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+LES LIVRES SERMONS CHOISIS (Spurgeon Ch.) Solennel Avertissement à ceux qui font office de piété Photos de Spurgeon:Orphelinat de Spurgeon pour filles Couverture du recueil de Sermons
INTRODUCTION
Par R. Saillens L'ouvrage que nous présentons aujourd'hui aux lecteurs de langue française a été édité pour, la première fois en 1863. Le traducteur, qui, par une modestie excessive, a gardé l'anonymat, s'est montré non seulement fidèle au texte, pour autant que nous en avons pu juger, mais encore à la pensée de l'auteur, ce qui prouve qu'il était en communion d'esprit et de foi avec lui. Tous les deux sont depuis longtemps réunis dans le repos céleste, où ils contemplent « à visage découvert » Celui qu'ils ont aimé, adoré et servi pendant leur course terrestre. Il serait impertinent de notre part de recommander l'oeuvre de Charles Haddon Spurgeon elle se recommande d'elle-même. Dieu merci, ce grand nom n'est pas encore oublié, ni près de l'être. Il faut reconnaître cependant que la doctrine de Spurgeon - qui est celle des Réformateurs, celle des Apôtres et de Jésus-Christ lui-même - n'est guère à la mode aujourd'hui. Le ciel et l'enfer, l'impuissance de tout effort social, ou même religieux, pour sauver l'humanité, sans le ressort de la foi dans l'amour et la puissance de Dieu manifestés au Calvaire, et par le tombeau ouvert de Jésus-Christ, - tout cela semble banni presque entièrement de la prédication contemporaine. L'expérience, hélas ! montre ce que les Eglises ont perdu en renonçant à « la folie de la croix » dans le futile espoir de conquérir le monde. C'est le monde qui les a conquises. Vouloir établir ici-bas le royaume de Dieu autrement que par la prédication de la grâce, par laquelle seule sont créés des hommes nouveaux capables de vivre la vie sainte, c'est tromper les âmes, c'est trahir la sainte cause de la vérité, pour laquelle les Réformateurs ont lutté et souffert, c'est se rendre prévaricateurs à l'égard de Celui dont on se permet de mutiler le message, pourtant si clair et si précis. Que Dieu nous préserve de cette erreur et de ce crime ! L'auteur de ces lignes considère comme l'un des plus grands privilèges que Dieu lui ait accordés d'avoir entendu maintes fois le grand prédicateur dans cet immense édifice, le « Tabernacle Métropolitain » de Londres, rempli deux fois chaque dimanche et une fois au moins en semaine de cinq à six mille auditeurs, venus de tous les quartiers de la grande ville pour entendre prêcher simplement, sobrement, sans efforts d'éloquence, l'Evangile du salut par grâce et par la foi : et, privilège encore plus grand, de l'avoir vu dans l'intimité de son foyer, et dans les réunions de la Conférence pastorale qu'il avait créée afin de maintenir l'union fraternelle entre les 5 ou 600 jeunes pasteurs (mais quelques-uns étaient aussi âgés que lui), qu'il avait formés dans son « Pastors' College ». Bien que je n'eusse pas été de ces élèves, Spurgeon avait bien voulu me proposer de faire partie de la Conférence, ce que j'acceptai de grand cœur, on le devine. Je n'oublierai jamais l'impression que produisit sur nous tous, sur moi en particulier, son discours intitulé : " Le plus grand Combat du Monde " , qu'il prononça à la dernière de ces conférences annuelles à laquelle il pût assister (en 1891). Déjà, à cette époque, apparaissait ce qui était le plus grand danger de l'Eglise, ce qu'on appelait alors le « Down-grade movement », et n'était autre chose que le début de l'hérésie moderniste. Avec une émotion qu'il avait peine à maîtriser, Spurgeon nous prédisait l'apostasie qui ne tarderait pas à devenir générale, et nous conjurait de lutter de toutes nos forces pour la défense de la foi qui a été donnée aux saints une fois pour toutes. Sa mort prématurée en 1892 (à l'âge de 58 ans) fut en grande partie occasionnée par le chagrin qui lui causèrent certaines défections, qui paraîtraient aujourd'hui bien anodines. Je ne crois pas commettre une indiscrétion, après tant d'années écoulées, en rapportant ici une confidence de Spurgeon, à l'une de mes dernières visites à Norwood, où il habitait. « Voici », me dit-il, à propos de l'efficacité de l'Evangile quand il est prêché avec amour et avec foi, « voici mon expérience. Je ne la publie point, pour des motifs que vous comprenez ; mais je vous la dis pour vous encourager : depuis dix ans, il ne s'est pas passé un seul jour - dimanche ou semaine - sans que j'aie reçu, de vive voix ou par lettre, le témoignage d'une ou de plusieurs personnes, me remerciant d'avoir été l'instrument de leur conversion, soit par ma parole, soit par mes écrits. » Les sermons sténographiés de Spurgeon - plus de quatre mille, car il ne prêchait pas seulement dans son Eglise, et il ne se répétait jamais - ont été imprimés chaque semaine, pendant de longues années. Ils sont répandus dans tous les pays de langue anglaise, et beaucoup sont traduits en plusieurs langues. Il en existe un certain nombre en français. Il m'est est arrivé plus d'une fois, dans des assemblées nombreuses, en France et en Suisse, de prier les personnes présentes qui avaient été amenées à la foi par la lecture des sermons de Spurgeon, de vouloir bien en témoigner ; et chaque fois il s'est trouvé une personne (souvent même plusieurs) pour répondre à cette invitation. Quel prédicateur de l'Evangile ne serait saintement ému à jalousie par de telles marques de l'approbation divine sur son ministère ? « Je ne suis pas un Spurgeon », dira quelqu'un. Reconnaissons que Dieu n'accorde pas les mêmes dons à tous ses serviteurs, si fidèles qu'ils soient. Mais il leur donne à tous le même Evangile à proclamer ! Il leur donne à tous la même joie en le proclamant, et à tous aussi, sera bientôt adressée la parole qui vaut plus que tous les succès et tous les suffrages humains : « Cela va bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup. Entre dans la joie de ton Maître ! R. Saillens.
SOLENNEL AVERTISSEMENTÀCEUX QUI FONT PROFESSION DE PIETE
Car il y en a plusieurs qui ont une telle conduite, que je vous ai dit souvent et que je vous le dis maintenant encore en pleurant, qu'ils sont ennemis de la croix de Christ ; dont la fin sera la perdition ; qui ont leur ventre pour Dieu, qui mettent leur gloire, dans ce qui est leur confusion, et qui attachent leurs affections aux choses de la terre. (Phi 3:18,19).
MES CHERS AUDITEURS,
Saint Paul nous offre le modèle accompli d'un ministre chrétien. Pasteur vigilant, il se préoccupait sans cesse du troupeau confié à ses soins. Il ne se bornait pas à prêcher l'Evangile et ne croyait pas avoir rempli tout son devoir en annonçant le salut ; mais ses yeux étaient toujours ouverts sur les Eglises qu'il avait fondées, suivant avec un intérêt jaloux ou leurs progrès ou leur déclin dans la foi. Lorsqu'il dut aller proclamer ailleurs l'Evangile éternel, il ne cessa point de veiller au bien-être spirituel de ces brillantes colonies chrétiennes de la Grèce et de l'Asie-Mineure, qu'il avait semées au milieu des ténèbres du paganisme, et tandis qu'il allumait de nouvelles lampes au flambeau de la vérité, il n'avait garde de négliger celles qui brûlaient déjà. C'est ainsi que dans notre texte il donne à la petite Eglise de Philippes une preuve de sa sollicitude, en lui adressant des conseils et des avertissements.
Et l'Apôtre n'était pas moins fidèle que vigilant. Lorsqu'il voyait du péché dans les Eglises, il n'hésitait pas à le leur signaler. Il ne ressemblait point au plus grand nombre de nos modernes prédicateurs, qui se vantent de n'avoir jamais été personnels ou blessants, et qui mettent ainsi leur gloire dans ce qui est leur confusion ; car eussent-ils été fidèles, eussent-ils exposé sans ménagements tout le conseil de Dieu, ils auraient infailliblement, une fois ou l'autre, blessé la conscience de leurs auditeurs. Paul agissait tout différemment : il ne craignait pas d'attaquer de front les pécheurs, et non seulement il avait le courage de déclarer la vérité, mais il savait au besoin insister sur cette vérité : « Je vous l'ai dit souvent et je vous le dis maintenant encore, que plusieurs parmi vous sont ennemis de la croix de Christ. »
Mais si, d'une part, l'Apôtre était fidèle, de l'autre, il était plein de tendresse. Il aimait véritablement, comme tout ministre de Christ devrait le faire, il aimait véritablement les âmes dont il avait charge. S'il ne pouvait souffrir qu'aucun membre des Eglises placées sous sa direction s'écartât de la vérité, il ne pouvait non plus les reprendre sans verser des larmes. Il ne savait pas brandir la foudre d'un oeil sec, ni dénoncer les jugements de Dieu d'un ton froid et indifférent. Des pleurs jaillissaient de ses yeux, tandis que sa bouche prononçait les plus terribles menaces, et quand il censurait, son coeur battait si fort de compassion et d'amour, que ceux-là même auxquels il s'adressait ne pouvaient douter de l'affection qui lui dictait ses censures : « Je vous l'ai dit souvent et je vous le dis maintenant encore en pleurant. »
Mes bien-aimés, l'avertissement solennel que Paul adressait autrefois aux Philippiens dans des paroles de mon texte, je viens vous le faire entendre aujourd'hui à vous-mêmes. Et cet avertissement, je le crains, est non moins nécessaire de nos jours que du temps de l'Apôtre, car de nos jours comme, alors, il y en a plusieurs dans les Eglises dont la conduite témoigne hautement qu'ils sont ennemis de la croix de Christ. Que dis-je ? Le mal, bien loin de diminuer, me semble gagner chaque jour du terrain.
Il y a dans notre siècle un plus grand nombre de personnes qui font profession de piété que dans celui de saint Paul, mais il y a aussi plus d'hypocrites. Nos Eglises, je le dis à leur honte, tolèrent dans leur sein des membres qui n'ont aucun droit à ce titre, des membres qui seraient fort bien placés dans une salle de festin ou dans tout autre lieu de dissipation et de folie, mais qui jamais ne devraient tremper leurs lèvres dans la coupe sacramentelle ou manger le pain mystique, emblème des souffrances de notre Seigneur. Oui, en vain chercherait-on à se le dissimuler, il en est plusieurs parmi nous - (et si tu revenais, à la vie, ô Paul ! combien ne te sentirais-tu pas pressé de nous le dire, et quelles larmes amères ne verserais-tu pas en nous le disant !...) - il en est plusieurs parmi nous qui sont ennemis de la croix de Christ, et cela parce qu'ils ont leur ventre pour Dieu, qu'ils attachent leurs affections aux choses de la terre, et que leur conduite est en complet désaccord avec la sainte loi de Dieu.
