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+LES LIVRES Les leçons de Marie Mère de Jésus (Gaston Racine)
Les leçons de Marie Mère de Jésus
"Les leçons de Marie, mère de Jésus," ont été présentées une première fois sous forme d’études bibliques, à la Convention Chrétienne de Morges (Suisse), en 1955.
L’année suivante, elles furent données à Nice, en trois Conférences, à un public très différent.
L’intérêt suscité par ces messages nous a conduits à publier dans cet opuscule l’essentiel de nos méditations sur celle que le Christ mourant donnait pour mère au disciple qu’Il aimait.
À une heure où notre jeunesse se passionne de plus en plus pour des vedettes qui, trop souvent, hélas, trouvent leur gloire dans ce qui devrait faire leur honte, il nous a paru utile d’évoquer pour nos lecteurs, le vrai visage de celle qui, sans cesse, nous conduit plus haut qu’elle:
À Celui qui fut dans la joie et la souffrance, sa raison de vivre, de croire, d’espérer et d’aimer, Jésus-Christ, son Sauveur, notre seul Seigneur!
G.R. Nice, juin 1957.
Il n’est pas dans notre intention, au cours de ces exposes, de détourner vos regards de la personne bénie de Jésus-Christ, notre seul Sauveur, pour les fixer sur Marie, la mère bienheureuse de notre Seigneur.
Agir ainsi serait faire un affront à la plus humble de toutes les femmes et renier sa mémoire.
En nous penchant sur la vie de Marie, notre dessein est, au contraire, de trouver une occasion d’être occupés de Jésus, afin de mieux comprendre la volonté de Dieu à l’égard de chacune de nos vies.
Ceux qui pensent que la polémique ne sera pas étrangère à nos études et que nous chercherons, avant tout, à réfuter les dogmes de l’Église romaine pour démontrer le bien-fondé des croyances protestantes au sujet de Marie, seront déçus.
Nous désirons plutôt considérer avec tous, d’une manière sereine, sans préjugé, mais avec une honnêteté et une sincérité absolues, ce que les Évangiles nous disent de Marie, et quelles leçons nous pouvons tirer de sa vie, pour notre plus grand profit.
Toute vie porte en elle un message et nous croyons que celle de la mère de notre Seigneur est d’un enseignement et d’une richesse incomparables.
Cependant, tout en désirant passionnément édifier toutes les âmes, nous ne chercherons ni à biaiser, ni à dissimuler les difficultés que nous pourrons rencontrer sur notre route. Nous nous souviendrons toujours, et avant tout, que les exigences de la vérité priment toutes les autres et ainsi nous chercherons, dans ces pages, à être aussi loin que possible d’un certain climat de prétendue tolérance qui prête aux confusions. Nous nous garderons de cette tendance à un vague syncrétisme qui, sous prétexte d’aplanir les difficultés et de permettre la réconciliation, trahit ce qui, en définitive, demeure l’essentiel de la vérité et de la foi.
De ce fait, nous savons d’avance que nous mécontenterons certains catholiques de naissance et de tradition, ceux pour qui Marie semble être tout, alors qu’en réalité son exemple influence si peu leur vie.
Nous étonnerons également les protestants d’origine, ceux qui croient surtout devoir défendre la doctrine de leurs pères, alors qu’en réalité, ils imitent si peu leur foi.
Par contre, nous croyons fermement que les âmes unies au Christ, et réellement attachées à la Bible, quelle que soit leur dénomination, trouveront dans cette étude un aliment pour leur coeur et une occasion de méditation profonde.
Nous n’irons donc pas chercher le portrait de Marie à Rome ou à Genève, mais nous le considérerons là même où l’Esprit Saint nous l’a brossé, c’est-à-dire dans les Saintes Écritures, seule autorité en matière de foi. Ce n’est pas nous qui donnerons à Marie sa place, mais nous verrons la position que Dieu lui assigne dans sa Parole, place qu’elle a accepté d’occuper et qu’elle n’a jamais quittée.
Ainsi, tout personnage qu’on nous présenterait ou qui se manifesterait à nous sous le nom de Marie sans avoir les caractères de Marie de Nazareth, sera rejeté comme imposture ou comme apparition du démon. Car, avant de présenter son faux Christ, le diable voudrait imposer sa fausse Marie au monde, pour faire tomber des multitudes d’âmes dans l’idolâtrie.
Ce n’est pas simplement en nous élevant contre des dogmes nouveaux ou anciens que nous serons dans la vérité. Ce n’est pas non plus en gardant le silence sur Marie, ou en ayant l’air de l’ignorer, que nous combattrons l’erreur.
