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+LES LIVRES LES PRIERES DE LA BIBLE... et les nôtres (Westphal A.)
LES PRIERES DE LA BIBLE… et les nôtres Alexandre Westphal
DÉDICACE Au printemps 1861, une jeune femme en deuil débarquait à Maennedorf, bourgade fleurie des bords du lac de Zurich. Là, Dorothée Trudel, qu'on aimait à appeler « Mutterli » (petite mère), avait reçu du Seigneur le don de faire revivre par sa prière l'efficace de la parole : « Venez à moi vous tous qui êtes travaillés et chargés et je vous soulagerai. » La jeune femme avait perdu coup sur coup quatre fils au berceau, et elle se disposait à éloigner dès sa naissance celui qu'elle attendait. « Pourquoi m'attacher à lui pour le perdre ensuite, comme les autres ! » Dorothée s'entretint longtemps avec elle, pria, puis, suivant un usage qui lui était familier et dont Charles Secrétan a écrit qu'il était « plus facile de le critiquer que de se soustraire à l'effet de certaines coïncidences », elle glissa sa main fluette dans une grande boîte rempli de versets de la Bible : « Voyons, dit-elle, ce que Dieu répond à votre angoisse. » Le billet plié qu'elle retira portait une simple mention : Jér. 31 : 15-17. « On entend des cris à Rama, des lamentations, Rachel pleure ses enfants et refuse d'être consolée, car ils ne sont plus ! Ainsi parle l'Éternel : Sèche tes larmes ; car il y aura un salaire pour tes oeuvres..., de l'espérance pour ton avenir ; tes enfants reviendront. » Alors Dorothée, plongeant son regard limpide dans les yeux de son interlocutrice, lui dit : « L'enfant vivra. » L'enfant a vécu. Et c'est lui qui dédie aujourd'hui à la mémoire de « Mutterli » ce petit livre sur la prière. Puissent les notes qui suivent et dont l'intention est toute de reconnaissance, aider ceux qui cherchent, à trouver, ceux qui demandent, à recevoir, ceux qui heurtent, à franchir le seuil des « portes éternelles ». Paris, 1° juillet 1937. Alex. W.
Dites-moi pourquoi la lune gravite autour de la terre, pourquoi la fleur se tourne vers le soleil, pourquoi le poussin court se réfugier sous l'aile de la poule, pourquoi la main du tout-petit s'accroche obstinément au jupon de sa nourrice, pourquoi le blessé sur le champ de bataille tombe en criant « maman ! et je vous dirai pourquoi l'homme prie. La prière est à l'âme ce que le mouvement est au corps, ce que le souffle est à la poitrine : la manifestation de la vie. Un corps inerte est mort. Une poitrine sans souffle est inanimée. Une âme sans prière est une âme détachée des conditions spirituelles de son existence. Limitée aux circonstances de la terre, elle végète. C'est une grande mutilée. On pourrait dire aussi que, dans la floraison des âmes, c'est une fleur qui n'a pas encore noué. L'humanité a compris cela, d'instinct; aussi les hommes prient-ils sous tous les cieux, parmi toutes les races. La prière établit entre les religions une parenté et parmi tous les adorateurs une fraternité qu'on aurait tort de méconnaître et que, seul, Dieu peut estimer à son prix, parce qu'il est le Père céleste qui reconnaît la voix de ses enfants quel que soit leur langage et retrouve son nom même en leurs bégaiements. Les milieux où la prière a perdu sa flamme sont ceux où une civilisation déformante a tout fait pour le cerveau, pour la jouissance matérielle, rien pour nourrir la conscience et le coeur. Mais, là même, la prière n'est pas éteinte : elle couve sous la cendre. Qu'une épreuve, secousse soudaine, y rouvre les sources profondes de l'âme : la prière jaillit, comme la lave du volcan. Après cela, dire que la prière, chez l'homme civilisé, est un reste de barbarie, une infériorité morale, c'est fermer les yeux à l'évidence {1}. La vérité est que la prière vaut ce que vaut la divinité à laquelle elle s’adresse. Le sauvage africain implore son fétiche, le brigand des Abruzzes demande à la Madone de bénir son poignard j)telle nonne prie son saint et le retourne dans sa niche, face au mur, s'il ne l'a pas exaucée... Prières de la superstition. Le guerrier prie pour la victoire, le financier pour son entreprise, le père pour le bien-être ou le succès temporel de son fils, le naufragé pour le sauvetage... Prière de l'intérêt. Mais Abraham priant pour son neveu ingrat, Moïse priant pour la grâce d'Israël, Etienne priant pour ses bourreaux, Monique pour le salut d'Augustin, Jeanne d'Arc au pied du bûcher, les martyrs huguenots sous la potence, Livingstone pour ses noirs, John Bost pour ses malades, Pasteur avant les expériences qui délivreront l'humanité de la rage, Adèle Kamm sur son lit de souffrance pour la conversion de ses amis et pour la soumission de son propre coeur... Peut-on concevoir des actes plus hauts, où la personnalité se montre avec autant de maîtrise, de désintéressement dans l'amour, de cohésion de son être moral, d'intrépidité dans l'espérance ? Peut-on concevoir une attitude par quoi l'homme s'éloigne autant de l'animalité ? L'homme qui prie, bien loin de se diminuer, se dépasse. Il met à son activité la rallonge divine ; il fait entrer Dieu dans sa vie et redevient lui-même à l'image de Dieu. Ainsi, la prière nous apparaît comme le geste spontané de l'âme pour chercher le contact de l'être mystérieux dont elle se sent obscurément dépendre, qui manifeste sa puissance dans la splendeur des mondes et sa présence par la voix du devoir. Dans la prière « l'homme s'offre à Dieu comme la toile au peintre, ou le marbre au sculpteur ». La nature, a-t-on dit, a horreur du vide. Pour l'univers physique, c'est faux, mais pour la nature spirituelle, c'est vrai. L'âme humaine a horreur du vide. Un silence qui dure l'épouvante. Il est peu de créatures assez dénaturées pour n'avoir pas soupiré au moins une fois dans leur vie : « Mon Dieu, si je pouvais prier ! » Tu peux prier. Il est encore temps de rallumer en toi la flamme de l'oraison. Penche-toi sur la Bible. Avec humilité, recherche dans ses pages les caractères de la prière. Ecoute prier ses héros, et bientôt montera du fond de ton être l'invocation du psalmiste : « Mon cœur dit de ta part : « Cherchez ma face ! » « Je cherche ta face, ô Eternel ! (Ps. 27 : 8).
