et ce qu'il disait dans le dsert tait l'expression de son exprience : L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu . (Mat. 4:4). Il savait ne pouvoir vivre qu'autant que la Parole lui apportait la vie du Pre. Toute sa vie tait une vie de foi qui dpendait de la Parole du Pre. Elle ne lui tenait pas lieu du Pre, mais elle tait le canal qui lui communiquait la vie de Dieu; aussi son esprit et son cur en taient si pleins que toujours le Saint-Esprit trouvait en lui le texte biblique tout prt citer lorsqu'il venait lui en suggrer l'opportunit.

Enfant de Dieu, si vous voulez devenir un homme de Dieu d'une foi ferme, richement bni, et abondant en fruits la gloire de Dieu, faites de la Parole de Dieu votre nourriture. Qu'elle habite en vous, qu'elle remplisse votre cur, croyez-la, obissez-lui. Ce n'est que par la foi et l'obissance que la Parole peut entrer en nous. Ecoutez-la jour aprs jour comme si elle sortait l'instant mme de la bouche de Dieu, pour s'adresser vous. Qu'elle vous soit la Parole du Dieu vivant, le moyen dont il se sert pour se mettre en relation avec ses enfants et leur parler avec puissance de vie. Ne tirez ni de l'Eglise, ni des chrtiens qui vous entourent, vos convictions quant la volont de Dieu, quant son uvre et ses desseins votre gard ou l'gard du monde, mais puisez-les directement dans la Parole que vous adresse le Pre, et comme Christ , vous pourrez aussi accomplir tout ce qui vous concerne dans les Ecritures.

Christ se retrouvait souvent dans les Ecritures, voyant l son image et sa ressemblance. Il s'attachait alors accomplir ce qu'il y voyait crit, puisant en elles une force nouvelle pour le travail le plus difficile aussi bien que pour les plus grandes souffrances. Partout il y trouvait crit de la main de Dieu : Par la souffrance la gloire. Aussi n'avait-il d'autre dsir que celui d'tre ce que le Pre avait dit de lui, de faire correspondre sa vie au portrait que traait de lui la Parole de Dieu.

Disciple de Jsus : dans les Ecritures se trouve aussi ton portrait, le portrait de ce que le Pre veut que tu sois. Cherche en recevoir l'impression nette et profonde; tu en retireras une force surhumaine pour vaincre toute difficult. Savoir que tout est ordonn de Dieu, pouvoir se dire : j'ai vu ce qui est crit de moi dans le livre de Dieu, j'ai vu le portrait de ce que je dois tre selon la dcision de Dieu : voil d'o nat la foi qui conquiert le monde.

Notre Seigneur Jsus retrouvait son image non seulement dans les institutions de la Bible, mais aussi dans les croyants de l'Ancien Testament : Mose, Aaron, Josu, David et les prophtes taient tous des types du Seigneur. Dans le Nouveau Testament c'est Jsus qui est le type des croyants. C'est lui qui nous offre l'exemple de ce que nous devons tre ici-bas. Pour tre transforms son image de gloire en gloire comme par l'esprit du Seigneur (2 Cor. 3 : 18), il faut que nous contemplions cette image dans le miroir des Ecritures ; pour que le Saint-Esprit fasse son uvre en nous, il faut que nous voyons en Christ et dans chaque trait de sa vie la promesse de ce que nous pouvons devenir, nous aussi.

Heureux le chrtien qui sait le faire, qui non seulement a trouv Jsus dans les Ecritures, mais qui a vu en lui la promesse et l'exemple de ce qu'il doit tre lui-mme. Heureux le chrtien qui apprend du Saint-Esprit ne pas s'arrter aux interprtations humaines de l'Ecriture, mais recevoir avec simplicit ce qu'elles lui rvlent des plans de Dieu pour ses enfants.

Enfant de Dieu, c'est selon les Ecritures que Jsus-Christ vcut et qu'il mourut, c'est selon les Ecritures qu'il ressuscita et c'est parce qu'il connaissait les Ecritures et leur obissait, qu'il lui fut possible d'accomplir tout ce que les Ecritures disaient de sa vie et de sa passion ; aussi le Pre fit pour lui tout ce que lui promettaient les Ecritures. Toi, de mme, adonne-toi sans partage tudier dans les Ecritures ce que Dieu dit et veut de toi. Que les Ecritures o Jsus puisa chaque jour sa nourriture soient aussi ta nourriture quotidienne. Retourne chaque jour la Parole de Dieu avec la joyeuse confiance que par l'Esprit saint la Parole remplira son divin mandat ton gard. Chacune des paroles de Dieu est pleine de force et de vie. Sois donc certain que si tu cherches user des Ecritures comme Christ le faisait, elles seront aussi pour toi ce qu'elles taient pour lui. Dieu a trac dans sa Parole le plan de ta vie. Chaque jour tu en trouveras l quelque portion, et Dieu lui-mme veillera l'accomplir en toi, si, comme son Fils, tu veux en faire le but de ta vie.

Seigneur, mon Dieu, je te remercie de ta prcieuse Parole, divin miroir de toutes les vrits invisibles et ternelles. Je te remercie de ce que ta Parole me donne l'image de ton Fils qui est lui-mme ton image, et qui est aussi, grce ineffables mon image moi. Je te remercie de ce que, regardant lui, je vois ce que je puis tre, moi aussi.

O mon Pre, fais-moi bien comprendre de quelle bndiction peut tre pour moi ta Parole.

Pour ton Fils, elle tait ici-bas l'expression, de ta volont, la communication de ta vie et de ta force, le moyen de s'entretenir avec toi. C'tait en coutant ta Parole, c'tait en se soumettant ce qu'elle lui disait, qu'il pouvait accomplir ta volont. Que ta Parole soit tout cela pour moi aussi. Veuille chaque jour l'clairer pour moi de ton Saint-Esprit afin qu'elle me soit la Parole sortant de la bouche de Dieu, la voix de ta prsence mme s'adressant moi. Que dans tout ce qu'elle me dira je sente que Dieu me donne l quelque chose de sa propre vie. Apprends-moi la garder dans mon cur comme une divine semence qui, au temps voulu, germera en moi pour reproduire dans toute sa ralit divine la vie qu'elle recelait, tandis que je n'avais d'abord su voir en elle que l'expression de la pense. Enseigne-moi surtout, mon Dieu, trouver en elle celui qui en est le centre et l'essence mme, celui qui est la Parole ternelle, car le trouvant lui, et me sachant en lui, j'apprendrai, comme lui, voir dans ta Parole ma nourriture et ma vie. Je te le demande, mon Dieu, au nom de Jsus-Christ. Amen.

DIX-NEUVIME JOUR

COMME CHRIST

En pardonnant.

Vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant les uns aux autres si l'un a quelque sujet de plainte -contre l'autre. Gomme Christ vous a pardonn, vous aussi faites de mme. Col. 3 ; 13.

Pour le rachet le pardon est l'une des premires grces qu'il reoit de Dieu, celle qui lui ouvre une vie nouvelle, qui lui est le signe et le gage de l'amour de Dieu. Le pardon de Dieu nous donne droit tous les dons spirituels qui nous sont prpars en Jsus-Christ. Jamais, ni ici-bas, ni dans l'ternit, le rachet ne pourra oublier qu'il est un pcheur pardonn. Rien ne contribue mieux raviver son amour, alimenter sa joie, affermir son courage que l'exprience sans cesse renouvele de l'amour et du pardon de Dieu, dont le Saint-Esprit lui fait une vivante ralit. Chaque jour toute pense, toute grce reue de Dieu lui rappellent qu'il doit tout au pardon de Dieu. : Cet amour qui pardonne nous rvle une des plus hautes perfections divines. C'est pardonner que Dieu trouve sa gloire et son bonheur. Et c'est cette gloire et ce bonheur que Dieu veut faire partager ses rachets, quand il les appelle pardonner eux-mmes aussitt qu'ils ont reu leur pardon.

N'avez-vous jamais remarqu que de fois et avec quelle force Jsus insiste l-dessus? Si nous lisons avec rflexion les paroles du Seigneur dans Matthieu 6 : 12, 15 ; 18 : 2-25 ; Marc 11 : 25, nous comprendrons combien le pardon de Dieu est insparable de notre pardon, l'gard de nos semblables. Aprs l'ascension de Jsus, l'Ecriture nous dit de lui ce que lui-mme avait dit du Pre, que nous devons pardonner comme lui :  Comme Christ vous a pardonn, vous aussi faites de mme . C'est comme Dieu, c'est comme Christ, que nous devons pardonner.

Il n'est pas difficile d'en comprendre la raison. Quand l'amour qui pardonne vient nous, il ne se borne pas nous affranchir du chtiment ; il fait plus encore, il veut nous gagner lui, prendre possession de nous et habiter en nous. Et une fois tabli en nous, il ne perd pas son caractre divin, il est toujours l'amour qui pardonne et qui fait son uvre non seulement pour nous, mais en nous et par nous, nous amenant pardonner ceux qui pchent notre gard. Il en est si bien ainsi que, selon l'Ecriture, ne pas pardonner est le signe certain de n'avoir pas t pardonn soi-mme. Celui qui ne recherche le pardon que par gosme et pour tre affranchi du chtiment, mais n'a pas encore laiss l'amour qui pardonne prendre la direction de son cur et de sa vie, montre par l que le pardon de Dieu ne l'a pas encore rellement atteint; tandis que celui qui a vraiment reu et accept son pardon trouvera dans la joie avec laquelle il pardonne aux autres la confirmation de sa foi au pardon de Dieu. Recevoir de Christ le pardon, et pardonner ensuite comme Christ, sont donc une seule et mme chose.

Voil ce qu'enseignent les Ecritures; mais, que disent la vie et l'exprience des chrtiens ? Hlas ! combien d'entre eux savent peine ce que la Bible dit l, ou, s'ils le savent, pensent que c'est trop attendre d'un tre pcheur ; combien aussi, tout en admettant en gnral ce que nous venons de dire, trouvent toujours dans leur cas particulier quelque raison pour se dispenser d'obir. On allgue sa dcharge que ce serait affermir le mchant dans le mal, ou que jamais l'offenseur n'et pardonn lui-mme pareille injure, ou que mme des chrtiens minents ne pardonnent pas ainsi. Jamais les excuses ne manquent, et pourtant le commandement est clair autant que l'avertissement qui le suit est solennel : Comme Christ vous a pardonn, vous aussi faites de mme .  Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, votre Pre ne vous pardonnera pas non plus les vtres . (Mat. 6 : 15;). En raisonnant ainsi on te la parole de Dieu sa force, sans comprendre que c'est prcisment en pardonnant que l'amour de Dieu cherche vaincre le mal, et que c'est pour cela qu'il pardonne jusqu' septante fois sept fois. N'est-ce pas ce que Christ a fait qui doit me servir de rgle plutt que ce que pourrait faire tel autre en pareil cas? N'est-ce pas en me conformant 1'exemple de Christ plutt qu' celui d'minents chrtiens que j'obtiendrai la preuve d'avoir reu moi-mme le pardon de mes pchs?

Hlas! quelle est l'Eglise, quel est le groupe de chrtiens qui ne transgresse cette loi de l'amour qui pardonne? Que de fois dans nos assembles religieuses, dans nos uvres philanthropiques, aussi bien que dans nos rapports de socit, et jusque dans notre vie domestique, nous avons la preuve que pour un grand nombre de chrtiens l'invitation pardonner comme Christ a pardonn n'est pas encore devenue la rgle de leur vie habituelle. A propos de quelque divergence d'opinion, de quelque objection ce qui parat juste et bon, propos de quelque ddain suppos ou vrai, de quelque rapport imprudent ou malveillant, on accueille des penses de rancune, de mpris ou de froideur, plutt que d'aimer, de pardonner et d'oublier comme Christ. Dans ces cas-l, l'esprit et le cur ne sont point encore sous l'influence de cette loi de compassion, d'amour et de pardon qui relie la tte aux membres, et qui doit rgler tous les rapports des membres entre eux.

Bien-aims disciples de Jsus, vous qui tes appels reprsenter son image dans le monde, apprenez que comme le pardon de vos pchs fut la premire chose que Jsus fit pour vous, de mme le pardon l'gard de vos semblables est une des premires choses que vous avez faire pour lui. Souvenez-vous que pour le cur renouvel, la joie de pardonner aux autres dpasse si possible la joie de se savoir pardonn soi-mme. La joie d'tre pardonn est seulement la joie du pcheur, une joie terrestre, tandis que la joie de pardonner est une joie semblable celle de Christ, une joie cleste. Oh! comprenez que vous tes appels participer ainsi l'uvre mme de Christ et la joie dont il jouit lui-mme.

C'est par l que vous pourrez tre bndiction pour le monde. C'est en pardonnant que Jsus gagne ses ennemis et se fait des amis. C'est en pardonnant que Jsus a fond son royaume et qu'il continue l'tendre. C'est aussi par le mme amour qui pardonne que l'Eglise convaincra le monde de l'amour de Dieu. Quand le monde verra que cet amour est non seulement prch dans l'Eglise, mais qu'il anime la vie de chaque disciple de Christ, quand il verra des hommes et des femmes se conduisant comme Jsus et pardonnant comme lui, il sera oblig de reconnatre que rellement Dieu est avec eux.

Et si cela vous parat trop difficile, trop lev pour vous, souvenez-vous que c'est votre cur naturel qui parle ainsi. Notre nature pcheresse ne gote pas cette joie-l et ne peut jamais l'obtenir. Mais ds que nous sommes unis Christ, nous le pouvons; celui qui demeure en Christ marche comme lui-mme a, march. Si vous avez renonc vous-mmes pour suivre Christ en toutes choses, il vous en rendra capables par son Saint-Esprit. Sans attendre le moment de la tentation, accoutumez-vous d'avance contempler Jsus comme votre Modle dans la cleste beaut de son amour et de son pardon, car en contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transforms son image de gloire en gloire . (2 Cor. 3 : 18). Chaque fois que vous priez Dieu de vous pardonner, ou que vous le remerciez de son pardon, prenez l'engagement la gloire de son nom d'avoir pour tous ceux qui vous entourent le mme amour qui pardonne. Avant qu'il soit question de pouvoir pardonner aux autres, il faut que le cur soit rempli d'amour pour Christ, d'amour pour les frres, d'amour pour les ennemis mme. Un cur plein de cet amour divin trouve du plaisir pardonner. Dans les petites circonstances de chaque jour, s'il surgit quelque tentation de ne pas pardonner, accueillez avec joie cette occasion de montrer que vous possdez l'amour de Dieu qui pardonne, que vous tes heureux d'en faire briller un rayon sur les autres, et que vous sentez tout le privilge de pouvoir tre ainsi l'image de notre bien-aim Sauveur.

Pardonner comme toi, Jsus, Fils de Dieu, voil la rgle de ma vie. Toi, qui as donn le commandement, tu donneras aussi la force de l'accomplir. Toi, qui as eu assez d'amour pour me pardonner, tu me rempliras aussi de ton, amour et tu m'enseigneras pardonner aux autres. Toi, qui m'as dj donn la joie de savoir mes pchs pardonns, tu me donneras certainement aussi cette autre joie plus grande encore de pardonner aux autres comme tu m'as pardonn. Veuille pour cela fortifier ma foi en la puissance de ton amour en moi, afin que comme toi je puisse pardonner septante fois sept fois? que je puisse aimer tous ceux qui m'entourent et leur faire du bien.

O Jsus, ton exemple fait ma loi. Il faut que je sois semblable toi. Et ton exemple est aussi mon Evangile, la bonne nouvelle qui m'assure que je puis tre comme toi. Tu es la fois ma loi et ma vie. Ce que tu demandes de moi comme mon Modle, c'est toi-mme qui lopres en moi en me communiquant ta vie. Je pardonnerai donc comme toi tu pardonnes.

Seigneur! Apprends-moi seulement vivre dans une plus complte dpendance de toi, compter sur l'entire suffisance de ta grce et me savoir sous une garde sre par le fait que tu habites en moi. Alors je pourrai croire la force toute-puissante de ton amour. Alors je pardonnerai comme Christ m'a pardonn Amen.

VINGTIME JOUR

COMME CHRIST

En le contemplant.

Ainsi, nous tous qui, le visage dcouvert, contemplons comme dans un miroir, la gloire du Seigneur, nous sommes transforms son image de gloire en gloire comme par l'esprit du Seigneur. 2 Cor, 3 : 18.

Mose avait pass quarante jours avec Dieu sur la montagne. Quand il descendit, son visage tait devenu rayonnant de gloire divine. Il ne le savait pas lui-mme, mais Aaron, et tout le peuple virent l un reflet de la gloire de Dieu; et tous craignirent de s'approcher de lui. (Exo, 34 : 29, 30).

Ceci prfigurait ce que nous rvle le Nouveau Testament. Le privilge accord alors Mose seul est prsent le partage de tout croyant. Quand nous contemplons la gloire de Dieu en Christ dans le miroir des Ecritures, sa gloire rayonne sur nous et en nous, si bien que nous en portons le reflet nous-mmes. En contemplant la gloire du Christ, le croyant est transform par l'Esprit en la mme image. Contempler Jsus nous rend semblables lui.

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L'il exerce une grande influence sur l'esprit et le caractre. C'est au moyen de l'il que se fait en grande partie l'ducation de l'enfant ; il se moule sur les manires et les habitudes des personnes qu'il voit chaque jour. De mme pour former, pour mouler notre caractre, notre Pre cleste nous montre sa gloire divine en la personne de Jsus, et il attend de nous que nous ayons une grande joie la contempler, parce qu'il sait que nous serons par l transforms l'image de Christ. Que tous ceux donc qui veulent devenir comme Christ remarquent bien ici comment ils pourront y parvenir.

Contemplez sans cesse la gloire divine telle qu'elle se voit en Christ, car en lui elle nous rvle la perfection divine sous la forme humaine. Les deux traits caractristiques de ce reflet de gloire divine en Christ sont l'humiliation et l'amour. C'est d'abord la gloire de son humiliation. Quand on considre comment le Fils ternel s'est dpouill lui-mme pour se faire homme, et comment il s'est, comme homme, humili jusqu' se faire serviteur, puis il s'est rendu obissant jusqu' la mort de la croix, on contemple le plus haut degr de la gloire de Dieu. La gloire de la toute-puissance divine comme Crateur, et la gloire de la saintet de Dieu comme Roi sont moins merveilleuses que cette gloire de la grce qui s'abaisse Jusqu' se faire serviteur au service de Dieu et de l'homme. Apprenons voir la vritable gloire dans cette humiliation. Nous humilier comme Christ doit tre pour nous la seule chose digne de porter le nom de gloire sur la terre. C'est l ce qui doit nous paratre rellement admirable, dsirable et propre nous rjouir.

En contemplant Jsus dans la gloire de son humiliation, nous ne pourrons plus dsirer d'autre gloire que celle de lui ressembler, de nous humilier comme lui. Contempler Jsus, l'admirer et l'adorer, voil ce qui nous amnera recevoir son esprit, ce qui nous transformera son image.

La gloire de son humiliation est insparable de la gloire de son amour. Son humiliation nous fait remonter son amour qui en est la source et la force. C'est de son amour que son humiliation tire sa valeur. L'amour est la plus grande gloire de Dieu, mais cet amour nous tait rest un mystre jusqu' ce qu'il se rvlt en Jsus-Christ. Ce n'est que dans l'humanit de Jsus, dans ses rapports de douceur, de compassion et d'amour avec les hommes, avec des hommes insenss, pcheurs et rebelles, que la gloire de l'amour divin se fit rellement connatre pour la premire fois. L'me qui a dj reu quelque faible rayon de cette gloire-l voudra devenir en ceci comme Christ. En contemplant cette gloire de l'amour de Dieu en Christ, elle sera transforme en la mme Image.

Ne voudriez-vous pas tre comme Christ? En voici le moyen : Contemplez la gloire de Dieu en Christ, en lui-mme, et non dans les paroles, les penses et les grces diverses qui nous rvlent sa gloire ; regardez lui, directement lui, au Christ vivant qui vous aime. Placez-vous, sous son regard, voyez en lui votre ami et votre Dieu.

Regardez lui avec adoration. Prosternez-vous devant lui. Sa gloire a toute-puissance de vie pour se communiquer vous et remplir votre cur.

Regardez lui avec foi. Saisissez avec confiance qu'il est vous, qu'il s'est donn vous, et qu'ainsi vous avez droit tout ce qui est lui. Son but est de retracer son image en vous. Contemplez-le donc en vous disant avec joie, avec assurance : La gloire que je vois en lui m'est destine. Il me la donnera. En le contemplant, en l'adorant, en me confiant en lui, je deviendrai comme lui.

Regardez lui avec un grand dsir d'obtenir. Ne cdez pas la paresse de la chair qui se contente de peu, avant d'avoir obtenu la pleine bndiction d'tre conforme au Seigneur, Priez Dieu de vous donner une soif insatiable pour cette gloire promise. Que votre fervente requte soit celle de Mose : Fais-moi voir ta gloire . (Exo. 33 : 18). Ne vous laissez dcourager par rien au monde, pas mme par la lenteur apparente de vos progrs, mais allez de l'avant avec un dsir croissant d'obtenir tout ce que vous offre la Parole de Dieu : Nous sommes transforms son image de gloire en gloire .

Quand vous contemplez Christ, ne ngligez, pas de lui dire que vous l'aimez, que son amour a gagn votre cur, et que vous voulez lui appartenir entirement. Dites-lui que tout votre dsir est de lui plaire. Oh ! que les liens d'amour qui vous unissent lui se resserrent toujours plus.

Comme Christ ! Nous pouvons le devenir, nous le deviendrons chacun dans sa mesure. Le Saint-Esprit nous en est garant. La Parole de Dieu a dit : Nous sommes transforms son image de gloire en gloire comme par l'Esprit du. Seigneur . Il s'agit donc ici de l'Esprit qui tait en Jsus et qui faisait resplendir en lui la gloire divine. Cet Esprit est appel l'Esprit de gloire .(1 Pier. 4 : 14). Cet Esprit vient nous comme il venait Jsus, et, tandis que nous contemplons et que nous adorons en silence, il nous assimile ce que nous voyons en notre Seigneur Jsus, le faisant revivre en nous. Par cet Esprit, nous avons dj reu la vie de Christ en nous avec tous les dons de sa grce ; mais cette vie doit tre stimule et dveloppe, elle doit grandir, remplir tout notre tre, prendre possession de notre nature entire, la pntrer de toutes parts. Et c'est l ce que fait l'Esprit, ds que nous nous livrons lui avec obissance. Il nous ouvre les yeux pour nous faire voir dans les Ecritures la gloire de Jsus et de tout ce qu'il fait. Il veille en nous le dsir de lui ressembler. Il affermit notre foi, nous donnant l'assurance que nous pouvons recevoir en nous ce que nous voyons en Jsus? parce que Jsus lui-mme est nous. Il nous fait demeurer en Christ, en communion avec lui, unis lui de tout notre cur. Il opre ainsi en nous selon cette promesse : C'est lui qui me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est moi et qu'il vous l'annoncera . (Jean 16: 14), Par cette contemplation, nous sommes transforms son images de gloire en gloire, comme par l'Esprit du Seigneur, Comprenons seulement que la plnitude de l'Esprit nous est promise, et que si nous l'accueillons avec foi, il accomplira victorieusement son uvre en nous, gravant dans notre me et notre vie l'image et la ressemblance de Christ.

Mon frre, en contemplant Jsus dans sa gloire, vous pouvez vous attendre devenir semblable lui. Abandonnez-vous seulement la direction de l'Esprit avec tranquillit et paix. L'Esprit de gloire repose sur vous. Contemplez et adorez la gloire de Dieu en Christ et vous serez transform par la puissance de Dieu de gloire en gloire. Le Saint-Esprit oprera en vous la transformation fondamentale qui vous fera raliser dans votre vie la valeur de ces mots : Comme Christ,

O Seigneur, je te rends grces de ce que tu m'assures ici que tandis que mon affaire, moi, est de contempler ta gloire, l'uvre du Saint-Esprit est de me transformer ton image ; que tandis que je te contemple, le Saint-Esprit agit -en moi et m'assimile quelque chose de ta gloire.

Seigneur, enseigne-moi contempler ta gloire comme il convient de le faire. Mose avait t quarante jours avec toi quand ta gloire rayonna sur lui. Je reconnais que ma communion avec toi a t trop courte et fugitive, que je n'ai pas su prendre le temps ncessaire pour me pntrer de ce qu'est ton image. Seigneur, enseigne-moi le faire. Donne-moi, dans mes mditations, de renoncer moi-mme pour te contempler et t'adorer jusqu' ce que mon me puisse s'crier chaque trait de ton image : Oh! que c'est beau, c'est la gloire de Dieu ! O mon Dieu, fais-moi voir ta gloire.

Affermis-moi aussi, Seigneur, dans la confiance que le Saint-Esprit fait son uvre en moi, lors mme que je n'en vois pas aussitt les effets. Mose ne savait pas que son visage rayonnait. Seigneur, garde-moi de regarder a moi-mme. Que je sois tellement absorb en toi, que je m'oublie et me perde en toi. Seigneur, c'est quand on est mort soi-mme qu'on vit en toi.

O mon Dieu, toutes les fois que je contemplerai ton image et ton exemple, je voudrais que ce ft avec la confiance que ton Saint-Esprit prendra entirement possession de moi et qu'il imprimera si bien ton image en moi, que le monde verra l un reflet de ta gloire. C'est avec cette confiance que je me hasarde prendre pour moi ce mot d'ordre : De gloire en gloire, voyant l la promesse d'une grce qui deviendra chaque jour plus abondante, d'une bndiction toujours prte se surpasser, et de dons qui ne seront que le gage d'autres dons plus excellents encore. Mon Sauveur! Te contempler, ce sera bien rellement pour moi : De gloire en gloire. Amen.

VINGT-UNIME JOUR

COMME CHRIST

Dans son humilit.