Je me propose, mes frères, de rechercher avec vous la cause de la douleur extraordinaire de l'Apôtre. Je dis : douleur extraordinaire, car l'homme que mon texte nous représente comme versant des larmes, n'était pas, vous le savez, un de ces esprits faibles, d'une sensibilité maladive et toujours prêts à s'émouvoir. Je ne lis nulle. part dans l'Ecriture que l'Apôtre pleura sous le coup de la persécution. Lorsque, selon l'expression du Psalmiste,, l'on traçait des sillons sur son dos, lorsque les soldats romains le lacéraient de leurs verges, je ne sache pas qu'une seule larme ne soit échappée de ses yeux. Etait-il jeté en prison ? Il chantait et ne gémissait pas. Mais si jamais Paul ne pleura par suite des souffrances auxquelles il s'exposait pour l'amour de Christ, il pleura, nous le voyons, en écrivant aux Philippiens. La cause de ses larmes était triple : il pleurait d'abord, à cause: DU PÉCHÉ de certains membres de l'Eglise ; en second lieu, à Cause DES FACHEUX EFFETS DE LEUR CONDUITE, et enfin, à cause du SORT qui les attendait.
I D'abord, avons-nous dit, Paul pleurait à cause du PÉCHÉ de ces formalistes qui, bien que faisant extérieurement partie d'une Eglise chrétienne, ne marchaient pas de droit pied devant Dieu, et devant les hommes. Et remarquez l'accusation qu'il porte contre eux : Ils ont leur ventre pour Dieu, écrit-il. Leur sensualité : tel est donc le premier péché que leur reproche l'Apôtre.
Il y avait, en effet, dans l'Eglise primitive, des gens qui après s'être assis à la table du Seigneur, allaient participer aux banquets des païens, et là se, livraient sans contrainte aux excès du manger et du boire. D'autres, s'abandonnant aux abominables convoitises de la chair, se plongeaient dans ces plaisirs (faussement ainsi nommés), qui non seulement perdent l'âme, mais qui infligent au corps lui-même son juste châtiment. D'autres encore, sans tomber dans d'aussi honteux débordements, se préoccupaient beaucoup plus de la parure du dehors que de celle du dedans, de la nourriture de l'homme extérieur que de la vie de l'homme intérieur ; en sorte que tout autant que les précédents, quoique d'une autre manière, ils se faisaient un Dieu de leur ventre.
- Eh bien mes chers auditeurs, je vous le demande, ce grave reproche de l'Apôtre nous est-il moins applicable qu'à l'Eglise de Philippes ? Nous serait-il impossible de trouver parmi les membres de nos troupeaux des personnes qui déifient en quelque sorte leur propre chair, qui se rendent à elles-mêmes un culte idolâtre, qui s'inclinent devant la partie la plus grossière, la plus matérielle de leur être ? N'est-il pas notoire, n'est-il pas incontestable, au contraire, qu'il est des hommes faisant profession de piété qui caressent leur chair, qui flattent leurs appétits sensuels tout autant que des mondains déclarés pourraient le faire ? N'y en a-t-il pas qui sont amateurs des plaisirs de la table, qui se délectent dans le bien-être, dans le luxe, dans les voluptés de la vie présente ? N'y en a-t-il pas qui dépensent sans scrupule toute une fortune pour l'ornement de leur corps périssable, sans songer qu'en se parant ainsi eux-mêmes, ils déparent la cause du Sauveur qu'ils prétendent servir ? N'y en a-t-il pas dont l'affaire de tous les instants consiste à rechercher leurs aises, et dont la chair et le sang n'ont jamais eu lieu de se plaindre, car non seulement ils en sont les esclaves, mais encore ils en font leur Dieu ?...
Ah ! mes frères, il y a de grandes taches dans l'Eglise, il y a de grands scandales. Des brebis tarées se sont introduites dans le troupeau. De faux frères se glissent parmi nous, comme des serpents sous l'herbe, et le plus souvent on ne les découvre que lorsqu'ils ont infligé une douloureuse blessure à la religion et occasionné un sérieux dommage à la glorieuse cause de notre Maître. Je le répète avec une profonde tristesse, mais avec une pleine conviction, il y en a plusieurs dans nos Eglises - (et je parle également des Eglises dissidentes et de l'Eglise établie) ( M. Spurgeon lui-même appartient à une Eglise dissidente.) - auxquels ne s'appliquent que trop bien ces sévères paroles de l'Apôtre : Ils ont leur ventre pour Dieu.
Un second reproche que Paul adressait aux prétendus chrétiens de Philippes était qu'ils attachaient leurs affections aux choses de la terre.
Mes bien-aimés, il se peut que l'accusation précédente n'ait pas atteint vos consciences ; mais, en présence, de celle-ci, il me semble bien difficile que vous puissiez trouver un échappatoire. Il y a plus : j'affirme que le mal signalé ici par l'Apôtre a envahi de nos jours la majeure partie de l'Église de Christ. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux à l'évidence.
Ainsi, par exemple, c'est une anomalie, mais c'est un fait qu'il existe aujourd'hui des chrétiens ambitieux. Le Sauveur a déclaré, il est vrai, que celui qui veut être élevé doit s'abaisser lui-même ; aussi, pensait-on autrefois que le chrétien était un homme simple, modeste, s'accommodant aux choses basses ; mais dans notre siècle il n'en est plus ainsi.
Parmi les prétendus disciples de l'humble Galiléen, il est, au contraire, des gens qui aspirent à parvenir au premier échelon des grandeurs humaines, et dont l'unique pensée est, non de glorifier Christ, mais de se glorifier eux-mêmes à tout prix.
- C'est ainsi encore..... (honte à vous, ô Eglises !) que nous comptons dans nos rangs des personnes qui, tout en ayant certaines apparences de piété, ne sont pas moins mondaines que les plus mondains, et qui ne savent pas plus ce qu'est l'Esprit de Christ que les plus charnels des gens du dehors.
- C'est ainsi également qu'il y a des chrétiens avares. Sans doute, c'est encore un paradoxe : autant vaudrait parler, ce semble, de la souillure des séraphins ou de l'imperfection de la perfection que de l'avarice d'un disciple de Jésus ; et pourtant (j'en appelle à chacun de ceux qui m'entendent), ne rencontre-t-on pas tous les jours des soi-disant chrétiens dont les cordons de bourse ne se délient que difficilement au cri du pauvre, qui décorent leur amour de l'argent du nom de prudence, et qui, au lieu de faire servir leurs biens à l'avancement du règne de Christ, ne pensent qu'à thésauriser ! Je vais plus loin, et je dis que si l'on veut trouver des hommes inflexibles en affaires, avides de s'enrichir, durs envers leurs créanciers, des hommes rapaces, sordides, déloyaux, qui, à l'exemple des Pharisiens d'autrefois, ne se font pas scrupule de dévorer les maisons des veuves, je dis que si l'on veut trouver de tels hommes, c'est souvent au sein de nos Eglises qu'il faut aller les chercher. Mes frères, cet aveu, je rougis de le faire, mais je le dois, car c'est la vérité.
Oui, parmi les membres les plus considérés de nos troupeaux, parmi ceux-là même qui occupent des charges ecclésiastiques au milieu de nous, vous en trouverez qui attachent leurs affections aux choses de la terre, et qui ne possèdent absolument rien de cette vie cachée avec Christ en Dieu, sans laquelle il n'existe point de vraie piété. Ai-je besoin de l'ajouter ? ces grands maux ne sont pas les fruits d'une saine religion, mais bien ceux d'un vain formalisme. Dieu en soit béni, le résidu des élus est préservé de ces funestes tendances, mais la masse des chrétiens de nom qui envahit nos Eglises, en est atteinte d'une manière déplorable.
Un dernier trait par 'lequel l'Apôtre caractérise les faux frères de Philippes est celui-ci : Ils mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion. C'est bien là, en effet, une disposition naturelle au formaliste. Il tire vanité de ses péchés mêmes ; bien plus : il les appelle des vertus. Son hypocrisie est de la droiture ; son faux zèle, de la ferveur. Les subtils poisons de Satan, il les revêt de l'étiquette des salutaires remèdes de Christ. Ce qu'il nommerait vice chez les autres, il le nomme qualité chez lui-même. S'il voyait son prochain commettre la même action qu'il vient d'accomplir tout à l'heure, si la vie de celui-ci offrait l'image parfaite de la sienne propre, oh ! comme il tonnerait contre lui ! Son empressement à s'acquitter des devoirs extérieurs de la religion est exemplaire ; il est le plus strict des sabbatistes, le plus scrupuleux des Pharisiens, le plus austère des dévots. S'agit-il de relever la moindre faiblesse dans la conduite d'autrui, nul ne le dépasse en habileté ; et tandis qu'il caresse tout à son aise son péché favori, il ne regarde les fautes de ses frères qu'à travers un verre grossissant. Quant à sa conduite à lui, elle n'est du ressort de personne. Il peut pécher avec impunité ; et si son pasteur se hasardait à lui adresser quelques observations, il s'indignerait et crierait à la calomnie. Les remontrances pas plus que les avertissements ne l'atteignent. N'est-il pas un membre de l'Eglise ? N'en accomplit-il pas exactement les rites et les ordonnances ? Qui oserait mettre en doute sa piété ?
- Oh ! mes frères, mes frères, ne vous faites, point illusion ! Beaucoup de prétendus membres de l'Eglise seront un jour membres de l'enfer. Beaucoup d'hommes admis dans l'une ou l'autre de nos communions chrétiennes, qui ont reçu les eaux du baptême, qui s'approchent de nos tables sacrées, qui peut-être même ont la réputation d'être vivants, n'en sont pas moins, sous le rapport spirituel, aussi morts que des cadavres dans leurs sépulcres. Il est si facile aujourd'hui de se faire passer pour un enfant de Dieu ! En fait de renoncement, d'amour pour Christ, de mortification de la chair, on est peu exigeant apprenez seulement quelques cantiques, débitez quelques banalités pieuses, quelques phrases de convention, et vous en imposerez aux élus mêmes. Attachez-vous à une Eglise quelconque ; conduisez-vous extérieurement de telle sorte qu'on puisse vous dire respectable, et si vous ne parvenez pas à tromper les plus clairvoyants, du moins vous aurez une réputation de piété assez bien établie pour vous permettre de marcher, le coeur léger et la conscience à l'aise, dans le chemin de la perdition...