{1} Dans son livre : L'homme, cet inconnu, Paris, 1936, livre prodigieux par l'abondance des aperçus qu'il donne sur les ressources physiologiques, psychologiques et spirituelles de la nature humaine, le docteur Carrel, qui ne fait pas profession de christianisme, consacre un bref chapitre (p. 170-176) aux états mystiques, à la prière et aux guérisons miraculeuses. «Il faut entendre par prière, dit-il, non pas la simple récitation machinale de formules, mais une élévation mystique, où la conscience s'absorbe dans la contemplation du principe immanent et transcendant du monde. Cet état psychologique n'est pas intellectuel. Il est incompréhensible des philosophes et des hommes de science et inaccessible pour eux. Mais on dirait que les simples peuvent sentir Dieu aussi facilement que la chaleur du soleil, ou la bonté d'un ami. » Parlant de la prière d'intercession, il écrit : « Ce type de prière exige comme condition préalable, le renoncement à soi-même, c'est-à-dire une forme très élevée de l'ascèse. Les modestes, les ignorants, les pauvres, sont plus capables de cet abandon que les riches et les intellectuels. Ainsi comprise, la prière déclanche parfois un phénomène étrange, le miracle. « ...A la suite du grand essor de la science pendant le XIXe siècle..., il fut généralement admis que non seulement le miracle n'existait pas, mais qu'il ne pouvait pas exister... Cette attitude est encore celle de la plupart des physiologistes et des médecins. Cependant, elle n'est pas tenable en face des observations que nous possédons aujourd'hui. » Après avoir énuméré quelques-unes de ses observations, le docteur Carrel conclut : « De tels faits sont d'une haute signification. Ils montrent la réalité de certaines relations, de nature encore inconnue, entre les processus psychologiques et organiques. Ils prouvent l'importance objective des activités spirituelles, dont les hygiénistes, les médecins, les éducateurs et les sociologistes n'ont presque jamais songé à s'occuper. Ils nous ouvrent un monde nouveau. » Ces quelques remarques, venant d'un homme que ses travaux et ses découvertes ont mis au premier plan parmi les savants de notre époque, suffisent à montrer que la prière, envisagée sous sa forme la plus élevée et analysée dans ses effets pratiques, offre un sujet éminemment actuel, non seulement à la méditation de tout homme qui croit, mais à la réflexion de tout homme qui pense.
LES PRIERES DE LA BIBLE
Les personnages que la Bible va nous présenter dans leurs entretiens avec Dieu ne sont pas des personnages ordinaires. L'ordre dans lequel ils apparaissent échappe au déterminisme historique. Dieu, par eux, déploie un plan, qui est celui de sa révélation parmi les hommes. Ce plan donne à leur succession dans le temps et à leur attitude dans la prière une valeur normative pour nous. Comprendre cela, étudier leur manière d'être, faire son profit de leurs expériences, c'est déjà être « enseigné de Dieu ».
La prière de Caïn.
« Caïn dit à l'Eternel : « Mon châtiment est trop grand pour que je puisse le supporter ! Voici, tu me chasses... Le premier qui me rencontrera me tuera ! » L'Eternel répondit à Caïn et le marqua d'un signe, pour qu'aucun de ceux qui le rencontreraient ne le frappât. » (Genèse 4 :13-15).