Or, nous croyons qu’il existe dans les milieux issus de la Réforme, une lacune au sujet de Marie. Dans nos études bibliques, nous parlons facilement d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’histoire des patriarches et des prophètes d’Israël fait l’objet de nos méditations. Nous tirons toutes sortes de leçons de leur vie. Nous nous penchons sur celle des apôtres, d’une Marie-Madeleine, voire d’un Judas! Mais quand donc parle-t-on de Marie, la mère de Jésus? À Noël, avec quelques trémolos dans la voix, ou en passant, lorsque nous prêchons sur les Noces de Cana, ou encore, accidentellement, en parlant de la Croix.
Ce silence ne risque-t-il pas d’être pris pour du mépris?
Nous voudrions donc par ces lignes faire humblement connaître ce que Marie est pour nous et les leçons que nous tirons de sa vie.
Cela vous scandalise-t-il si nous affirmons qu’en Jésus-Christ nous vivons avec Marie, la mère de notre Seigneur?
Serez-vous rassurés, ou plus étonnés encore, si nous vous disons que- sans évoquer les morts-nous sommes souvent en compagnie d’Abraham, de Joseph, de Moïse, de Samuel, de David, d’Élie et de tant d’autres?
Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Marie, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Père, n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants; car pour lui, tous vivent! Le chrétien se sait ainsi environné d’une nuée de témoins dont plusieurs noms figurent dans le chapitre onze de l’Épître aux Hébreux. Entouré par eux, le fidèle, où qu’il soit, n’est jamais isolé et trouve une inspiration dans leur exemple car, dit l’Écriture, "quoique morts ils parlent encore," et "s’ils se reposent de leurs travaux, leurs oeuvres les suivent".
Marie aussi est près de nous! C’est la mère de notre Seigneur, et nous nous souvenons d’elle pour imiter sa foi, car l’issue de sa conduite a été de donner au monde le Fils de Dieu, notre Sauveur et notre Maître, l’unique salut pour l’humanité!
Le chrétien n’est donc pas un spirite. Il n’évoque pas les esprits des morts, ni n’invoque leur secours, mais demeure dans la communion des vivants de l’au-delà, de tous les saints qui sont en Christ dans le repos, alors qu’ici-bas, il est aussi en Christ, mais dans le combat.
L’Annonciation
Depuis des siècles, la voix des prophètes s’était tue. Après avoir tout abattu, brisé et dévoré, la bête annoncée par Daniel se reposait. Autour d’elle, les nations non soumises se taisaient. Pour un temps, les épées sommeillaient, et l’univers semblait dormir sous l’ombre des aigles romaines.
Dans cette tranquillité insolite, asservi par Rome, dégradé et désespéré par les fausses religions, demandant vainement aux philosophes le secret de la vie et de la vertu, le monde pourtant se mourait...
Et en Palestine, le judaïsme lui-même agonisait, infidèle à sa destinée.
Cependant si, vassaux de l’Empire romain, des Juifs en masse avaient trahi leur vocation, du sein du peuple élu quelques "vrais Israélites sans fraude" imploraient à grands cris la miséricorde de Dieu et la venue du véritable Libérateur. Parmi eux, d’humbles femmes animées d’une réelle piété croyaient, priaient et espéraient!
Les temps s’accomplissaient! Jésus allait paraître!
Un jour, au temple de Jérusalem, alors qu’il remplissait devant Dieu ses fonctions sacerdotales, Zacharie le sacrificateur vit soudain un ange du Seigneur se tenant debout à droite de l’autel des parfums. C’était l’heure de l’encens, le moment où le prêtre désigné par le sort offrait le parfum dans le sanctuaire, tandis que l’assemblée du peuple se tenait dehors en prière.
Bouleversé et plein de crainte, Zacharie apprenait des lèvres de l’ange que sa prière était exaucée! A l’heure où il n’attendait plus une réponse de Dieu, le ciel sortait de son silence et ce vieillard sans enfant était averti qu’il deviendrait père, qu’Élisabeth sa femme lui enfanterait un fils dont le nom serait Jean! En dépit de l’incrédulité du prêtre et de l’âge avancé d’Élisabeth, le précurseur du Messie allait naître. Rien désormais ne pourrait arrêter le déroulement du plan de Dieu!
Et, tandis que la parole de l’ange s’accomplissait pour Élisabeth et qu’elle était au sixième mois de sa grossesse, Gabriel, l’ange qui se tient devant Dieu, toujours prêt à exécuter ses ordres, fut envoyé une nouvelle fois sur la terre.