Je le sais, mes bien-aimés, je dis des choses dures, mais ce sont des choses vraies, c'est pourquoi je ne puis les taire. Mon sang bouillonne quelquefois dans mes veines, lorsque je rencontre des hommes dont la conduite me fait honte, à côté desquels j'oserais à peine m'asseoir, et qui pourtant me traitent avec assurance de « Frère ». Quoi ? ils vivent dans le péché, et ils nomment un chrétien leur (frère ! Je prie Dieu de leur pardonner leur égarement ; mais je le déclare, je ne puis en aucune façon fraterniser avec eux ; je ne le veux même pas, jusqu'à ce qu'ils se conduisent d'une manière digne de leur vocation.
Assurément, tout homme qui se fait un Dieu de son ventre et qui met sa gloire dans ce qui est sa confusion, est bien coupable ; mais lorsque cet homme se drape du manteau de la religion, lorsqu'il connaît la vérité, qu'il l'enseigne même au besoin, qu'il fait ouvertement profession d'être un serviteur de Christ, combien n'est-il pas plus coupable encore ! Concevez-vous, mes frères, un crime plus épouvantable que celui de l'audacieux hypocrite qui, mentant à Dieu et à sa conscience, déclare solennellement qu'il appartient au Seigneur et que le Seigneur lui appartient, puis qui s'en va vivre comme vit le monde, marche suivant le train du présent siècle, commet les mêmes injustices, poursuit les mêmes buts, use des mêmes moyens que ceux qui ne se sont jamais réclamés du nom de Christ ?..... Ah! s'il y avait dans cette assemblée quelqu'un qui dut s'avouer que ce péché est le sien, qu'il pleure, oui, qu'il pleure des larmes de sang, car l'énormité de son forfait est plus grande qu'on ne saurait dire !
II
Mais si l'Apôtre pleurait, comme nous venons de le voir, à cause du péché de ces hommes qui n'avaient de chrétien que le nom, il pleurait plus encore peut-être à cause DES FÂCHEUX EFFETS DE LEUR CONDUITE, car il ajoute ce mot si énergique dans sa brièveté : Ils sont ennemis de la croix de Christ. Oui, tu dis vrai, ô Paul ! Sans doute, le sceptique, l'incrédule sont des ennemis de la croix de ton Maître ; le blasphémateur, le profane, le sanguinaire Hérode le sont aussi ; mais les ennemis par excellence, de cette croix sacrée, les soldats d'élite de l'armée de Satan, ce sont ces chrétiens pharisaïques, blanchis au dehors d'une couche de piété, mais remplis au dedans, de toute sorte de pourriture.
Oh ! il me semble qu'à l'exemple de l'Apôtre, tout enfant de Dieu devrait verser des larmes brûlantes, à la pensée que les plus rudes coups portés à l'Evangile lui viennent de ceux-là même qui s'en disent les disciples. Il me semble qu'il devrait éprouver une douleur à nulle autre pareille en voyant Jésus blessé chaque jour par ceux qui prétendent être à lui. Regardez ! Voici :mon Sauveur qui s'avance, les pieds et les mains ensanglantés..... Oh! mon Jésus, mon Jésus ! Qui à fait couler de nouveau ton sang ? Que signifient ces blessures ?, Pourquoi as-tu l'air si triste ? - « J'ai été blessé, répond-il, et où penses-tu que j'aie reçu le coup ? » - Sûrement, Seigneur; tu as été blessé dans la maison d'intempérance ou de débauche, tu as été blessé au banc des moqueurs ou dans l'assemblée des impies. - « Non, dit Jésus ; j'ai été blessé dans la maison de mes amis (Za 8:6) ; ces plaies m'ont été faites par des hommes qui portent mon nom, s'assoient à ma table et parlent mon langage. Ce sont eux qui m'ont percé, qui m'ont crucifié de nouveau, qui m'ont livré à l'ignominie...... »
Percer Christ, le livrer à l'ignominie tout en faisant profession d'être à lui ! ne semble-t-il pas, mes chers auditeurs, qu'un péché si odieux ne devrait pas exister ? toutefois; hélas, il est plus commun qu'on ne pense.
L'histoire rapporte que César expirant sous les coups de ses meurtriers ne perdit son empire sur lui-même que lorsqu'il vit son ami Brutus s'avancer pour le frapper à son tour. « Et toi, Brutus ! » s'écria-t-il alors, et se couvrant la tête de son manteau, il pleura. De même, mes frères, si Christ apparaissait au milieu de cette assemblée, ne pourrait-il pas dire à plusieurs d'entre vous, en se voilant la face de tristesse., ou plutôt en faisant éclater sa juste indignation : « Et toi, qui t'es introduit dans mon Eglise, et toi qui te dis mon disciple, me frappes-tu aussi ?..... »
Si je dois être vaincu dans la bataille, que ce soient mes opposants qui me vainquent, mais que du moins mes alliés, ne me trahissent pas. Si la citadelle que je suis prêt à défendre jusqu'à mon dernier soupir doit être prise, que l'ennemi y entre en marchant sur mon cadavre, mais encore une fois, que mes amis ne me trahissent pas. Ah ! si le soldat qui combat à mon côté me vendait à mes adversaires, mon cœur serait deux fois brisé ; il le serait d'abord par la défaite, et ensuite par la trahison.
Lors des guerres religieuses que nos frères d'Helvétie eurent à soutenir pour le maintien de leurs libertés, une poignée de protestants défendaient vaillamment un défilé contre un corps d'armée considérable. Quoiqu'ils eussent vu leurs frères, leurs amis, tomber à leurs côtés, quoique eux-mêmes fussent épuisés de fatigue et prêts à défaillir, ils n'en continuaient pas moins à combattre, avec une intrépidité héroïque. Mais soudain, un cri se fait entendre, un cri perçant, un cri terrible ! L'ennemi gravit une éminence, et va envelopper la petite bande des réformés. A cette vue, leur chef frémit d'indignation ; il grince des dents, il frappe du pied, car il a compris qu'un traître, qu'un lâche protestant a dû vendre. ses frères à leurs implacables ennemis. Se tournant alors vers ses gens : « En avant ! » s'écrie-t-il, du ton d'un homme qui n'espère plus. Et comme des lions qui fondent sur leur proie, ces braves s'élancent au-devant de leurs ennemis, prêts maintenant à mourir, puisqu'un des leurs les a trahis.
Mes frères, c'est un sentiment de cette nature qui s'empare du courageux soldat de la croix quand il voit un de ses compagnons de service déshonorer le drapeau de son divin Chef et trahir sa sainte cause. Pour ma part, je n'hésite pas à le dire, ce que je crains, ce ne sont pas les ennemis déclarés, ce sont les faux amis. Qu'il y ait mille démons hors de l'Eglise plutôt qu'un seul dans son sein ! Ne nous inquiétons pas des attaques de ceux du dehors ; mais prenons garde, oh ! prenons garde à ces loups ravissants qui viennent à nous en habits de brebis. C'est contre eux que les ministres de la Parole doivent dénoncer avec une sainte colère les terribles jugements de Dieu ; c'est sur eux qu'ils doivent verser les plus amères de leurs larmes, car ils sont les plus dangereux ennemis de la croix de Christ.
Mais précisons davantage et indiquons sommairement quelques uns des fâcheux effets qui résultent de la présence des formalistes dans l'Eglise. En premier lieu, ils contristent et affligent singulièrement le corps de Christ, c'est-à-dire l'ensemble des fidèles. Ils sont la cause, sans contredit, des gémissements les plus douloureux qui se soient jamais échappés du coeur des enfants de Dieu. Qu'un incrédule m'insulte: et me couvre de boue dans la rue, je crois que je le remercierai de l'honneur qu'il me fait, si je sais qu'il m'injurie pour le nom de Christ ; mais si un soi-disant chrétien faisait rejaillir sur la cause de mon Maître la souillure d'une vie déréglée, mon coeur serait navré au dedans de moi, car je sais que de tels scandales sont plus préjudiciables à l'Evangile que les bûchers et les tortures. Que tout homme qui hait le Seigneur Jésus m'accable de malédictions, je ne verserai pas une seule larme ; mais quand je vois un de ses prétendus disciples le renier et le trahir, comment pourrais-je ne pas affliger mon âme et quel est le chrétien qui ne s'affligerait pas avec moi ?
En second lieu, des faux frères amènent infailliblement à leur suite des divisions dans l'Eglise. Je dis ceci avec la plus entière persuasion si l'on remontait à la source de nos discordes ecclésiastiques, l'on trouverait que toutes ou presque toutes doivent être mises sur le compte des formalistes, qui, par leur conduite inconséquente, ont obligé les chrétiens vivants à se séparer d'eux. Il y aurait plus d'unité parmi nous si des hypocrites ne se glissaient pas dans nos rangs ; il y aurait plus de cordialité, plus d'abandon, plus d'amour fraternel, si ces habiles séducteurs ne nous avaient appris à nos dépens à nous montrer réservés et soupçonneux. De plus, ils sont toujours les premiers à parler mal des véritables croyants, et à semer entre eux des querelles. Et de tout temps il en a été ainsi. Ce qui a fait essuyer à l'Eglise de Dieu les plus graves dommages dont elle ait jamais eu à souffrir, ce ne sont pas les traits meurtriers de ses ennemis avoués ; non, ce sont les incendies secrètement allumés dans son propre camp par des hommes, parés, il est vrai, du masque de la piété, mais qui n'en étaient pas moins des espions et des traîtres.
Remarquons, en outre, que de telles gens font un mal incalculable aux inconvertis. Que de pauvres pécheurs, qui commençaient à se tourner vers Christ, sont retenu loin de lui par le scandaleux désaccord existant entre la conduite et les principes de certains chrétiens ! Que de piétés naissantes qui vont se briser chaque jour contre cette pierre d'achoppement !