N'est-il pas étrange que la première prière rapportée dans la Bible soit la prière d'un maudit? Et pourtant, elle est là, sous la forme d'un dialogue entre Dieu et Caïn, et le désir de Caïn est exaucé. La prière du premier meurtrier est la prière de la peur. Elle nous révèle une vérité qui se fait jour tout le long de l'histoire et que le livre d'Esaïe résume en ces mots : « Point de paix pour le méchant. » Nous y voyons ensuite l'angoisse où met l'isolement moral, la conviction que désormais le réprouvé s'en ira, délaissé par le Créateur, vers les hasards infortunés de la vie errante, jusqu'au jour où d'autres, aussi méchants que lui, le tueront. Prière franche et farouche, qui nous permet de lire dans la nuit d'une âme en rupture de Dieu. Que nous apprend maintenant la réponse divine ? Que l'homme de la Chute peut fuir Dieu, mais non lui échapper ; qu'il peut se sentir seul, sans être pour cela abandonné par la Providence. L'enfant prodigue a beau trahir son père et s'en aller, cela n'empêchera pas le père de penser à lui, de le pleurer quand il travaillera dans les champs, et de se dresser pour interroger longuement l'horizon. Je comprends maintenant pourquoi cette prière est inscrite au seuil de la révélation. Elle est là pour dire au coupable qui gémit sous l'effort d'une civilisation inaugurée par Caïn et qui porte la marque de son père dans la trace sanglante que laisse chacun de ses pas en avant : « Pour si bas que tu sois tombé, tu n'es pas sorti du rayon de la protection de Dieu. Qui que tu sois, prie ! Où que tu sois, Dieu t'entend. »
ANCIEN TESTAMENT
La prière d'Abraham.
« Abraham se tint en la présence de l'Eternel. Il s'approcha et dit : « Ferais-tu aussi périr le juste avec le méchant ? » (Gen. 18 : 21 23). La prière d'Abraham est la seconde prière que nous rencontrions dans la Bible. Modèle d'intercession, cette requête en faveur de Lot porte au plus haut point le cachet des mœurs orientales, où le demandeur saisit inlassablement l'occasion de ce qu'il a obtenu pour essayer d'obtenir davantage. Mais on trouve surtout, dans ce morceau sublime, deux des conditions maîtresses de tout exaucement : le respect de la justice de Dieu et la confiance dans sa miséricorde. Abraham n'admet pas que Dieu puisse perpétrer un acte quelconque qui blesse l'équité, et il le Lui dit hardiment : « Celui qui juge toute la terre n'exercerait-il pas la justice ? » Il est convaincu en outre que les compassions de l'Eternel se laisseront émouvoir en faveur de la ville rebelle par la présence en elle de quelques hommes de bien. « Peut-être s'y trouvera-t-il dix justes ?... » Et l'Eternel lui promet de faire grâce à la ville pour les dix justes, s'Il les y trouve. On dit que la révélation biblique est progressive, et je le crois. Mais je suis bien obligé de constater que sur certains principes élémentaires, beaucoup de chrétiens du xx° siècle sont moins au clair qu'Abraham. Ne nous arrivera-il jamais' de demander à Dieu des choses qu'Il ne pourrait nous accorder sans léser les droits d'autrui ? Ne cherchons-nous jamais à le faire complice de nos intérêts égoïstes., de nos antipathies ou de nos étroitesses ? Dans nos jugements devant Lui, ne nous arrive-t-il jamais de « faire périr l'innocent avec le coupable ? Le « zèle de la Maison de l'Eternel » est, certes, une belle chose, mais pour obtenir l'exaucement du Saint des Saints, il faut que ce zèle s'inspire des scrupules d'Abraham, de sa bonté, de sa patience, et que dans la prière il ne laisse pas échapper un mot qui puisse léser la justice ou contrister la miséricorde de Dieu.
ANCIEN TESTAMENT
La prière d'Eliézer.
« Eternel, Dieu de mon maître Abraham, fais-moi, je te prie, rencontrer aujourd'hui ce que je désire. (Gen. 24 : 12). Que ce fût Eliezer ou non, le texte ne le dit pas ; mais la tâche de l'intendant d'Abraham était à coup sûr difficile. Partir à l'aventure, atteindre à 800 kilomètres le bourg où vivaient « les descendants de Térach », découvrir puis ramener saine et sauve une jeune fille qui pût convenir au fils de son maître ! Le serviteur n'hésite point. Il forme une caravane, franchit des pays étrangers par des pistes douteuses, arrive au puits où les filles du douar auquel appartenait la tribu de Nacor viennent puiser leur eau. Là, il imagine un stratagème qui lui permettra de reconnaître parmi les jeunes bergères celle qui a le meilleur coeur, puis il lève les yeux vers le ciel éclatant du soir : « Eternel Dieu, me voici près du puits, montre-toi propice à mon maître Abraham ! »... Et Dieu lui fit trouver Rébecca, la propre cousine d'Isaac. Pourquoi s'étonner de sa réussite ? Il avait mis de son côté les deux conditions du succès, l'effort personnel et la prière : l'obéissance, le courage, l'habileté, actionnant toute la puissance de l'homme ; la requête humble et confiante, assurant l'intervention de l'Eternel. Combien de serviteurs de Dieu ont échoué dans leur mission pour avoir négligé l'un ou l'autre de ces deux éléments de victoire ! Les uns ont agi mettant leur confiance en eux-mêmes, priant du bout des lèvres parce qu'au fond ils ne comptaient que sur leurs capacités. Les autres ont aussitôt demandé à Dieu d'agir, et ne se sont obligés à nulle peine, attendant tout du miracle. Si le serviteur d'Abraham avait agi ainsi, jamais Isaac n'eût épousé Rébecca.