L’Évangile selon Luc nous rapporte cette visite en ces termes:
Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L’ange entra chez elle et dit: "Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi." Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit: "Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura point de fin." Marie dit à l’ange: "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme?" L’ange lui répondit: "Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pour quoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu." Marie dit: "Je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole!" Et l’ange la quitta.. {#Lu 1:26-38}
Examinons de plus près cette portion de l’Écriture où, pour la première fois dans l’Évangile, nous découvrons Marie.
#Lu 1:26. -Au sixième mois...
Il y a un temps pour tout. Les interventions de Dieu sous les cieux ont lieu à l’heure, au jour, au mois et en l’année qu’Il s’est fixé.
C’est Lui qui fait vivre et qui fait mourir. C’est Lui qui préside à la mystérieuse formation de l’enfant dans le sein maternel et c’est Lui qui le fait naître en Son jour.
Dieu a son heure. Le jour J, l’heure H de Dieu approchent. Les promesses divines concernant le Messie et contenues dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes, vont enfin s’accomplir. Le ciel va s’ouvrir. Mystère de piété aux dimensions infinies, abîme d’amour, révélation de justice, surabondance de grâce, le Dieu Très-Haut va s’incarner, s’unir personnellement à son oeuvre. La terre donnera son fruit, l’humanité verra "germer le Sauveur, le Saint, le Fils de Dieu".
... l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu...
Oui, Dieu règne au-dessus de tous les Césars, comme il siégeait jadis sur son trône lors du déluge. N’étant dominé par aucun événement, Il les fait tous servir à ses desseins immuables. Et, pour exécuter ses ordres, en jugement ou en grâce, "II fait de ses anges des vents et de ses serviteurs une flamme de feu." Selon l’Écriture, Dieu a auprès de Lui des esprits supérieurs chargés d’un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.
C’est ainsi que Gabriel, le héraut de Dieu, bien connu de Daniel et de Zacharie, l’ange des bonnes nouvelles, "fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie".
Il y a quelque chose d’impressionnant dans cette accumulation de noms propres: Dieu, Gabriel, la Galilée, Nazareth, David, Joseph, Marie!
Le Créateur, les anges et les hommes sont associés pour l’accomplissement de l’oeuvre merveilleuse de la Rédemption. Le ciel s’unit à la terre. Les choses visibles et invisibles communient soudainement.
... dans une ville de Galilée...
Dieu et ses serviteurs célestes connaissent toutes les provinces du monde. Sur la Galilée, pays obscur, va soudain se lever une grande lumière, car le ciel a choisi cette contrée où régnait l’ombre de la mort pour y faire luire la vie! ... appelée Nazareth...
Ce n’est pas au temple de Jérusalem que Dieu envoie son ange, mais dans la simple maison d’une ville peu estimée. Une ère nouvelle commence. Dieu cherche des adorateurs qui L’adorent en esprit et en vérité; aussi parle-t-Il aux hommes indépendamment des lieux saints. Dieu sait le nom de chaque ville. Comme aux jours d’Abraham Il prenait connaissance de ce qui se passait dans Sodome et Gomorrhe, Dieu savait au temps d’Auguste ce qui pourrait sortir de bon de Nazareth, "la fleur méprisée de Galilée." De même aujourd’hui, "les yeux de l’Éternel sont en tout lieu, observant les méchants et les bons." Il n’ignore rien de l’état de nos cités.
#Lu 1:27. ... Auprès d’une vierge, fiancée à un homme de la maison de David...
Dieu s’occupe de la jeunesse et s’intéresse à son avenir. Auteur du mariage, Il connaît celui à qui une jeune fille est destinée, car c’est de Lui que tire son nom toute famille dans les cieux et sur la terre. Notre origine, notre race, nos ancêtres, notre tempérament, notre hérédité, tout est devant Lui. ... nommé Joseph.
Dieu connaît non seulement les peuples, mais les individus, leur état civil, leur situation, leur occupation. Il sait si nous sommes riches ou pauvres, ouvriers ou patrons, manuels ou intellectuels. Devant Lui, il n’y a point d’acception de personnes et le Seigneur se plaît à visiter la fiancée d’un charpentier, honneur que ne connaîtra point la fille sans vertu d’une Hérodiade...
Le nom de la vierge était Marie.
Dieu connaît nos noms, notre âge, notre demeure. Il sait si une jeune fille est encore vierge, si une fiancée est restée chaste pour le jour du mariage, ou si elle a cédé aux sollicitations de la chair!
Marie! Voilà enfin connu le nom de celle qu’Ésaïe le prophète annonçait en ces termes: "Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel".