- Et ici, permettez-moi, mes frères, de vous raconter un fait qui confirme, d'une manière saisissante, la vérité de ce que j'avance. J'espère sentir moi-même tout ce qu'il a de sérieux et je prie Dieu de vous le faire sentir également. Un jeune ministre, de passage dans une église de village, y donna une prédication qui parut faire une profonde impression sur l'auditoire. Un jeune homme en particulier fut tellement remué par les paroles solennelles du prédicateur, qu'il résolut d'avoir un entretien avec lui. A cet effet, il l'attendit à la sortie de l'église, et offrit de l'accompagner à la maison où il logeait. Chemin faisant, le ministre parla de tout, excepté de l'Evangile. Grande était l'angoisse du jeune homme. Il se hasarda bien à poser à son compagnon - une ou deux questions concernant le salut de son âme, mais celui-ci y répondit froidement et d'une manière évasive, comme si le sujet était de peu d'importance. Enfin, on arrive à la maison ; plusieurs personnes s'y trouvaient réunies, et aussitôt notre prédicateur entame une conversation des plus légères, qu'il assaisonne de force bons mots et de force bouffonneries. Bientôt même, encouragé sans doute par les rires approbateurs qui ont accueilli ses premières facéties, il s'oublie au point de prononcer des paroles qu'on pourrait presque appeler licencieuses. Indigné, hors de lui, le jeune homme se lève brusquement ; il quitte sur le champ la maison, et lui, qui une heure auparavant pleurait en entendant parler du Seigneur, s'écrie maintenant avec rage : « La religion est un mensonge ! Dès ce moment, je ne crois plus ni en Christ ni en Dieu. Si je suis damné, que mon âme soit redemandée à cet homme, car c'est lui qui l'aura perdue ! Se conduirait-il comme il le fait, s'il était convaincu lui-même des choses qu'il enseigne aux autres ? Non ! il est un vil hypocrite, et désormais je ne veux plus écouter ni lui ni son Evangile. » Le malheureux tint parole ; toutefois, lorsque, quelque temps après, il se vit couché sur son lit de mort, il demanda à voir le jeune ministre. Par une coïncidence remarquable, ce dernier, qui habitait d'ordinaire une paroisse éloignée, se trouvait actuellement dans le village, où Dieu l'avait reconduit, n'en doutons pas, afin qu'il y reçût la peine de son péché. Sa Bible à la main, il entre dans la chambre du, moribond, et s'apprêtait à lire et à prier, lorsque celui-ci l'arrête : « Je vous ai entendu prêcher une fois, Monsieur », lui dit-il en le regardant fixement. « Dieu soit béni ! » répond le ministre, croyant sans doute avoir affaire à une âme convertie par son moyen. « Il n'y a pas lieu de bénir Dieu, que je sache, continue froidement le malade ; vous souvenez-vous d'avoir prêché ici, tel jour, sur tel texte ? – Oui je m'en souviens parfaitement. - Eh bien, Monsieur, je tremblais en vous écoutant ; je frémissais, j'étais éperdu. Je quittai l'église avec l'intention ferme de fléchir le genou devant Dieu et de chercher son pardon en Christ. Mais vous rappelez-vous certains propos que vous tintes, le même soir, dans telle maison ? - Non, dit le ministre. - Il faut donc que j'aide votre mémoire, Monsieur, reprend le moribond mais avant tout, notez bien ceci : à votre conduite de ce soir-là, mon âme doit d'être damnée, et aussi vrai que j'ai encore un souffle de vie, aussi vrai je vous accuserai devant le tribunal de Dieu d'être la cause de ma condamnation ! » Ayant dit cela, le malheureux ferma les yeux et mourut.
- Je crois, mes frères, qu'il vous serait difficile de concevoir ce qui se passait dans le coeur du ministre en s'éloignant de ce lit funèbre... Toute sa vie, il devra traîner après lui cet horrible, cet épouvantable remords : « Il y a une âme en enfer qui m'accuse de sa perte !... »
Et un remords semblable, je le crains, pèsera un jour sur la conscience de bien des membres de nos Eglises. Combien de jeunes gens, en effet, ont été détournés de la sérieuse recherche de la vérité par les censures âpres et amères de nos modernes Pharisiens ! Combien d'âmes droites et sincères ont été prévenues contre la saine doctrine par la conduite peu édifiante de ceux qui faisaient hautement profession d'y adhérer ! Ah ! malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites ! car, non seulement vous n'entrez point vous-mêmes dans le royaume des cieux, mais vous empêchez d'y entrer ceux qui voudraient le faire ; vous vous emparez de la clef de la connaissance, vous fermez à double tour par vos infidélités la porte du salut, et vous chassez, par votre flagrante hypocrisie, les âmes qui étaient disposées à s'en approcher !
Un autre déplorable effet de la conduite des chrétiens formalistes, c'est qu'elle cause une grande joie au démon et à son parti. Peu m'importe ce que disent les incrédules dans leurs livres ou leurs discours : quelque habiles qu'ils soient (et certes ils ont bien besoin de l'être pour prouver l'absurde et donner à l'erreur un semblant de vérité), quelque habiles qu'ils soient, je le répète, peu m'importent leurs attaques, aussi longtemps qu'elles ne s'appuient que sur des mensonges. Mais quand ils peuvent nous adresser des reproches mérités, quand les accusations qu'ils intentent à l'Eglise de Dieu sont fondées, oh ! c'est alors qu'ils sont à craindre, et c'est alors aussi que Satan triomphe. Qu'un homme se conduise en chrétien droit et intègre, il désarmera bientôt la critique ; qu'il mène une vie sainte et irrépréhensible, et on se lassera bientôt de rire à ses dépens ; mais s'il cloche des deux côtés, s'il agit tantôt en chrétien, tantôt en mondain, qu'il ne l'oublie pas, il fournit des armes aux adversaires et leur donne occasion de blasphémer contre l'Evangile. Ah ! qui pourrait dire les immenses avantages que le démon a remportés sur l'Eglise à cause des infidélités de ceux qui prétendaient en être membres ? « Vous dites et ne faites point, votre vie n'est pas en accord avec vos principes » : telle est la plus redoutable machine de guerre avec laquelle Satan bat en brèche la muraille de l'Eglise.
Soyez donc sur vos gardes, mes chers auditeurs ; veillez constamment sur vous-mêmes, afin de ne pas déshonorer la cause que vous faites profession d'aimer.
Et ici, je me sens pressé de m'adresser en particulier à ceux d'entre vous qui, comme moi, ont des vues très arrêtées sur l'élection de grâce. Vous le savez, parce que nous croyons à un salut purement gratuit, parce que nous disons avec saint Paul: Cela, ne vient pas de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Ro 9:16) ; en d'autres termes, parce que nous exaltons la grâce souveraine de notre Dieu, on nous traite d'ultra-calvinistes, d'antinomiens, on nous regarde comme le rebut de toute la terre, on accuse nos doctrines d'encourager le vice et l'immoralité.
- Voulons-nous donc, mes bien-aimés, réfuter victorieusement la calomnie ? Efforçons-nous de vivre d'une manière de plus en plus digne de notre vocation ; craignons, par nos chutes et par nos faiblesses, de donner prise aux attaques de nos adversaires ; en un mot, prenons garde de ne pas jeter de la défaveur sur ces saintes vérités qui nous sont aussi chères que la vie, et auxquelles nous espérons rester fidèles jusqu'à la mort.
III
Mais il est temps que nous passions à la troisième cause de la profonde. douleur que Paul éprouvait en écrivant notre texte. Cette cause, nous vous l'avons déjà dit, était LE SORT réservé aux faux frères de Philippes ; c'est ce que nous apprennent ces mots : Leur fin est la perdition. Entendez-vous, mes frères ! La fin des formalistes sera la perdition, - et j'ose ajouter, la pire des perditions. Oui, s'il y a en enfer des chaînes plus lourdes que les autres ; s'il y a des prisons plus sombres, des flammes plus brûlantes, des angoisses plus cruelles, des tourments plus intolérables, assurément ils seront le partage de ceux dont la profession de piété n'a été qu'un indigne mensonge !
En vérité, pour ma part, je préférerais mourir pécheur scandaleux, que chrétien hypocrite. Oh ! quel réveil que celui d'une âme qui, après avoir eu le bruit de vivre dans ce monde, est jetée avec les menteurs dans l'autre ; qui, après s'être élevée jusqu'aux cieux d'ici-bas, se voit abaissée jusqu'en enfer dans l'éternité !... Et plus le formaliste a réussi à se séduire lui-même, plus terrible sera son désillusionnement. Il avait pensé porter à ses lèvres la coupe pleine de délices du paradis, et au lieu de cela, il se voit condamné à boire jusqu'à la lie l'amer breuvage de l'enfer ! Il comptait entrer sans difficulté par les portes de la nouvelle Jérusalem, et voilà qu'il les trouve fermées ! Il s'imaginait que pour être admis dans la salle des noces, il lui suffirait de crier : Seigneur, Seigneur, et voilà qu'il entend prononcer contre lui, non pas simplement la malédiction générale adressée à la masse des pécheurs, mais cette sentence, mille fois plus terrible et plus amère, parce qu'elle est plus directe et plus personnelle . « Retirez-vous de moi, je ne vous ai jamais connu ! Quoique vous ayez mangé et bu en ma présence, quoique vous soyez entré dans mon sanctuaire, vous, êtes un étranger pour moi et je le suis pour vous ! »
- Mes frères, un tel sort, plus lugubre que le sépulcre, plus horrible. que l'enfer, plus désespérant que le désespoir, un tel sort deviendra inévitablement le partage de ces prétendus chrétiens qui ont leur ventre pour Dieu, qui mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion, et qui placent leurs affections dans les choses de la terre.
Et maintenant, permettez-moi, avant de finir, de répondre à diverses pensées que peut vous avoir suggérées ce que vous venez d'entendre. Si je ne me trompe, quelques-uns d'entre vous se disent en ce moment même : « Voilà, certes, un prédicateur qui n'épargne pas les Églises, et il a raison. Il leur a fait entendre de dures vérités. Quant à moi, je partage complètement son avis : ces gens qui font profession de piété, qui se donnent des airs de saints, sont tous des hypocrites et des imposteurs. Je l'ai toujours cru, il n'y en a pas un de sincère. » Arrêtez, mon ami. A Dieu ne plaise que j'aie dit rien de semblable à ce que vous avancez là ! je serais bien coupable si je l'avais fait. Il y a plus : je soutiens que le fait seul qu'il existe des hypocrites est une preuve irrécusable qu'il existe aussi des chrétiens sincères. « Comment cela ? » me répondez-vous. Eh ! c'est bien simple, mon cher auditeur. Croyez-vous qu'il y eût de faux billets de banque dans le monde s'il n'y en avait pas de bons ? Croyez-vous qu'on cherchât à mettre de la fausse monnaie en circulation, s'il n'y en avait de bon aloi ? Evidemment non. La contrefaçon présuppose nécessairement l'existence de là chose contrefaite. Si donc il n'existait pas de vraie piété, il n'y en aurait pas non plus de fausse. Et de même que c'est la valeur du billet de banque qui engage le faussaire à le reproduire, de même c'est l'excellence du caractère chrétien qui donne l'idée à certaines gens de l'imiter. N'ayant pas la réalité, ils veulent du moins avoir l'apparence ; n'étant pas de l'or pur, ils se plaquent de façon à en avoir l'air. Je le répète, et le plus simple bon sens suffit à nous le faire comprendre : puisqu'il y a de faux chrétiens il doit nécessairement y en avoir de véritables.