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Jacob.
« Si Dieu est avec moi, s'il me garde dans le voyage que j'ai entrepris, s'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je retourne en paix à la maison de mon père, alors l'Eternel sera mon Dieu... Et je te donnerai la dîme de tout ce que tu me donneras. » (Gen. 28 : 20-22).
Si... si... si... si.,, que de conditions posées à Dieu, et comme nous sommes loin de la piété d'Abraham gravissant Morija ! Abraham croyait ; Jacob calcule. Donnant, donnant ; et dans cette religion du prêté rendu, c'est Dieu qui est jugé selon ses oeuvres. Esaü, mauvaise tête et bon coeur, n'a point de ; Dieu ne peut donc rien faire de lui. Jacob a la foi, Dieu peut donc l'honorer de son alliance. Mais il ne lui passera rien. Jacob s'enrichira sans doute, il est si habile ! mais il expiera durement les moyens qu'il, emploiera pour acquérir sa richesse. Déjà le sentiment de son intérêt poussé jusqu'à la ruse l'a brouillé avec son frère, séparé de ses parents dont il était le favori et jeté, lui si familial, sur l'âpre chemin du désert. Maintenant, c'est Laban qu'il dépouille. Pour la seconde fois, il est obligé de s'éloigner, fuyant son oncle qui le poursuit et qui l'aurait exterminé sans la protection divine. Et il n'est pas au bout de ses soucis !... Au lieu de retourner en paix dans la maison de son père, il s'en ira mourir, ruiné par la famine, sur la terre d'exil. Lui-même résumera le bilan de sa vie errante et centenaire en disant au Pharaon : « Mes jours ont été courts et mauvais 1. » Grande leçon pour ceux qui ne mettent Dieu dans leur vie qu'à condition qu'Il leur rende des services. La prière de l'intérêt attire, sur celui qui la prononce, de cruelles expériences. « Faites à vos pieds un chemin droit 2. » e L'amour ne cherche point son intérêt 3. » La prière exaucée n'est pas celle où l'on se sert de Dieu, mais celle où on Le sert.
1 Gen. 47 : 9 ; 2 Héb. 12 : 13 ; 3 1Cor. 13 : 5.
ANCIEN TESTAMENT
Encore Jacob.
« Il lutta avec l'ange et il a triomphé, En pleurant et en demandant grâce. (Osée 12 :5).
Ces paroles d'Osée nous ramènent au gué de Jabbok, et à la lutte de Jacob avec l'Ange de l'Eternel Jacob s'est enrichi, par des voies droites et courbes. Il est arrivé à se dégager de la colère de Laban, mais voici Esaü qui vient à sa rencontre, Esaü qu'il a trompé et qui le hait implacablement. Cette fois c'est la ruine, peut-être la mort. Et voici un troisième antagoniste, celui qui se dresse toujours devant les consciences mauvaises : l'Ange de l'Eternel ! Fou d'angoisse, Jacob essaie une dernière fois d'en appeler à ses ressources personnelles, de l'emporter de haute lutte, et, si j'ose dire, de forcer la main à son Dieu dans un corps à corps où concourent, pour le combat suprême, toute sa vigueur et toute sa foi. Mais ici, les forces humaines ne suffisent plus. Sous l'embrassement du mystérieux inconnu, Jacob plie. Alors, dans un suprême; effort qui n'est plus un espoir de triomphe mais un appel désespéré à la miséricorde, le patriarche crie à son adversaire : « Je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies béni ! Magnifique parole, où s'unissent l'humilité et la foi ! Parole de défaite et de victoire. N'attendre plus rien de soi ; attendre tout de Dieu, rassembler ses dernières énergies pour retenir Celui que l'on implore et obtenir sa grâce..., voilà ce qui a valu à Jacob le surnom d'Israël, c'est-à-dire : celui qui lutte avec Dieu, et qui sort du combat, vainqueur. Il est pour chacun de nous des orages de l'âme où, sous l'éclair de la détresse, nous nous voyons tels que nous sommes : perdus. Puissions-nous, en ces heures de crise, retrouver la prière de Jacob et comme lui, par Dieu, sortir de la lutte, vainqueurs.
Lire Genèse 32 : 22-31.
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Moïse.
« Seigneur, tu nous a été une retraite de génération en génération...» Lire le Psaume 90.