 Que chacun de vous regarde tes autres, par humilit, comme plus excellents que lui-mme. Ayez en vous les mmes sentiments que Jsus-Christ, lequel tant en forme de Dieu, s'est dpouill lui-mme, ayant pris la forme de serviteur, devenant semblable aux hommes, et revtu de la figure d'homme, il s'est abaiss lui-mme, se rendant obissant jusqu' la mort, mme jusqu' la mort de la croix. Phi. 2 : 3-8.

Ces paroles admirables nous offrent le sommaire de toutes les plus prcieuses vrits qui se runissent autour de la personne du Fils de Dieu. C'est d'abord son adorable divinit : en forme de Dieu, gal Dieu . Puis vient le mystre de son incarnation dans ces mots d'un sens si profond, si inpuisable : il s'est dpouill lui-mme . Ensuite vient l'expiation avec l'humiliation, l'obissance et la passion, et enfin la mort qui lui donne sa valeur. Il sest rendu obissant jusqu' la mort, mme jusqu' la mort de la croix . Puis vient aussi le couronnement du tout : Dieu La souverainement lev . Christ tant Dieu, Christ se faisant homme, Christ dans l'humiliation pour accomplir notre rdemption, Christ dans la gloire, matre souverain de tout : tels sont les trsors que nous rvle ce passage.

On a crit des volumes sur quelques-unes des paroles de ce texte, et pourtant on n'a pas toujours assez tenu compte des circonstances dans lesquelles le Saint-Esprit les a inspires. En premier lieu il ne s'agit pas l d'tablir la vrit pour rfuter l'erreur, ou pour affermir la foi. Le but est tout autre. Les Philippiens avaient de l'orgueil et manquaient de charit. C'est donc en vue de les engager par l'exemple de Christ devenir humbles comme lui que Paul fut inspir leur dire : Que chacun de vous regarde les autres, par humilit, comme plus excellents que lui-mme ; ayez en vous les mmes sentiments que Jsus-Christ . Celui qui n'tudie pas cette portion de la Parole de Dieu avec le dsir de s'abaisser comme Jsus, ne comprend pas encore pourquoi Dieu parle ainsi. Christ descendu du trne de Dieu et devant y monter, en passant par l'humiliation de la croix, nous ouvre la seule voie par laquelle nous puissions, nous aussi, atteindre ce trne divin. La foi qui, en saisissant l'expiation, saisit aussi le moyen de suivre lexemple donn par Jsus, est la seule vritable foi. Toute me qui veut sincrement appartenir Christ doit par son union avec lui reflter son esprit, son caractre, et son image.

Ayez en vous les mmes sentiments que Jsus-Christ, lequel tant en forme de Dieu... s'est dpouill lui-mme... et, revtu de la figure d'homme, s'est abaiss lui-mme . Il faut que nous soyons comme Christ dans son dpouillement et dans son abaissement. Le premier grand acte d'abngation par lequel, tant Dieu, il se dpouilla de sa gloire et de sa puissance divines, fut encore suivi d'une autre humiliation non moins admirable lorsqu'tant homme, il consentit subir la mort de la croix. En nous prsentant cette double et surprenante humiliation qui fit l'tonnement du monde et la joie du Pre, la sainte Ecriture nous dit avec la plus grande simplicit et comme une chose qui va de soi, que nous devons tre comme Christ.

En parlant ainsi, Paul et toute l'Ecriture, et Dieu lui-mme, attendent-ils rellement de nous ce qu'ils nous disent l? Pourquoi non? ou plutt : comment pourraient-ils attendre autre chose? Ils connaissent le terrible pouvoir de l'orgueil en nous, ils savent ce qu'est le vieil Adam de notre nature terrestre, toutefois ils savent aussi que Christ nous a rachets non seulement de la maldiction, mais encore de la puissance du pch, et qu'il nous communique sa vie et sa force de rsurrection pour nous rendre capables de vivre ici-bas comme lui. Ils nous disent que Christ est non seulement notre garant, mais qu'il est encore notre modle, afin que nous ne nous contentions pas d'avoir la vie par lui, mais que nous vivions comme lui. Ils nous disent en outre qu'il est non seulement notre modle, mais qu'il est encore notre tte, qu'il vit en nous et continue en nous la mme vie qu'il avait sur la terre. Avec un tel Christ, avec un tel plan de rdemption, Dieu pourrait-il attendre autre chose du croyant? Il faut ncessairement que le disciple de Christ ait le mme esprit que Christ, il faut surtout qu'il lui ressemble par son humilit.

L'exemple de Christ nous montre que ce n'est pas le pch qui doit produire en nous l'humilit, comme le pensent tant de chrtiens. Ils croient que les pchs de chaque jour sont ncessaires pour nous maintenir dans l'humilit. Ce n'est pas cela. Il y a bien une humilit qui a son prix comme dbut de quelque chose de mieux, et qui consiste reconnatre ses pchs ; mais il y a une autre humilit plus cleste encore, plus semblable celle de Christ, qui consiste s'abaisser mme quand la grce de Dieu nous prserve de pcher, qui s'tonne que Dieu puisse nous bnir, et qui se complat se tenir pour rien devant celui qui nous devons tout. C'est de la grce que nous avons besoin et non du pch, pour nous rendre humbles et nous maintenir dans l'humilit. C'est le poids des fruits qui fait ployer la branche, c'est sous l'affluence de l'eau que se creuse le lit de la rivire. Plus l'me se rapproche de Dieu, plus l'imposante majest de sa prsence lui fait sentir sa bassesse. Voil ce qui nous amen regarder les autres comme plus excellents que nous-mmes . Jsus-Christ, le Saint de Dieu, est notre modle d'humilit. C'tait en sachant que le Pre lui avait remis toutes choses entre les mains, et qu'il tait venu de Dieu et qu'il retournait Dieu, qu'il se mit laver les pieds de ses disciples . C'est la prsence de Dieu en nous, c'est la conscience de possder en nous la vie divine et l'amour divin qui nous rendront humbles.

Il semble impossible beaucoup de chrtiens de dire : Je ne veux plus penser moi, je veux tenir les autres pour meilleurs que moi. Ils implorent bien de la grce de Dieu qu'elle rprime la trop forte effervescence de leur orgueil et de leur amour-propre, mais quant renoncer entirement eux-mmes, comme Christ, c'est leurs yeux trop difficile, trop irralisable. S'ils comprenaient toute la vrit, toute la bndiction que renferment ces mots : Quiconque s'abaisse sera lev , quiconque perdra sa vie la trouvera (Luc 14 : 11 ; Mat, 16 : 25), ils ne pourraient se contenter de rien de moins que d'une entire conformit leur Matre en ceci aussi. Ils verraient qu'il y a un moyen de dompter le moi et son orgueil : c'est de croire que ce moi a t clou sur la croix et qu'il faut seulement le laisser l. (Gal. 5 : 24; Rom. 8 : 13). On ne peut obtenir ce degr d'humilit qu'en consentant de tout son cur suivre Christ d'ans sa mort.

Pour en arriver l, il faut deux choses : d'abord la ferme dcision de renoncer soi-mme, de ne plus se rechercher soi-mme, et de vivre uniquement pour Dieu et pour le prochain. Il nous faut en outre la foi qui s'approprie la mort de Christ, la foi qui nous fait raliser la mort au pch, l'affranchissement de la domination du pch. Quand nous tenons notre moi pcheur pour mort avec Christ sur la croix, nous voyons se clore cette phase de notre vie o le pch tait trop fort pour nous, et s'ouvrir une phase nouvelle o Christ est plus fort que le pch.

Ce n'est que sous la puissante influence du Saint-Esprit qu'il est possible de raliser et de tenir ferme cette vrit ; mais, grce Dieu, nous avons le Saint-Esprit. Oh ! puissions-nous nous remettre entirement sa direction, car il nous guidera, c'est l son uvre. Il glorifiera Christ en nous; il nous fera comprendre que nous sommes morts au pch , morts notre vieille nature dchue, et que la vie de Christ, avec son humilit, est devenue notre vie.

C'est ainsi que par la foi on s'approprie lhumilit de Christ. Ceci peut se faire en un moment, mais l'application de cette humilit dans l'exprience de chaque jour ne se fait que peu peu. Nos penses et nos sentiments et toute notre manire d'tre, ont t si longtemps sous la domination de notre ancien moi, qu'il faut du temps pour les pntrer de l'humilit de Christ et les transformer cette lumire divine. Au commencement, la conscience n'est pas encore bien au clair, le tact spirituel et la force de discernement n'ont pas encore t exercs. Mais si du fond de son cur le croyant se rpte : J'ai renonc moi-mme pour tre humble comme Jsus, il obtiendra du Seigneur que sa puissance divine vienne tout renouveler en lui, jusqu' ce que dans l'expression de son visage, dans sa voix et dans ses actes, se reconnaisse la prsence sanctifiante de l'Esprit, et qu'il se trouve rellement revtu d'humilit.

Cette humilit de Christ en nous, nous est une source inpuisable de bndiction. Elle est de grand prix aux yeux de Dieu ; il fait grce aux humbles . (Jac. 4:6). Dans la vie spirituelle, elle est une source de repos et de joie. Pour les humbles, tout ce que Dieu fait est bien et bon. L'humilit est toujours prte louer Dieu pour ses moindres bonts. L'humilit ne trouve pas de difficult se confier. Elle se soumet sans condition tout ce que Dieu dit. Les deux personnes dont Jsus loue la grande foi sont justement celles qui s'estimaient le moins. Le centenier avait dit : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit . (Mat. 8 : 8). Et la femme syro-phnicienne se laissait mettre au rang des petits chiens.

L'humilit facilite nos rapports avec tous, elle nous donne le secret de pouvoir aimer et faire du bien. Un homme qui est humble ne s'offense pas, et il a grand soin de ne pas offenser autrui. Il est toujours prt rendre service son prochain parce qu'il a appris de Jsus qu'il y a honneur et bonheur tre le serviteur de tous. Il est ainsi bienvenu de Dieu et des hommes.

Oh ! qu'elle est belle la vocation des disciples de Christ ! Dieu les a envoys dans le monde pour montrer tout ce qu'il y a de divin dans l'humilit. Celui qui est humble glorifie Dieu, il engage les autres lui rendre gloire, et la fin il sera glorifi lui-mme en Christ. Qui ne voudrait donc tre humble comme Jsus?

O toi qui es descendu du ciel pour t'abaisser jusqu' la mort de la croix, tu m'appelles faire de ton humilit la rgle de ma vie.

Seigneur, fais-m'en bien comprendre toute la ncessit. Je ne puis, ni ne veux tre un orgueilleux disciple de l'humble Jsus. Que dans le secret de mon cur, soit seul, soit avec mes amis, soit aussi avec mes ennemis, que dans la prosprit comme dans l'adversit, je sois toujours rempli de ton humilit.

O Seigneur! je sens le besoin de comprendre mieux ta mort sur la croix et la part que j'y ai eue. Fais-moi raliser que mon ancien moi orgueilleux a t crucifi avec toi. Montre-moi la lumire de ton Esprit qu'ayant t rgnr par toi, je suis prsent mort au pch, soustrait sa puissance, et que, tant que je suis en communion avec toi, le pch ne peut rien sur moi. Seigneur Jsus, toi qui as vaincu le pch affermis en moi la confiance que tu es ma vie, et que tu veux me remplir de ton humilit si, moi, je veux te laisser entrer et me remplir de ton Saint-Esprit.

Seigneur, mon esprance est en toi. Avec foi en toi, je vais montrer dans le monde que l'esprit qui t'animait passe aussi dans tes enfants, leur apprenant regarder les autres par humilit, comme plus excellents qu'eux-mmes. Oh! daigne, Seigneur, me le donner! Amen.

VINGT-DEUX1ME JOUR

COMME CHRIST

Semblable lui dans sa mort

Car si nous avons t faits une mme plante avec lui par la conformit sa mort, nous le serons aussi par la conformit sa rsurrection... Car s'il est mort, il est mort une seule fois pour le pch... Vous aussi, mettez-vous bien dans l'esprit que vous tes morts au pch, et que vous vivez Dieu en Jsus-Christ, notre Seigneur. Rom. 6: 5, 40,11.

C'est la mort de Christ que nous devons notre salut. Plus nous comprendrons tout ce que signifie cette mort, plus aussi nous en prouverons toute la vertu. Notre texte nous apprend ce que c'est que d'tre un avec Christ dans sa mort. Que ceux donc qui veulent rellement tre comme Christ dans leur vie, cherchent bien comprendre ce qu'est la conformit sa mort.

Christ avait une double uvre accomplir dans sa mort : oprer notre justification, et nous obtenir la vie. Quand l'Ecriture parle de la premire partie de cette uvre, elle se sert de ces mots:  Christ est mort pour nos pchs  (1 Cor. 15 : 3). Il a pris sur lui nos pchs, il en a subi le chtiment. Par l il les a expis et nous a acquis une justice qui nous permet de nous prsenter devant Dieu. Quand l'Ecriture parle de la seconde partie de cette uvre, elle dit :  Il est mort au pch  (Rom. 6 : 10) ([3]). Mourir pour les pchs se rapporte son caractre de substitut. Dieu a fait venir sur lui nos pchs (Esa. 53 : 6), et sa mort en a fait l'expiation. Mourir au pch dsigne la rupture de tout rapport avec le pch. Par sa mort Christ a rompu tout rapport entre lui et le pch. Pendant sa vie le pch avait le pouvoir de lui susciter des luttes et des souffrances. Sa mort y mit fin. Le pch n'eut plus le pouvoir alors ni de le tenter, ni de le faire souffrir. Il tait hors de son atteinte. La mort avait fait sparation complte entre lui et le pch. Christ mourut au pch.

Comme Christ, le pcheur est mort au pchs puisqu'il est un avec Christ  par la conformit sa mort . Ainsi que, pour notre justification, il est indispensable de savoir que Christ est mort pour nos pchs ; de mme, pour notre sanctification, il est indispensable de savoir que Christ et nous-mmes avec lui, nous sommes morts au pch. Cherchons le bien comprendre.

C'est comme tant le second Adam que Christ est mort. Issus du premier Adam, nous avons t faits une mme plante avec lui par la conformit sa mort. Adam est mort et nous sommes condamns mourir comme lui; la puissance de sa mort agit en nous ; nous sommes donc rellement morts en lui, aussi bien qu'il est mort lui-mme. Nous comprenons ceci. Il en est prcisment de mme de notre mort en Christ : Nous avons t faits une mme plante avec lui, par la conformit sa mort . Christ est mort au pch, et nous avec lui, et maintenant l'efficacit de sa mort opre en nous. Nous sommes donc morts au pch, aussi certainement qu'il l'est lui-mme.

Par notre premire naissance, nous avons part la mort d'Adam; par notre seconde naissance, nous avons part la mort du second Adam. Tout croyant qui accepte Christ participe la puissance de sa mort et par l il est mort au pch. Mais le croyant peut possder beaucoup sans le savoir. La plupart des croyants sont, leur conversion, si occups de la mort de Christ pour le pch, de leur justification par Christ, qu'ils ne cherchent pas saisir le sens de ces mots : qu'en lui ils sont morts au pch. Ce n'est que lorsqu'ils sentent le besoin de son secours pour leur sanctification que s'veille en eux le dsir de comprendre cette conformit sa mort, et qu'ils trouvent l le secret de la saintet, reconnaissant, que comme Christ, ils sont, eux aussi, morts au pch.

Le chrtien qui ne comprend pas encore ceci se figure toujours que le pch est trop fort pour lui, que le pch a encore domination sur lui, et que parfois il doit lui obir. C'est parce qu'il ne sait pas encore que, comme Christ, il est mort au pch. S'il le croyait, s'il comprenait le sens de ces mots, il dirait : Christ est mort au pch. Le pch ne lui peut plus rien. Pendant sa vie et sa mort le pch a exerc son pouvoir sur lui; c'est le pch qui a caus ses souffrances sur la croix et qui l'a fait passer par l'humiliation du spulcre ; mais prsent il est mort au pch. Le pch a perdu ses droits sur lui. Il est jamais dlivr de sa puissance. Pour moi aussi, comme croyant, il en est de mme. La Vie nouvelle qui est en moi est la vie de Christ ressuscit des morts ; c'est une vie renouvele par la mort, une vie qui est entirement morte au pch . Le croyant, devenu une nouvelle crature en Jsus-Christ, peut donc s'crier : Comme Christ, je suis mort au pch. Le pch n'a plus ni droits, ni domination sur moi; j'en suis affranchi, et par l mme je ne suis plus oblig de pcher.

Si le croyant pche encore, c'est parce qu'il n'use pas du privilge de vivre comme quelqu'un qui est mort au pch. Par ignorance, par manque de vigilance ou par incrdulit, il perd de vue le sens et la force de ces mots : par la conformit sa mort , et alors il pche. Mais s'il retient ferme ce que signifie le fait qu'il a partag la mort de Christ, il peut surmonter le pch. Il remarque bien qu'il n'est pas dit : Le pch est mort. Non, le pch n'est pas mort, le pch vit et agit dans la chair. Mais lui-mme est mort au pch et vit Dieu, par consquent le pch ne peut avoir aucune domination sur lui sans son consentement. S'il pche encore, c'est parce qu'il permet au pch de rgner sur lui et qu'il consent lui obir.

Bien-aim chrtien, qui cherchez ressembler Christ, que votre conformit sa mort vous soit la plus prcieuse partie de la vie que vous souhaitez atteindre. Appropriez-vous-la par la foi. Tenez pour certain que vous tes vraiment mort au pch. Que ce soit pour vous une affaire rgle ; Dieu le dit chacun de ses enfants, mme au plus faible; dites-le aussi : Comme Christ je suis mort au pch. Ne craignez pas de le dire ; c'est la vrit. Demandez que le Saint-Esprit vous claire quant cette partie de votre union avec Christ, en sorte qu'elle ne vous soit pas seulement une doctrine, mais qu'elle soit en vous ralit et force.

Cherchez mieux saisir ce qu'il nous est dit de la vie du croyant mort au pch, saisir que par sa participation la mort de Christ, il a t affranchi de la puissance du pch, et qu'ainsi commence pour lui une vie de victoire par Jsus-Christ. Quand vous aurez bien compris que vous avez eu part la mort de Christ, saisissant cette vrit par la foi, vous deviendrez conforme aussi ce qu'il est devenu lui-mme par sa mort; graduellement, progressivement vous vous approprierez les consquences de cette mort, mesure que Christ en fera passer en vous toute la puissance victorieuse ([4]).

Pour recueillir tout le bienfait de la mort de Christ, remarquez encore ceci : D'abord l'obligation qu'elle vous impose: Nous qui sommes morts au pch, comment y vivrions-nous encore? (Rom. 6:2). Cherchez mieux pntrer le sens de cette mort de Christ en laquelle vous avez t baptis. Voici ce que signifie sa mort : Plutt mourir que pcher, consentir mourir, afin de vaincre le pch, tre mort, et par l affranchi du pouvoir du pch. Saisissez-vous de ces mots : Ne savez-vous pas que nous tous qui avons t baptiss en Jsus-Christ nous avons t baptiss eh sa mort? Que le Saint-Esprit vous baptise plus compltement en sa mort , jusqu' ce que la force de ces mots mort au pch , jusqu' ce que votre conformit la mort de Christ se voient dans toute votre conduite et votre vie.

Voici en outre ce qu'est pour vous la conformit la mort de Christ. Non seulement c'est une ncessit, c'est aussi une force. Vous, chrtien, qui dsirez ressembler Christ, s'il est une chose dont vous ayez surtout besoin, c'est de connatre l'immense puissance de la force de Dieu qui agit en vous. C'est par cette puissance ternelle que Christ a lutt dans sa mort contre les puissances de l'enfer et qu'il en a triomph. En Christ vous avez part sa mort? et par l vous avez part toute la puissance qui le rendit vainqueur. Consentez donc joyeusement avec un cur plein de confiance raliser mieux votre conformit la mort de Christ, et ncessairement alors vous lui deviendrez semblable.

O mon Dieu, que j'ai peu compris ta grce! Souvent j'ai lu ces mots : Par la conformit sa mort, nous avons t faits une mme plante avec lui ; souvent j'ai lu que toi, Seigneur, tu es mort au pch et qu'il est dit aux croyants :  De mme vous aussi ; mais je n'en ai pas saisi la force. Il en est rsult que ne me sachant pas conforme toi en ta mort, je ne me savais pas non plus affranchi de la puissance du pch et vainqueur du pch. Seigneur, tu m'ouvres l une glorieuse perspective. Pour l'homme qui accepte avec foi la conformit ta mort et qui selon ta Parole, se tient pour tre mort au pch, le pch n'aura plus de domination sur lui. Il acquiert ainsi la force de vivre pour Dieu.

Seigneur! Que ton Saint-Esprit me rvle plus parfaitement ces choses. Je veux recevoir avec foi ta Parole et prendre la place que tu m'assignes, me tenant pour mort au pch. Seigneur, en toi je suis mort au pch, apprends-moi le saisir par la foi, ou plutt te recevoir toi-mme jusqu' ce que toute ma vie prouve que je suis bien mort au pch. O Seigneur, maintiens-moi en communion avec toi, afin que demeurant eh toi, je puisse raliser en toi la mort au pch et vivre pour Dieu. Amen

(Voir la note 7e).

VINGT-TROISIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa rsurrection.

Car si nous avons t faits une mme plante avec-lui par la conformit sa mort, nous le serons aussi par la conformit sa rsurrection, afin que, comme Christ est ressuscit des morts par la gloire du Pre, nous aussi marchions dans une vie nouvelle. Rom. 6 : 5, 4.

Aprs avoir t conformes Christ en sa mort, nous devons ncessairement l'tre aussi dans sa rsurrection. Ne parler que de notre participation sa mort, que de porter la croix, que de renoncer nous-mmes, c'est ne prsenter qu'un seul ct de notre union avec Christ. Sa puissance de rsurrection nous fait passer de notre conformit sa mort une vie nouvelle. Notre mort avec Christ met fin notre ancienne vie de pch et d'assujettissement au monde que nous abandonnons; notre rsurrection avec Christ commence en nous une vie nouvelle par laquelle le Saint-Esprit expulse l'ancienne. Le chrtien qui dsire srieusement marcher comme Christ, doit bien savoir qu'il est semblable Christ dans sa rsurrection.

Voyons si ce n'est pas l ce qui va rpondre a cette question : O trouver la force de vivre dans le monde comme Christ y a vcu?

Nous avons dj vu que la vie de notre Seigneur, avant sa mort, tait une vie de faiblesse. Comme notre reprsentant, le pch avait une grande puissance sur lui ([5]). Il en avait aussi sur ses disciples, en sorte que leur Matre ne pouvait pas leur donner le Saint-Esprit, ni faire pour eux tout ce qu'il dsirait. Mais sa rsurrection, tout change. Ressuscit par la toute-puissance de Dieu, il possde par sa vie de rsurrection la puissance divine; et s'il a vaincu la mort et le pch, c'est non seulement pour lui-mme, mais aussi pour ses disciples, auxquels il peut aussitt faire part de son Esprit, de sa joie et de sa puissance.

Lorsqu' prsent le Seigneur Jsus nous fait part de sa vie, ce n'est pas de la vie qu'il avait avant sa mort, mais c'est de la vie de rsurrection qu'il s'est acquise par sa mort. C'est une vie qui n'a plus affaire avec le pch, .mais qui l'a dj banni, une vie qui a dj vaincu l'enfer et le diable, le monde et la chair, une vie de puissance divine dans la nature humaine. Voici la vie qui rsulte pour nous de notre conformit sa rsurrection : En vivant, il vit pour Dieu. Vous aussi, considrez-vous comme vivants pour Dieu en Jsus-Christ notre Seigneur . (Rom. 6 : 11). Oh! que Dieu veuille nous rvler par son Saint-Esprit toute la puissance de vie qui rsulte de notre conformit la rsurrection de Christ! C'est cette vie-l qui rend capable de marcher comme Christ.

Ceci reste un mystre pour la plupart des chrtiens et c'est pour cela que leur vie est une vie de faiblesse, de dfaites et de pch. Ils croient la rsurrection de Christ comme preuve de leur justification. Ils pensent qu'il devait ressusciter pour continuer au ciel son uvre de Mdiateur, mais quant savoir qu'il est ressuscit afin que la vie glorieuse de sa rsurrection devnt ds prsent la force mme de leur vie de chaque jour, ils n'en ont aucune ide. De l leur dcouragement quand il leur est dit qu'ils doivent suivre Jsus en tant parfaitement conformes son image (Rom. 8 : 29). Ils ne peuvent pas comprendre qu'il soit demand d'un pcheur qu'en toutes choses il agisse comme Christ l'et fait. Ils ne connaissent pas Christ dans la puissance de sa rsurrection, ils ne savent pas avec quelle force, quelle puissance sa vie agit en ceux qui veulent regarder toutes choses comme une perte cause de Christ . (Phil., 3: 8; Eph. 1 : 19, 20). Venez vous tous qui tes lasss d'une vie diffrente de celle de Jsus, et qui dsirez marcher sur ses traces, vous qui commencez voir dans l'Ecriture qu'il y a pour vous une vie meilleure que vous ne l'aviez su jusqu' prsent ; venez, laissez-moi essayer de vous montrer quels trsors sont vous par votre conformit sa rsurrection . Laissez-moi vous adresser trois questions.

D'abord : Etes-vous prts soumettre votre vie la rgle de Jsus et de sa vie de rsurrection? Je ne doute pas que l'exemple de Jsus ne vous ait convaincus de pch sur plus d'un point. Chaque fois que vous avez cherch votre propre volont et votre propre gloire au lieu de celles de Dieu, cdant l'ambition, l'orgueil, l'gosme, et manquant d'amour pour votre prochain, vous avez pu voir combien vous tes loin de l'obissance, de l'humilit et de l'amour de Jsus, et maintenant il s'agit de savoir si, en face de toutes ces choses que vous reconnaissez tre des pchs, vous voulez dire : Puisque Jsus veut prendre possession de ma vie, je renonce tout droit, tout dsir de jamais faire en rien ma propre volont ; je lui abandonne ma vie, avec tout ce que j'ai, et je suis entirement lui pour faire toujours ce qu'il me commandera par sa Parole et par son Esprit. Sil veut vivre en moi et rgner en moi? je lui promets obissance sincre et illimite.