« Bien dit ! » pense peut-être un autre de mes auditeurs ; « oui, grâces à Dieu, il existe de sincères, de véritables chrétiens, et j'ai le bonheur d'être du nombre. Jamais, je n'ai eu ni doute ni crainte à cet égard; je sais que je suis un élu de Dieu, et quoique, il est vrai, je ne me conduise pas toujours, comme je pourrais le désirer, j'ose d'ire que si je ne vais pas au ciel, peu de personnes iront. Ainsi, prédicateur de l'Evangile, à d'autres tes avertissements ! Depuis plus de vingt ans je suis membre de l'Église ; depuis plus de dix j'ai l'honneur de siéger au conseil des anciens ; je jouis de la considération de mes frères : rien ne saurait ébranler ma confiance. Quant à mon voisin que voilà, c'est autre chose. Je crois qu'il fera bien de s'assurer de la réalité de sa conversion ; mais, encore une fois, pour ce qui me concerne, tout est bien je suis parfaitement tranquille. »
Ah ! mon cher auditeur, me pardonnerez-vous si je vous dis que votre excès d'assurance m'inspire les plus graves inquiétudes ? Si vous n'avez jamais eu de craintes sur la valeur de votre piété, je commence à en avoir ; si vous ne doutez pas quelquefois de vous-même, je ne puis que trembler ; car, vous le dirai-je ? j'ai observé que tous les enfants de Dieu sont d'une extrême méfiance à leur propre égard, et qu'ils craignent plus que qui que ce soit de se faire illusion. Jamais encore je n'ai rencontré un vrai croyant qui fût content de son état spirituel. Puis donc que vous vous déclarez si particulièrement satisfait du vôtre, excusez-moi, mais je ne puis en vérité apposer ma signature au certificat de piété que vous vous délivrez à vous-même. Il se peut que vous soyez très bon ; toutefois, souffrez que je vous conseille de vous examiner pour voir si vous êtes dans la foi, de peur qu'étant enflé dans votre sens charnel, vous ne tombiez dans les pièges du malin.
JAMAIS TROP sûr, est une devise qui convient parfaitement au chrétien. Etudiez-vous, tant qu'il vous plaira, à affermir votre vocation et votre élection; mais, de grâce, n'ayez jamais une trop haute, opinion de vous même, gardez-vous de la présomption. Combien d'hommes excellents à leurs propres yeux, qui sont des démons aux yeux de Dieu ! Combien d'âmes très pieuses dans l'opinion de l'Église, qui ne sont que souillure devant le Saint des saints! Que chacun de nous s'éprouve donc soi-même, et disons avec le Psalmiste : O Dieu fort ! sonde-moi et considère mon coeur ; regarde s'il y a en moi aucun mauvais dessein et conduis-moi par la voie du monde (Psa 134:34).
Mes bien-aimés, si les avertissements que vous venez d'entendre avaient pour résultat de faire naître en vous de telles pensées, de vous inspirer une semblable prière, je bénirais Dieu du fond de mon âme de m'avoir permis de vous les adresser.
Enfin, il y a sûrement ici quelques-uns de ces esprits légers et insouciants auxquels il importe peu, disent-ils, d'appartenir ou non à Christ. Ils comptent vivre comme par le passé dans l'oubli de Dieu, méprisant ses menaces et se moquant de son nom. Insensés et aveugles ! un jour viendra, sachez-le, où votre rire sera changé en pleurs, où vous sentirez le besoin de cette religion que vous dédaignez aujourd'hui ! A bord du vaisseau de la vie, naviguant sur une mer paisible, vous vous moquez à présent de la chaloupe de sauvetage ; mais attendez que la tempête gronde, et vous voudrez vous y précipiter à tout prix. Maintenant vous ne faites aucun cas, du Sauveur, parce qu'il vous semble que vous n'avez nul besoin de lui ; mais lorsque la mort se saisira de vous, lorsque viendra l'orage de la colère divine, - (retenez bien ceci, ô pécheurs !) - vous qui maintenant ne voulez pas prier Christ, vous hurlerez après lui ! vous qui maintenant refusez de l'appeler, vous le poursuivrez alors par vos cris de désespoir ! votre coeur qui maintenant n'éprouve aucun désir de le posséder, se pâmera après lui, dans une inexprimable angoisse, !...
Retournez, retournez ! convertissez-vous ; et pourquoi mourriez-vous, ô maison d'Israël.
O veuille le Seigneur vous amener à lui, et faire de vous ses sincères, ses véritables enfants, en sorte que votre fin ne soit pas la perdition, mais que vous soyez sauvés dès à présent, et sauvés pour l'éternité !
LA PREMIÈRE PRIÈRE DE SAINT PAUL
Car voilà, il prie (Actes IX, 11).
Le Seigneur a bien des manières d'éteindre la persécution. Jamais il ne souffrira que son Église soit vaincue par ses ennemis ou anéantie par ses adversaires ; et les moyens ne lui manquent pas pour détourner les coups des méchants, ou même, au besoin, pour renverser leurs desseins de fond en comble.
Parmi, ces moyens, il en est deux qu'il emploie d'ordinaire : il confond le persécuteur, ou bien, dans sa miséricorde, il le convertit. Tantôt le Dieu fort sème le trouble et la confusion dans le camp de ses ennemis, il frappe de vertige les enchanteurs et d'impuissance les magiciens ; à celui qui ose lui faire la guerre, il permet de courir à sa perte ; puis il jette un regard de triomphante dérision sur le misérable insensé qui avait espéré de dire Aha (Psa 35:21) à l'Eglise de Dieu. Mais parfois aussi il convertit le persécuteur ; d'un antagoniste déclaré, il se fait un ami ; d'un fougueux adversaire de l'Evangile, il fait un ardent soldat de la croix.
Du sein des ténèbres, il tire la lumière ; de celui qui dévorait, il fait sortir le miel ; des coeurs les plus durs, il suscite des enfants à Abraham. Tel fut le cas de Saul de Tarse. Un fanatique plus exalté ne saurait se concevoir. Le sang du fidèle Etienne avait rejailli sur lui ; car si complaisante, si officieuse était sa cruauté, que tandis qu'on lapidait le premier martyr, il gardait les vêtements de ses bourreaux.
Vivant à Jérusalem, élève dans la savante école de Gamaliel, Saul se trouvait journellement en contact avec les disciples de l'Homme de Nazareth. En rencontrait-il dans les rues, il les insultait et les couvrait d'injures ; bien plus; : il obtint contre eux des mandats d'arrêt et les fit mettre à mort. Et maintenant, pareil à une bête féroce qui a goûté le sang, le jeune Pharisien ne respire plus que carnage ; sa fureur est à son comble ; et, pour couronner dignement son oeuvre homicide, il part pour Damas, afin de se saisir de tous les chrétiens, soit hommes, soit femmes, qu'il trouvera dans cette ville ; il les amènera liés à Jérusalem, et assouvira la soif sanguinaire qui le dévore, en leur faisant subir la peine due, suivant lui, à leur abominable hérésie. Mais, ô merveille de la puissance de Dieu ! Jésus arrête ce forcené dans sa course insensée. Juste au moment où, la lance en arrêt, il va fondre sur Christ, Christ le rencontre, le terrasse, le renverse, puis lui adresse, cette question : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Ensuite, ce charitable Sauveur daigne lui ôter son coeur rebelle ; il lui donne un nouveau coeur et un esprit droit, - change complètement ses vues et ses projets, - le conduit à Damas, - le tient prosterné à ses pieds pendant trois nuits et trois jours, - parle à son âme, - lui fait entendre des sons mystiques, des paroles ineffables, embrase son coeur tout entier de la sainte flamme de l'amour ; et lorsque enfin le futur Apôtre des Gentils, sortant de sa longue extase, commence à prier, Jésus descend aussitôt du ciel, apparaît en vision à Ananias, et lui dit : « Lève-toi, et t'en va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse ; CAR VOILA, IL PRIE. »
Ces dernières paroles, mes frères, sont d'abord L'ANNONCE D'UN FAIT DE HAUTE IMPORTANCE : « Voilà, il prie ! » et, en second lieu, UN ARGUMENT présenté par le Seigneur à Ananias : « Car voilà, il prie. » - Je me propose de considérer tour à tour mon texte sous ces deux aspects ; ensuite j'essaierai d'en faire L'APPLICATION à vos coeurs : il est vrai, qu'à bien parler, Dieu seul peut accomplir cette dernière tâche: ; toutefois, j'ose espérer qu'il voudra bien se servir de la prédication de ce jour, pour vous disposer à recevoir les instructions que sa Parole va vous donner. Je le répète, ces mots du seigneur à Ananias « Va et cherche un nommé Saul, de Tarse, car voilà, il prie », étaient L'ANNONCE: D'UN FAIT DE HAUTE IMPORTANCE. Et remarquez, en premier lieu, que ce fait était connu de Dieu lui-même. Saul fut conduit par l'influence de l'Esprit saint à désirer la grâce divine ; et du moment qu'il commença à prier, Dieu commença à écouter sa voix.
N'avez-vous point été frappés, mes chers amis; en lisant les paroles du Seigneur à Ananias, des détails si minutieux dans lesquels il entre relativement à Saul ? Evidemment celui-ci était l'objet de son intérêt tout particulier. Jésus connaît la rue où il loge : « Va dans la rue appelée la Droite. » Il connaît la maison où il habite : « Cherche dans la maison de Judas. » Il sait son nom, il sait même de quel pays il est originaire : « Cherche un nommé Saul, de Tarse. » Enfin, il sait qu'il est présentement en prière : « Voilà, il prie. »
- Oh ! qu'elle est réjouissante: la pensée que Dieu s'occupe ainsi avec la plus tendre sollicitude de toute âme qui s'approche de lui ! Voici un pauvre pécheur, contrit et humilié; il se retire dans la solitude de sa chambre, il fléchit le genou devant Dieu ; l'angoisse de son coeur brisé ne se traduit peut-être que par des larmes et des soupirs... Mais, ô prodige ! ces soupirs de contrition ont fait vibrer toutes les harpes du paradis ! ces larmes de repentir ont été recueillies par le Seigneur et seront conservées à toujours dans l'urne lacrymatoire du ciel !