La « Prière de Moïse, homme de Dieu » est le texte classique des services de nouvel an. Chez mon père, on le lisait chaque année le 31 décembre, au coup de minuit, devant la grande famille assemblée. Enfant, je n'y voyais que l'évocation impressionnante de la fragilité de la vie. Plus tard, l'expérience m'y montra un témoignage de reconnaissance, une vision de l'avenir, le « quand même ! » de la foi. Maintenant que nos Eglises et nos oeuvres chrétiennes passent par des jours dont la crise financière est uni des côtés troublants, je voudrais donner aux âmes inquiètes la prière de Moïse comme source d'inspiration. « Seigneur, tu nous as été une retraite de génération en génération... » Dieu est fidèle, et sa fidélité, qui s'exerce en tous temps, est particulièrement sensible au moment où nous avons besoin d'une retraite. « D'éternité en éternité, tu es Dieu. » Ainsi, quelle que soit l'atmosphère de mirage où s'agite l'homme éphémère, le premier mot, en tout, vient de Dieu, et le dernier mot, en tout, lui appartient. « Enseigne-nous à bien compter nos jours... » Dieu seul, présent dans ses oeuvres, est impérissable sur la terre ; ses ouvriers, collaborateurs d'une étape, ne le sont pas ; il faut qu'ils s'en souviennent avant que les circonstances se chargent de le leur rappeler. « Affermis l'ouvrage de nos mains !... » Les hommes peuvent aider ou nuire à l'ouvrage de nos mains : Dieu seul peut l'affermir, car de Lui seul procèdent les sources créatrices. C'est en vain que le froid hiver jette au vent les feuilles lancéolées et la tige droite du lys : « L'herbe sèche, sa fleur tombe..., la place où elle était ne la reconnaît plus 1... » Vienne le printemps et les feuilles renaissent, et la tige remonte, et le lys en fleur épanouit au soleil de juin sa blancheur immaculée. Si l'ouvrage de nos mains a semé de la part de Dieu un germe de vie dans le sillon de l'humanité, « que votre coeur ne se trouble point ». Quelles que soient les saisons adverses qui momentanément en détruisent l'effet, ce ne sont là que questions de surface. Dieu veille sur le germe. Le lys refleurira.
1 Cf. Ps. 90 et 103.
ANCIEN TESTAMENT
Moïse et Amalek.
« Amalek vint combattre Israël à Rephidim. Alors Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes, sors et combats Amalek ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main. Josué lit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amalek. Et Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort ; et lorsqu'il baissait sa main, Amalek était le plus fort. Les mains de Moïse étant fatiguées, ils prirent une pierre qu'ils placèrent sous lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hur soutenaient ses mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre ; et ses mains restèrent fermes jusqu'au coucher du soleil. Et Josué vainquit .Amalek et son peuple, au tranchant de l'épée. » (Ex. 17 :8-13).
Moïse et Amalek. Deux forces, un combat. Depuis que la trahison humaine en Eden a livré le séjour terrestre à l'Ennemi, celui que Jésus appellera le Prince de ce monde 1, le chemin qui mène à la Terre promise n'est plus libre. On ne peut passer sans livrer bataille. Là est tout le secret de la peine des hommes. Encore si les armes étaient égales et si, pour vaincre, il suffisait du courage et du génie ! Mais Amalek est plus fort qu'Israël. Il le sera à toutes les étapes, dans toutes les rencontres. Israël est-il donc destiné à mourir dans le désert ? Non, s'il fait appel à l'intervention de Dieu, car Dieu est plus fort que Satan. Voilà dans sa simplicité tout le drame de notre destinée telle que nous l'expose la Révélation dans la Bible. L'épisode qui met aux prises Moïse et Amalek prend dès lors une valeur prophétique. Jusque dans son détail, chacun de nous peut y trouver enseignement. Amalek qui barre la route vers Canaan, c'est le paganisme blanc ou noir qui barre la route à Jésus-Christ. Josué et les combattants hébreux sont les milices de l'Evangile en terre païenne. Moise sur la montagne, les mains levées vers le ciel, c'est l'appel à Dieu. Que Moïse abaisse ses mains, Amalek remporte l'avantage ; que les chrétiens de prière abandonnent la vigilance de la foi, le message chrétien perd sa puissance conquérante. S'il en est parmi les lecteurs pour dire : « Qui suis-je et que puis-je, moi ?», qu'ils pensent à Aaron et à Hur sur la montagne. Jéhovah ne leur avait pas confié comme à Moïse la verge, symbole de la puissance divine : ils étaient là pour soutenir les mains de Moise. Rôle effacé, mais combien grand ! S'ils n'avaient pas soutenu les mains du prophète, les bras de Moïse seraient retombés et Amalek eût été vainqueur. Pas de prétexte, pas d'excuses pour rester hors de l'action... On peut toujours soutenir la main levée.
1Mt. 13 :28 et 39 ; Jean 12 :31
ANCIEN TESTAMENT
Moise, homme de prière.
«L'Eternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. » (Ex. 33 : 11).