Pour faire acte d'abngation si complte, il faut de la foi ; c'est pourquoi je vous adresse cette seconde question : Etes-vous prts croire que Jsus veut prendre possession de vous, veut prendre soin de la vie que vous lui confiez? Quand le croyant confie entirement Christ sa vie spirituelle et temporelle, il apprend bien comprendre ces mots de Paul : Je suis mort; je ne vis plus; Christ vit en moi . (Gal 2 : 19, 20). C'est quand je suis mort avec Christ et ressuscit avec lui, que le Christ vivant prend possession de ma nouvelle vie et la gouverne par sa vie de rsurrection. Cette vie de rsurrection ne m'est pas offerte et donne condition que je me charge de la continuer moi-mme. Non, c'est justement l ce que je ne puis pas faire, mais Dieu soit bni ! Jsus-Christ lui-mme, est la rsurrection et la vie, il est la vie de rsurrection. Lui-mme pourvoira de jour en jour et dheure en heure ce que je vive comme tant ressuscit avec lui. Il le fera par le moyen du Saint-Esprit qui est l'esprit mme de sa vie de ressuscit. Le Saint-Esprit nous sera envoy et, si nous nous confions en Jsus, cet Esprit divin maintiendra en nous d'instant en instant la prsence et la puissance du Seigneur ressuscit. Ne craignons donc pas qu'il nous soit impossible de vivre de la vie sainte qui convient des croyants appels les temples du Dieu vivant (2 Cor. 6 : 16). Nous en sommes la vrit incapables par nous-mmes ; aussi n'est-ce pas de nous et de nos propres forces que Dieu l'attend, mais le Christ vivant qui est la rsurrection et la vie a triomph de tous nos ennemis; lui-mme ralisera cette vie nouvelle en nous et nous enverra le Saint-Esprit pour tre notre force. Avec sa divine fidlit, il accomplira son uvre en nous, pourvu que nous ayons confiance en lui. Christ lui-mme est notre vie.

Et voici ma troisime question : Etes-vous prts user de cette vie de rsurrection comme Jsus, pour devenir par elle un moyen de bndiction envers ceux qui se perdent? Tous nos dsirs pour obtenir cette vie de rsurrection choueront, si nous cherchons seulement par l notre propre perfection et notre propre bonheur. Dieu a ressuscit Jsus pour donner par lui la repentance et la rmission des pchs ; il vit pour intercder pour les pcheurs. C'est pour faire de mme que vous devez chercher recevoir la vie de rsurrection. Consacrez-vous travailler et prier pour ceux qui prissent; alors vous serez un vaisseau propre la recevoir, un instrument dont elle pourra se servir pour accomplir son uvre sainte.

Mon frre ! tu es appel vivre comme Christ : Pour cela tu as dj t fait un avec lui par la conformit sa rsurrection. A prsent, il s'agit de savoir si tu veux, toi, faire l'exprience de cette vie de rsurrection, si tu veux abandonner Jsus toute ta vie pour qu'il manifeste lui-mme en toi sa puissance de rsurrection. Oh! n'hsite pas le faire! Donne-toi lui sans rserve : donne-toi avec toute ta faiblesse, toute ton infidlit. Crois seulement que, comme la rsurrection de Jsus fut un miracle au del de toute attente et de toute prvision, lui, le Ressuscit, fera, en toi aussi, infiniment au del de tout ce que tu peux penser ou dsirer.

Quelle diffrence dans la vie des disciples depuis la rsurrection de Jsus ! Avant sa mort, tout en eux n'tait que faiblesse, crainte, gosme et pch. Aprs sa rsurrection, tout devient puissance, joie, vie, amour et gloire. C'est le mme renouvellement qui transforme le croyant quand, aprs n'avoir vu d'abord dans la rsurrection de Jsus que la source de sa justification, il dcouvre que le Ressuscit veut tre lui-mme sa vie, prendre la responsabilit de toute sa vie. O mon frre, toi qui n'en as pas encore fait l'exprience, toi qui es troubl et fatigu parce que tu te sais appel marcher comme Christ, et que tu ne le peux pas, viens et gote le bonheur de remettre toute ta vie ton Sauveur glorifi, avec l'assurance qu'il s'en chargera ta place.

O Seigneur! Mon me t'adore, toi, le Prince de la vie ! Sur la croix tu as vaincu chacun de mes ennemis, le diable, la chair, le monde et le pch. En vainqueur, tu es ressuscit pour manifester et pour maintenir la puissance de ta vie de rsurrection chez tes disciples. Tu les as faits une mme plante avec toi par la conformit ta rsurrection , et prsent tu; veux vivre en eux et manifester dans leur vie terrestre la puissance de ta vie divine.

Gloire ton nom pour cette grce infinie! Seigneur, je viens, ton appel, te donner, t'abandonner ma vie avec tout ce qui en dpend. Trop longtemps, je me suis efforc de vivre comme toi sans y russir. Plus je cherchais marcher comme toi, plus ma dception tait grande. A prsent, j'ai appris de tes disciples tout le bonheur qu'on prouve rejeter sur toi le soin et la responsabilit de sa vie. Seigneur, je suis ressuscit avec toi, un avec toi, semblable toi dans ta rsurrection. Seigneur, viens, charge-toi entirement de moi et sois ma vie.

Surtout, je te prie, mon Sauveur ressuscit de te rvler moi dans la puissance de ta rsurrection, comme tu l'as fait pour tes premiers disciples. Ce n'tait pas assez d'apparatre tes disciples aprs ta rsurrection. Ils ne te reconnurent que lorsque tu te fis connatre eux. Seigneur Jsus, je crois en toi. Daigne te faire connatre moi comme ma Vie. Toi seul, tu peux le faire. J'ai la confiance que tu le feras, et alors ma vie de rsurrection sera comme la tienne, une source intarissable de lumire et de bndiction pour tous ceux qui ont besoin de toi. Amen.

VINGT-QUATRIME JOUR

COMME CHRIST

Conforme lui dans sa mort.

 Afin que je connaisse Christ et l'efficace de sa rsurrection et la communion de ses souffrances, me rendant conforme lui dans sa mort. Phil. 3 :10.

Nous savons que la mort de Christ fut la mort de la croix. Nous savons aussi que cette mort de la croix est sa principale gloire. Sans cette mort il ne serait pas le Christ. Ce qui fait de lui un tre part, soit dans le ciel, soit ici-bas et dans tout l'univers, c'est qu'il est le Fils de Dieu crucifi. Aussi de tous les points de notre conformit avec lui, le principal et le plus glorieux sera ncessairement notre conformit sa mort .

C'est l ce qui avait tant d'attrait pour Paul. Ce qui a fait la gloire de Christ doit faire la sienne aussi : il sait que pour ressembler Christ il faut lui tre conforme dans sa mort. Ce que cette mort a t pour Christ, elle le sera pour lui et d'autant plus qu'il lui deviendra plus conforme.

Par sa mort sur la croix Christ en a fini avec le pch. Pendant sa vie le pch avait pu le tenter, mais sur la croix il est mort au pch; le pch ne lui peut plus rien. Notre conformit avec Christ dans sa mort est la force qui nous dfendra, nous aussi, contre le pch. Tant que le Saint-Esprit me maintient dans ma position de crucifi avec Christ, tant que Jsus me fait vivre de sa vie, je suis prserv du pch.

La mort de Christ sur la croix fut pour le Pre une oblation et une victime d'agrable odeur . (Eph. 5 : 2). Oh ! si je veux jouir de la faveur et de l'amour du Pre et lui tre agrable, je suis certain que rien ne me les assure mieux que ma conformit la mort de Christ. Rien dans l'univers n'est aux yeux du Pre aussi saint, aussi beau, aussi admirable et divin que Jsus crucifi; et plus je me rapproche de Jsus, par ma conformit sa mort , plus aussi je trouve accs au cur de mon Dieu.

La mort sur la croix ouvrait Christ la vie de la rsurrection, la vie immuable et ternelle. Dans notre vie spirituelle, nous avons souvent dplorer des interruptions, des chutes, des lacunes bien propres nous faire voir qu'il nous manque encore quelque chose pour jouir de toute la puissance de cette vie de rsurrection. Soyons srs dans ce cas que notre ancienne nature a conserv quelque dbris de vie propre, qui n'a pas encore fait partie de notre conformit la mort de Christ, et qu'il ne nous manque plus que de partager plus entirement encore sa mort sur la croix, pour participer pleinement aussi la joie de sa rsurrection.

C'est avant tout la mort de Christ sur la croix qui a fait de lui puissance de vie pour le monde, bndiction et salut pour tous. (Jean. 12 : 24, 25). Notre conformit la mort de Christ met fin, notre gosme : nous nous donnons alors aux autres, nous sommes prts vivre, mourir pour les autres, nous avons pleine confiance aussi que le Pre accepte notre renoncement et notre dvouement souffrir du pch des autres ; et de cette mort-l, nous ressuscitons avec la force d'aimer et de faire du bien.

Qu'est-elle donc cette conformit la mort de la croix si riche de bndictions? En quoi consiste-t-elle ? Nous le voyons par Jsus. La croix signifie l'abngation complte de soi. La croix est la mort du moi, c'est l'abandon complet de notre propre volont et de notre vie la volont de Dieu, lui laissant faire de nous ce qu'il voudra. Voil ce que signifiait la croix pour Jsus. Ce ne fut qu'aprs un terrible combat qu'il put s'y rsigner. Quand son me tait angoisse et saisie de tristesse jusqu' la mort, c'tait parce que tout son tre reculait d'effroi devant cette croix et sa maldiction. Trois fois il dut prier son Pre avant de pouvoir dire : Non pas comme je veux, mais comme tu yeux . Il le dit pourtant et sa soumission la croix revient ceci : Tout plutt que de mettre obstacle la volont de Dieu. J'abandonne tout, pour que la volont de Dieu soit faite.

Voil comment nous devenons conformes Christ en sa mort : c'est en nous donnant Dieu, nous et notre vie, avec toute notre force de volont et d'action, c'est en apprenant ne rien tre, ne rien faire que ce que Dieu nous rvle tre sa volont. Cette vie-l s'appelle conformit la mort de Christ, non seulement parce qu'elle ressemble quelque peu la sienne, mais parce que c'est lui qui par son Saint-Esprit rpte en nous la vie qui l'animait lors de sa crucifixion, sinon la seule pense de cette conformit serait voisine du blasphme.

Mais non, il n'y a pas ici de blasphme. Le croyant clair par le Saint-Esprit sait que la vie de rsurrection n'a de force et de gloire que parce qu'elle est une vie de renoncement qui commence sur la croix. Il se livre cette vie-l, sachant bien qu'il n'a pas lui-mme la force de rien faire de bon ni de saint. Il sait que la puissance de la chair domine et souille tout en lui ; il voue donc la condamnation et la croix toutes les forces de son tre, tout ce dont il dispose en lui, et par l il met la disposition de Jsus toutes les forces, toutes les facults de son corps, de son me et de son esprit.

Dfiance du moi en toutes choses, confiance en Jsus pour toutes choses. L'esprit de la croix respire dans tout son tre.

Et ainsi pour celui qui connat Christ dans la puissance de sa rsurrection, il n'y a pas d'effort pnible se maintenir dans cette conformit avec Christ sur la croix. C'est bien plutt pour lui repos, force et victoire, car il n'a pas affaire avec une croix morte, ni rien qui rsulte de ses propres forces, mais avec Jsus qui est vivant, pour qui la crucifixion est un fait accompli, et qui a pass de l la vie de la rsurrection,  Je suis crucifi avec Christ. Christ vit en moi . (Gal. 2 : 20). Voil ce qui donne le courage de vouloir tre toujours plus conforme Christ en sa mort.

Comment parvenir cette heureuse conformit? Voici ce que Paul nous rpond : Ces choses qui mtaient un gain je les ai regardes comme une perte cause de Christ. Bien plus, je regarde toutes choses comme une perte en comparaison de l'excellence de la connaissance de Jsus-Christ, mon Seigneur... afin que je connaisse Christ... devenant conforme lui dans sa mort . (Phil. 3 : 7-11). Cette perte-l est de grand prix, mais n'est-elle pas bien digne d'tre achete ? Donnons, abandonnons tout, oui, tout, pour tre admis avec Jsus sur la croix.

Et s'il nous parat dur de tout donner pour n'avoir d'autre rcompense qu'une vie sur la croix, coutons encore Paul nous dire pourquoi il a si volontiers tout abandonn pour choisir la croix. C'tait pour Jsus-Christ, mon Seigneur . La croix tait la place o il pouvait le mieux s'unir son Seigneur. Connatre Christ, gagner Christ, tre trouv en lui, tre fait semblable lui, voil le dsir brlant qui lui rendait facile de renoncer tout, et qui l'attirait si fortement vers la croix. A tout prix se rapprocher de Jsus. Tout pour Jsus! Voil sa devise. Voil ce qui rpond cette question: Comment devenir conforme Christ en sa mort? C'est d'un ct : tout abandonner; c'est de l'autre : laisser entrer Jsus, tout pour Jsus.

Oui, ce n'est que la connaissance de Jsus qui rend possible de lui devenir conforme en sa mort; mais que l'me gagne Christ ; qu'elle soit trouve en lui, qu'elle le connaisse et reoive l'efficace de sa rsurrection , aussitt il y a pour elle non seulement possibilit, mais rel bonheur le faire. C'est pourquoi, cher disciple de Jsus, regarde lui, lui le Crucifi. Contemple-le jusqu' ce que ton me apprenne dire : O Seigneur, je veux tre comme toi. Contemple-le jusqu' ce que tu le voies lui, le Crucifi, s'approcher de toi, dans sa toute-puissance pour te faire vivre de sa vie de crucifixion. C'est par la puissance de l'Esprit ternel qu'il s'est offert Dieu, et c'est ce mme Esprit qui t'apportera, qui te donnera pour en faire ta vie tout ce que comprend cette mort sur la croix, tout ce qu'elle a accompli pour toi. Par cet Esprit saint, Jsus lui-mme maintient en toute me qui se confie en lui, la puissance de la croix, c'est--dire la mort au pch, le renoncement soi-mme, en mme temps que la source intarissable de la vie et de la puissance de la rsurrection. C'est pourquoi regarde lui, le Crucifi, qui est vivant. Souviens-toi pourtant que, bien que tu doives t'efforcer d'obtenir cette grce, elle ne te sera pas accorde comme fruit de tes efforts, mais comme un don gratuit qui vient d'En haut. On ne devient conforme Jsus dans sa mort qu'autant qu'il daigne se rvler lui-mme. Cherche donc recevoir cette grce de lui directement.

O Seigneur, tout ceci est trop lev pour moi. Je ne puis atteindre si haut. Te connatre dans la puissance de ta rsurrection, tre rendu conforme toi dans ta mort : ce sont de ces choses que tu as caches aux sages et aux intelligents et que tu as rvles aux enfants , ces mes d'lite auxquelles seulement il est donn de connatre les mystres du royaume des cieux (Mat. 13 : 11).

Seigneur, plus que jamais je vois quelle folie il y aurait croire que je puis devenir conforme toi par mes propres efforts. Je m'abandonne donc ta misricorde. Regarde-moi selon les richesses de ton amour, et rvle-toi moi par une grce de ta libre faveur. Puisque tu condescends du haut de ta demeure cleste t'abaisser ainsi jusqu' moi, me recevoir dans une pleine conformit ta vie et ta mort, Seigneur, je vivrai et je mourrai pour toi et pour les mes que tu es venu sauver par ta mort.

O mon; Sauveur, je sais que tu veux me l'accorder. Ton amour pour chacun de tes rachets est infini. Enseigne-moi, amne-moi tout abandonner pour toi, et prends jamais, possession de moi pour ton service. Oui, je te prie, que ma vie s'emploie sauver ceux qui prissent et qu'ainsi je devienne en quelque mesure conforme toi dans ta mort. Amen

VINGT-CINQUIME JOUR.

COMME CHRIST

Donnant sa vie pour les hommes

 Quiconque voudra tre grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur, et quiconque voudra tre le premier entre vous, qu il soit votre esclave; comme le Fils de l'homme est venu, non pour tre servi, mais pour servir et donner sa vie en ranon pour plusieurs. Matt. 20 : 215-28.

Nous avons connu la charit en ce qu'il a donn sa Vie pour nous ; nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frres . 1 Jean 3 : 16.

Quand on cherche devenir conforme Christ en sa mort, porter la croix et tre crucifi avec lui, voici le danger qui menace tout croyant, mme le plus srieux, c'est de ne dsirer ces bndictions que pour son propre compte, se figurant qu'il suffit pour la gloire de Dieu de devenir plus parfait soi-mme. Cette erreur serait fatale, elle empcherait le croyant d'obtenir cette conformit la mort de Christ qu'il dsire, car il ngligerait ainsi l'lment essentiel de cette mort en Christ et du sacrifice qu'elle entrane, c'est--dire l'absence de tout gosme et le dvouement aux autres. Devenir conforme Christ en sa mort implique la mort du moi, l'acte de se perdre de vue soi-mme pour se sacrifier aux autres et donner sa vie pour eux. Quant savoir jusqu'o nous devons aller dans cette voie d'amour, de service et de dsir de sauver des mes, l'Ecriture n'hsite pas nous donner cette rponse qui ne laisse aucun doute : Nous devons aller aussi loin que Jsus, mme jusqu' donner notre vie. Nous devons si bien considrer ceci comme tant le but pour lequel nous avons t rachets et pour lequel nous sommes laisss dans ce monde, le seul but pour lequel nous devions vivre, que donner notre vie doit nous paratre une condition toute naturelle et qui va de soi. La seule chose digne de nous retenir dans ce monde doit tre, comme pour Christ, la gloire de Dieu et le salut des pcheurs. L'Ecriture n'hsite pas nous dire que c'est dans la voie de la souffrance que nous devons suivre Christ, cette voie qu'il a suivie lui-mme pour accomplir l'expiation et la rdemption ([6]).

C'est d'ailleurs ce qu'enseignent clairement les paroles mmes du Matre : Quiconque voudra tre le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave, comme le Fils de l'homme est venu, non pour tre servi, mais pour servir et donner sa vie en ranon pour plusieurs . Le plus haut plac dans la gloire sera celui qui se sera le plus abaiss servir, qui aura le plus ressembl au Matre, donnant sa vie en ranon pour plusieurs. Quelques jours aprs, le Seigneur ajoute encore en parlant de sa mort : L'heure est venue o le Fils de l'homme doit tre glorifi. En vrit, en vrit, je vous le dis : Si le grain de froment ne meurt aprs qu'on Fa jet dans la terre, il demeure seul, mais s'il meurt il porte beaucoup de fruit . Et tout de suite il applique ses disciples ces derniers mots, en leur rptant ce qu'ils lui avaient dj entendu dire : Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie ternelle . (Jean 12 : 23-27). Le grain de bl mourant pour sortir de terre de nouveau, perdant sa vie pour la retrouver au centuple, nous est clairement donn ici comme emblme, non seulement du Matre, mais aussi de chacun de ses disciples. Aimer la vie, refuser de mourir, signifie rester dans son gosme, tandis que perdre la vie pour porter beaucoup de fruit en se dvouant aux autres, est le seul moyen de la conserver pour soi-mme. Pour sauver notre vie, il n'y a pas d'autre moyen que de faire comme Jsus, de la donner pour sauver les autres, et alors intervient le Pre, alors le Pre l'honorera . La mort de Christ est de donner sa vie Dieu pour le salut des autres. Sans cela tout dsir de devenir conforme Christ en sa mort court le risque de n'tre qu'un raffinement d'gosme. Quel exemple nous donne l'aptre Paul de cette vie-l, et quel enseignement pour nous dans ces paroles que lui inspire le Saint-Esprit: Nous portons toujours en notre corps la mort du Seigneur Jsus, afin que la vie de Jsus soit aussi manifeste dans notre corps. Car, nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrs la mort cause de Jsus, afin que la vie de Jsus soit aussi manifeste dans notre chair mortelle, de sorte que la mort agit en nous, et la vie en vous . Car bien qu'il ait t crucifi dans la faiblesse, toutefois il est vivant par la puissance de Dieu; et nous, nous sommes aussi faibles avec lui; mais nous vivrons avec lui par la puissance de Dieu au milieu de vous 2: Cor., 4 : 10-12; 13 : 40. Je me rjouis maintenant dans mes souffrances pour vous, et j'achve de souffrir en ma chair le reste des afflictions de Christ pour son corps qui est l'Eglise  (Col. 1 : 24). Ces passages nous enseignent que les souffrances subies par Christ en son corps, lorsqu'il nous reprsentait sur la croix, caractrisent en quelque mesure les souffrances de son corps qui est l'Eglise . Les croyants qui se dvouent porter devant le Seigneur le poids des pchs des hommes, qui endurent reproches, opprobres, fatigue et douleur pour chercher sauver des mes, achvent de souffrir en leur chair le reste des afflictions de Christ . La puissance qui rsulte de ses souffrances et de sa mort se communique eux, tandis que la puissance de la vie de Christ passe par eux en ceux qui sont l'objet de leur travail et de leur amour. C'est l ce que nous dit Paul dans Phil. 3 : 10. En parlant de cette communion des souffrances et de cette conformit en sa mort , il avait en vue, non seulement le sens spirituel, mais aussi la participation extrieure et corporelle aux souffrances de Christ.

Il doit en quelque mesure en tre de mme pour chacun de nous. Le sacrifice de nous-mme, non seulement pour notre sanctification, mais aussi pour le salut de nos semblables, est ce qui nous rend conforme au Christ qui s'est donn pour nous.

L'application pratique de cette pense est trs simple. Cherchons comprendre ce que le Saint-Esprit nous enseigne ici. L'essentiel pour ressembler Christ est de lui tre semblable dans sa mort, de mme l'essentiel pour lui tre semblable dans sa mort est de donner notre vie pour gagner des mes Dieu. C'est une mort dans laquelle toute pense de se sauver; soi-mme se perd dans le dsir de sauver les autres. Demandons que la lumire du Saint-Esprit nous le fasse bien saisir, nous amenant sentir que nous sommes dans ce monde, comme Christ y tait, pour renoncer tout gosme, pour aimer, pour servir, pour vivre et mourir comme le Fils de l'homme, qui est venu, non pour tre servi, mais pour servir et donner sa vie en ranon pour plusieurs . Oh ! veuille notre Dieu faire comprendre ses enfants qu'ils ne s'appartiennent pas eux-mmes, mais qu'ils se doivent Dieu et leurs Semblables, et que, comme Christ, ils ne doivent vivre ici-bas que pour tre en bndiction au monde.

Puis, croyons la grce qui est prte raliser en nous cette vrit. Croyons que Dieu accepte le sacrifice de toute notre vie pour nous faire vivre sa gloire et nous employer sauver les autres. Croyons que le Saint-Esprit accomplira en nous cette conformit la mort de Christ sur ce point-l qui en est le principe vital. Croyons avant tout en Jsus : c'est lui, oui, lui-mme, qui viendra initier la pleine communion de sa mort toute me qui s'abandonne entirement lui, et qui lui fera porter beaucoup de fruit. Cherchons donc par la foi devenir semblables Jsus, attendant cette grce de son action directe en nous.

Puis, sans retard, mettons-nous l'uvre avec foi, nous tenant pour consacrs, comme Christ, vivre et mourir pour Dieu et pour nos semblables. Avec un nouveau zle, exerons le ministre d'amour qui cherche gagner des mes. Attendons-nous Christ pour raliser en nous sa ressemblance, confions-nous au Saint-Esprit pour nous approprier toujours plus l'Esprit de Christ et commenons tout de suite avec foi vivre comme les disciples de celui dont la vie et la mort ont t en bndiction aux autres. Que notre amour ouvre la voie dans l'uvre faire, nous remplissant de bont, de douceur, d'obligeance pour tous ceux que nous rencontrons dans la vie de chaque jour. Intercdons auprs de Dieu pour nos semblables, lui demandant aussi de se servir de nous pour rpondre nos prires d'intercession. Parlons et travaillons pour Jsus comme ayant reu d'En haut une mission et une force qui nous donnent la certitude d'tre bnis dans notre travail. Que notre but soit de gagner des mes. Joignons-nous aux bandes de moissonneurs que le Seigneur envoie dans sa moisson; et nous prouverons plus tt que nous ne le pensons que donner sa vie pour en amener d'autres Dieu, est le meilleur moyen de mourir soi-mme et de devenir ce qu'tait le Fils de l'homme, le serviteur et le Sauveur de ceux qui taient perdus.

Oh! que de merveilles, que de bndictions rsultent pour nous du devoir et de la possibilit d'tre semblables Christ ! Il s'est donn lui-mme pour nous (Tit. 2 : 14) ; il n'a pu atteindre les pcheurs qu'en s'offrant en sacrifice Dieu pour eux. Le grain de froment a d mourir pour que la vie en sortt : alors la bndiction divine s'est rpandue avec force et puissance. Et moi, je puis bien aussi chercher aimer et servir mes semblables, mais je n'aurai d'influence bnie sur eux qu'en me livrant entirement Dieu, qu'en remettant ma vie entre ses mains pour eux. C'est en m'offrant en oblation sur l'autel, que je serai en bndiction aux autres par l'esprit et la puissance de Jsus. C'est quand j'aurai remis mon esprit entre ses mains, qu'il pourra m'employer et me bnir.

Seigneur, mon Dieu ! me demandes-tu vraiment de me donner toi, de te donner ma vie tout entire et jusqu' la mort pour mes semblables? Si j'ai bien compris les paroles du Matre, tu ne demandes en effet pas moins de moi.