Le plus humble suppliant, celui-là même qui n'ose formuler une requête, est compris par le Très-Haut. Il peut n'offrir à Dieu qu'une larme furtive, qu'une larme timide, mais qu'importe ? une larme n'est-elle pas souvent la plus éloquente des prières ? Les larmes d'une sincère pénitence sont les diamants du ciel. Les gémissements de coeurs humiliés viennent se joindre, comme autant de notes mélodieuses, à la sublime harmonie qui retentit nuit et jour devant le trône de Jéhovah. Oh ! mes bien-aimés, ne comprenez-vous pas tout ce qu'il y a de doux et d'encourageant dans la pensée que Dieu prend garde aux prières des fils des hommes ! Peut-être quelques-uns de vous se sont-ils, dit plus d'une fois : « Sûrement, je suis un être trop insignifiant, trop coupable et trop vil pour que Dieu daignât faire attention à moi, alors même que j'essaierais de chercher sa face. » Mes amis, chassez loin de vous des idées aussi impies, - aussi païennes, dirai-je. Notre Dieu n'est pas un Dieu qui vit plongé dans un songe perpétuel, ou qui s'enveloppe d'épaisses ténèbres en sorte qu'il ne puisse voir. Il n'est pas comme Bahal, qui n'entend point. « Il se peut,, il est vrai, que les batailles, le tumulte de ce monde le laissent indifférent ; il ne se soucie ni de la pompe ni du fastueux étalage des rois ; il ne prête point l'oreille aux bruyantes fanfares de la musique guerrière, et détourne ses yeux des scènes de triomphe et de gloire humaine.
Mais partout où un coeur souffre et gémit ; partout où un oeil s'élève au ciel, voilé de pleurs ; partout où des lèvres tremblantes murmurent une prière ; partout où retentit un amer soupir ou un sanglot de componction, - là Jéhovah prend plaisir à regarder. Il s'approche ; il prête l'oreille ; il inscrit les prières de l'âme pénitente dans un registre ; il les dépose, comme des fleurs sèches, dans son livre de mémoire, et quand, au dernier jour, le livre sera ouvert, il s'en exhalera un suave parfum. - Aie donc bon courage, pauvre pécheur qui te repens ! Fusses-tu même le plus indigne, le plus vil des criminels, le Seigneur entend ta requête; et il dit de toi ce qu'autrefois il disait de Saul, de Tarse : « Voilà, il prie ! »
Où as-tu prié ce matin, mon frère ? Est-ce dans une grange ? ou dans ton cabinet ? ou à côté de ton lit ? ou bien peut-être dans ce lieu de culte ? Je ne sais, mais Dieu le sait ! - Et à présent encore ton oeil humide ne s'élève-t-il pas vers le ciel ? Dis, pauvre coeur troublé, n'entends-je pas sortir de tes lèvres, en cet instant même, ce cri d'angoisse : « O Dieu, sois apaisé envers moi qui suis pécheur ? » S'il en est ainsi, mon frère; sois-en certain, Dieu a déjà ouï ta voix.
- Qui n'admirerait la merveilleuse célérité avec laquelle le fluide électrique transmet les messages que l'homme lui confie ? Et pourtant la Parole de mon Dieu me fait connaître un moyen de communication qui dépasse infiniment en vitesse l'électricité même c'est la prière : « AVANT qu'ils crient, je les exaucerai, a dit l"Eternel, et LORSQU'ILS PARLERONT ENCORE, je les aurai déjà entendus (Esaïe, 55: 24). . » Paul éprouva la vérité de, cette glorieuse promesse; et toi de même, n'en doute pas, ô pécheur, tu es entendu par Celui qui est assis sur le trône.
Mais le fait annoncé dans mon texte n'était pas seulement connu de Dieu ; il était encore, sans, nul doute, le sujet d'une grande joie dans le ciel. « Voilà ! dit Jésus, il prie ! » Ne sent-on pas que cette parole du Sauveur était un cri d'allégresse ? Une seule fois nous lisons dans l'Evangile que Jésus tressaillit de joie dans son esprit ce fut lorsque, élevant les yeux, il dit : « Je te loue, ô père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les a révélées aux enfants ! Oui, mon Père, cela est ainsi parce que tu l'as trouvé bon. »
Et à présent encore, rien ne réjouit le Pasteur de nos âmes comme de voir ses brebis entrer dans son paisible bercail ; il triomphe en esprit lorsqu'une pauvre âme égarée en franchit le seuil. Oh ! sûrement un sourire, tel qu'il n'en existe qu'en paradis, dut illuminer le visage de Jésus, quand il put dire à Ananias : « Voilà, . j'ai gagné le coeur de mon ennemi, j'ai sauvé mon persécuteur ; dans ce moment même, il fléchit le genou devant mon marchepied : voilà, il prie ! » Jésus avait plus de joie pour cette brebis perdue et retrouvée que pour quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne s'étaient point égarées. - Mais il n'était pas le seul à se réjouir; les anges partageaient son allégresse. Si la voix de Jésus dirigeait le chant, tous les esprits célestes s'y joignaient d'un même coeur.
Lorsqu'un élu de Dieu naît sur la terre, incontinent les anges entourent son berceau. Il grandit, il se développe, et le péché se développe avec lui. Il s'engage dans les sentiers de l'iniquité ; son ange l'y suit ; il s'attache à ses pas, il contemple avec tristesse ses égarements ; une larme brille dans son regard quand celui qu'il aime offense Dieu. Mais finalement cette âme est conduite à écouter l'Evangile. L'ange l'observe avec bonheur ; il veille, il attend. Bientôt la Parole de Dieu pénètre dans la conscience du pécheur ; le voilà qui pleure et qui enfin murmure : « Seigneur, prends pitié de moi ! » Et soudain, l'ange déploie ses ailes , il remonte en hâte vers les cieux. « Anges frères, écoutez tous ! s'écrie-t-il avec transport ; je vous apporte une bonne nouvelle : Voilà, il prie, il prie ! Alors l'armée céleste éclate en chants de louanges ; il y a fête dans le séjour de la gloire ; les voûtes du ciel retentissent de cris de triomphe, car en vérité, je vous dis qu'il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui s'amende (Luc 15: 10).
Et outre les anges, mes chers amis, il se peut qu'il y ait dans le ciel d'autres esprits qui se réjouissent de la conversion des pécheurs. Je veux parler des esprits des justes arrivés à la perfection, de ceux qui nous ont aimés ici-bas et qui nous ont devancés dans l'éternel repos. Pour ma part, je ne compte que peu de parents dans le ciel, mais j'y ai une vénérable aïeule que je chéris tendrement et qui m'entoura de soins et d'affection pendant une partie de mon enfance. Quand elle était sur la terre, elle priait pour moi; et il me semble que des demeures éternelles où elle fut soudainement introduite, elle a dû suivre, du regard son petit-fils bien-aimé à mesure qu'il avançait dans la vie. Lorsqu'elle l'a vu cheminant dans les voies du péché et de la folie, assurément elle n'a pu éprouver de la douleur - car il n'y a point de larmes dans les yeux des saints glorifiés ; - ni même du regret - car un tel sentiment est inconnu devant le trône de Dieu : toutefois, quand vint l'heure bénie, où, par un effet de la grâce souveraine, je fus contraint à prier ; où, seul en face de Dieu, je me prosternai et luttai avec lui, alors, oh ! alors, ne passa-t-il pas sur son visage béatifié comme un éclair, d'une joie nouvelle, et ne dut-elle pas, elle aussi, s'écrier avec ravissement : « Voilà, il prie, il prie ? » Il lui sembla en cet instant, j'imagine, qu'elle jouissait d'une double portion de félicité ; elle crut posséder deux ciels, - un en moi et un en elle-même.
- Et toi, mon jeune auditeur, n'as-tu pas aussi un être aimé dans la gloire ? Ta mère peut-être parcourt à cette heure les rues pavées d'or du paradis ; peut-être te regarde-t-elle à l'instant où je te parle. Enfant, elle t'a nourri de son lait, elle t'a porté sur son sein, elle t'a consacré à Jésus-Christ. Du ciel où elle est maintenant, elle te contemple avec ce degré d'intense anxiété qui est compatible avec le bonheur. Parle, jeune homme, que se passe-t-il dans ton âme, ? Entends-tu la voix de Christ, qui te dit au moyen de son Esprit : « Venez à moi ? » Verses-tu des larmes d'une vraie repentance ? Oh ! s'il en est ainsi, je me représente ta mère répétant, à son tour, le coeur débordant de béatitude : « Il prie, il prie ! » Je la vois qui s'incline une fois de plus devant le trône de Dieu, en lui disant, avec l'accent d'une indicible reconnaissance: « Je te rends grâces, ô toi, Etre tout bon, de ce que l'enfant que tu m'avais donné sur la terre, est devenu ton enfant pour l'éternité ! »
Mais s'il est dans le ciel des saints glorifiés qui plus que tous les autres saluent avec joie la conversion des pécheurs, sans contredit ce doit être ceux qui furent ici-bas de fidèles, de véritables ministres du Seigneur. Oh ! mes chers amis, vous ne pouvez savoir combien un véritable ministre de Dieu aime vos âmes! Peut-être pensez-vous que c'est chose facile de monter en chaire et de prononcer un sermon. Si c'était là tout, Dieu sait qu'en effet notre tâche nous semblerait bien aisée ; mais lorsque nous vous voyons devant nous, et que nous songeons que de nos paroles dépendent en quelque mesure votre salut ou votre perdition éternelle ; - lorsque nous réfléchissons que si nous sommes es sentinelles infidèles, Dieu redemandera votre sang de nos mains ; - lorsque nous pensons aux centaines, aux milliers d'âmes qui nous ont déjà entendus et auxquelles peut-être nous avons souvent parlé comme nous n'aurions pas dû le faire; - quand, dis-je, nous nous souvenons de ces choses, oh ! bon Dieu ! notre âme est saisie de frayeur, nous frémissons et nous tremblons !...