Dans l'ordre des choses spirituelles, ce qui établit un chef, c'est la puissance de prière, et, dans la prière, l'esprit d'immolation. Moïse et saint Paul en sont de remarquables exemples. Moïse a façonné le peuple de Dieu. Il l'a pu par les révélations célestes, par son génie personnel, par son grand caractère, par son courage indomptable ; il l'a pu avant tout parce qu'il était un homme de. prière. Suivez-le à Tabeéra, à Kibroth, dans ses luttes au désert, devant Aaron et Marie, au milieu des révoltes du peuple... Partout, Moïse prie. Ses marches sont des étapes de prière ; sa tente, une cellule de prière. Aussi a-t-il laissé de lui le souvenir qu'il causait avec Dieu « comme un homme parle à son ami » 1. Et Moïse a laissé aussi le souvenir qu'il était « un homme très doux, plus que tout autre sur la terre » 2, Avez-vous réfléchi à ce que, dans une carrière telle que celle de Moïse, pareille douceur suppose de patience, de compréhension, d'oubli de soi, de souplesse dans la charité ? Autant de vertus qui appartiennent aux âmes d'où la prière s'exhale, constante, dans un esprit d'immolation. « Pardonne à ce peuple ou efface-moi de ton livre» criait Moïse à l'Eternel 3. L'effacement !... Attitude difficile aux meilleurs, inaccessible à quiconque croit, en s'humiliant, s'abaisser. « Efface-moi... ». Saint Paul, mû par le même sentiment, disait : « Je voudrais être anathème en faveur de mes frères. » 4. Ayant ainsi parlé, Moïse et Paul se sont affirmés par excellence prophète et apôtre de Celui qui, pour s'être humilié, pour s'être anéanti soi-même, pour avoir été obéissant jusqu'à la mort de la croix, a été établi Chef « au-dessus de tout ce qui est dans le ciel, sur la terre et sous la terre » 5. Dans l'ordre des choses spirituelles, s'immoler c'est régner.
1 Ex. 33 : 11 ; 2 Nomb. 12 : 3 ; 3 Ex. 32 : 32 ; 4 Rom. 9 : 3 ; 5 Eph. 1 : 21.
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Josué.
« Josué déchira ses vêtements, se prosterna le visage contre terre, et dit : « Ah Seigneur Eternel, pourquoi as-tu fait passer le Jourdain à ce peuple, et nous as-tu livrés aux mains des Amoréens afin de nous faire périr ?... Tous les habitants du pays rapprendront : ils nous envelopperont et feront disparaître notre nom de la terre. Et que feras-tu pour ton grand nom ? » (Jos. 7 : 6-9).
Comment ne pas être ému par la détresse de Josué ? L'Eternel s'en était remis à lui pour la tâche écrasante d'édifier la nation élue sur le territoire de Canaan. Déjà la marche par la foi avait, devant Jéricho, accompli des miracles. Et voici qu'un interdit prive Israël de l'assistance de son Dieu. Il est battu, poursuivi, démoralisé. Josué, qui ignore encore la cause du désastre, s'en prend à Dieu : « Ah Seigneur »Eternel, pourquoi as-tu fait passer le Jourdain à ce peuple et nous as-tu livrés entre les mains des Amoréens... ? Les Cananéens l'apprendront, nous extermineront et que feras-tu pour ton grand nom ? » On sent, ici déjà, frémir l'angoisse qui secouera l'âme des prophètes, Habacuc, Jérémie, Ezéchiel. Josué apprendra bientôt que les plus redoutables ennemis de Dieu ne sont pas hors du camp d'Israël, mais dans ce camp même. Première leçon, propre à éclairer notre prière. Généralement la cause de la défaite qui nous fait crier à Dieu n'est pas dans les circonstances, elle est en nous ; elle est dans l'interdit secret, peut-être encore inconscient, qui a empêché Dieu de soutenir notre combat. Josué apprendra encore, et après lui les prophètes, que « le grand nom de l'Eternel » est à l'abri de l'atteinte des hommes. Ce qui nous est demandé, ce n'est pas de trembler pour lui, mais de trembler pour nous, et de ne jamais prendre notre parti de l'échec de sa cause sur le terrain qu'Il nous a confié. Mettons-nous, quoi qu'il nous en coûte, dans les conditions voulues pour que le Saint-Esprit puisse nous être maintenu et travailler en nous, par nous. Nous pourrons alors comme Josué, martelé par Dieu et bâtisseur pour Sa gloire, parcourir notre carrière en vainqueurs.
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Manoah.
« Manoah fit cette prière à l'Eternel: « Ah ! Seigneur, que l'homme de Dieu que tu as envoyé vienne encore vers nous, et qu'il nous enseigne ce que nous devons faire pour l'enfant qui naîtra. » (Juges 13 : 8).
Après Sarah, la femme d'Abraham, avant Anne de Rama et Marie la Nazaréenne, l'épouse de Manoah reçoit de Dieu la promesse d'un fils. Ce fils sera chargé d'une mission divine. Alors Manoah fait monter vers l'Eternel cette prière : « Ah ! Seigneur, que l'homme de Dieu que tu as envoyé vienne encore vers nous et qu'il nous enseigne ce que nous devons faire pour l'enfant qui naîtra ». Arrêtons-nous devant ce père qui, saisi d'une nouvelle merveilleuse, au lieu de s'enorgueillir ou de rendre grâces, ne se préoccupe que de recevoir d'en haut des lumières pour bien élever son enfant. Tout enfant qui s'annonce est donné de Dieu.. Chacun de ces êtres fragiles aura une mission divine à remplir. Il faudra l'élever de façon qu'il puisse glorifier Dieu au cours de sa carrière terrestre. Devant cette perspective, combien de pères font la prière de Manoah ? J'aime à croire que la plupart des mères prient pour le bébé dont elles façonnent avec amour la layette, mais demandent-elles à Dieu, de leur enseigner leur vocation de maman ? Tout ne sera pas de glisser douillettement une bouillotte dans le berceau. Déjà Plutarque disait que l'âme de l'enfant est « mu foyer à réchauffer ». Comment le réchaufferions-nous si notre âme à nous est froide ? Que d'éducations déplorables, que d'épreuves évitables seraient épargnées aux familles, si les parents qui attendent un enfant demandaient à Dieu de les qualifier pour le sacerdoce qui approche, et s'engageaient à être fidèles dans ce sacerdoce ! Le tout petit qui va faire son entrée dans le monde est riche de possibilités infinies, il porte en lui la force de l'avenir, il vient paré des vertus que doit acquérir tout candidat au Royaume des cieux. Quel privilège pour lui, quelle responsabilité pour toi à qui Dieu le confie ! Comme Manoah, prépare-toi à l'accueillir, car tu seras son protecteur et son guide. A quoi te servirait plus tard de demander à Dieu qu'Il le garde, si tu n'as pas été toi-même son ange gardien ?