O mon Dieu ! Veux-tu rellement me prendre ton service? Veux^tu me permettre, en Christ, comme lui, comme membre de son corps, de vivre et de mourir pour ceux qui m'entourent, de me placer, je le dis avec le plus profond respect, ct de Christ sur l'autel de sa mort, crucifi avec lui, en vivant sacrifice toi pour les hommes : Seigneur, je te bnis de cette grce divine. Me voici, Seigneur, mon Dieu. Je m'offre toi. Que ton Saint-Esprit rende cet acte sr et dfinitif. Seigneur! me voici, consacr toi, ne voulant plus vivre que pour ceux que tu cherches sauver.

Seigneur Jsus, viens toi-mme m'apporter le souffle de ton esprit et de ton amour. Prends possession de moi, de mes penses, de mon cur, de mes facults, de ma vie tout entire. Grave ceci dans mon cur : Je suis consacr Dieu qui m'a accept. Garde-moi chaque jour, Seigneur, dans l'attente et l'assurance que Dieu m'emploiera. Quand tu t'es livr toi-mme, tu as aussitt reu puissance de vie, avec effusion nouvelle de bndiction cleste. Il en sera de mme pour les tiens. Gloire soit ton nom. Amen.

VINGT-SIXIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa douceur.

Voici ton roi qui vient toi dbonnaire. Mat. 21: 5.

Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos mes. Mat. 11 : 29.

C'est sur le chemin de la croix que nous entendons la premire de ces deux paroles. C'est dans les souffrances de notre Seigneur Jsus que se montre toute sa douceur. Disciple de Jsus, toi si prt t'abriter sous la croix, contemplant l'Agneau mis mort pour tes pchs, ne t'est-il pas prcieux de penser que tu peux aussi reflter l'image de l'Agneau de Dieu en tant, comme lui, doux et dbonnaire chaque jour ?

La douceur est l'oppos de tout ce qui est rude, amer ou tranchant. Elle doit se faire sentir dans nos rapports avec nos infrieurs. C'est avec douceur que les pasteurs doivent instruire ceux qui s'opposent eux, qu'ils doivent enseigner et ramener ceux qui s'garent (Gal. 6 : 1 ; 2 Tim. 2 : 25). Elle doit se montrer aussi dans nos rapports avec nos suprieurs. Nous devons recevoir la parole avec douceur (Jac. 1 : 21). Si la femme doit tre soumise son mari, ce doit tre dans un esprit doux et paisible qui est d'un grand prix devant Dieu . (1 Pier. 3:4). La douceur, tant un des fruits de l'Esprit, devrait caractriser tous nos rapports avec d'autres chrtiens, puis s'tendre encore au-del, tous ceux avec qui nous avons affaire (Eph. 4 : 2; Gal. 5 : 22; Col. 3 : 12 ; Tit. 3:2). Elle se trouve dans l'Ecriture ct de l'humilit, parce que celle-ci est la disposition intrieure d'o nat la douceur l'gard du prochain.

Il n'est peut-tre aucune des vertus, dont s'entoure l'image du Fils de Dieu, qui soit plus rare rencontrer chez les personnes appeles donner l'exemple. On voit un grand nombre de serviteurs de Jsus qui montrent beaucoup d'amour pour les mes, beaucoup d'empressement sauver les pcheurs et beaucoup de zle pour la volont de Dieu, et qui pourtant ne sont pas en ceci ce qu'ils devraient tre. S'ils se trouvent en butte quelque offense? soit dans leur famille, soit au dehors, ils s'irritent aussitt, ils s'emportent avec colre, et par l ils perdent toute paix de l'me, toute paix de Dieu. Avec instance ils ont demand cette vertu chrtienne ; ils donneraient tout au monde pour pouvoir conserver habituellement la douceur de caractre et la parfaite galit d'humeur de Christ, soit dans leurs rapports de socit et d'affaires, soit aussi dans leur famille et avec leurs domestiques. Que de luttes, que de dcouragements, chez ceux qui ont dj appris vouloir et rechercher la douceur et la patience, et qui pourtant ne savent pas encore comment les obtenir!

Il leur semble si impossible d'avoir de l'empire sur eux-mmes que pour s'en consoler, ils attribuent cette vertu un certain temprament naturel, se disant qu'elle est trop oppose leur caractre pour que jamais ils puissent la possder. Pour se justifier, ils recourent toutes sortes d'excuses : leur intention n'est pas si mauvaise ; quoique leur humeur soit orageuse et leur langue acre, ils ne manquent pourtant pas d'amour au fond du cur ; il ne serait d'ailleurs pas toujours bon de se montrer trop facile, ce serait encourager le mal, etc. Ils ludent ainsi le devoir de se conformer la sainte douceur de l'Agneau de Dieu, et ils confirment les gens du monde dans la pense qu'aprs tout, les chrtiens ne diffrent gure des autres, car ils ne voient pas en eux ce qu'ils leur entendent prcher, que Christ transforme son image le cur et la vie de ses disciples. Quel tort ils se font eux-mmes, aussi bien qu' l'Eglise de Christ, en ngligeant d'tre l'image et la ressemblance de Dieu selon que la rdemption les y appelle et leur en offre le moyen.

La douceur est de grand prix aux yeux de Dieu. L'Ancien Testament contient de belles promesses pour ceux qui sont doux et dbonnaires, et Jsus les runit dans celle-ci :  Heureux les dbonnaires, car ils hriteront la terre . (Ps. 25 : 9; Prov. 3 : 34; Esa. 29 : 19; Mat. 5:5). Dans le Nouveau Testament, quel loge de la douceur nous donne l'exemple incomparable de notre Seigneur pendant sa vie. Un esprit doux est de grand prix aux yeux de Dieu, puisque c'est celui de son Fils bien-aim. Le Pre ne pouvait prsenter ses enfants de motif plus lev pour les engager rechercher la douceur par-dessus toutes choses. Pour qui veut la possder, la Parole de Dieu abonde en paroles d'encouragement. Ne dit-elle pas : Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cur . Et quoi nous sert-il de savoir que Jsus tait doux et humble ? L'exemple de sa douceur ne nous fera-t-il pas sentir d'autant plus tout ce qui nous manque l? Ce que nous te demandons, Seigneur, c'est de nous enseigner comment nous pourrons acqurir cette douceur. Et de nouveau voici cette mme rponse : Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cur .

Quand nous cherchons obtenir la douceur, ainsi que toute autre grce du Seigneur Jsus, nous risquons de nous tromper sur la manire dont il les donne. Nous voudrions tre certains de les possder avant de les mettre en pratique. Ce n'est pas l la voie de la foi. Mose ne savait pas que son visage ft rayonnant , il savait seulement qu'il avait vu la gloire de Dieu. L'me qui veut obtenir la douceur doit apprendre de Christ qu'il est doux et humble. Il faut prendre le temps de contempler la douceur de Jsus jusqu' ce que le cur en reoive le reflet. Lui seul est d'un esprit doux ; en lui seul se trouve la vritable douceur. Quand nous commenons le comprendre, il faut que notre cur s'arrte cette vrit : Celui qui est doux et humble, c'est Jsus, mon Sauveur. Tout ce qu'il est, tout ce qu'il a, appartient ses rachets. Sa douceur doit donc nous tre communique; mais il ne le fait pas en nous la donnant comme quelque chose qui se dtacherait de lui pour s'attacher nous. Non ! Nous devons apprendre que lui seul est doux et humble, et que c'est seulement quand il entre dans un cur et dans une vie pour en prendre possession, qu'il y apporte avec lui sa douceur. C'est la douceur de Jsus qui nous rendra doux et dbonnaires.

Nous savons combien il a peu russi sur la terre rendre ses disciples doux et humbles. C'est qu'alors il n'avait pas encore obtenu sa vie nouvelle et ne pouvait pas, comme aprs sa mort et par sa rsurrection, leur donner le Saint-Esprit. Mais prsent il le peut. Il a reu la puissance divine pour rgner du haut des cieux dans notre cur, pour vaincre tout ennemi et pour continuer en nous sa vie de saintet. Jsus a t notre modle sur la terre, afin de nous faire voir ce qu'tait ce la vie cache, qu'il devait ensuite nous communiquer en venant demeurer en nous (Col. 3:3).

 Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cur . Cette parole rsonne sans cesse nos oreilles comme une rponse du Seigneur toutes les lamentations de ses rachets qui se plaignent de ne pouvoir dominer leur humeur. O mon frre, pourquoi Jsus est-il votre Sauveur, votre vie et votre force, pourquoi est-il doux et humble de cur, sinon pour vous donner sa douceur?

Croyez seulement ! Croyez que Jsus a la puissance de remplir votre cur de son esprit de douceur. Croyez que Jsus lui-mme accomplira en vous par son Esprit l'uvre que vous avez en vain cherch accomplir vous-mme,   Voici ton roi qui vient toi dbonnaire . Accueillez-le. Qu'il soit le bienvenu dans votre cur. Comptez sur lui pour se rvler lui-mme vous. Tout dpend de l.  Apprenez de lui, parce qu'il est doux et humble de cur, et vous trouverez le repos de votre me.

O mon Sauveur, accorde-moi de pouvoir, sous l'influence de ton Saint-Esprit, me rapprocher de toi et m'approprier ta cleste douceur. Seigneur, tu ne m'as pas donn l'exemple de ta douceur comme un Mose qui impose des commandements sans donner la force de les accomplir. Tu es Jsus, tu sauves de tout pch et tu remplaces le pch par ta saintet divine. Seigneur, je rclame ta douceur comme faisant partie du salut que tu m'as accord. Je ne puis m'en passer. Comment puis-je te glorifier, si je ne la possde pas? Seigneur, je veux apprendre de toi, parce que tu es doux et humble. Seigneur, enseigne-moi que tu es toujours avec moi, toujours en moi, que tu es ma vie. Ds que je demeure en toi, et que toi, tu demeures en moi, je te possde avec ta douceur, et tu me rends semblable toi.

O, sainte douceur! Tu n'es pas descendue du ciel sur la terre pour une courte visite seulement, puis pour disparatre de nouveau dans les cieux. Tu es venue chercher une demeure ici-bas. Je t'offre mon cur; viens y faire ta demeure.

O toi, Agneau de Dieu, mon Sauveur, mon Secours ! c'est sur toi que je compte ; c'est en habitant toi-mme en moi que tu me communiqueras ta douceur et que tu me rendras conforme ton image. Viens donc, O Seigneur ! Daigne prsent mme te rvler moi comme mon Roi dbonnaire, prt prendre possession de moi, me communiquer dans le secret de mon cur tout ce que tu es pour moi. Amen

VINGT-SEPTIEME JOUR.

COMME CHRIST

Demeurant dans l'amour de Dieu.

Comme mon pre m'a aim, je vous ai aussi aims... demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme j'ai gard les commandements de mon Pre, et je demeure dans son amour. Jean 15 : 9, 10.

Notre Seigneur ne s'est pas born nous dire : Demeurez en moi , il nous dit encore : Demeurez dans mon amour . Pour demeurer en lui, il faut d'abord entrer, se plonger, s'immerger dans cet amour admirable dont il nous a aims jusqu' se donner pour nous. L'amour ne cherche point son intrt (1 Cor. 13 : 5). Il sort de lui-mme pour se donner ceux qu'il veut aimer. Demeurer en Christ, c'est nous perdre dans l'Amour Infini, c'est prouver qu'il nous aime, c'est ne pouvoir tre heureux que dans son amour.

Peur nous rvler toute la divine excellence de son amour pour nous, Jsus, en nous invitant demeurer dans son amour, nous dit qu'il est le mme que l'amour du Pre pour lui. Rien pourrait-il nous faire dsirer davantage de demeurer dans son amour? Comme mon Pre m'a aim, je vous ai aussi aims; demeurez dans mon amour . Notre vie peut donc tre, comme celle de Christ, indiciblement heureuse de la certitude que l'Amour Infini nous enveloppe et se complait nous aimer.

Nous savons que ce fut l le secret de la vie admirable de Christ, le secret aussi de sa force l'approche de la mort. A son baptme s'tait fait entendre ce divin message apport par le Saint-Esprit, et confirm plus tard par le mme Esprit : C'est ici mon Fils bien-aim en qui j'ai pris plaisir (Mat. 3 : 16). Plus d'une fois nous lisons : Le Pre aime le Fils (Jean 3: 35 ; 5 : 20) ; et Christ en parle comme de son plus grand bonheur : Que le monde connaisse que tu les aimes comme tu m'as aim. Tu m'as aim avant la fondation du monde. Que lamour dont tu m'as aim soit en eux (Jean 17 : 19-26). Ainsi que nous marchons ici-bas la lumire du soleil qui nous entoure, Jsus marchait continuellement la lumire de l'amour du Pre. C'est comme le Bien-aim du Pre qu'il put faire la volont de Dieu et accomplir son uvre. Il demeurait dans l'amour du Pre.

Nous sommes de mme les bien-aims de Jsus. Comme le Pre l'a aim, il nous aime aussi. Pour le savoir nous n'avons qu' prendre le temps de fermer les yeux tout ce qui nous entoure, et d'adorer, et d'attendre jusqu' ce que l'amour infini de Dieu, dans toute sa puissance et sa gloire, se rpande sur nous en passant par le cur de Jsus, qu'il se fasse connatre nous, et qu'il prenne entirement possession de nous. Oh, si le chrtien voulait bien prendre le temps de se pntrer de cette pense : Je suis le Bien-aim du Seigneur, Jsus m'aime d'instant en instant prcisment comme le Pre l'aimait , avec quelle foi croissante il pourrait se dire qu'tant aim comme Christ l'tait, il doit aussi marcher comme Christ a march !

Voici encore ce que cette comparaison offre notre examen. Ce n'est pas seulement l'amour dans lequel nous devons demeurer qui est semblable celui dans lequel Jsus demeurait, c'est encore le moyen d'y parvenir qui est pour nous le mme que pour lui. Comme Fils, Christ possdait dj l'amour du Pre quand il vint dans le monde, mais ce n'est que par son obissance qu'il pouvait s'assurer la continuation de cet amour, qu'il pouvait y demeurer. Et il ne s'agissait pas d'une obissance qui ne lui cott rien, loin de l; c'tait en renonant sa propre volont, en apprenant obir dans tout ce qu'il avait souffrir, en se rendant obissant jusqu' la mort de la croix, qu'il gardait les commandements du Pre et demeurait dans son amour. Voici pourquoi mon Pre m'aime, c'est parce que je donne ma vie... J'ai reu cet ordre de mon Pre . Le Pre ne m'a point laiss seul parce que je fais toujours ce qui lui est agrable (Jean. 10 : 17, 18 ; 8 : 20). Aprs nous avoir donn cet exemple et nous avoir montr par l que la voie de l'obissance nous assure l'amour de Dieu, il nous invite le suivre,  Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j'ai gard les commandements de mon Pre et je demeure dans son amour .

Obir comme Christ, amne jouir comme lui de l'amour divin. Oh! quelle assurance nous en recevons pour compter sur la prsence de Dieu. Aimons en effet et en vrit, car c'est en cela que nous assurerons nos curs devant lui... Bien-aims, si notre coeur ne nous condamne point, nous avons de l'assurance devant Dieu. Et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agrable (1 Jean 3 : 18-23). Quelle hardiesse nous puisons l pour affronter l'opinion des hommes, quelle indpendance de leur approbation ou de leur dsapprobation, car nous n'agissons plus alors que selon l'ordre de Dieu, Nous n'avons plus qu' obir ses ordres. Et quelle hardiesse aussi en face des difficults et des dangers ! Puisque nous faisons la volont de Dieu, nous osons lui laisser toute responsabilit de russite ou de non-russite. Le cur, proccup d'obir Dieu seul, s'lve alors au-dessus du monde pour ne vouloir que ce que Dieu veut, et il sent que l'amour de Dieu repose sur lui. Comme Christ, il demeure alors dans l'amour de Dieu.

Cherchons apprendre de Christ ce que c'est qu'une vie rgle par cet esprit d'obissance. C'est d'abord un esprit de dpendance, c'est reconnatre que nous n'avons plus aucun droit faire en rien notre propre volont et que nous y renonons. C'est encore un esprit docile. Convaincu de l'influence trompeuse de la tradition, des prjugs et des habitudes, il ne tire plus ses prceptes des hommes, mais il les reoit de Dieu lui-mme. Convaincu aussi de l'insuffisance de l'intelligence humaine pour comprendre la Parole de Dieu, pour en recevoir force et vie spirituelle, il sent le besoin de recourir au Saint-Esprit pour l'tudier sa lumire. Il sait que ses propres vues sur la vrit et sur le devoir sont trs partielles et dfectueuses, et il compte sur Dieu lui-mme pour lui donner des vues plus claires, pour ouvrir des horizons plus levs.

Il a remarqu cette parole de Dieu : Si tu coutes attentivement la voix de l'Eternel ton Dieu, si tu fais ce qui est droit ses yeux (Exo. 15 : 26), il a compris que l'obissance n'est acceptable et possible que lorsque le commandement ne lui vient pas seulement de la conscience, de la mmoire ou de la Bible, mais qu'il sort de la bouche de Dieu, qu'il est la voix de Dieu lui parlant par l'Esprit. Il sait que l'obissance n'a toute sa valeur et qu'elle n'est pleinement bnie que si elle excute les ordres du Pre, directement pour lui-mme. Il a grand soin de rester sur l'autel o il s'est consacr Dieu, d'avoir l'il et l'oreille au guet pour saisir chaque indication de la volont de Dieu. Il ne se contente pas de faire le bien pour sa propre satisfaction, mais il met toutes choses sous le contrle de son Dieu, faisant toutes choses comme pour le Seigneur (Col. 3 : 23). Il veut que chaque heure de la journe et chaque pas dans la vie le mette en relation avec Dieu. Il s'applique donc obir consciencieusement au Pre dans les petites choses de chaque jour, voyant l la seule manire de se prparer un travail plus tendu. Tout son dsir est de glorifier Dieu en accomplissant sa sainte volont, et pour raliser ce dsir, il travaille de tout son cur et de toutes ses forces excuter cette volont divine chaque instant du jour. Pour tout cela, sa seule rcompense, mais rcompense amplement suffisante, est de savoir qu'en faisant la volont de Dieu, il suit la voie ouverte par Christ lui-mme, la voie qui fait entrer plus avant dans l'amour de Dieu. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour .

Oh! quelle bndiction que cette obissance-l qui nous amne demeurer comme Christ dans l'amour divin ! Pour l'obtenir, il faut tudier encore mieux ce qu'tait Christ. Il avait renonc lui-mme, il s'tait abaiss lui-mme, se rendant obissant (Phil. 2:8). Qu'il veuille nous donner nous aussi ce renoncement et cette humilit ! A l'cole de Dieu, Il a appris l'obissance, et, ayant t rendu parafait, il est devenu l'auteur d'un salut ternel pour tous ceux qui lui obissent (Hb. 5: 8, 9). Il faut que nous apprenions aussi de lui l'obissance, que nous l'coutions nous dire qu'il ne faisait rien de lui-mme, qu'il ne faisait que ce qu'il voyait faire au Pre, que ce qu'il apprenait de lui. Nous avons besoin de savoir que son entire dpendance du Pre, que son recours continuel au Pre tait la source de son obissance habituelle, comme aussi le moyen de pntrer toujours mieux les secrets du Pre. (Jean 5 : 19, 20). (Voyez : Quinzime jour). L'amour de Dieu et l'obissance de l'homme vont ensemble comme une serrure et une clef faites l'une pour l'autre. C'est la grce de Dieu qui met la clef dans la serrure, et c'est l'homme qui se sert de la clef pour ouvrir les trsors de l'amour divin.

A la lumire de l'exemple et des paroles de Christ, quel sens nouveau revtent ces promesses de Dieu son peuple : Je te bnirai certainement et je multiplierai ta postrit parce que tu as obi ma voix . (Gen. 26 : 4). Si Vous obissez ma voix, vous serez aussi mon plus prcieux joyau . (Exo. 19 : 5). L'Eternel ton Dieu te bnira certainement... pourvu seulement que tu obisses la voix de l'Eternel ton Dieu (Deut. 15 : 4, 5). C'est par l'amour et l'obissance que s'tablissent nos rapports avec Dieu; d'un ct l'amour de Dieu se donnant lui-mme l'homme avec tout ce qu'il a, de l'autre l'obissance du croyant, se donnant Dieu avec tout ce qu'il a.

On a beaucoup parl, ces dernires annes, de renoncement soi-mme et d'entire conscration Dieu, et des milliers d'mes louent le Seigneur de tout le bien qu'elles ont reu de lui par le moyen de ces deux mots : mais prenons garde de ne chercher l qu'une jouissance spirituelle, qu'un tat d'me conserver, ngligeant d'en faire l'application directe et simple, c'est--dire d'obir la volont de Dieu. Souvenons-nous dans le courant de notre vie, de ce mot obissance, que Dieu emploie souvent,  Obir vaut mieux que sacrifice (1 Sam. 15 : 22). Le sacrifice de soi Dieu n'est rien sans obissance, car ce mot mme implique l'obissance. C'est l'obissance douce et humble de Christ, comme fils et serviteur, qui rendait son sacrifice d'agrable odeur ; c'est l'obissance de lenfant prompt couter la voix du Pre, puis faire ce qui est bien ses yeux, qui tmoignera en nous que nous lui sommes agrables.

Cher lecteur, cette vie-l ne sera-t-elle pas la vtre aussi? Obir Jsus et demeurer dans son amour, n'est-ce pas simple autant que sublime !

O mon Dieu, que dire de cet change de la vie de la terre contre la vie du ciel que tu viens de placer devant moi ? Ton Fils, notre Seigneur, nous a montr qu'il est possible l'homme sur la terre de vivre tout envelopp de l'amour de Dieu, pourvu qu'il veuille se soumettre ta volont, obir ta voix. Il nous a montr aussi quel bonheur il y a le faire. Puisque Christ est nous, puisqu'il est notre Tte et notre Vie, nous savons que nous aussi, nous pouvons, en quelque mesure, vivre et marcher comme lui, et nous rjouir en ton amour, certains que tu acceptes cause de lui notre faible obissance tes commandements. O mon Dieu, quelle grce insigne que celle d'tre appels demeurer comme Christ dans ton amour par l'obissance que ton Esprit opre en nous.

Seigneur Jsus, comment te rendre grce d'avoir ralis sur la terre cette vie-l pour m'y faire participer moi-mme? O Seigneur, je n'ai qu' m'abandonner de nouveau toi pour que tu me fasses garder tes commandements comme tu as gard ceux du Pre. Seigneur, rvle-moi le secret de ta propre obissance, de ta promptitude couter, de ta vigilance, de ta douceur, de ton humilit et de ta confiance filiale au Pre bien-aim dont tu savais tre le Fils bien-aim. Mon Sauveur, remplis mon cur de ton amour; et alors avec foi en ton amour, je pourrai, moi aussi, t'obir. Oui, Seigneur, que toute ma vie s'emploie garder tes commandements et demeurer dans ton amour. Amen.

VINGT-HUITIME JOUR

COMME CHRIST

Conduit par l'Esprit.

Jsus rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain, et fut conduit par l'Esprit dans le dsert. Luc. 4 :1.

Soyez remplis de l'Esprit. Eph. 5 : 18.

Car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu. Rom. 8 : 14.

Ds sa naissance, le Seigneur Jsus avait l'Esprit de Dieu demeurant en lui, et pourtant, il avait besoin parfois que le Pre le lui communiqut plus particulirement encore. Il en fut ainsi son baptme, quand il reut le baptme du Saint-Esprit aprs avoir reu le baptme d'eau ; il fut alors rempli du Saint-Esprit. Il remonta du Jourdain, prouvant plus manifestement que jamais la direction de l'Esprit. Dans le dsert, il lutta et vainquit, non par sa propre puissance divine, mais comme un homme fortifi et conduit par le Saint-Esprit. En ceci aussi, il tait semblable en toutes choses ses frres . (Hb. 2 : 17).

Rciproquement, il est tout aussi vrai que ses frres sont en toutes choses rendus semblables lui. Ils sont appels vivre comme lui, et ceci ne leur serait pas demand s'ils ne disposaient pas de la mme force que lui. Cette force est le Saint-Esprit que nous recevons de Dieu. Comme Jsus fut rempli de l'Esprit, puis conduit par l'Esprit, nous aussi, nous devons tre remplis de l'Esprit et conduits par l'Esprit.

Quand nous mditons sur les divers traits du caractre de Christ, ne nous semble-t-il pas souvent impossible de lui ressembler, nous qui avons si peu vcu pour lui et qui nous sentons si peu capables de vivre comme lui? Reprenons courage en nous souvenant que Jsus lui-mme ne pouvait vivre ainsi que par l'Esprit. C'est aprs avoir t rempli du Saint-Esprit , qu'il fut conduit par l'Esprit, au champ de la lutte et de la victoire. La mme bndiction est nous, aussi bien qu' lui : nous aussi, nous pouvons tre remplis de l'Esprit et conduits par l'Esprit. Jsus, qui a t baptis par l'Esprit, afin de nous donner l'exemple d'une vie sainte, est mont au ciel pour nous baptiser, nous aussi, et nous rendre par l semblables lui. Celui qui veut vivre comme Jsus, doit donc commencer par tre baptis de l'Esprit. Tout ce que Dieu demande de ses enfants, il commence par le leur donner. Il nous demande de ressembler Christ, parce qu'il veut nous donner, comme lui, la plnitude de l'Esprit. Il faut que nous soyons remplis de l'Esprit.