Luther avait coutume de dire qu'il pouvait affronter sans crainte ses ennemis, mais que jamais il ne montait en chaire sans que ses genoux se heurtassent l'un contre l'autre. Ah ! mes frères, sachez-le, la prédication de l'Evangile n'est pas un jeu d'enfant. Ce n'est point une chose qui se puisse accomplir sans préparation ou sans anxiété : c'est au contraire une tâche solennelle, une tâche terrible, lorsqu'on l'envisage dans ses rapports avec l'éternité. Si vous saviez comme le serviteur de Christ prie pour vous ! Allez écouter le dimanche soir sous la fenêtre de son cabinet ; vous l'entendrez gémir amèrement, parce que sa parole n'a pas été plus fidèle ; vous l'entendrez criant à Dieu, dans l'angoisse de son coeur : « Qui a cru à notre prédication, et à qui le bras de l'Eternel a-t-il été révélé ?... »
Mes bien-aimés, quand nous voyons une âme parvenir à la connaissance du Seigneur, nous éprouvons un sentiment que je ne saurais mieux comparer qu'à celui d'une personne qui aurait sauvé un de ses semblables sur le point de se noyer. Voyez ce malheureux qui se débat contre les flots ; il enfonce, il disparaît, il va périr ! Mais à ce moment, je m'élance à son secours, je le saisis d'une main ferme je nage avec lui vers la terre, je le dépose sur le rivage. Le médecin arrive; il l'examine, le touche, mais il secoue la tête et dit « Je crains qu'il n'ait cessé de vivre. » Oh! alors avec quelle anxiété je me penche sur cet homme que j'ai essayé d'arracher à la mort ! Comme mon coeur bat avec force tandis que je place mon oreille sur sa poitrine et devant sa bouche !... A la fin, je m'écrie : « Il respire ! il respire ! il est sauvé ! »
Quelle douceur dans cette pensée ! Combien je me sens heureux. Ainsi en est-il de tout fidèle ministre de Christ. Dès qu'il s'aperçoit qu'une âme de son troupeau commence à prier, il se dit avec une sainte émotion : « Elle respire, elle n'est pas morte; elle est vivante ! » Et il peut tenir ce langage en toute assurance, car une âme qui prie réellement montre par là qu'elle n'est plus morte dans ses fautes et dans ses péchés, mais qu'elle a été vivifiée par la puissance de l'Esprit. Or, si le salut des pécheurs cause dès ici-bas au prédicateur de l'Evangile une joie à nulle autre pareille, que sera-ce, je le demande, si des tabernacles célestes il lui est donné de voir une âme qu'il a disputée à la mort éternelle prosternée devant Dieu ? Oh ! sûrement son coeur bondira au-dedans de lui ; il frappera des mains en signe de réjouissance quand il pourra s'écrier : « Voilà, le Seigneur me donne un fils ! Voilà, il prie ! »
Observez encore, mes frères, que l'événement dont parle mon texte, - sujet de joie auprès de Dieu, - était un sujet d'étonnement sur la terre. Je me représente Ananias élevant ses mains jointes vers le ciel, au comble de la stupéfaction. Oh ! mon Seigneur, dut-il :dire, est-ce bien possible ? Saul de Tarse serait-il en prière ? Il n'est pas un homme dans le monde que je me fusse moins attendu à voir invoquer ton nom. »
Je ne sais ce qui en est de mes collègues dans le ministère, mais quant à moi, je l'avoue, j'éprouve fort souvent des impressions analogues à celles que ressentit Ananias dans cette circonstance. Ainsi, par exemple, il m'arrive quelquefois de regarder avec satisfaction tels ou tels de mes auditeurs et de me dire : « Voilà des personnes bien disposées ; je crois que je les gagnerai ; certainement une bonne oeuvre se poursuit en elles, et bientôt je les entendrai raconter ce que le Seigneur a fait pour leurs âmes. » Toutefois, au bout de quelque temps, je ne vois plus ces personnes ; elles disparaissent de nos saintes assemblées, elles retournent vers le monde. Que fait alors mon bon Maître ? Au lieu de ces âmes sur lesquelles je comptais, il m'en envoie dont je n'espérais rien ; il convertit un homme perdu de moeurs, un pécheur scandaleux peut-être, à la louange de la gloire de sa grâce. Alors c'est à mon tour de lever mes mains en haut, disant comme Ananias : « Seigneur, est-il bien possible ?... »
Je me rappelle un fait de cette nature qui s'est accompli il y a peu de temps. Un marin d'une soixantaine d'années entra un dimanche dans une chapelle. C'était un homme qui avait vieilli dans le vice ; il était adonné à la boisson et semblait trouver une jouissance particulière à prononcer des imprécations et des blasphèmes. Le prédicateur avait choisi pour texte de son discours cette portion de l'Evangile qui nous montre Jésus pleurant sur Jérusalem. Le marin écoute, et bientôt il se demande: « Quoi, se pourrait-il que Jésus-Christ eut pleuré sur un misérable tel que moi ? » Il se sentait si indigne qu'il n'osait croire à tant d'amour. Cependant, à l'issue du service, il va trouver le ministre : « - Monsieur, lui dit-il, voilà soixante ans que je navigue sous le pavillon du diable : il est temps que je change de patron. Je voudrais couler bas le vieux navire et m'embarquer à bord d'un nouveau, où j'arborerai pour toujours les couleurs du Prince Emmanuel. Et à partir de ce moment, cet homme devint un homme de prières, marchant en toute intégrité devant Dieu !
- C'est ainsi, mes frères, que Dieu choisit souvent les derniers des pécheurs pour en faire des monuments de sa grâce. II semble se plaire à déjouer nos prévisions. Parfois, il passe à côté d'un diamant sans y prendre garde, et il ramasse le caillou du chemin. De pierres de nulle valeur, il fait naître des enfants à Abraham. Le Seigneur est plus habile que le plus habile chimiste ; car non seulement il sait raffiner l'or, mais il transforme en or fin un vil métal. Il prend les êtres les plus souillés, les plus méprisables, et les façonne en héritiers du ciel. Ils sont pécheurs et il les nettoie ; ils sont impurs et il les sanctifie.
Oui, étonnante, merveilleuse, était la conversion de Saul de Tarse ; mais, à tout prendre, mes bien-aimés, votre conversion ou la mienne sont-elles donc moins étonnantes ? Si on vous eût dit, il y a quelques années, que vous vous joindriez à une Eglise et que vous seriez comptés au nombre des enfants de Dieu, qu'auriez-vous répondu, je vous le demande ? « Impossible ! absurde ! vous seriez-vous écriés ; nous, devenir méthodistes ? non, jamais ! Qu'avons-nous à faire de la religion ? Nous voulons continuer à penser et à agir, comme bon nous semble. » N'est-ce pas là, mes amis, le langage que vous et moi aurions tenu? Comment donc se fait-il que nous soyons aujourd'hui ce que nous sommes ? Lorsque nous réfléchissons à la transformation complète qui, s'est opérée en nous, ne nous paraît-il pas que nous rêvons ? Dieu a laissé bien des membres de nos familles qui valaient mieux que nous, et pourquoi nous a-t-il choisis ? Oh ! n'est-ce pas une chose étrange, une chose inouïe ? Et ne pourrions-nous pas, comme Ananias, nous écrier, avec un geste d'étonnement : « Voilà, c'est un miracle sur la terre ! c'est un prodige dans le ciel ! »
Enfin remarquez, mes chers auditeurs, que le fait exprimé par ces simples mots : « Voilà, il prie », était sans précédent dans la vie de saint Paul. Il est vrai que le jeune Pharisien avait eu coutume de monter régulièrement au temple deux fois le jour, à l'heure de la prière. L'y eussiez-vous accompagné, vous l'auriez entendu très certainement prononcer d'éloquentes oraisons, dans le genre de celles-ci : « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes je ne suis ni un ravisseur ni un péager ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède (Luc 18: 11,12). » Oh ! oui, sans nul doute, vous l'auriez entendu haranguer le Seigneur en termes pompeux et magnifiques. Néanmoins, il est dit expressément dans mon texte, : « Voilà, il prie. » Eh.. quoi ! Saul n'avait-il donc jamais prié auparavant ? Non, mes frères, jamais. Le culte qu'il avait offert à Dieu pendant toute sa vie ne comptait pour rien : par le fait, ce n'était pas un culte.
J'ai ouï raconter qu'un vieillard auquel on avait enseigné dans son enfance à dire à Dieu : « Seigneur, je te prie de bénir mon père et ma mère », continua à répéter machinalement ces mêmes paroles pendant soixante-dix années de sa vie, c'est-à-dire bien longtemps après que ses parents furent morts. Au bout de ce temps, il plut à Dieu, dans son infinie miséricorde, de toucher le coeur de ce vieillard : il reconnut son inconcevable aveuglement ; il comprit que malgré son attachement routinier à certaines formes, il ne s'était jamais sérieusement approché de Dieu : il avait récité prières sur prières, mais jamais il n'avait prié,
- Il en était de même de Saul. Le culte qu'il avait rendu à Dieu n'avait été qu'une dérision ; ses longues prières, que vaines redites. Mais enfin, de son cœur humilié s'échappe une sincère invocation, et c'est alors que Jésus lui rend ce témoignage : « Voilà, il prie ! »
Voyez-vous cet homme qui essaie d'obtenir une audience de son Créateur ? Il dépose une pétition en vers latins au pied du trône du Tout-Puissant ; mais Dieu. reste impassible il s'enveloppe dans une calme indifférence. Alors le suppliant s'y prend, d'une autre manière ; il se procure un livre, et, s'agenouillant de nouveau, il lit la plus belle, la plus vénérable, la meilleure des prières qui ait jamais été composée ; mais le Très-Haut ne prend point garde à ce froid et creux formalisme. A la fin, le pauvre pécheur jette le livre de côté, oublie son latin, et s'écrie avec larmes : « O Seigneur, écoute-moi pour l'amour de Christ ! » Aussitôt Dieu répond : « Je t'écoute, pauvre âme angoissée ; j'ai entendu ta voix ; voilà la grâce que tu cherchais. »
- Mieux vaut une seule prière sentie que dix mille prières formalistes ; mieux vaut un simple élan de l'âme que les plus sublimes formules des livres. Toute prière qui ne part que des lèvres ou de l'intelligence est en abomination devant Dieu ; celles-là seules qui jaillissent du plus profond du coeur lui sont agréables. Ah ! mes chers auditeurs, vous le dirai-je, au risque de vous scandaliser ? Je crains qu'il n'y ait parmi vous des centaines d'âmes qui n'ont pas réellement prié une seule fois dans leur vie..... Et que comptez-vous faire, je vous le demande, quand il vous faudra mourir ? Pensez-vous entrer au ciel sans prière ? Funeste illusion ! On l'a dit : « La prière est le mot d'ordre du chrétien mourant » ; si donc, ce mot d'ordre, vous ne le possédez pas, vous serez bannis pour toujours de la présence de Dieu.