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Samson.
« O Dieu ! donne-moi de la force seulement cette fois, et que d'un seul coup je tire vengeance des Philistins pour mes deux yeux ! » (Juges 16 :28).
Pauvre Samson ! Avoir eu sa naissance annoncée par un ange ; avoir grandi beau, fort, victorieux ; s'être donné à Dieu par le naziréat ; avoir tenu le sceptre d'Israël ; avoir été l'effroi des princes ennemis, pour s'en aller finir, les veux crevés, dans une prison philistine, esclave, bête de somme, histrion, et mourir dans un accès de rage vengeresse, après avoir crié à Dieu la prière du désespoir ! Comment, parti de si haut, est-il descendu si bas ? Samson était admiré et il le savait. L'ivresse du pouvoir avait endormi sa conscience. Se croyant immunisé par la confiance populaire, il pensait pouvoir se tirer de tout par un coup de force, ou par une habile manoeuvre, et l'astuce d'une femme au coeur faux l'a perdu. L'exemple du juge Samson dans l'Ancien Testament, l'exemple de Judas dans le Nouveau, nous montrent que, même sous l'élection divine, on peut bien commencer et mal finir. Ils nous avertissent qu'il n'est pas de danger plus grand que de se fier à ses dons, de s'enorgueillir du poste élevé qu'on occupe, de prendre les grâces pour des mérites, et de veiller trop mollement sur les moyens qu'on emploie pour faire triompher la cause de Dieu en servant sa vanité propre. Toutes les formes du pouvoir portent en elles une tentation ; mais le pouvoir religieux présente la plus subtile parce que la foule, prosternée devant la gloire du Seigneur, met volontiers l'auréole au front de ses ministres. L'humilité, la surveillance de soi, l'austérité, l'entretien vigilant de la vie intérieure, la communion spirituelle avec Celui qui a étant riche, s'est fait pauvre s, voilà Les vertus qu'il nous faut cultiver si nous ne voulons pas courir le risque, en fin de course, de voir s'écrouler le travail de notre vie, et de connaître, pour suprême oraison, la prière du désespoir. « Ainsi donc », disait saint Paul, « que celui qui croit être debout prenne garde qu'il ne tombe 1. »
11 Cor. 10 :12.
ANCIEN TESTAMENT
La prière d'Anne.
« Eternel des armées, si tu prends garde à l'affliction de ta servante, et si tu lui donnes un fils, je le consacrerai à l'Eternel pour tous les jours de sa vie. » (1 Sam. 1:11).
Chaque année, lorsque Anne montait avec Elkana son mari pour se prosterner devant l'Eternel à Silo, elle pleurait et demandait un fils. Un fils pour la délivrer de son opprobre, confondre sa rivale, dissiper son noir chagrin... Dieu n'exauçait pas sa prière, mais, par sa prière, Dieu travaillait son âme. Il n'est âme si sombre que la prière ne l'ouvre aux clartés transformatrices d'en haut. Un jour vint où Anne comprit que si elle souhaitait un fils pour égayer son foyer, l'Eternel avait besoin d'un serviteur pour purifier son sanctuaire. Dès ce moment, elle ne voulut plus son fils pour elle, elle le voulut pour Dieu : « Si tu donnes à ta servante un enfant mâle, je le consacrerai à l'Eternel pour tous les jours de sa vie. » Alors Dieu l'exauça, Il lui accorda même bien au delà de sa prévision, de ses espérances : le fils qu'elle avait voué à l'Eternel devait, plus tard, réformer Israël, battre les Philistins, sacrer le roi David, fonder l'école des prophètes. Parmi les hommes de l'Ancienne Alliance, Samuel, après Moïse, est le plus grand. Dieu les nomme de pair dans sa réponse à Jérémie 1. Il ne suffit pas de prier avec ardeur pour prier comme il faut, mais la prière ardente suffit pour nous placer sous l'emprise de Dieu, qui nous façonne, nous ploie et nous amène aux conditions indispensables pour prier comme il faut. Quand la prière demande une chose bonne, dans un esprit de sacrifice ; quand elle met l'honneur de Dieu avant le bonheur de l'homme, elle est faite selon le plan de l'Oraison dominicale, elle est la prière « au nom de Jésus» , que Dieu exauce toujours. Et quand Dieu'. donne, on ne sait jamais tout ce qu'il donne.