Nous voyons ici pourquoi on prche si peu dans l'Eglise de Christ la ncessit de l'imiter et de lui ressembler. On croyait gnralement pouvoir y parvenir par ses propres forces l'aide de quelque influence du Saint-Esprit; on ne comprenait pas qu'il ne faut rien de moins que d'tre rempli du Saint-Esprit. Comment s'tonner qu'on regardt comme impossible d'tre semblable Christ, puisqu'on avait perdu de vue la ncessit d'tre rempli du Saint-Esprit. On voyait l le privilge d'un petit nombre seulement, et non le devoir auquel est appel tout enfant de Dieu. On ne ralisait pas assez que : soyez remplis de l'Esprit est un commandement qui s'adresse tout chrtien. Quand l'Eglise fera la place voulue au baptme de l'Esprit et Jsus, le Sauveur qui baptise du Saint-Esprit chacun de ceux qui croient en lui, qu'on cherchera tre semblable Christ et qu'on y parviendra, on reconnatra alors que, pour tre semblable Christ, il faut tre conduit par le mme Esprit que lui, et que, pour tre conduit par le mme Esprit, il faut tre rempli de l'Esprit. La plnitude de l'Esprit est absolument ncessaire pour vivre en vrai chrtien, d'une vie conforme celle de Christ.

Le moyen d'obtenir cette grce est simple : C'est Jsus qui baptise de l'Esprit; celui qui vient lui, dsirant recevoir ce baptme, l'obtiendra. Pour cela, ce que le Seigneur demande de nous, c'est notre entire reddition, c'est que nous renoncions compltement nous-mme pour nous abandonner lui avec pleine confiance. Voil ce qui nous permet de recevoir ce qu'il donne.

Oui, renoncer soi-mme par la foi. Jsus vous demande si vous voulez rellement suivre ses traces et, pour cela, si vous voulez tre baptis du Saint-Esprit. N'hsitez pas le vouloir. Jetez les yeux sur toutes les promesses qu'il nous fait de nous communiquer son amour et son Esprit, considrez quel privilge en est la consquence : comme moi, vous aussi. Souvenez-vous que c'est propos de cette ressemblance avec lui, qu'il disait son Pre : Je leur ai fait part de la gloire que tu m'as donne . (Jean 17 : 22). Songez combien l'amour de Christ et le dsir de lui plaire, combien la gloire de Dieu et les besoins du monde plaident auprs de vous pour vous engager ne pas ngliger ce cleste droit d'anesse, le droit d'tre semblable Christ. Reconnaissez les droits sacrs de Christ sur vous qui tes rachet par son sang, et que rien ne vous empche de rpondre : Oui, Seigneur, autant qu'il est permis une crature tire de la poudre de la terre, je veux tre comme toi; je suis tout toi. Je dois et je veux tre en toutes choses ton image, et c'est pour cela que je te demande de me remplir de l'Esprit.

Renoncer soi-mme par la foi, voil ce que veut le Seigneur, et pas moins que cela. Donnons-lui ce qu'il nous demande. Et si nous renonons nous-mmes pour devenir semblables lui en toutes choses, faisons-le avec la confiance et la scurit qu'il nous accepte, et qu'aussitt il fait agir en nous l'Esprit avec plus de puissance. Croyons-le, lors mme que nous n'en ferions pas tout de suite l'exprience. Pour tre remplis du Saint-Esprit, nous devons nous attendre Jsus avec foi, bien certain que son amour veut nous donner plus encore que nous ne le prvoyons.

Avec cette assurance-l, abandonnons-nous entirement lui. Que notre renoncement et notre foi soient sans rserve. Pour suivre Christ, il faut obir cette loi fondamentale : Celui qui aura perdu sa vie cause de moi, la retrouvera . (Mat. 10 : 39). Le Saint-Esprit vient alors nous dpouiller de notre ancienne vie et nous donner la vie de Christ. Renoncez donc cette ancienne vie, o vous avez voulu agir par vos propres forces et veiller par vos propres efforts, et croyez que le Saint-Esprit renouvellera incessamment en vous votre vie spirituelle, tout aussi naturellement que l'air que vous respirez entretient la vie de votre corps. Dans l'uvre du Saint-Esprit en vous, il n'y aura ni rupture, ni interruption. Vous serez envelopp du Saint-Esprit comme de votre lment vital ; il vous sera comme l'air que vous respirez. Par l'Esprit, Dieu produira en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Phil. 2 : 13).

O chrtien, ayez un profond respect pour l'uvre de l'Esprit qui habite en vous . (Rom. 8 : 11). Croyez que la volont de Dieu est de faire agir en vous son Esprit avec puissance, de vous rendre ainsi d'instant en instant conforme l'image de Christ. Occupez-vous de Jsus et de sa vie sur la terre, cette vie qui est la fois votre modle et votre force, et soyez certain que le Saint-Esprit saura faire son uvre dans le secret de votre cur, en vous communiquant quelque chose de Jsus. Souvenez-vous que la plnitude de l'Esprit est vous en Jsus, que c'est l un don que vous acceptez et que vous gardez par la foi, quoique vous ne le sentiez pas comme vous le voudriez. Comptez donc sur lui pour faire en vous tout le ncessaire. Vous pourrez bien ne sentir que faiblesse, que crainte et tremblement, et pourtant vos paroles, vos actes et tout l'ensemble de votre vie manifesteront la prsence de l'Esprit et sa puissance. Vivez avec la confiance que la plnitude de l'Esprit est vous, et que vous ne serez pas du dans votre attente, si, regardant Jsus, vous vous rjouissez chaque jour de savoir votre vie spirituelle aux soins du Saint-Esprit, le Consolateur. C'est ainsi que la prsence de Jsus en vous, vous fera vivre sa ressemblance, car, du moment o l'Esprit de vie de Jsus-Christ rsidera en vous, il faudra ncessairement que votre vie en devienne conforme la sienne aux yeux de tous.

Souvenez-vous aussi que l'Esprit ne dploie toute sa puissance que dans les rapports mutuels des membres du corps de Christ, lorsqu'ils se consacrent entirement servir le Seigneur dans le monde. C'est quand Jsus eut consacr sa vie se mler tous ceux qui l'entouraient, c'est aprs avoir reu comme eux le baptme d'eau, qu'il fut baptis du Saint-Esprit. Et c'est quand il s'est donn lui-mme en sacrifice dans le second baptme de sa passion, qu'il a reu le pouvoir de nous donner le Saint-Esprit. Mettez-vous en relation avec les enfants de Dieu qui voudront demander et attendre avec vous le baptme de l'Esprit. Les disciples n'ont pas reu l'Esprit sparment, mais pendant qu'ils taient tous d'un accord dans un mme lieu . (Act. 2:1). Runissez-vous aux autres enfants de Dieu autour de vous pour travailler ensemble sauver des mes, et l'esprit vous donnera d'en haut tout ce qu'il vous faudra pour ce travail. Le Seigneur accomplira sa promesse l'gard du serviteur plein de foi et de bonne volont qui dsire recevoir l'Esprit, non pour sa propre jouissance seulement, mais pour travailler au service de son Matre. C'est pour pouvoir travailler, vivre et mourir pour nous que Christ a t rempli de l'Esprit. Consacrez-vous donc vivre et mourir pour vos semblables, et soyez sr qu'alors vous pourrez compter sur une plnitude de l'Esprit semblable celle que Christ avait reue.

Seigneur, tu veux nous rendre toujours plus semblables toi en nous donnant ton Saint-Esprit! Tu nous as dit que son uvre est de nous faire mieux connatre ce que tu es, de manifester ta prsence en nous. C'est lui qui nous apporte et qui nous assimile tout ce que tu as acquis pour nous, toute la vie, toute la saintet, toute la puissance que nous voyons en toi. Il prend de ce qui est toi pour nous le communiquer. Seigneur Jsus ! nous te rendons grce du don que tu nous as fait du Saint-Esprit.

Et maintenant, nous t'en supplions, remplis-nous, oh ! remplis-nous de ton Saint-Esprit ! Seigneur, moins que cela ne saurait nous suffire. Nous ne pouvons pas tre conduits comme toi, nous ne pouvons pas lutter et vaincre comme toi, nous ne pouvons pas marcher et travailler comme toi, moins d'tre, comme toi, remplis du Saint-Esprit. Lou, bni soit ton nom ! Tu as command, tu as promis; nous devons donc recevoir ton Esprit, et nous le recevrons.

Divin Sauveur, daigne engager tous tes disciples se runir pour demander, attendre et recevoir ensemble un baptme de l'Esprit. Ouvre leurs yeux, fais leur voir toutes les promesses qui leur annoncent l'envoi de ton Esprit. Dispose leur cur se consacrer, comme toi, vivre et mourir pour leurs semblables. Nous savons avec quel bonheur tu agiras alors en eux, comme celui qui baptise du Saint-Esprit et de feu . Gloire ton nom ! Amen.

VINGT-NEUVIME JOUR

COMME CHRIST

Vivant par le Pre.

Comme je vis par le Pre, ainsi celui qui me mange vivra par moi. Jean, 6 : 57.

Chaque fois qu'il est question de marcher sur les traces de Christ et de lui tre semblable, on sent mieux le besoin de fixer ses regards sur l'intime et vivante union qui relie le Prcurseur ses successeurs. Plus nous mditons ces mots: Comme Christ, plus ils nous paraissent impossibles raliser sans ceux-ci : En Christ. La ressemblance extrieure n'est que la manifestation de l'union intrieure. Pour faire les mmes uvres que Christ, il faut que je possde la mme vie que lui. A mesure que je le prends davantage pour mon Modle, je suis oblig de le regarder comme ma Tte. Ce n'est que sa vie en nous qui peut nous faire marcher comme lui.

Quelle promesse bnie nous offre ici notre texte, nous assurant que la vie de Christ sur la terre et notre vie, nous, sont rellement semblables : Comme je vis par le Pre, ainsi celui qui me mange vivra par moi . Si vous voulez savoir ce qu'est la vie en Christ, savoir ce qu'il sera pour vous, et tout ce qu'il fera en vous? vous n'avez qu' contempler ce qu'tait le Pre pour lui, et tout ce qu'il faisait en lui. La vie de Christ en son Pre et par le Pre vous offre le modle et vous donne la mesure de ce que peut tre votre vie en Christ et par Christ. Cherchons le comprendre.

Comme la vie de Christ tait une vie cache en Dieu dans le ciel, la ntre doit l'tre aussi. Quand il se dpouilla de sa gloire divine, il renona faire usage de ses attributs divins. Comme homme, il devait vivre par la foi. II devait recourir au Pre pour obtenir de lui la sagesse et la puissance qu'il plaisait au Pre de lui communiquer. Il dpendait entirement du Pre. Sa vie tait cache en Dieu. Ce n'tait pas en vertu de son indpendance et de sa divinit qu'il parlait et qu'il agissait, selon que le Pre lui enjoignait de le faire, c'tait en vertu de l'action de l'Esprit saint en lui.

Pour vous, croyant, c'est exactement de la mme manire que votre vie doit tre cache avec Christ en Dieu . (Col. 3:3). Que ceci vous fortifie dans la voie suivre. Christ vous appelle une vie de foi et de dpendance, parce que cette vie-l a t la sienne. Il en a prouv lui-mme la bndiction et prsent il veut faire passer sa vie en vous, vous apprenant ne plus vivre autrement. Il savait que le Pre tait sa vie, qu'il vivait par le Pre, et que le Pre pourvoyait d'instant en instant tout ce dont il avait besoin. Et maintenant, il vous assure que, comme il vivait par son Pre, vous aussi, vous vivrez par lui. Recevez avec foi cette assurance. Que votre cur se rjouisse de la plnitude de vie qui vous est prpare en Christ, sachant que cette vie-l peut suffire tout ce dont vous avez besoin. Ne vous figurez donc plus que ce soit vous d'entretenir votre vie spirituelle avec effort et peine; rjouissez-vous bien plutt de n'avoir pas vivre par vos propres forces, mais de pouvoir vivre de la vie divine de notre Seigneur Jsus, ainsi que lui-mme vivait de la vie du Pre.

La vie de Christ tait une vie de puissance divine, quoiqu'elle ft une vie de dpendance ; la ntre le sera aussi. Jamais il ne s'est repenti d'avoir dpouill sa gloire, pour vivre devant Dieu comme un homme sur la terre. Jamais le Pre n'a tromp sa confiance. Il lui donnait toujours tout ce qu'il lui fallait pour accomplir son oeuvre, et Christ faisait l'exprience que, malgr tout le bonheur dont il avait joui en tant semblable Dieu, dans le ciel, il n'y avait pas moins de bonheur vivre sur la terre dans une entire dpendance du Pre, recevant tout de sa main, jour aprs jour.

Croyant, si vous le voulez, vous pouvez raliser la mme vie. La puissance divine du Seigneur Jsus agira en vous et par vous. Ne pensez pas que vos circonstances terrestres vous rendent impossible d'avoir une vie sainte la gloire de Dieu. C'est prcisment pour raliser la vie divine ici-bas, au milieu de circonstances terrestres encore plus difficiles, que Christ est venu et a vcu sur la terre. Vous pouvez, vous aussi, avoir par lui une vie cleste aussi bnie que le fut celle qu'il obtenait du Pre. Attendez beaucoup du Seigneur et de ce qu'il fera par vous. Que tout votre dsir soit de parvenir une union plus complte avec lui. Il est impossible de dire tout ce que le Seigneur Jsus ferait pour une me qui voudrait sincrement vivre par lui, comme lui vivait par le Pre. C'est prcisment parce qu'il recevait tout du Pre, que le Pre rendait sa vie et ses uvres si admirables ; vous aussi, vous prouverez pour votre travail que Jsus se charge entirement de faire tout en vous.

La vie de Christ a t la preuve vidente de son union avec le Pre; la ntre le sera aussi. Jsus dit : Comme le Pre m'a envoy et que: je vis par le Pre,.. Quand le Pre voulut se rvler l'homme dans son amour, il ne put confier cette uvre nul autre qu' son Fils bien-aim qui tait un avec lui. C'est parce qu'il tait son Fils que le Pre l'a envoy, et layant envoy, il ne pouvait faire autrement que de pourvoir tout ce que rclamait sa vie. L'union sur laquelle reposait cette mission donnait Jsus la certitude qu'il vivrait ici-bas en recevant tout du Pre, qu'il vivrait de la vie mme du Pre.

Ainsi, celui qui me mange vivra par moi . Jsus avait dj dit auparavant : Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi et moi en lui . (Jean 5 : 56). Par sa mort, il avait donn sa chair et son sang pour la vie du monde. Par la foi, notre me participe la puissance de sa mort et de sa rsurrection, et acquiert ainsi un droit sa vie, comme il avait droit lui-mme la vie du Pre. Les mots :  celui qui me mange expriment l'union intime, la communion non interrompue qui s'tablit entre le croyant et le Seigneur Jsus, et qui devient la puissance de sa vie. Aussi, toute me qui veut vivre entirement et uniquement par Christ devra se nourrir de lui chaque jour et s'approprier ainsi sa vie.

Pour y parvenir, cherchez d'un cur plein de foi raliser sans cesse que toute la plnitude de la vie de Christ est rellement vous. Contemplez avec bonheur en Jsus le Reprsentant de l'humanit dans le ciel, pensez tout ce que Dieu vous a prpar en lui, votre Tte, tout ce que le Saint-Esprit est charg de faire passer de cette Tte en vous, continuellement et sans obstacle. Remerciez Dieu de ce qu'il vous a rachet par Christ, vous donnant ainsi le moyen : d'obtenir la vie divine et de jouir ds prsent de la vie en Christ. Offrez-vous sans cesse lui avec ouverture de cur, consacrant votre vie tout entire son service. Persvrez dans cette communion de foi, d'amour et de conscration; que ses paroles demeurent en vous et qu'il soit ainsi votre nourriture quotidienne : Celui qui me mange vivra par moi, comme je vis par le Pre .

Cher frre chrtien ! A la lumire de cette promesse, ne commencez-vous pas croire qu'il est possible de ressembler Christ, que celui qui vit par Christ peut aussi vivre comme lui? Contemplons donc avec adoration la vie admirable de Christ sur la terre, sa vie par le Pre, jusqu' ce que de tout notre cur nous comprenions et acceptions cette parole : Ainsi, celui qui me mange vivra par moi . Alors, nous n'aurons plus ni inquitude, ni crainte, parce que le mme Christ qui nous a donn son exemple suivre, nous enverra du ciel la vie divine qui peut seule nous faire suivre son exemple. Notre vie alors deviendra une vie de louange continuelle au Seigneur : A lui, qui vit en nous, pour nous faire vivre comme lui, soit tout notre cur !

O mon Dieu ! comment te remercier de cette grce immense ! Ton Fils s'est fait homme pour nous faire connatre le bonheur de vivre dans la dpendance du Pre. Lui-mme a vcu par le Pre ; nous avons vu en lui ce que la vie divine peut accomplir ici-bas ; et prsent qu'il est mont au ciel et qu'il a le pouvoir de nous communiquer sa vie, nous sommes appels vivre comme il a vcu lui-mme sur la terre, nous vivons par lui. O Dieu, lou soit ton nom pour cette grce indicible!

Seigneur, mon Dieu, coute la prire que je te prsente aujourd'hui : S'il se peut, fais-moi mieux saisir, beaucoup mieux encore, cette vie de Christ par le Pre. J'ai besoin de la comprendre mieux, mon Dieu, pour vivre comme lui. Daigne me donner l'esprit de sagesse pour que j'apprenne mieux connatre Christ. Alors, je saurai ce que je puis attendre de lui, ce que je puis faire par lui. Alors, il n'y aura plus pour moi de lutte, ni d'effort vivre selon ta volont et suivre son exemple, car je saurai que ma vie peut devenir semblable ce que fut la sienne sur la terre, selon cette promesse : Comme je vis par mon Pre, ainsi celui qui me mangera, vivra par moi . Alors, je me nourrirai vraiment de Christ, faisant avec joie l'exprience que je vis par lui. O mon Pre, accorde-le-moi pleinement pour l'amour de son nom Amen.

TRENTIME JOUR

COMME CHRIST

En glorifiant le Pre.

Pre, l'heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. Je t'ai glorifi sur la terre  Jean 17 ; 1, 4.

Mon Pre sera glorifi si vous portez beaucoup de fruit, et vous serez mes disciples. Jean 15 : 8 .

La gloire d'un objet rsulte d'une excellence intrinsque si parfaite, qu'il puisse rpondre de tout point sa destination, mais cette excellence et cette perfection peuvent rester si caches, si inconnues, qu'il paraisse n'avoir aucune gloire. Pour le glorifier, pour rvler sa gloire, il importe donc d'enlever tout ce qui empcherait sa valeur et sa perfection de se rvler pleinement.

La plus grande perfection de Dieu, le plus grand mystre de la divinit, c'est la saintet. En elle se runissent la justice et l'amour. Il est appel le Saint ; comme tel il ne peut souffrir le pch et il le condamne ; comme tel il dlivre aussi le pcheur de la puissance du pch, et le met en communion avec lui-mme. Son nom est le Saint d'Isral, ton Rdempteur (Esa. 41 : 14). L'hymne de la rdemption le clbre par ces mots : Le Saint d'Isral est grand au milieu de toi (Esa. 12 : 6). Dans le Nouveau Testament le terme de saint est donn l'Esprit qui relie Dieu l'homme, plus encore qu'il n'est donn au Pre et au Fils. C'est cette saintet par laquelle Dieu juge le pch et sauve le pcheur qui constitue sa gloire, et c'est pour cette raison que ces deux mots se trouvent souvent ensemble, comme dans le cantique des Sraphins : Saint, saint, saint est l'Eternel des armes! Toute la terre est pleine de sa gloire! (Esa. : 3) et aussi dans le cantique de l'Agneau : Qui ne glorifiera ton nom? Car tu es le seul saint . (Apo. 15 : 4). On a dit avec raison que la gloire de Dieu est sa saintet manifeste et que la saintet de Dieu est sa gloire cache.

Quand Jsus vint sur la terre, ce fut pour glorifier le Pre, pour montrer dans toute sa beaut et tout son clat cette gloire que le pch avait entirement voile l'homme. L'homme lui-mme avait t cr l'image de Dieu, afin que Dieu pt lui communiquer quelque chose de sa gloire, la rendre visible en lui, et en tre glorifi. Le Saint-Esprit dit : L'homme est l'image et la gloire de Dieu (1 Cor. 11 : 7). C'est pour rendre l'homme sa premire destination que Jsus est venu. Il a laiss la gloire qu'il avait auprs du Pre, il a particip notre faiblesse et notre humiliation pour nous apprendre glorifier le Pre sur la terre. La gloire de Dieu est parfaite, infinie; l'homme ne saurait contribuer ajouter quoi que ce soit la gloire que Dieu possde dj; aussi ne peut-il tre qu'un miroir servant reflter la gloire de Dieu, et comme c'est la saintet de Dieu qui fait sa gloire, Dieu sera glorifi par l'homme dans la mesure o l'homme refltera cette divine saintet.

Jsus a glorifi Dieu en lui obissant. Tous les commandements de Dieu Isral revenaient celui-ci : Soyez saints, car je suis saint (Lv. 16 : 2). En gardant ces commandements, Isral se serait fait une vie en parfait accord avec Dieu, une vie de communion avec le Saint . Christ nous a montr par ses luttes contre le pch et Satan, par le sacrifice de sa propre volont, par sa soumission aux directions du Pre, par son obissance absolue aux Ecritures, que le but de sa vie tait de faire comprendre aux hommes le bonheur qu'on prouve laisser le Dieu saint tre rellement Dieu, accepter sa volont seule et lui obir. C'est parce que Dieu seul est saint que sa volont seule doit tre faite, et que par l sa gloire se verra en nous.

Jsus a glorifi Dieu en le confessant devant les hommes. Non seulement il leur transmettait le message qu'il avait reu de Dieu, en s'attachant leur faire mieux connatre le Pre, mais ce qui est plus frappant encore, il parlait sans cesse de ses rapports personnels avec le Pre. Sans se borner compter sur l'influence silencieuse de la saintet de sa vie, il cherchait faire comprendre quelle tait la source de cette vie et quel tait son but. Jour aprs jour il leur disait qu'il tait un serviteur envoy par le Pre, qu'il dpendait de lui, qu'il lui devait, toutes choses, qu'il ne cherchait que la gloire du Pre, que tout son bonheur tait de plaire au Pre et de s'assurer son amour et sa faveur. Jsus a glorifi Dieu en se donnant lui-mme pour accomplir l'uvre d'amour de la rdemption. La gloire de Dieu est dans sa saintet et la saintet de Dieu est dans son amour qui rachte le pcheur, cet amour qui triomphe du pch en sauvant le pcheur. Jsus ne s'est pas born nous parler de la justice de Dieu qui condamne le pch, et de l'amour de Dieu toujours prt sauver ceux qui se dtournent du pch, mais par sa vie mme, il nous a fait connatre cet amour, mais par sa mort il s'est offert en sacrifice pour satisfaire cette justice. Ce n'tait pas seulement par son obissance ou par sa profession de foi qu'il glorifiait Dieu, c'tait en se donnant lui-mme, afin d'exalter la saintet de Dieu et de satisfaire la fois sa loi et son amour par l'expiation. Il s'est donn, lui, tout son tre et toute sa vie, pour nous rvler en sa personne la vie sainte du Pre et sa volont de nous bnir. Son but tait de nous faire savoir que si le Pre devait condamner le pch, il voulait sauver le pcheur. Pour atteindre ce but, aucun sacrifice ne lui parut trop grand : sa vie et sa mort n'eurent d'autre objet que celui de faire resplendir dans le cur de l'homme la gloire du Pre, la gloire de sa saintet et de son amour au travers des tnbres du pch et de la chair. Il nous le dit lui-mme la fin de sa vie et du milieu de son angoisse : Maintenant mon me est trouble, et que dirai-je... Pre, dlivre-moi de cette heure? Mais c'est pour cela que je suis venu cette heure. Pre : glorifie ton nom . Et la certitude que son sacrifice tait accept lui fut donn par cette rponse : Je l'ai glorifi et je le glorifierai encore (Jean, 12 : 27, 29).

Voil comment Jsus, homme, fut prpar participer la gloire de Dieu. C'est dans son humiliation sur la terre qu'il la chercha, c'est sur le trne dans le ciel qu'il la trouva. Et par l il est devenu notre prcurseur, il a conduit un grand nombre de rachets la gloire. Par son exemple, nous savons que le moyen le plus sr de parvenir la gloire divine dans le ciel est de vivre ici-bas uniquement en vue de la gloire de Dieu. Oui, la gloire de notre vie terrestre est de glorifier Dieu ici-bas et c'est l ce qui nous prpare tre glorifi avec lui jamais.

Bien-aim frre chrtien, notre vocation n'est-elle pas belle et heureuse au del de toute, imagination puisqu'elle nous appelle vivre comme Christ dans le but unique de glorifier Dieu, de rvler la gloire de Dieu dans chaque dtail de notre vie? Prenons le temps de nous pntrer de cette prcieuse vrit : Notre vie de chaque jour peut reflter la gloire de Dieu jusque dans ses moindres actes. Jsus glorifia le Pre. Voil ce qui doit nous faire dsirer de lui ressembler. Ecoutons-le nous signaler la gloire du Pre comme le but atteindre :  afin qu'ils glorifient votre Pre qui est dans les Cieux . (Mat. 5 : 16). Ecoutons-le nous indiquer le moyen : Mon Pre sera glorifie si vous portez beaucoup de fruits . Souvenons-nous que c'est pour cela qu'il a promis d'exaucer nos prires depuis le ciel. Que nos prires tendent donc ce que le Pre soit glorifi par le fils! (Jean 14 : 13). Que toute notre vie cherche comme celle de Christ, glorifier Dieu. Avec l'lan de la foi prenons pour mot d'ordre : tout, tout la gloire de Dieu, comptant sur la plnitude de l'Esprit pour le raliser dans notre vie. Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous?... Glorifiez donc Dieu en votre corps et en votre esprit . (1 Cor. 6 : 19, 20).

Pour savoir comment il est possible de parvenir cette vie-l, tudions de nouveau la vie de Jsus. Il obissait au Pre. Qu'une obissance droite et franche remplisse aussi notre vie. Avec l'humilit et la confiance de l'enfant, avec la soumission du soldat qui attend ses ordres, avec la dpendance qu'observait Christ, vis--vis de son Pre, attendons chaque jour que Dieu nous montre le chemin suivre. Faisons toutes choses pour le Seigneur selon sa volont et sa gloire, rapportant tout lui. Que la gloire de Dieu devienne visible en nous par la saintet de notre vie.