II
Mais, comme je l'ai dit en commençant, si mon texte est l'annonce d'une grande nouvelle, il est aussi UN ARGUMENT présenté par le Seigneur à Ananias. - Et d'abord c'était un argument bien propre à rassurer Ananias. Naturellement, la mission qui lui était confiée inspirait à celui-ci des inquiétudes pour sa sûreté personnelle ; il lui semblait qu'en allant vers Saul, il se jetait, pour ainsi dire, dans la caverne d'un lion. « Certainement, pensait-il, puisque je suis un disciple de Christ, Saul de Tarse se saisira de moi et m'amènera à Jérusalem. » Alors voici, le Seigneur lui dit : « Il prie l » et à l'instant toute appréhension s'évanouit de son coeur. « Cela suffit, Seigneur, dut-il répondre avec joie ; si Saul prie, je n'ai rien à craindre. »
- Et vous de même, mes chers auditeurs, soyez assurés que vous n'avez rien à craindre d'un homme de prières. Je ne sais comment expliquer ce fait, mais il est positif que les incrédules mêmes entourent le fidèle chrétien d'une certaine vénération. Un maître impie aime pourtant à avoir à son service un domestique pieux ; tout en méprisant la religion pour lui-même, il l'estime dans son serviteur, et, s'il prie, il lui accordera une confiance particulière. Il est vrai que de nos jours, hélas ! il est des gens qui se font passer pour des hommes de prière et dont la conduite prouve que leurs prétentions ne sont que feinte et mensonge. Il va sans dire que je ne parle point de ceux-là : mais quant aux âmes qui prient dans le vrai sens du mot, ne craignez pas, je le répète, de placer en elles une confiance sans bornes.
Qui s'entretient avec Dieu en secret, se conduit droitement en public. Qui s'approche souvent du trône de la grâce, offre toute garantie. Il me souvient d'avoir entendu raconter un fait qui confirme ce que j'avance d'une manière bien remarquable. Deux touristes parcouraient ensemble les montagnes de la Suisse. A la nuit tombante, ils se trouvèrent au milieu d'une forêt, où ils ne tardèrent pas à apercevoir une petite hôtellerie, d'assez triste apparence. L'un des voyageurs, incrédule déclaré, dit à son compagnon qui était chrétien : - « L'aspect de cette maison ne me plaît pas ; je crois qu'il serait imprudent de nous y arrêter. - Entrons toujours, répliqua l'autre ; nous verrons mieux ce qui en est. » Ils y entrèrent en effet ; mais l'intérieur de la maison leur sembla non moins suspect que l'extérieur. Leur malaise allait croissant, quant tout à coup le maître du logis leur dit : « Messieurs, j'ai l'habitude de lire la Bible et de prier chaque soir avec ma famille ; me permettez-vous d'accomplir aujourd'hui cet acte de dévotion en votre présence ? - Certainement; avec le plus grand plaisir ! » s'écrièrent les voyageurs.
Après le culte, chacun gagna sa chambre. « Je suis complètement rassuré », dit tout bas l'incrédule à son compagnon. - Pourquoi cela ? demanda celui-ci. - Parce que notre hôte a prié. - Ah ! il paraît, repartit le chrétien, qu'après tout vous faites quelque cas de la religion : parce qu'un homme prie, vous pouvez dormir tranquille chez lui. » - Et bien doux fut cette nuit-là le sommeil des deux voyageurs ; car ils sentaient que dans une maison qui avait pour toit la prière et pour murailles la piété, aucun être humain ne pouvait songer à leur nuire.
- Vous le voyez, mes frères, il n'était pas d'argument plus propre à apaiser les craintes d'Ananias que celui exprimé par ces simples mots : Voilà, il prie. Mais il y a plus. Ces paroles étaient encore un argument tout-puissant en faveur de la sincérité de Paul. La prière particulière est, sans contredit, la meilleure pierre de touche d'une sincère piété.
Si Jésus avait dit à Ananias : « Voilà, Saul prêche », Ananias aurait été en droit de répondre : « Seigneur, il peut prêcher, tout en n'étant qu'un hypocrite. » Si Jésus avait dit : « Voilà, il assiste à une. assemblée de l'Eglise », Ananias aurait pu répliquer : « Seigneur, il peut s'y être glissé comme un loup en habits de brebis. » Mais au lieu de cela, que lui dit son Maître ? « Voilà, Saul prie. » Dès lors, Ananias est convaincu de la sincérité du nouveau converti. - Et aujourd'hui comme alors, mes chers amis, la prière secrète, la prière individuelle est la plus sûre garantie de la sincérité d'une âme.
Pour ma part, lors qu'un jeune chrétien vient me consulter au sujet de son état spirituel, et qu'il m'entretient de ce qu'il sent et de ce qu'il fait, le plus souvent je coupe court à la conversation en lui disant : « Agenouillez-vous et priez. » D'ordinaire il s'excuse, mais j'insiste. Enfin, il se prosterne, il gémit, il pleure ; les paroles lui manquent, et ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'il parvient à balbutier d'une voix tremblante : « Seigneur, aie pitié de moi, qui suis le plus grand des pécheurs ! » Les impressions religieuses de mon jeune frère m'inspirera déjà plus de confiance ; mais si je pouvais l'accompagner chez lui, s'il m'était donné de le voir prosterné dans la solitude et répandant son âme devant Dieu, oh ! c'est alors que je me sentirais sûr qu'une bonne oeuvre est commencée en lui, - car celui-là est un vrai chrétien qui prie en particulier.
Le fait seul que vous lisez chaque jour dans un livre de dévotion ne prouve pas le moins du monde que vous soyez un enfant de Dieu ; mais, je le répète, si, dans le secret de votre cabinet, vous priez de tout votre coeur, on peut dire, sans crainte de se tromper, que votre piété est sincère. Un peu de sincère piété vaut mieux que des montagnes de formalisme. La piété du chez soi est la meilleure piété ; la prière secrète est la meilleure prière.
De deux choses l'une : ou la prière vous fera renoncer au péché, ou le péché vous fera renoncer à la prière. - Mais l'on peut se tromper soi-même, tout en étant sincère ; Paul ne se trompait pas; et la preuve, c'est que le Seigneur pouvait dire de lui : « Voilà, il prie. »
La prière du coeur, en effet, témoigne de la réalité de notre conversion aussi bien que de notre sincérité. S'il me fallait résumer toute la religion chrétienne en un seul, mot, je n'en choisirais pas d'autre que celui-ci : La prière. Si l'on me demandait ce qui constitue, à mon avis, l'essence même de la vie chrétienne, je répondrais encore : La prière. Il faut nécessairement que l'âme ait été convaincue de son péché avant d'avoir pu prier ; il faut qu'elle ait eu quelque espérance de pardon avant d'avoir osé s'approcher de Dieu. Par le fait, dans la prière sont renfermées toutes les expériences, toutes les vertus du chrétien. Dites moi seulement, mon cher auditeur, que vous êtes un homme de prière, et je vous répondrai aussitôt : « Dans ce cas, je n'ai aucun doute ni sur la réalité ni sur la sincérité de votre religion. »
Une dernière remarque avant de quitter cette partie de notre sujet. Les paroles que nous méditons étaient encore un argument qui établissait de la manière la plus concluante l'élection de Paul. C'est ce que nous montrent clairement les paroles qui suivent celles de mon texte : « Cet homme est un instrument que j'ai choisi », ( Ou, selon d'autres versions, un vaisseau d'élite.)
- Je connais beaucoup de personnes pour qui la doctrine de l'élection est un sujet de perpétuel tourment ; souvent même il m'arrive de recevoir des lettres où l'on me prend à partie, parce que je prêche cette doctrine. Voici la seule réponse que j'aie à faire à cet égard. L'élection est une vérité enseignée dans la Bible, si elle vous déplaît, allez demander à mon Maître pourquoi il l'y a mise: quant à moi, je n'y puis rien. Je ne suis qu'un serviteur, et je ne fais que vous rapporter ce que j'ai reçu d'en haut. Si j'étais au service d'un maître de la terre, je n'oserais altérer le message qu'il m'aurait confié: il se trouve que je suis un ambassadeur du ciel, et malheur à moi si je ne vous transmettais pas fidèlement le message du Seigneur ! Que si vous trouvez à redire à ce message, encore une fois, je n'y puis rien : adressez-vous à qui de droit.
« Mais, dira quelqu'un, comment puis-je savoir si j'ai été choisi de Dieu ? Je crains de ne pas être au nombre des élus. » - Pour te répondre, mon cher auditeur, permets-moi de te poser à mon tour quelques questions. Pries-tu ? Si l'on peut dire de toi : « Voilà, il prie », certainement on peut aussi ajouter : « Voilà un instrument choisi de Dieu. » - As-tu la foi ? Si tu l'as, tu es un élu. Tels sont les signes de l'élection. Si tu ne possèdes, ni foi ni esprit de prière, tu n'as aucune raison de penser que tu fais partie du peuple particulier de Dieu.
Mais gémis-tu de ne pas croire encore ? Souhaites-tu d'aimer Christ ? Y a-t-il dans ton cœur - je ne dis pas un désir - mais la millième partie d'un désir de t'approcher de Jésus ? Et ce désir, tout faible qu'il est, te porte-t-il à crier à Dieu avec ferveur et avec larmes ? S'il en est ainsi, ô mon frère, rassure-toi ; ne crains pas de ne pas être un élu ; car de même que la prière de Paul était une marque certaine de son élection, de même quiconque s'adresse à Dieu avec sincérité, prouve par là qu'il a été élu avant la création du monde, afin qu'il fût saint et irrépréhensible devant Christ, par la charité. (Eph 1:4).
III
Venons-en maintenant à L'APPLICATION. Je regrette, mes chers amis, de ne pouvoir traiter convenablement un sujet aussi sérieux ; toutefois, je me console dans la pensée que mon glorieux Maître demande à chacun selon ce qu'il a et non selon ce qu'il n'a pas. Je suis profondément pénétré du sentiment de mon impuissance ; je sais que je ne pourrai parler à vos consciences d'une manière aussi solennelle que je devrais le faire ; quoi qu'il en soit, mon droit est auprès de l'Éternel, et mon oeuvre est auprès de mon Dieu, et au dernier jour, il sera manifesté que si je n'ai pas mieux rempli les devoir de mon ministère, j'ai failli par faiblesse ou par erreur, mais non par un manque de cordiale affection pour vos âmes.
Et d'abord je m'adresserai à mes frères dans la foi.
Ne voyez-vous pas, mes bien-aimés, leur dirai-je, qu'un esprit de véritable et fervente dévotion est le plus sûr indice que nous sommes de fils de Dieu ? Cela étant, ne s'ensuit-il pas tout naturellement que plus nous persévérerons dans la prière, plus nous jouirons de l'assurance de notre salut ? Peut-être quelques-uns de vous ont-ils perdu dernièrement cette glorieuse assurance et la paix qui en découle ; ils ne savent plus s'ils sont, oui ou non, des enfants de Dieu leurs âmes sont remplies de ténèbres. Mes frères, voulez-vous savoir où vous avez perdu le témoignage de votre adoption ? Je vais vous le dire : c'est dans votre cabinet. Toutes les fois qu'il y a affaiblissement de vie spirituelle chez un chrétien, soyez sûrs que le mal a commencé là, et pas ailleurs. Je vous parle, hélas ! d'après mon expérience. Souvent je me suis éloigné de D | |||||