1 Jér. 15:1.
ANCIEN TESTAMENT
La prière de Samuel.
« Parle, ton serviteur écoute. » (1 Sam. 3 : 10).
« Quand Moïse et Samuel intercéderaient devant moi en faveur de ce peuple, je ne me laisserais pas fléchir. » (Jér. 15 :1).
Samuel, le vainqueur des Philistins, était un grand intercesseur. Il « criait » à Dieu 1. « Loin de moi », disait-il à son peuple, « la pensée de pécher contre l'Eternel en cessant de prier pour vous ! » 2. Et le Psaume 99 le cite, seul, comme le type de ceux à qui «l'Eternel répondait ». Les textes ne nous ont conservé que sa première prière : « Parle, ton serviteur écoute ! » Est-il une prière plus belle que ces quatre mots ? Ils nous ramènent au centre des énergies, à la source des inspirations. Aujourd'hui où il semble parfois que comme du temps des Juges la Parole de Dieu se fasse rare 3, n'aurions-nous pas la tendance de négliger cette prière pour lui en substituer d'autres qui, tout en voulant servir Dieu, s'adressent à des hommes ? Parle, théologien., et instruis-moi du dernier mot de la science, afin que je puisse réfuter les adversaires du Seigneur ! Parle, financier, et trouve-moi beaucoup d'argent pour que je puisse envoyer beaucoup d'ouvriers prêcher l'Evangile ! Le théologien, s'il est pieux, peut « planter » ; le financier, s'il est généreux, peut « arroser a, mais c'est Dieu seul qui « donne l'accroissement » 4. Aussi est-ce toujours la prière de Samuel qui assure les victoires de Dieu, à la façon d'Eben-Hézer 5. Les heures de la plus grande crise doivent être les heures du plus grand recueillement. Discipline difficile, et pourtant seule féconde : Dieu ne bénit que ce qu'il inspire. « Parle, ton serviteur écoute ! »
1 1 Sam. 7 :8 ; 2 1 Sam. 12:23 ; 3 1 Sam. 3 :1 ; 4 1 Cor. 3: 6 ; 5 1 Sam, 7 : 12, 41
ANCIEN TESTAMENT
La prière de David.
« Qui suis-je, Seigneur Eternel, et qu'est-ce que ma famille pour que tu m'aies fait parvenir où je suis ?... Tu as fait toutes ces grandes choses selon ton bon plaisir... Ratifie pour toujours la parole que tu as prononcée au sujet de ton serviteur afin que ton nom soit glorifié à jamais... » (2 Sam. 7).
Les pieux liseurs de la Bible ne prêtent pas une attention suffisante à cette prière de David après que Nathan lui eût annoncé que Dieu donnerait à sa descendance la royauté éternelle. Cette prière marque pourtant une heure aussi importante pour l'histoire d'Israël, que la vocation d'Abraham, ou l'appel de Moïse au Sinaï. Enfant de Dieu par Abraham, citoyen du peuple de Dieu par Moïse, l'Israélite est, par David, ordonné chevalier pour le Royaume du Messie. « Il faut qu'il, règne jusqu'à ce qu'il ait mis tours ses ennemis sous ses pieds », dira un jour saint Paul. Pour ce règne, dont il veut tout l'accomplissement sans pouvoir encore' en soupçonner toutes les gloires, David prie. Porté par sa triple élection, dont les réalités s'enchaînent et se conditionnent, Israël, guidé par ses prophètes, marche vers son destin qui fait de lui l'instrument du salut du monde : « Tu seras bénédiction. » Pourquoi les prophètes, soudain, se sont-ils tus ?Pourquoi la ruine de Jérusalem par Nébucadnetsar, pourquoi la croix sur laquelle le peuple de David cloue vivant le fils de David ? Relisez le prière de David : Tout par grâce, tout pour que le nom de l'Eternel soit glorifié. Les Juifs ont méconnu la grâce, abandonné l'idéal messianique où les prophètes leur avaient montré que la gloire de l'Eternel devait s'accomplir sur toute la terre. Quand le Messie est venu, au lieu de l'acclamer, ils l'ont tué. Est-il sûr que les Eglises qui portent aujourd'hui si fièrement son nom parmi les hommes le reconnaîtraient et l'acclameraient, s'il apparaissait, non dans sa royauté céleste, mais dans l'humilité des jours de sa chair ? Est-il sûr que nous-mêmes, qui nous réclamons de lui, pourrions supporter sa présence, et l'immense déconvenue qu'elle serait pour tout orgueil, pour toute propre justice, pour toute inertie devant le devoir essentiel, pour tout esprit de jugement qui ôte le discernement des esprits, bref, pour toutes les manières d'être... ou de ne pas être, par lesquelles nous ressemblons si fort aux Juifs, qui ne comprirent pas le Sermon sur la Montagne ? Pour rentrer dans la bonne voie, revenons au point de départ, à la prière de David : « Seigneur Eternel, qui suis-je... pour que ton nom soit glorifié ?...»
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