Jsus confessait le Pre. Il n'hsitait pas parler souvent de ses rapports avec le Pre, il parlait de lui comme un petit enfant parlerait de son pre terrestre. Ce n'est pas assez d'avoir une vie sainte devant les hommes ; il faut encore qu'ils entendent, non seulement par des prdications du haut de la chaire, mais par des tmoignages individuels, que c'est notre amour pour le Pre qui nous fait agir et vivre pour lui. Le tmoignage des paroles doit marcher de front avec celui de la vie de chaque jour.

Jsus se consacrait l'uvre de son Pre et le glorifiait ainsi, montrant aux pcheurs que Dieu a le droit de les possder entirement, que la gloire de Dieu est le seul but pour lequel il vaille la peine de vivre et de mourir. Ds que nous tendons ce but-l, Dieu se sert de nous pour amener d'autres pcheurs vivre aussi sa gloire. C'tait pour amener les hommes glorifier leur Pre cleste, pour leur faire trouver leur bonheur servir ce Dieu de gloire, que Jsus a vcu sur la terre, et c'est l ce que nous devons faire aussi. Oh! donnons-nous Dieu pour sauver les pcheurs, intercdons pour eux, travaillons, vivons et mourons pour faire connatre nos semblables la saintet de Dieu, afin que toute la terre soit remplie de sa gloire. Croyant, l'Esprit de Dieu, l'Esprit de gloire et de saintet repose sur vous. Jsus veut accomplir en vous son uvre de prdilection, il veut glorifier le Pre en vous. Ne craignez donc pas de dire : O mon Pre, en ton Fils, comme ton Fils, je veux ne vivre que pour te glorifier.

O mon Dieu! Je te prie, fais-moi voir ta gloire ! Je sais qu'il m'est absolument impossible par mes rsolutions et mes propres efforts de vivre uniquement pour ta gloire. Mais si tu veux faire passer toute ta bont devant moi, si tu veux me rvler ta gloire, ta gloire sans pareille, si tu veux, mon Pre, faire briller ta gloire dans mon cur et prendre possession de tout mon tre, je ne cesserai de te glorifier et de dire tous que tu es le Dieu de saintet et de gloire.

Seigneur Jsus, toi qui es venu sur la terre pour glorifier le Pre nos yeux, et qui es ensuite remont au ciel, nous laissant le soin de le glorifier en ton nom et ta place, oh! fais-nous comprendre par ton Saint-Esprit comment tu pouvais le faire. Rvle-nous quel tait le mobile de ton obissance au Pre ; enseigne-nous reconnatre comme toi, qu' tout prix sa volont doit tre faite. Qu'en considrant ta fidlit confesser le Pre, rendre tmoignage de ce qu'il tait pour toi, et de ce que tu ressentais pour lui, nous apprenions rendre tmoignage, nous aussi, de ce que nous avons dj prouv de l'amour du Pre, afin que d'autres encore soient amens le glorifier. Enseigne-nous trouver notre plus grande joie dans l'amour qui cherche sauver le pcheur et glorifier Dieu par la saintet victorieuse du pch. Oui, Seigneur, prends possession de tout notre cur, afin que nous puissions concourir ce que  toute langue confesse que Jsus-Christ est le Seigneur la gloire de Dieu le pre (Phil. 2 : 11).

O mon Pre ! Que toute la terre, que mon cur aussi, soient remplis de ta gloire. Amen.

(Voir la note 9e).

TRENTE-UNIME JOUR

COMME CHRIST

Dans sa gloire.

Nous savons que lorsqu'il sera manifest, nous serons semblables lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. Et quiconque a cette esprance en lui, se purifie lui-mme comme lui-mme est pur. 1 Jean 3 : 2,3

Je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Pre en a dispos en ma faveur. Luc 22 : 29.

La gloire de Dieu se manifeste par sa saintet. Glorifier Dieu, c'est nous livrer lui pour qu'il fasse paratre sa gloire en nous. Ce n'est qu'en le laissant nous sanctifier, remplir notre vie de sa saintet, que nous parviendrons manifester sa gloire. L'uvre de Christ tait de glorifier le Pre, de rvler sa gloire et sa saintet. Notre uvre nous est, comme celle de Christ, de faire connatre, par notre obissance, par notre tmoignage et notre vie tout entire, que notre Dieu est le Dieu de gloire et de saintet, et de contribuer ainsi ce qu'il soit glorifi dans les cieux et sur la terre.

Quand notre Seigneur Jsus eut glorifi son Pre sur la terre, le Pre le glorifia auprs de lui dans le ciel. C'tait l non seulement sa juste rcompense, mais la consquence ncessaire de toute sa vie, car pour une vie consacre la gloire de Dieu comme le fut celle de Christ, il n'est plus d'autre milieu possible que cette gloire divine. Et c'est ce qui a lieu pour nous aussi. Le cur qui est altr de la gloire de Dieu, qui est prt vivre et mourir pour glorifier Dieu, est par l mme prpar vivre dans cette gloire divine. Vivre sur la terre la gloire de Dieu, conduit vivre ensuite au ciel dans la gloire de Dieu. Si avec Christ nous glorifions le Pre ici-bas, le Pre et le Fils nous glorifieront aussi, et alors nous serons semblables lui , dans sa gloire.

Nous serons semblables lui dans sa gloire spirituelle, la gloire de sa saintet. Ces deux mots se runissent pour former le nom du Saint-Esprit, et nous montrer par l l'troite union qui existe entre ce qui est saint et ce qui est spirituel. Quand Jsus eut glorifi Dieu comme homme par la saintet de sa vie terrestre, ce fut aussi comme homme qu'il entra dans la gloire divine. Il en est de mme pour nous. Si nous nous abandonnons Dieu pour que sa gloire prenne possession de nous, pour que sa saintet et son Esprit manifestent leur prsence en nous, notre nature humaine avec toutes ses facults en sera transforme l'image de Dieu au del de toute prvision recevant la puret, la saintet, la vie et l'clat mme de la gloire de Dieu.

Nous serons semblables lui dans son corps glorifi. On a dit avec raison que l'incarnation est le plus haut degr de l'uvre de Dieu. La cration de l'homme devait tre le chef-d'uvre de Dieu. Jusque-l il y avait eu des esprits sans corps, et des corps anims sans esprit, mais l'homme devait runir ensemble esprit et corps, l'esprit levant et spiritualisant le corps, lui donnant sa puret, sa perfection cleste. L'homme dans son ensemble est l'image de Dieu, son corps aussi bien que son esprit. En la personne de Jsus, mystre des mystres, un corps d'homme s'est assis sur le trne de Dieu, partageant et possdant la gloire divine. Nos corps aussi doivent tre l'objet d'une transformation qui sera le miracle le plus surprenant de la puissance divine : Il transformera notre corps vil pour le rendre conforme son corps glorieux, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses (Phil. 3 : 21). La gloire de Dieu se voyant dans notre corps, ce corps rendu semblable au corps glorieux de Christ, ne sera-ce pas plus merveilleux encore que la manifestation de sa gloire dans notre esprit? Nous attendons l'adoption, savoir la rdemption de notre corps (Rom. 8 : 23).

Nous serons semblables lui aussi quant l la place d'honneur qu'il occupe. Chaque objet doit tre plac de manire tre vu son avantage. La place de Christ est au centre de l'univers, c'est le trne de Dieu. Il a dit ses disciples : O je serai, celui qui me sert y sera aussi, et si quelqu'un me sert, mon Pre l'honorera (Jean 12 : 26). Je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Pre en a dispos pour moi, afin que vous mangiez et que vous buviez ma table dans mon royaume et que vous soyez assis sur des trnes pour juger les douze tribus d'Isral (Luc 22: 29, 30). Il dit l'glise de Thyatire : A celui qui aura vaincu et qui aura gard mes uvres jusqu' la fin, je lui donnerai puissance sur les nations... ainsi que j'en ai moi-mme reu le pouvoir de mon Pre . Et l'glise de Laodice : Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur; mon trne, comme moi-mme j'ai vaincu et suis assis avec mon Pre sur son trne (Apo. 2 : 26 : 3 : 21). Enfin rien de plus lev et de plus prcis que ces mots : Comme nous portons l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du cleste (1 Cor. 15 : 49). La ressemblance sera complte et parfaite.

De pareils aperus du monde venir, donns par Dieu lui-mme, nous rvlent mieux que nulle imagination de notre part, quelle force de vrit, quelle divine porte renferme cette parole du Crateur : Faisons l'homme notre image, selon notre ressemblance (Gen. 1 : 26). L'homme est destin manifester l'image du Dieu invisible, participer de la nature divine, partager avec Dieu le rgne de l'univers. Quelle gloire indicible dans la position que Dieu nous fait l. Placs entre deux ternits, entre le dessein ternel qui nous a prdestins tre conformes l'image de son Fils et la ralisation ternelle de ce dessein qui nous rendra semblables lui dans sa gloire, nous entendons de part et d'autre une voix qui nous crie : O vous qui avez t crs pour tre l'image de Dieu, vous qui vous acheminez partager la gloire de Dieu et de Christ, vivez d'une vie divine, d'une vie semblable celle de Christ !

Je serai rassasi de ta ressemblance quand je serai rveill (Psa. 17 : 15) s'criait le psalmiste. Rien ne saurait satisfaire notre me sinon l'image de Dieu, puisque c'est pour cela mme qu'elle fut cre. Nous ne saurions donc nous contenter de contempler cette image ; il faut que nous la possdions. Ce n'est qu'en participant nous-mmes cette ressemblance de Dieu que nous pourrons tre satisfaits. Heureux ceux qui la dsirent, qui languissent de la possder, car ils l'obtiendront. C'est cette ressemblance mme de Dieu qui sera leur gloire, une gloire qui, rayonnant de Dieu lui-mme, se communiquera eux pour rayonner dans tout leur tre, et de l dans tout l'univers, Quand Christ, qui est votre vie, paratra, alors vous paratrez aussi avec lui dans la gloire (Col. 8:4).

Bien-aims frres chrtiens, il faut que ce qui sera manifest au jour de Christ commence dj dans votre vie terrestre. Si la gloire de Dieu n'est pas ds ici-bas notre vie, elle ne pourra pas l'tre non plus alors; impossible. Dieu ne glorifiera plus tard que celui qui le glorifie ici-bas. L'homme est l'image et la gloire de Dieu (1 Cor. 11 : 7). Ce n'est qu'autant que vous porterez ici-bas l'image de Dieu en vivant d'une vie conforme celle de Jsus qui est la splendeur de sa gloire et l'image empreinte de sa personne (Hb. 1:8), que vous serez aussi combls de gloire dans la vie venir. Pour tre transforms l'image du Christ cleste dans la gloire, il faut que nous portions d'abord l'image du Christ terrestre dans l'humiliation.

Enfant de Dieu, Christ est l'image incre de Dieu, tandis que l'homme est son image cre. Sur le trne dans la gloire, l'un et l'autre se runiront pour l'ternit. Nous savons ce qua fait Christ ; il a tout sacrifi pour nous rendre la possession de cette image. Oh ! ne nous livrerons-nous pas enfin cet amour admirable, cette gloire inimaginable, ne consacrerons-nous pas notre vie tout entire manifester la ressemblance et la gloire de Christ? Comme lui, ne ferons-nous pas de la gloire du Pre notre but et notre esprance, vivant sa gloire ici-bas, afin de vivre dans sa gloire ensuite?

Bien-aims frres, vous qui m'avez accompagn jusqu'ici dans ces mditations sur l'image de notre Seigneur et sur la conformit sa vie qui est notre privilge, le moment est venu de nous quitter. Faisons-le en nous disant : Nous serons semblables lui parce que nous le verrons tel qu'il est. Quiconque a cette esprance en lui, se purifie lui-mme, comme lui est pur (1 Jean 3 : 2, 3). Comme Christ, prions les uns pour les autres, prions pour tous les enfants de Dieu, demandant et pour eux et pour nous que ce soit l le seul but de notre foi, le seul dsir de notre cur, la seule joie de notre vie. Oh ! que sera-ce quand nous nous rencontrerons dans la gloire, quand nous le verrons tel qu'il est, et que nous nous verrons tous semblables lui !

O notre Dieu, toi, le Dieu de gloire, quelles; actions de grce te rendrons-nous pour nous avoir donn Christ qui est l'image de Dieu, pour nous avoir admis l'clat de ta gloire qui rayonne de lui nous ! Quelles actions de grce te rendrons-nous pour nous avoir fait voir en Jsus, non seulement ce qu'il est, mais encore l'image de notre gloire nous, le gage de ce que nous devons tre en lui dans l'ternit l

O Dieu, pardonne, pardonne-nous pour l'amour de Jsus et de son sang, d'avoir si peu cru ces choses, d'avoir si peu vcu de sa vie. Nous te supplions aussi de vouloir bien rvler tous ceux qui ont pris part ces mditations: ce qu'est la gloire dans laquelle ils peuvent vivre ds prsent en te glorifiant sur la terre.

O Pre, rveille-nous, nous et tous tes enfants. Fais-nous voir et comprendre que tu nous appelles passer l'ternit dans ta gloire, que tu veux nous envelopper et nous remplir de ta gloire, que nous devons tre semblables ton. Fils dans sa gloire . Pre, nous te prions de secourir ton Eglise. Que ton Esprit saint, l'Esprit de gloire, vienne agir avec puissance en elle, et qu'elle se signale par son dsir de voir la gloire de Dieu reposer sur elle.

Notre Pre, accorde-le-nous pour l'amour de Jsus. Amen.

DE LA NCESSIT , DE PRCHER CHRIST COMME NOTRE MODLE

Faisons l'homme notre image, selon notre ressemblance . C'est par ces mots du Crateur que dbute l'histoire de l'homme dans la Bible. Nous avons l toute une rvlation du dessein ternel de Dieu, et quant la cration de l'homme, et quant l'avenir ternel et glorieux auquel il est destin, Dieu se propose de faire une crature semblable lui, un tre qui sera son image mme et sa ressemblance, la manifestation visible de la gloire du Dieu invisible.

L'existence d'un tre cr et pourtant semblable Dieu : c'tait bien l un dessein digne de la Sagesse infinie. Par sa nature mme, Dieu est absolument indpendant de tout, puisqu'il possde la vie en lui-mme et qu'il ne doit l'existence nul autre qu' lui-mme. Si l'homme doit rellement tre semblable Dieu, il faut qu'en ceci aussi il soit son image et sa ressemblance, il faut que, de son libre choix, il devienne ce qu'il est appel tre, et qu'ainsi il se fasse lui-mme. Et pourtant, par sa nature mme, la crature est dpendante, elle doit tout son Crateur. Comment concilier cette contradiction : un tre dpendant qui pourtant dcide lui-mme, un tre cr et pourtant semblable Dieu. C'est l'homme qui devait offrir la solution du problme. Comme crature, il reoit de Dieu la vie, mais en la lui donnant, Dieu le doue de libre volont. Ce n'est donc que par le moyen de sa libert individuelle qu'il peut s'approprier et possder l'image et la ressemblance de Dieu.

Quand le pch entra dans le monde et fit dchoir l'homme de sa haute destine, Dieu n'abandonna pas son dessein. Ses rvlations Isral aboutissaient toutes ce point central : Soyez saint, car je suis saint (Lv. 19 : 2), et Isral devait aspirer ressembler Dieu dans sa saintet qui est sa plus haute perfection. Plus tard, la rdemption ne se proposa pas d'autre idal. Elle ne pouvait que reprendre et accomplir le dessein ternel rvl la cration.

C'est pour cela que le Pre envoya sur la terre son Fils qui tait l'image empreinte de sa personne (Hb. 1:3). En lui s'est manifeste sous forme humaine cette ressemblance de Dieu pour laquelle nous avions t crs et que chacun de nous individuellement devait s'approprier. Jsus est venu nous montrer la fois l'image de Dieu et notre propre image. Sa vue devait veiller en nous le dsir de retrouver cette ressemblance divine perdue depuis si longtemps, elle devait faire natre en nous cette esprance et cette foi qui donnent le courage de renoncer soi-mme pour tre renouvel l'image de Dieu. Pour nous amener l, Jsus avait une double uvre accomplir. Il devait d'abord nous rvler par sa vie l'image de Dieu, afin de nous faire comprendre ce que c'est que de vivre la ressemblance de Dieu, et ce que nous pouvions attendre et recevoir de lui, notre Rdempteur. Aprs avoir fait cela, aprs nous avoir montr la vie de Dieu dans sa vie humaine, il est mort pour pouvoir nous communiquer sa propre vie, la vie l'image de Dieu, et nous mettre ainsi en tat de vivre conformment ce que nous avions vu en lui. Puis quand il est mont au ciel, il nous a envoy par le Saint-Esprit la puissance de vie que nous avions en vue en lui contemple en sa personne et qu'il nous avait acquise par sa mort.

Il est facile de voir combien ces deux parties de l'uvre de Christ sont troitement lies l'une l'autre. Ce qu'il nous offre dans sa vie comme notre Modle, il nous l'acquiert par sa mort comme notre Rdempteur. En d'autres termes, sa vie terrestre nous a indiqu la voie suivre, sa vie cleste nous envoie la force d'y marcher. Nul n'a le droit de sparer ce que Dieu a uni. Celui qui n'a pas une pleine foi en la rdemption, n'a pas la force de suivre l'exemple de Christ. Et celui qui ne cherche pas tre conforme l'image de Dieu, voyant l le grand but de la rdemption, ne peut pas non plus jouir de toute sa plnitude. Christ a vcu sur la terre pour manifester l'image de Dieu dans sa vie; il vit prsent au ciel pour que nous puissions manifester notre tour l'image de Dieu dans notre vie.

L'glise de Christ n'a pas toujours maintenu l'quilibre entre ces deux vrits. L'glise catholique romaine insiste avant tout sur la ncessit de suivre l'exemple de Christ. Il en rsulte qu'elle peut citer un grand nombre de saints qui, malgr beaucoup d'erreurs, ont cherch par une dvotion admirable reflter la lettre et de tous points l'image du Matre. Mais, au grand dommage des mes srieuses, l'autre partie de la vrit reste dans l'ombre. Cette glise n'enseigne pas que pour tre capable de vivre comme Christ, il faut d'abord recevoir en soi la vie qu'il nous a acquise par sa mort.

Les glises protestantes doivent leur origine au rveil de cette dernire vrit. Le pardon et la grce de Dieu reprirent alors leur place, la grande joie et consolation de milliers d'mes angoisses, mais on n'vita pas toujours l'cueil oppos, celui de ne plus voir que ce seul ct de la vrit. On n'enseigna pas assez clairement que Christ avait vcu sur la terre, non seulement pour racheter le pcheur par sa mort, mais encore pour lui montrer comment il devait vivre ici-bas. Toute Eglise orthodoxe voit bien en Christ le modle suivre, mais elle n'insiste pas sur la ncessit absolue de suivre ce modle, autant que sur la ncessit de croire l'expiation de Christ. On prend beaucoup de peine, et on fait bien, pour amener les pcheurs recevoir le salut que leur acquiert la mort de Christ, mais on n'en prend pas autant, et c'est bien tort, pour les amener conformer leur vie , celle de Christ, ce qui est pourtant le signe distinctif et la preuve certaine de tout vrai christianisme.

Est-il ncessaire de signaler ici l'influence qu'a sur la vie de l'glise la manire de prsenter cette vrit? Si l'expiation et le pardon sont tout, et si l'imitation de Jsus n'est qu'un point secondaire et qui va de soi, l'attention se porte principalement sur l'expiation. On cherchera surtout obtenir le pardon et la paix, et quand on les aura obtenus, on sera tent de s'en contenter et d'en rester l. Si, au contraire, on remonte au but que Dieu s'est propos la cration, et que l'on prche la ncessit de devenir conforme l'image de Christ, prsentant l'expiation comme le moyen d'y parvenir, toute prdication sur la repentance et le pardon mettra en relief le devoir de la saintet. La foi en Jsus sera alors insparable de la conformit sa vie et cette Eglise-l produira de vritables disciples du Seigneur.

En ceci, les Eglises protestantes ont des progrs faire. L'Eglise ne pourra revtir tous ses atours et reflter la gloire de Dieu, que lorsqu'elle recevra ces deux vrits insparables, telles que nous les prsente la vie de Christ. Dans tout ce qu'il fit et souffrit pour nous, il nous a laiss un exemple suivre, aussi tout, vrai christianisme ne se borne pas porter haut, la bannire de la croix; il donne tout autant, d'importance la ncessit de souffrir la croix avec Christ qu' lexpiation sur la croix.

C'est l ce qu'enseigne clairement notre divin Matre. Quand il parle de la croix, il insiste moins sur l'expiation que sur la ncessit de lui ressembler. Que de fois il dit ses disciples qu'ils doivent souffrir la croix avec lui et comme lui, qu' ce prix-l seulement ils pourront tre ses disciples et avoir part aux bndictions qu'allait leur acqurir sa mort sur la croix. Quand Pierre se mit le reprendre au sujet de sa mort (Mat. 16, 21), Jsus ne chercha pas lui prouver la ncessit de sa croix pour le salut des hommes, il insista seulement sur ce que la mort du moi tait pour lui-mme, comme pour nous, le seul moyen d'obtenir la vie de Dieu. Il faut que le disciple soit semblable au Matre. Jsus nous parle de la croix pour nous rappeler l'obligation de renoncer nous-mmes, de nous livrer la mort, si nous voulons recevoir la vie divine qu'il est venu nous apporter. Ce n'est pas moi seul, disait-il, qui dois mourir, c'est vous aussi; la croix, l'esprit de sacrifice, seront la preuve de votre fidlit. La premire Eptre de Pierre nous montre que l'aptre avait bien compris ces mots. Dans les deux importants passages o il nous dit que Christ a souffert pour nous, qu'il a port nos pchs en son corps sur le bois, qu'il a souffert pour les pchs, lui juste pour les injustes , il ne parle gure qu'incidemment des souffrances du Seigneur, son but est de dmontrer que nous devons aussi souffrir comme lui (1 Pier. 2 : 21, 24 ; 3 : 18), que nous devons voir dans la croix de Christ non seulement le moyen qui l'introduisit dans la gloire, mais aussi la voie o chacun de nous doit le suivre.

Paul reprend et expose avec force la mme pense. A ne prendre qu'une seule de ses Eptre, celle aux Galates, nous trouvons quatre passages qui proclament la puissance de la croix. L'un d'eux exprime d'une manire saisissante la substitution et l'expiation : Christ nous a rachets de la maldiction de la loi, ayant t fait maldiction pour nous, car il est crit : Maudit quiconque est pendu au bois . (Gal. 3 : 13). C'est en effet l l'une des bases sur lesquelles reposent l'Eglise et la foi des chrtiens, mais pour tout difice il faut plus encore que des bases, aussi cette mme Eptre nous rpte jusqu' trois fois que c'est dans notre conformit avec Christ sur la croix qu'est le secret de toute notre vie chrtienne. J'ai t crucifi avec Christ . Ceux qui sont Christ ont crucifi la chair avec ses passions et ses convoitises . Dieu me garde de me glorifier en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jsus-Christ par laquelle le monde est crucifi pour moi, et moi au monde . (Gal. 2 : 20. 4 : 24. 6 : 14).

La mort de Christ sur la croix pour notre salut n'est que le commencement de son uvre en nous ; elle nous fait prvoir tout ce que la croix peut tre pour nous quand nous la partageons dans notre vie de chaque jour avec lui, le Crucifi, faisant l'exprience de ce que c'est que d'tre crucifi au monde. Et pourtant que de prdications, aussi profondes de pense qu'loquentes de parole, exaltent la croix de Christ, la mort de Christ pour sauver le pcheur, mais passent sous silence notre mort avec Christ, cette mort dont Paul se faisait gloire !

L'Eglise a besoin d'entendre retentir cette vrit-l aussi bien que l'autre. Il faut que les chrtiens comprennent que subir la croix, ce n'est pas supporter les diverses afflictions qu'on appelle des croix, mais qu'avant tout il s'agit l d'abandonner sa vie, de mourir au moi et d'tre scell ainsi du mme sceau que Jsus, ce qui nous est tout autant et plus ncessaire encore dans la prosprit que dans l'adversit, et que sans cela nul ne peut avoir part la plnitude des bndictions que nous rvle la croix. C'est la croix comprise ainsi, non seulement la croix dresse au Calvaire, mais la croix de notre propre crucifiement s'tendant toute notre vie active, qui sera pour nous et pour toute l'Eglise, comme elle le fut pour Christ, la voie qui conduit la victoire et la gloire, la puissance de Dieu pour le salut des hommes.

La rdemption nous offre donc ces deux faces: Christ subissant la croix pour expier nos pchs et nous ouvrir le chemin de la vie ; nous-mmes subissant la croix avec Christ, pour pouvoir marcher en conformit de vie avec lui et son image. Il faut que Christ notre Garant, et Christ notre Modle, soient galement prches.

Mais il ne suffit pas de prcher ces deux doctrines sparment, elles ne peuvent exercer toute leur influence qu'en se runissant dans cette autre et profonde vrit qui nous prsente Christ comme notre Tte. Quand nous saisirons bien que c'est notre union avec Jsus qui nous fait participer soit l'expiation du Garant, soit la Saintet du Modle, nous comprendrons l'admirable accord qui existe entre ces deux doctrines et combien elles sont toutes deux indispensables la prosprit de l'Eglise. Nous verrons clairement alors que le mme Jsus qui nous a ouvert la porte du ciel, aussi bien par la saintet de sa vie, que par lexpiation de nos pches, nous obtient galement, soit le pardon par son sang, soit la conformit sa vie par son Esprit. Nous verrons aussi que nous ne pouvons saisir l'une et l'autre de ces grces que par la foi. Notre protestantisme vanglique ne pourra remplir sa mission que lorsque cette vrit capitale du salut par la foi seule sera applique, non seulement la justification, mais aussi la sanctification, c'est--dire notre conformit l'image de Christ.

Ceci ouvre un vaste champ au prdicateur qui voudra conduire ses auditeurs dans la voie d'une entire conformit l'image de Christ. La vie chrtienne vraiment semblable celle de Christ peut se comparer un arbre dont la racine et les fruits sont runis par le tronc. Dans la prdication comme dans la vie prive, ce sont les fruits d'abord qui attirent l'attention. Les paroles de Christ : Faites comme je vous ai fait , et, dans les Eptres, les frquentes exhortations aimer, pardonner, supporter comme Christ l'a fait, nous amnent aussitt comparer la vie des chrtiens de nos jours avec la vie de Christ et prsenter comme rgle de conduite l'exemple que nous fournit la vie du Sauveur. Ceci fera sentir le besoin de prendre le temps d'tudier chaque trait de cet admirable Modle pour savoir plus exactement ce que Dieu veut de nous actuellement. Il faut que les croyants en viennent bien saisir que la vie de Christ est rellement la rgle de leur vie eux, et que Dieu attend d'eux qu'ils s'y conforment entirement. Sans doute, il y a diffrence d'clat entre la lumire du soleil qui brille au ciel et la lumire d'une lampe qui claire une de nos demeures terrestres, nanmoins, la lumire est toujours la lumire, et, dans sa petite sphre, la lampe peut faire son uvre tout aussi bien que le soleil dans la sienne. Il faut que la conscience de l'Eglise apprenne comprendre que l'humilit et le renoncement de Jsus, que son entire conscration faire la volont et l'uvre de son Pre, que sa prompte obissance, son dvouement, son amour et sa bont reprsentent sans exagration ce que chaque croyant doit tre son tour, et que c'est l son simple devoir aussi bien que son privilge. Il n'y a pas, comme on le pense trop souvent, deux degrs de saintet, l'un l'usage de Christ et l'autre l'usage de ses disciples. Non; comme sarments du cep, comme membres du mme corps, comme ayant droit au mme Esprit, nous pouvons, et par consquent nous devons, tre l'image de notre Frre An.

Si cette conformit la vie de Christ se voit rarement, si elle est trop peu recherche par la grande majorit des chrtiens, c'est parce qu'on se fait une ide fausse, soit de l'incapacit de l'homme, soit de ce qu'il peut attendre de la grce divine, quand elle opre en lui. On a gnralement tant de foi en la puissance du pch, et si peu de foi en la puissance de la grce, qu'on ne se croit pas mme appel avoir le mme amour que Jsus, le mme esprit de pardon, la mme conscration la gloire du Pre, et qu'on ne voit plus l qu'un idal admirable sans doute, mais impossible atteindre. On se dit que Dieu ne peut pas attendre de nous que nous soyons, que nous fassions, ce qui est si fort au del de notre porte, et, comme preuve de l'impossibilit d'y parvenir, on allgue ses vains efforts pour dominer son humeur, ou pour vivre entirement au service de Dieu.

Ce n'est qu'en persvrant prsenter Christ comme notre Modle et prcher cette vrit divine dans toute son intgrit et tout son clat, qu'on pourra surmonter une pareille incrdulit.

Il faut enseigner aux croyants que Dieu ne moissonne pas l o il n'a pas sem, mais que le fruit demand et la racine qui le produit sont intimement relis l'un l'autre. Dieu veut que nous pensions, que nous parlions et que nous agissions exactement comme Christ, puisque la vie qui nous anime est exactement la mme que celle qui l'animait. Si nous possdons une vie semblable la sienne, quoi de plus naturel que d'attendre de nous des fruits semblables aux siens. Si Christ vit en nous, Christ agira et parlera par nous, et rvlera ainsi sa prsence aux yeux du monde.

Il faut prcher que c'est par la foi seule qu'on peut recevoir Christ comme le Modle imiter. C'est par l qu'on amnera les enfants de Dieu tre tels que Dieu les veut. La plupart des chrtiens pensent que nous devons croire en Jsus comme en notre Sauveur, et qu'ensuite nous serons pousss par un sentiment de reconnaissance suivre l'exemple qu'il nous a donn, mais ce mobile de gratitude ne saurait suppler au manque de force dont nous souffrons. Notre incapacit reste la mme ; c'est nous replacer sous la loi : Je dois faire, mais je ne puis pas. Il faut enseigner ces chrtiens-l ce que c'est que de croire en Christ comme leur Modle, ce que c'est que de saisir par la foi sa vie sainte qui fait partie du salut qu'il leur a prpar. Il faut leur enseigner que ce Modle n'est pas quelque chose ou quelqu'un en dehors d'eux, mais que le Dieu vivant est lui-mme leur vie, et qu'il veut raliser en eux l'exemple que leur offre sa vie terrestre. Il faut qu'ils sachent que ds qu'ils se soumettront lui, il manifestera sa prsence en eux et dans leur vie de chaque jour au del de toute prvision; il faut qu'ils voient dans la conformit la vie de Christ l'action directe de la Vie ternelle descendue du ciel, et qui est donne tous ceux qui croient. C'est parce que nous sommes un avec Christ et que nous demeurons en lui, c'est parce qu'ainsi nous possdons la mme vie divine que lui, que nous sommes appels marcher comme lui.

Il n'est pas toujours facile de se faire une ide claire de cette vrit, et d'en venir ensuite l'accepter. Les chrtiens se sont si bien accoutums une vie d'infidlit et de chutes continuelles, que la pense ne leur vient pas mme de pouvoir raliser assez cette ressemblance avec Christ pour qu'elle se voie en eux. On ne pourra vaincre leur incrdulit cet gard qu'en leur prchant cette vrit avec toute l'animation d'une foi joyeuse et triomphante, car ce n'est qu' la foi et une foi plus ample et plus profonde qu'on ne la croit ordinairement ncessaire pour saisir le salut, qu'est accorde cette puissance de vie de Christ qui devient la vie du croyant. Quand Christ sera prch dans son entier, et comme rgle, et comme vie, le croyant obtiendra cette foi plus efficace qui rsulte de son unit avec Christ, et recevra ainsi la force de vivre de cette vie-l.

Le dveloppement de cette foi varie selon les cas. Les uns l'obtiennent la longue en persvrant s'attendre Dieu. D'autres en ont une rvlation soudaine ; aprs des temps de luttes et de chutes, ils arrivent voir clairement que si Jsus donne l'exemple suivre, il donne aussi la force de le suivre. Les uns y arrivent dans la solitude, loin de tout secours humain, seuls avec le Dieu vivant, tandis que d'autres, et c'est souvent le cas, la reoivent pendant qu'ils sont runis avec les fidles et qu'alors le Saint-Esprit touche les curs, presse les mes de se dcider, et les amne saisir ce que Jsus leur offre, ce qu'il donne lui-mme pour rendre semblable lui. Quelle que soit la marche que suive ce progrs spirituel, toujours il a lieu quand, par la puissance de l'Esprit, on prsente Christ comme le Modle de ce que Dieu attend de ses enfants. Alors, les croyants, amens reconnatre leur tat de pch, et leur incapacit en sortir, se remettent, comme jamais ils ne l'avaient encore fait, entre les mains de leur tout-puissant Sauveur, et en viennent raliser la vrit de ces deux textes, en apparence contradictoires : Le bien n'habite point en moi, c'est--dire dans ma chair .  Je puis tout par Christ qui me fortifie . (Rom. 7 : 18 ; Phil. 4 : 13).

Quoi qu'il en soit, la racine et les fruits sont toujours relis entre eux par le tronc de l'arbre. Nous le voyons par la vie de Christ : ses rapports individuels et continuels avec le Pre tablissaient une correspondance soutenue entre sa vie cache en Dieu et les fruits de sa vie extrieure. Par son regard habituel vers le Pre, par sa promptitude l'couter, par son obissance aux directions de l'Esprit, par sa soumission aux paroles de l'Ecriture qu'il venait accomplir, par sa vigilance dans la prire, et par toute sa vie de dpendance et de foi, il nous donne l'exemple de ce que nous devons tre, nous aussi. Il nous avait t fait si rellement semblable en toutes choses (Hb. 2 : 17), il tait si bien devenu un avec nous dans la faiblesse de la chair, que ce n'tait qu' ce prix-l que la vie du Pre avait libre cours en lui, produisant les uvres qu'il faisait. Il en sera prcisment de mme pour nous. Notre union avec Jsus, et la prsence de sa vie en nous, nous assureront une vie semblable la sienne. Ce ne sera pourtant pas le rsultat direct d'une force aveugle mise en mouvement et accomplissant machinalement Son uvre, mais il y aura l de notre part coopration d'intelligence, de volont et d'amour pour demander, pour recevoir et nous abandonner Dieu avec confiance, aussi bien que pour employer son service tout ce qu'il donne, et travailler avec la certitude qu'il travaille en nous. Cette foi en Christ, notre Vie, ne nous sera pas un oreiller de paresse ; au contraire, elle stimulera toute notre nergie au plus haut degr, et comme elle rend toutes choses possibles, elle nous portera par l mme rechercher toujours plus tout ce qui constitue la vraie communion avec Dieu, nous faisant tout attendre de lui.

Voici, quant notre conformit avec Christ, les trois points qu'il importe de bien connatre : Notre vie est, comme celle de Christ, cache en Dieu, elle se maintient, comme la sienne, par la communion avec Dieu, et son activit extrieure en fait, comme de la sienne, une vie pour Dieu. Quand les croyants en viendront saisir cette vrit, pouvoir se dire : Nous sommes rellement semblables Christ par la vie que, grce lui, nous avons en Dieu ; nous pouvons tre semblables Christ en maintenant et fortifiant cette vie par notre communion avec Dieu ; nous serons encore semblables Christ par les fruits que doit porter cette vie-l ; alors le nom de disciple de Christ et la conformit Christ ne seront plus seulement une profession de foi, mais bien une ralit, et le monde saura que le Pre nous a rellement aims comme il a aim le Fils.

Qu'il me soit permis de demander ici tout pasteur et tout chrtien qui liront ces lignes, si, dans les enseignements de l'Eglise, nous avons assez prsent Christ comme le Modle dont l'imitation nous ramnera seule l'image de Dieu. Plus les prdicateurs de l'Eglise remonteront eux-mmes la source divine de toutes les vrits qui concourent ensemble donner la pleine jouissance du salut, plus aussi ils deviendront aptes faire entrer les fidles dans cette voie de privilges et de saintet pratique. Ils seront ainsi un moyen de bndictions nouvelles pour le monde, selon que Dieu l'attend d'eux. C'est l, en effet, ce dont le monde besoin de nos jours; il lui faut des hommes et des femmes vivant de la vie de Christ et prouvant par leur conduite que, comme Christ, ils n'ont ici-bas d'autre but que la gloire du Pre et le salut des hommes.

Encore un mot. Soit que nous prchions la conformit avec Christ, soit que nous cherchions la mettre en pratique, gardons-nous de ce perfide et mortel gosme qui ne chercherait l'obtenir que dans le seul but de nous placer nous-mmes aussi haut que possible dans la grce et les faveurs de Dieu. Dieu est amour ; l'image de Dieu doit donc reflter un amour semblable celui de Dieu. Quand Jsus disait ses disciples :  Soyez parfaits comme votre Pre qui est dans les cieux est parfait  (Matt. 5 : 48), c'tait leur dire que la perfection consistait aimer et bnir ceux qui en taient indignes. Les noms mmes de notre Seigneur nous montrent que tous les autres traits caractristiques de notre ressemblance avec Christ sont subordonns celui-ci : Chercher la volont et la gloire de Dieu en aimant et en sauvant les hommes. Il est le Christ, l'Oint de Dieu. Pour qui? Pour les curs briss, pour les captifs, pour ceux qui sont dans les liens et dans le deuil. Il est Jsus, le Sauveur, qui a vcu et qui est mort pour sauver ceux qui taient perdus.

Il peut se faire beaucoup d'oeuvres chrtiennes sans une grande mesure de saintet ou d'esprit de Christ, mais il est impossible de possder en grande mesure la vritable saintet, semblable celle de Christ, sans se consacrer particulirement faire du salut des pcheurs le but de sa vie, et cela pour glorifier Dieu. Jsus s'est donn lui-mme pour nous, afin de pouvoir nous rclamer nous-mmes pour lui, et de se former ainsi un peuple particulier, zl pour les bonnes uvres . (Tit. 2 : 14). Il y a l rciprocit et parfait accord, identit complte d'intrt et de but. Lui-mme pour nous, comme notre Sauveur, et nous-mmes pour lui, aussi comme sauveurs, en continuant sur la terre, comme lui et pour lui, l'uvre qu'il y a commence. Mettons toujours en relief cette vrit quand nous prchons la ncessit d'avoir une vie conforme celle de Christ, soit que nous remontions sa source, notre union avec Christ en Dieu, soit que nous indiquions le moyen de la maintenir et de la dvelopper par la foi, la prire et la communion avec Dieu, soit aussi que nous insistions sur les fruits d'humilit, de saintet et d'amour qu'elle doit produire. Oui, c'est pour faire connatre la volont et la gloire du Dieu d'amour dans le salut des pcheurs que Christ a vcu, qu'il est mort et qu'il vit actuellement. Etre semblable Christ signifie donc ceci : Rechercher la grce, la vie et l'Esprit de Dieu pour se consacrer entirement faire connatre la volont et la gloire du Dieu d'amour dans le salut des pcheurs.

FIN

NOTE 1

Thomas Kempis a dit : Tous les hommes dsirent tre Christ et faire partie de son peuple, mais peu d'entre eux veulent rellement mener la vie du Christ! Plusieurs se figurent que, pour imiter Jsus-Christ, il faut un certain degr d'avancement, auquel un petit nombre seulement peut atteindre. Ils pensent que, pour tre un vrai chrtien, il suffit de confesser sa faiblesse et ses pchs et de rester attach la Bible et aux sacrements, sans viser aucune relle conformit la vie de Christ. Ils taxent mme d'orgueil et de fanatisme quiconque ose soutenir qu'une vie conforme celle de Christ est la consquence indispensable de tout vrai christianisme. Et pourtant notre Seigneur dit tous sans exception : Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi . (Mat. 10 : 38). Jsus parle ici de ce qu'il y avait de plus pnible dans sa vie, de sa croix, qui rsume tout le reste. C'est toute l'Eglise, et non quelques-uns seulement, que Pierre adresse ces mots : Christ nous a laiss un exemple, afin que nous suivions ses traces . (1 Pier. 2 : 21). La ngligence l'gard de ces commandements irrfutables est un mauvais symptme de notre christianisme moderne.

NOTE 2

Ne cesseras-tu pas de te plaindre en considrant mes souffrances et celles de mes saints?... Ne dis jamais : Il m'est impossible de souffrir cela d'un tel homme. S'il m'avait attaqu d'une autre manire, je l'aurais endur, mais de m'avoir fait ce tort, c'est ce que je ne puis supporter. Voyez quel dommage il m'a fait, quelle injure, quel dshonneur ! Il me noircit en m'imputant des choses dont je n'ai jamais eu la moindre pense. Encore pourrais-je bien souffrir de quelque autre certaines choses que l'on peut raisonnablement souffrir.

Ces penses, mon fils, sont insenses : elles, marquent qu'on ne regarde que l'offense et la personne qui l'a commise, et que l'on ne considre pas en quoi consiste la vraie patience, ni qui doit la couronner. Ce n'est pas la possder que de prtendre ne souffrir qu'autant qu'on veut, et de qui l'on veut. Un homme vraiment patient ne jette point les yeux sur celui qui le fait souffrir ; il ne regarde point si c'est un suprieur, ou un gal, ou un infrieur; si c'est un homme qui soit en rputation de probit et de saintet, ou un infme et un mchant. Mais toutes les fois qu'il lui arrive quoi que ce soit de fcheux, il le reoit galement de toutes les cratures, comme si ce ft Dieu lui-mme qui le lui prsentt de sa main paternelle, et il croit y trouver un grand avantage, puisqu'on ne saurait souffrir la moindre chose du monde pour l'amour de Dieu, que Dieu n'en tienne compte.

Seigneur, mon Dieu! Toutes ces choses paraissent impossibles la faiblesse de ma nature ; fais, s'il te plat, que ta grce me les rende possibles. Que ta grce me dispose tellement souffrir injustement que ce soit l l'objet de mes vux et de ma joie, convaincu qu'il m'est trs salutaire de souffrir pour l'amour de toi et de ta divine bont.

Thomas Kempis : Imitation de Jsus-Christ III, 19.

NOTE 3

Aujourd'hui il est encore assez de personnes qui soupirent aprs la gloire du royaume de Jsus-Christ; mais il en est bien peu qui dsirent porter sa croix. Jsus trouve beaucoup de gens qui aiment ses joies, mais peu qui veulent ses afflictions. Que de compagnons pour l'abondance de sa table, mais que de dserteurs dans les temps d'abstinence ! Chacun veut se rjouir avec lui, personne ou trs peu veulent souffrir quelque chose avec lui, ou pour l'amour de lui. Il s'en trouve assez avec Jsus-Christ lorsqu'il rompt le pain, mais peu lorsqu'il s'agit de boire la coupe de sa passion...

Cette parole semble bien rude beaucoup de gens et choque leurs oreilles : renoncez vous-mmes, chargez votre croix et suivez Jsus (Mat. 16 : 24) ; mais en voici une autre beaucoup plus terrible : Allez, maudits, au feu ternel (Mat. 25 : 41). Ceux qui aiment maintenant entendre parler de la croix, et qui l'embrassent de tout leur cur, ne craindront point alors de s'entendre condamner au feu ternel. Lorsque le Seigneur viendra juger les hommes, la croix sera le signe auguste qui les discernera. Alors ceux qui se seront soumis elle, qui se seront conforms pendant leur vie au Dieu crucifi, s'approcheront avec une grande confiance de ce souverain Juge du monde. Pourquoi donc crains-tu de porter ta croix, vu que c'est par elle qu'on va au royaume cleste? Le salut est dans la croix; la vie est dans la croix; on ne peut se dfendre contre les ennemis que par la croix. Dieu joint la croix et la souffrance ses divines douceurs, la force de l'me et la joie de l'esprit. L'abrg de toutes les vertus et la perfection de la saintet se trouvent dans la croix et dans les afflictions. Hors de cette croix il n'y a ni salut ni esprance de vie ternelle. Prends donc ta croix et suis Jsus et tu parviendras la vie ternelle.

Si tu portes la croix de bon cur elle te portera aussi et te portera au port dsir, lorsque le terme de tes souffrances sera venu, quoi qu'il ne doive pas venir pendant que nous vivons sur cette terre. Mais si tu la portes malgr toi, tu la rends plus pesante et plus insupportable et toutefois il faudra que tu la portes. Si tu rejettes une croix, tu en trouveras infailliblement une autre, peut-tre plus pesante que la premire. Crois-tu donc pouvoir viter ce que nul homme n'a pu viter? Qui d'entre les saints a t sans croix et sans adversit dans ce monde? Notre Seigneur Jsus-Christ mme n'a pas t une heure sans elles pendant qu'il a vcu sur la terre. Comment donc cherches-tu une autre voie que cette voie royale, cette voie de la croix?

Plus la chair est abattue par l'affliction, plus l'esprit est fortifi par une grce ultrieure qui l'affermit... Il ne faut pas attribuer ces effets la vertu de l'homme; ce n'est que la grce de Jsus-Christ qui peut et qui fait tout cela dans la faiblesse de la nature; c'est elle qui fait qu'on embrasse avec ardeur la croix et qu'on l'aime. Si tu ne jettes les yeux que sur toi, tu te verras dans l'impuissance rien faire de tout cela, mais si tu t'appuies sur le Seigneur, il t'enverra du ciel une force si puissante qu'elle assujettira l'esprit le monde et la chair... Consacre-toi donc comme un bon et fidle serviteur porter courageusement la croix de ton matre qui a bien voulu tre crucifi pour l'amour de toi...

Tiens pour certain que tu dois mener une vie mourante, et que plus on meurt soi, plus on vit Dieu. S'il y avait eu quelque chose de meilleur et de plus utile pour le salut des hommes que la souffrance, sans doute Jsus l'aurait enseign par ses paroles et par son exemple. Cependant il se borne exhorter hautement ses disciples et tous ceux qui veulent le suivre, porter la croix.

Thomas Kempis : Imitation de Jsus-Christ II, 12.

NOTE 4

Voici ce qu'crit un des ouvriers les plus srieux et les plus bnis dans l'uvre de sauver ceux qui se perdent :  Si je n'avais pas t amen une exprience plus claire et plus complte de ce qu'est le salut, je n'aurais jamais pu accomplir le travail des dernires annes. Voici aussi ce qui m'est devenu toujours plus clair, c'est que nous ne pouvons pas parler de communion non interrompue avec notre Dieu, moins de nous consacrer sans rserve sauver par la puissance du Seigneur ceux qu'il nous donne de sauver. Une conscration au Seigneur qui n'est pas accompagne de dvouement au prochain, devient une illusion, ou conduit au fanatisme. C'est le dvouement entier tre la lumire et le sel du monde, aimer le monde, mme quand il nous hait, qui est pour toute me rellement consacre le vritable combat de la vie. Trouver notre repos travailler, et notre plus grande joie combattre le pch autour de nous par la puissance de Jsus, nous rjouir du bonheur des autres plus que du ntre, ne rien rechercher pour nous-mmes, mais tout pour les autres, voil quelle est notre sainte vocation.

Que Dieu nous prserve de nous borner admirer de telles penses, mais qu'il nous porte nous joindre aussitt aux petits groupes de ceux de ses enfants qui rellement abandonnent tout pour employer leur vie gagner des mes Jsus.

NOTE 5

Le mal ne peut tre surmont que par un dvouement tout individuel et effectif; jamais il ne le sera par une charit qui se tient distance. Vous tes le sel de la terre , a dit Jsus : Vous aussi, vous l'tes, vous-mme, tel que vous tes, et dans le milieu o vous vous trouvez. En tout lieu, chaque instant, il faut que de vous et de votre prsence mane une influence sanctifiante. C'est Christ lui-mme qui est la vie et la lumire. Dans tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il souffre, c'est lui-mme que nous trouvons. Impossible de rien sparer de sa personne, sans la voir s'vanouir et disparatre. Et pourtant l'erreur fondamentale de notre christianisme moderne est de vouloir sparer les paroles de Christ et les uvres de Christ de sa personne mme. Il en rsulte pour un grand nombre de croyants que, malgr tout ce qu'ils font comme chrtiens, ils n'ont jamais encore trouv Christ lui-mme. Plusieurs de ceux qui ont foi en ses souffrances et en ses mrites, ne peuvent ni demeurer en communion avec lui, ni suivre fidlement ses traces. Christ fit sa demeure non seulement de Cana en Galile, mais encore de Gethsman, et plus tard du Calvaire. Hlas! que de personnes qui font parade de la croix et qui pourtant ont plus peur de la vritable croix que du diable lui-mme ! Elles ont si sagement arrang leur profession de la croix de Christ qu'il ne peut en rsulter aucune atteinte ni leur rputation, ni leur fortune, ni leur indpendance.

Il faut qu' prsent, comme jadis, l'imitation fidle de Christ redevienne le drapeau de la chrtient. Alors seulement la foi triomphera de l'incrdulit et de la superstition. On travaille beaucoup actuellement prouver aux Incrdules l'inspiration des Saintes Ecritures, la vrit des paroles et de la vie du Seigneur Jsus, mais c'est travailler en vain que de vouloir prouver par des arguments ce qui ne se dmontre que par la force de l'vidence. Montrez par vos actes que l'Esprit des miracles habite en vous, prouvez surtout par votre vie que Jsus vit en vous de sa vie ternelle et divine, et alors vos paroles amneront beaucoup d'mes la foi. Si au contraire vous manquez dans la vie pratique de l'Esprit saint et de sa puissance, ne soyez pas surpris que le monde prte peu d'attention l'loquence de vos discours. L'heure est venue o toute la chrtient doit se lever comme un seul homme, et avec la force de Christ, faire tout de nouveau ce que, Christ lui-mme a fait pour le monde qui se perd. Voil ce dont nous avons besoin pour pouvoir ressembler Jsus-Christ, voil la seule preuve concluante de la vrit du christianisme.

Tir de : Een nieuw boek van de navolging van Jsus Christus , par M. Diemer.

NOTE 6

Ainsi nous tous qui contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, visage dcouvert, nous sommes transforms la mme image, de gloire en gloire, comme par lEsprit du Seigneur . (2 Cor. 3 : 18).

Contempler avec amour, avec admiration, avec adoration la gloire de Dieu en son Fils bien-aim : voil ce qui nous transforme son image. Les procds employs par la photographie nous aideront mieux comprendre cette photographie divine dont parle notre texte. Pour photographier, il faut deux choses : Il faut d'abord avoir foi en la force de la lumire et en ses effets, puis il faut se conformer exactement ses lois. Il faut prparer avec soin la plaque qui doit recevoir l'empreinte, puis l'ajuster avec prcision la place voulue, vis--vis de l'objet reproduire, puis la laisser tranquille en face de cet objet sans que rien vienne la dranger. Quand le photographe a fait tout cela, il laisse la lumire faire son uvre, son travail lui est celui de la foi.

Tirons de l une leon notre usage. Ayons confiance, nous aussi, en la lumire de Dieu pour reproduire l'image de Christ dans ntres cur. Nous sommes transforms en la mme image, comme par l'Esprit du Seigneur . Ne cherchons pas faire nous-mmes l'uvre que l'Esprit doit faire. Croyons simplement qu'il la fera. Notre devoir nous est de chercher avoir un cur prpar, c'est--dire un cur qui demande, qui dsire et qui attende l'image recevoir. Il faut nous placer en face de Jsus, le contempler, l'aimer, l'tudier, l'adorer et croire que ce que nous voyons en lui, le Crucifi, nous est la promesse certaine de ce que nous pouvons tre nous-mmes. Puis, mettant de ct tout ce qui pourrait nous distraire, attendons avec tranquillit d'me, et en silence devant Dieu, afin de permettre son Esprit, la lumire de Dieu de faire son uvre en nous. Alors notre me recevra l'empreinte de cette admirable image tout aussi certainement, tout aussi merveilleusement que la lumire terrestre produit la photographie.

Je me sens press d'ajouter ici un mot l'adresse des pasteurs appels concourir cette divine photographie,  car Dieu qui a dit que la lumire sortit des tnbres, a rpandu la lumire dans nos curs, afin que nous clairions les hommes par la connaissance de Dieu et la prsence de Jsus-Christ (2 Cor. 4 : 6). Quelle srieuse vocation que celle qui nous appelle stimuler l'avancement des croyants! Faisons-le en leur montrant en Jsus, et dans chacun des traits de sa vie, ce qu'ils doivent devenir eux-mmes, leur faisant dsirer ardemment d'tre changs cette ressemblance, d'obtenir cette conformit avec Jsus. Puis apprenons-leur se placer en face du Seigneur, soit dans le culte public, soit dans leurs prires particulires, et ouvrir leur cur jusque dans ses replis intimes pour l'exposer aux rayons de son amour et de sa gloire, jusqu' ce qu'il entre en eux, qu'il prenne possession d'eux et les transforme par son Esprit son image.

: Qui est suffisant pour ces choses ! Notre capacit vient de Dieu qui nous a rendus capables d'tre ministres de l'Esprit . (2 Cor. 2 : 16; 3 : 5, 6).

NOTE 7

Dans une runion de pasteurs qui tudiaient ce texte : Vous aussi mettez-vous bien dans l'esprit que vous tes morts au pch, et que vous vivez pour Dieu en Jsus-Christ, notre Seigneur (Rom. 6 : 11), voici la question qui fut adresse tous : Des cinq penses que renferme ce texte, quelle est la plus importante ?

1 Vous aussi : mots impliquant une parfaite ressemblance avec Jsus dont il est dit : En mourant il est mort une seule fois pour le pch, mais en vivant il vit pour Dieu . (Rom. 6 : 10).

2 Mettez-vous bien dans l'esprit : commandement qui rclame de nous une foi aussi simple que ferme.

3 Morts au pch : vrit qui rsume le but des trois premiers points.

4 Vivants pour Dieu : consquence de la mort au pch.

5 En Jsus-Christ, notre Seigneur : Lui la base et le centre de tout enseignement de l'Ecriture.

Lequel de ces points faut-il regarder comme le plus essentiel l'intelligence du texte entier?

La premire rponse donne fut : Morts au pch . C'est sans doute, observa le prsident, ce qui donne ce texte son intrt principale et ce qui excite tant de srieux efforts pour le raliser; et pourtant ce n'est pas l ce qui me parat le plus important.

Vivant pour Dieu fut la seconde rponse : Car c'est la vie de Jsus, reue la conversion, qui nous fait participer sa mort et sa victoire sur le pch. Les mots : morts au pch expriment la mme pense que ceux de vivants pour Dieu . Si nous tions plus  vivants pour Dieu , nous saurions mieux ce que c'est que d'tre morts au pch .

Mettez-vous bien dans l'esprit , dit un troisime. Ce commandement ne nous dit-il pas d'agir avec foi en ce qui nous a t prpar de Dieu? c'est l la principale ide du texte. C'est sur cette foi que doit se porter toute notre attention.

Par Jsus-Christ notre Seigneur , dit un autre frre. Le prsident ajouta aussitt : Je crois avoir compris dernirement que c'est bien de l que dpend toute la force de ce texte.

Que de croyants ont cherch saisir qu'ils taient morts au pch et vivants Dieu, sans l'avoir pu! Que de fois on entend prier ainsi : Seigneur, nous ne sommes pas tout fait morts, mais nous voudrions l'tre ! Combien d'autres qui ont saisi que tout dpend du : mettez-vous bien dans l'esprit que vous tes morts , de la foi qui reoit ce que Dieu nous dit des choses dj accomplies et certaines, et qui doivent pourtant reconnatre que leur foi n'a pas t suivie des grces qu'ils attendaient.

Voici leur erreur : ils ont t plus proccups des grces qui rsultent d'tre morts au pch et vivants pour Dieu, plus proccups de raliser par leurs propres efforts une foi capable de les saisir que de Jsus lui-mme en qui seul pourtant, se trouvent ces grces aussi bien que la foi qui nous les obtient. C'est en lui que la mort au pch et la vie pour Dieu sont des ralits vivantes, actuelles, puissantes. C'est quand nous nous savons en lui, sortant de nous-mmes pour demeurer en lui uniquement et continuellement, que nous possdons aussi les grces divines, notre foi recevant la force de les saisir et de s'en rjouir. Du commencement la fin, c'est Jsus-christ qui est tout. Ceci nous est clairement dit au 3e verset de ce chapitre : Ne savez-vous pas que nous tous qui avons t baptiss en Jsus-Christ, nous avons t baptiss en sa mort? Les disciples avaient compris et admis le baptme en Jsus-Christ, mais quant au baptme en sa mort qui devait rsulter du premier, ils avaient encore apprendre ce qu'il signifiait. Notre Seigneur Jsus avait reu le baptme d'eau et du Saint-Esprit, et pourtant il pariait d'un autre baptme encore qui devait avoir lieu. Son premier baptme devait tre confirm par la mort de la croix. Il en est de mme de nous aussi. Quand nous avons t baptiss en Christ, nous avons revtu Christ (Gal. 3: 27). Nous avons t faits participants de lui, de tout ce qu'il est, et de tout ce qu'il fut, par consquent de sa mort aussi. Mais ce n'est qu'avec le temps que nous arrivons le comprendre, rclamer pour nous la puissance de sa mort au pch et de sa vie pour Dieu. Nous ne pouvons le faire que lorsque nous tenons ferme le baptme en Christ, premire grce qui comprend toutes les autres. C'est quand notre foi sort de nous-mmes pour aller fixer sa demeure en Jsus d'une manire dcide et permanente, que nous acqurons la force de dire : en Jsus-Christ nous sommes morts au pch et vivants pour Dieu; oui, c'est en Jsus-Christ que nous pouvons hardiment nous considrer comme morts au pch et vivants pour Dieu .

Baptiss en sa mort . Quelle parole! La mort de notre Seigneur Jsus est le point capital de son histoire; c'est sa mort qui fait sa gloire, sa victoire et sa puissance ; aussi est-ce dans cette parfaite conformit sa mort que rside le plus grand privilge du chrtien. Etre plong, immerg dans la mort de Christ, avoir tout son tre pntr de l'esprit de cette mort, de son obissance, de son sacrifice, de son abandon de toute la nature terrestre, de tout ce qui a t en contact avec le pch, pour passer de l dans la nouvelle vie que Dieu donne : voil ce que le chrtien doit dsirer avant tout. Il a dj t baptis en cette mort . il ne lui reste donc qu' s'abandonner l'action du Saint-Esprit pour qu'il lui dvoile et lui assimile tout ce qu'elle renferme. Et c'est par la loi qu'il le fait : il sait qu'en Jsus-Christ il est mort au pch et vivant pour Dieu . La vie pour Dieu est un tout complet et parfait, et pourtant elle est soumise une loi de progression et de croissance. Plus le croyant avance dans la vie pour Dieu, plus il meurt au pch. En Christ il est mort au pch compltement et entirement, mais il n'acquiert la pleine jouissance de tout ce que cette mort signifie et opre en lui que par des progrs successifs, soit quant la connaissance intellectuelle, soit quant l'exprience pratique.

Gardons-nous de nous fatiguer comme on le fait souvent, comprendre exactement ce qu'est cette mort au pch, sentir ce que c'est que de se tenir pour mort ; souvenons-nous plutt que tout cela ne nous est donn que quand nous demeurons en Jsus-Christ, en qui seul ces grces nous appartiennent. Il se pourrait que, proccup de la manire de me les assurer, je perdisse de vue celui en qui je dois demeurer si je veux les possder. Que mon premier soin soit donc de demeurer avec obissance et foi en Jsus, en qui sont et la mort au pch, et la vie pour Dieu. C'est en lui que se trouve tout ce dont parle notre texte, car lui-mme, il vit de cette vie-l. Aussitt que je me perds en lui, je puis tre sr que la grce attendue me viendra, ou plutt je sais que dj je possde en lui cette vie divine, sortie de sa mort, et qu'elle opre en moi, lors mme que je ne pourrais pas la dcrire par des paroles. Alors je comprends aussi que toute la puissance et toutes les grces prsentes dans ce commandement se rsument dans son dernier mot. Vous aussi mettez-vous bien dans l'esprit que vous tes morts au pch, mais vivants pour Dieu, en Jsus-Christ, notre Seigneur . C'est en Christ qu'est la source de : comme Christ.

(Voir la note 10e.)

NOTE 8

 Celui qui me mange vivra par moi (Jean 6 : 57). Quoique ces mots n'aient pas directement t dits de la sainte Cne, ils s'y rattachent pourtant puisqu'ils parlent des bndictions spirituelles dont la Cne est l'emblme. Quand nous mangeons le pain, quand nous buvons le vin de la sainte Cne, notre vie spirituelle en est fortifie, non seulement parce que la Cne nous rappelle le pardon de nos pchs, mais parce que le Saint-Esprit nous fait participer au corps et au sang du Seigneur Jsus tels qu'ils existent spirituellement. C'est aussi ce que dit le catchisme d'une de nos Eglises rformes, celle de Heidelberg : Qu'est-ce que manger le corps rompu de Christ et boire son sang vers? C'est non seulement croire aux souffrances et la mort de Christ pour obtenir ainsi le pardon des pchs et la vie ternelle, mais c'est croire en outre que nous sommes unis son corps cleste par le Saint-Esprit qui demeure en lui et en nous, en sorte que, quoique Christ soit au ciel et nous sur la terre, nous, sommes nanmoins chair de sa chair et os de ses os . (Eph. 5 : 30.)

Nos glises protestantes offrent, comme on le sait, trois manires de comprendre la sainte Cne.

- D'un ct les luthriens croient la transsubstantiation, disant que le corps du Seigneur est si bien prsent dans le pain que mme un incrdule peut manger ainsi le corps du Seigneur.

- D'un autre ct les zwingliens pensent que le but du sacrement est de nous rappeler par une figure frappante que la mort de Christ fait vivre notre me comme le pain et le vin font vivre notre corps, et que participer la Cne c'est exprimer notre foi en cette vrit, aussi bien que notre dsir de recevoir la bndiction qui en rsulte. Ils pensent que comme le Saint-Esprit parle notre oreille par la Parole de Dieu, le sacrement parle nos yeux par sa forme visible.

- Entre ces deux manires de voir se place celle de Calvin appuyant fortement sur ce qu'il y a dans la sainte Cne une bndiction mystrieuse qui ne peut gure s'exprimer par des paroles. Il dit que ce n'est pas assez de parler de la vie que le Saint-Esprit communique notre esprit par la foi, mais que le Saint-Esprit nous assimile rellement le corps et le sang de Christ, tels qu'ils sont prsent dans le ciel, que c'est pour cela que nous sommes appels membres de son corps, et qu'ainsi son corps est en nous le germe du corps spirituel que dveloppera la rsurrection. En vitant d'une part la doctrine de la transsubstantiation, il cherche d'autre part tablir la participation substantielle et spirituelle au corps et au sang mmes de notre Seigneur Jsus.

Ce n'est pas le moment d'approfondir davantage cette question, mais je suis convaincu que, lorsqu'on aura des connaissances scripturaires plus claires quant la relation qui existe entre le corps et l'esprit, on ne trouvera plus trange de croire que, sans admettre rien qui ressemble la prsence relle dans le pain, nous soyons en vrit nourris du corps et du sang de notre Seigneur Jsus. Le corps de notre Seigneur est maintenant un corps spirituel, transfigur et glorifi, participant de la vie spirituelle du monde cleste. Son corps et son Esprit sont en parfait accord, en sorte qu' prsent le Saint-Esprit peut librement nous les communiquer quand il le veut. Notre corps est le temple du Saint-Esprit qui demeure en nous; nos corps sont les membres de Christ ; nos corps mortels doivent tre ds prsent vivifis et prpars pour la rsurrection par l'Esprit qui habite en eux. Si donc l'Esprit de celui qui a ressuscit Christ d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscit Christ d'entre les morts rendra aussi la vie vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous . (Rom. 8 : 11);

Pourquoi donc trouver trange que, par le moyen du Saint-Esprit, la communion au corps de Christ si clairement promise soit, non seulement un symbole de l'Ancien Testament, mais une divine ralit.

Voici ce que dit Calvin : Ceux-l aussi ne satisfont point, lesquels aprs avoir confess que nous avons aucune communication au corps de Christ, quand ils la veulent dmontrer, nous font seulement participants de son Esprit, laissans derrire toute la mmoire de la chair et du sang... La plnitude de vie habite mesme en son humanit; tellement que quiconque communiquera sa chair et son sang obtiendra la jouissance d'icelle; ce que nous pouvons mieux expliquer par un exemple familier... La chair de Christ est semblable une fontaine en tant qu'elle reoit la vie descoulante de la Divinit pour la faire descouler en nous. Maintenant qui est-ce qui ne voit que la communication au corps et au sang de Christ -est ncessaire tous ceux qui aspirent la vie cleste? Et cela tendent toutes ces sentences de l'apostre. Que l'glise est le corps de Christ et son accomplissement : Que luy il est le ^Chef, dont tout le corps estant conjoint croist selon ses liaisons et joinctures... que nous sommes les membres de son corps, partie de ses os et de sa chair... Que la foy reoyve ce que notre entendement ne peut concevoir, c'est que "l'Esprit unit vrayement les choses qui sont spares de lieu. Or Jsus-Christ nous testifie -et scelle en la Cne ceste participation de sa chair et de son sang par laquelle il fait descouler sa vie en nous tout ainsi que s'il entroit en nos os et eh nos mlles. Et ne nous y prsente pas un signe vuide et frustatoire, mais en y desployant la vertu de son Esprit pour accomplir ce qu'il promet... Je reoy volontiers tout ce qui pourra servir bien exprimer la vraye communication que Jsus-Christ nous donne par la Cne en son corps et en son sang, de l'exprimer, dis-je, en sorte qu'on cognaisse que ce n'est point par imagination ou pense que nous les recevons, mais que la substance nous est vrayement donne... Nous disons que Jsus-Christ descend nous tant par le signe extrieur que par son Esprit pour vivifier vrayement nos mes de la substance de sa chair et de son sang .

(Institution de la religion chrtienne , par Jehan Calvin, IV, 17 7, 9, 10, 19, 24.!)

Pour l'me qui cherche vivre entirement par Christ comme il vivait lui-mme par le Pre , la sainte Cne offre rellement une grce spirituelle, quelque chose de plus que ce que comporte la foi en la Parole. Que toujours quand nous communions au corps et au sang de Christ notre plus grand dsir tende chercher et raliser par nos prires, par notre foi et notre vie la grce de vivre prcisment comme Christ vivait par le Pre. Remportons de la clbration de la Cne la confiance que ce qui nous a t donn et confirm ce moment-l, nous sera continu dans notre vie de chaque jour, que Jsus lui-mme nous communiquera sa force par les canaux plus habituels de sa grce qui sont la Parole et la prire.

NOTE 9

Considrons ce qui faisait la beaut harmonique du caractre de notre Sauveur. C'tait son amour pour son pre qui tait le mobile de sa vie, et cet amour s'exprimait directement ou indirectement par ses paroles et ses actes comme une chose toute simple et naturelle.

Il est bon de nous rappeler l'exemple que Jsus nous donne l, parce que souvent on craint par fausse honte de faire connatre ses convictions religieuses, soit ceux qui ne comprendraient pas, de peur d'en tre blm, soit mme ceux qui les partagent, de peur de blesser les convenances. Le moi redoute la moindre dsapprobation. Tant que notre amour pour Dieu est faible, notre moi a grand soin de le dissimuler sous prtexte qu'il ne faut pas manquer de tact.

Notre Matre nous donne dans sa vie de nombreux exemples de tact et de prudence, mais nulle part il ne nous donne celui de cette fausse prudence qui cherche dtourner l'attention, non de nous-mme, mais des mobiles de notre conduite. Dans sa nature terrestre, Christ a aim le Seigneur son Dieu de tout son cur et de toute sa force, et il ne pouvait faire autrement que de le laisser voir en toute occasion. Son but avou tait que le monde st qu'il aimait le Pre. Souvent il faisait allusion ses rapports avec le Pre comme la force de sa vie, la force qui lui faisait tout supporter.

Jsus-Christ nous a t envoy pour nous faire connatre l'amour du Pre et le bonheur de lui appartenir entirement. Comme lui, nous sommes envoys dans le monde, chacun de nous, pour faire connatre le Sauveur autour de nous. C'est par notre relation intime avec lui que nous ferons connatre le Fils comme lui-mme faisait connatre le Pre, et c'est en agissant comme lui que nous le pourrons, montrant par l que notre union avec lui suffit tout.

(Extrait de : Steps on the upward path; or, holiness unto the Lord. By A. M. James. Religious Tract Society.)

NOTE 10

J'ajoute ici un extrait du livre de Marshall sur la sanctification, o se trouve clairement expose notre participation la nature de Jsus dans sa vie, sa mort et sa rsurrection.

Le but de l'incarnation de Christ, de sa mort et de sa rsurrection, tait de nous prparer en lui une nature sainte notre usage, qui pt nous tre communique par notre union avec lui, et non de nous amener produire en nous une nature sainte par nos propres efforts.

1 Par l'incarnation de Christ, Dieu a cr un homme d'une nature nouvelle et sainte, aprs la chute du premier Adam qui avait souill et perdu par le pch la saintet de sa nature. Cette nature nouvelle est plus excellente que celle du premier Adam, puisque, en la personne de Christ, l'homme se trouve uni Dieu par le lien indissoluble qui relie la nature divine la nature humaine. En Christ ces deux natures taient si bien d'accord dans leurs actes, que, dans sa nature humaine, Christ pouvait agir selon la puissance de la nature divine. Par l il tait un avec Dieu le Pre.

Pourquoi Christ a-t-il, en sa personne, replac la nature dchue de lhomme dans de telles conditions de saintet quelle puisse vivre et agir par la vie de Dieu en elle? Son but tait de communiquer cette nature excellente sa postrit, tous ceux qui natraient de lui par son Esprit, et qui recevraient en lui, second Adam, l'Esprit vivifiant, afin que, comme nous avons port l'image de celui qui est terrestre, nous portions aussi l'image du cleste en saintet ds ici-bas et plus tard en gloire. (Cor. 15 : 45, 49). Il est donc n Emmanuel, Dieu avec nous, avec la plnitude de la divinit qui habitait corporellement en lui, et avec une parfaite saintet dans sa nature humaine, afin qu'en lui nous fussions, nous aussi, remplis de cette mme plnitude. (Mat. 1 : 13; Col. 2: 9, 30). Il est descendu du ciel comme le pain de la vie, afin que, comme il vit par le Pre ceux qui le mangent puissent vivre par lui de la mme vie de Dieu en eux dont il vivait, lui-mme. (Jean 6 : 51, 57).

2 Par sa mort, Christ s'est affranchi de nos pchs qui lui avaient t imputs, et de la faiblesse de la nature humaine qu'il avait subie sans pch pour l'amour de nous. Il s'en est affranchi lui-mme, et nous a affranchis nous aussi, de toute notre nature terrestre qui est faiblesse comme l'tait la sienne, et qui est en outre souille par nos pchs et notre corruption. Par l, notre ancienne nature, que lEcriture appelle le vieil homme , a t crucifie avec Christ, afin que le corps du pch fut dtruit . (Rom. 6 : 6). Il est donc dtruit en nous, non par nos efforts pour le dtruire nous-mmes, mais par notre participation la mort de Christ dj accomplie pour nous, et l'affranchissement qui en rsulte. C'est ce que reprsente le baptme, dans lequel nous sommes ensevelis avec Christ, nous unissant lui dans sa mort sur la croix. (Rom. 6 : 2, 3, 4, 10, 11)

Dieu, en envoyant son propre Fils dans une chair semblable celle des hommes pcheurs et pour le pch, a condamn le pch dans la chair, afin que la justice de la loi ft accomplie en nous qui marchons non selon la chair, mais selon l'Esprit . (Rom. 8 : 3, 4.) Observons ici que Christ est mort non seulement pour que nous fussions justifis par la justice de Dieu et par la foi, au lieu de recourir notre propre justice (Rom. 10 : 4-6 : Phi. 3 : 9), mais aussi pour que la justice de la loi s'accomplisse en nous, nous faisant marcher selon l'Esprit comme tous ceux qui demeurent en Christ. (Rom. 8 : 4). L'Ecriture compare Christ en sa mort au grain de froment qui meurt dans la terre afin de propager sa propre nature et de porter beaucoup de fruit. (Jean 12 : 24). Elle le compare aussi l'agneau de Pques qu'on tue pour en faire une fte, puis au pain rompu qui sert de nourriture ceux qui le mangent (1 Cor. 5 : 78, et 11 : 24), puis encore au rocher frapp, d'o jaillit l'eau qui donne boire. (1 Cor. 10 : 4).

Christ est mort pour faire du Juif et du Gentil un nouvel homme en lui (Eph. 2 : 15), et se voir ainsi de la postrit, tous ceux qui tirent de lui leur nature sainte. (Esa. 53 : 10). Remarquons bien ces paroles de l'Ecriture ; elles nous montrent clairement que Christ est mort, non pas pour nous rendre capables de nous former une nature sainte en nous-mmes, mais pour que nous recevions par notre union avec lui celle qui a t prpare en lui pour nous.

3 Par sa rsurrection. Christ a pris possession de sa vie spirituelle pour nous la communiquer; cette vie est pleinement notre disposition, elle est devenue notre droit et notre proprit par le mrite de sa mort ; c'est pour cela qu'il est dit que nous sommes vivifis ensemble avec Christ . (Eph. 2 : 5). Sa rsurrection est notre propre rsurrection une vie de saintet, et cela tout aussi rellement que la chute d'Adam nous a fait tomber dans la mort spirituelle. Nous ne sommes donc pas l'auteur de notre nature nouvelle, pas plus que nous ne le sommes de notre corruption originelle, quoi que l'une et l'autre s'offrent notre participation. Par notre union avec Christ nous participons cette vie divine dont il a pris possession pour nous sa rsurrection, et par elle il nous devient possible de porter les fruits qu'elle produit, ainsi que nous le prsente l'Ecriture sous la figure du mariage, Vous tes morts l'gard de la loi... pour tre un autre, savoir celui qui est ressuscit des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu . (Rom. 7 : 3, 4).

FIN



[1] On perd de vue le vritable sens de ce commandement, quand on ne voit l que les croix ou preuves de la vie. La croix signifie la mort. Se charger de sa croix c'est mourir, et c'est surtout dans la prosprit qu'on en a besoin. Se charger de la croix et suivre Christ, c'est vivre chaque jour en abandonnant la mort toute volont et toute vie propres.

[2] On ne perdra pas sa peine en cherchant et comparant entre eux les textes suivants : Jean V, 24, 3o, 37, 38; VI, 38, 39, 40, 44 ; VII, 16, 28, 29, 33 ; VIII, 16, 18, 26, 29, 42 ; XI, 42 ; XII, 44, 45, 49 ; XIII, 20 ; XIV, 24 ; XV, 21 ; XVI, 25 ; XVII, 8, 18. 21, 33, s5 ; XX, 21. Christ voulait que les hommes sussent bien qu'il n'agissait pas par lui-mme, mais par celui qui l'avait envoy. La conscience d'avoir une mission remplir ne le quittait pas un instant.

[3] La version anglaise dit ; Il est mort au pch.

[4] Dans Rom. VI, la conformit la mort de Christ prcde la conformit sa rsurrection. Nul ne peut tre vivant en Christ sans avoir d'abord consenti mourir avec lui. Si dans Phi. 3/10, la conformit la mort de Christ suit l'exprience de sa puissance de rsurrection,c'est parce que plus cette vie de rsurrection se dveloppe en nous, plus elle nous confirme dans cette mort. Il y a continuellement l action et raction.

[5] Note du traducteur en rponse quelques lecteurs qui ont rclam contre cette assertion de l'auteur :

Jsus sur la terre a t rellement homme. fils de l'homme , mais homme sans pch. Comme homme il a particip la faiblesse humaine et souffert des consquences du pch. Il a eu faim, il a eu soif, il a t en butte au mpris, la haine des hommes; leur incrdulit l'a empch de faire des miracles en sa patrie (Marc 6 : 5) et de rester en Jude (Jean 7 : 1). Il a t tent par le diable, tent de mme que nous en toutes choses (Hb. 4 : 15)- Il a souffert l'angoisse de Gethsman ; Je supplice de la croix, crucifi selon la faiblesse de La chair (2 Cor. 13 : 4); puis il a fini par subir la mort, le roi des pouvantements, sous la condamnation, sous la rprobation, sous le poids des pchs de l'humanit. (Gal 3 : 13).

Tout ceci ne prouve-t-il pas que Jsus avait bien rellement revtu la faiblesse de la nature humaine? Et s'il n'a pas pch, n'est-ce pas prcisment parce que reconnaissent sa faiblesse humaine, il demandait et recevait l'Esprit saint sans mesure, la plnitude de la divinit dans la faiblesse de son humanit? (Col. 2 : 9)

[6] Comparez Mat. 20 : 28 avec Eph. 5 : 2, 20, 26; Phil. 2 : 5-8 ; 1 Pier. 2 : 21-23, et voyez que c'est tout particulirement ici par rapport son uvre de rdemption que Christ nous est donn en exemple. Donner sa vie pour les autres, est le but de sa vie terrestre.

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