Ce texte établit d’une manière lumineuse la toutes-science du Seigneur, dont le psalmiste parlait en ces termes:
Éternel! Tu me sondes et tu me connais; Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée; Tu sais quand je marche et quand je me couche, Et tu pénètres toutes mes voies... ...Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir. (Psaume 139)
#Lu 1:28. -L’ange entra chez elle, et dit...
Les envoyés célestes ne se font pas annoncer. Ils n’ont pas besoin non plus de demander notre adresse. Dieu connaît notre demeure, la disposition de nos chambres. Il sait à toute heure où Il pourra nous trouver: À la cuisine, à la cave ou dans notre chambre à coucher.
Là où nous sommes, Il peut à tout instant nous surprendre, ce qui faisait dire à David, dans le psaume déjà cité: "Où irais-je loin de ton esprit, où fuirais-je loin de ta face? Si je monte aux cieux, tu y es; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer, là aussi ta main me conduira et ta droite me saisira".
Dans le livre des Actes des Apôtres, nous voyons le Seigneur donner Lui-même à des hommes l’adresse précise de ceux qu’ils devront rencontrer.
À Damas, parlant à Ananias, le Seigneur dira: "Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie..."
À Corneille en prière, l’ange de Dieu dira "Envoie maintenant des hommes à Joppé, et fais venir Simon, surnommé Pierre; il est logé chez un certain Simon, corroyeur, dont la maison est près de la mer".
Ainsi, "les voies de l’homme sont devant les yeux de l’Éternel, qui observe tous ses sentiers." "Nos actes et nos pensées sont devant Lui".
..Je te salue...
Quelle éducation, quelle politesse que celle des anges! En mission sur la terre, ces êtres excellents saluent les hommes! Et même, nous dit l’Épître de Jude, alors que les hommes méprisent l’autorité et injurient les gloires, l’archange Michel, lorsqu’il contestait avec le diable et lui disputait le corps de Moïse, n’osa pas porter contre lui un jugement injurieux, mais il dit: Que le Seigneur te condamne.
Serviteurs de Dieu, compagnons de service des saints, les anges savent que les hommes sont prédestinés à être un jour semblables à l’image du Fils de Dieu.
Si les anges saluent les hommes et s’ils se gardent d’injurier Satan, à combien plus forte raison devrions-nous saluer nos frères, les estimant supérieurs à nous-mêmes...! ... toi que Dieu fait jouir de sa faveur (Ou: Toi que Dieu comble de grâce)...
Le verset trente ne laisse aucun doute sur le sens exact de ces paroles. Marie est graciée, elle est l’objet de la grâce, de la faveur divine.
Certes, une grâce a été faite à Marie car cette jeune vierge fait partie de l’humanité pécheresse qui séparée de Dieu souffre des conséquences du péché. Oui, être visitée par Dieu est une grâce.
Mais pourquoi cette grâce est-elle faite à Marie plutôt qu’à une autre fille d’Ève?
L’ange ajoute:
"... Le Seigneur est avec toi".
Cette parole est capitale et nous révèle le véritable état d’âme de Marie.
À qui donc le Seigneur a-t-Il promis sa présence?
L’Écriture nous le révèle:
"Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est Saint: J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, mais je suis avec l’homme contrit et humilié...," et encore:
"Voici sur qui je porterai mes regards: Sur celui qui souffre et qui a l’esprit abattu, sur celui qui craint ma parole".
Aucun doute ne peut subsister sur la piété de Marie-qui a attiré sur elle les regards de son Créateur-car "le plaisir de l’Éternel est en ceux qui Le craignent et qui s’attendent à sa bonté".
Il est toujours facile de proclamer: "Le Seigneur est avec moi!" Mais quelle chose de s’entendre dire par un messager des cieux: "Le Seigneur est avec toi!" Ce n’est pas un sentiment plus ou moins vague de sa présence, mais une glorieuse réalité.
Pourtant, un tel message ne peut que confondre l’âme vraiment pieuse.
#Lu 1:29. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.
Ceux qui vivent en contact avec Dieu connaissent ce trouble, ce tremblement, cette perplexité.
Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Job, Ésaïe, Ézéchiel, Daniel et plus tard Pierre, Jacques et Jean, éprouvèrent ces frayeurs divines.
Devant son Dieu, Marie ne connaît que sa misère et son indignité. Voilà tout ce qu’elle sait d’elle, comme elle le dira dans le Magnificat. Seul le Seigneur connaît et apprécie la piété de Marie.
Mais déjà l’ange ajoute:
#Lu 1:30. -Ne crains pas, Marie...
Pour la première fois, le visiteur céleste a prononcé son nom. Marie sait maintenant qu’il n’y a pas d’erreur. Plus de doute possible, l’ange ne s’est pas trompé d’adresse, c’est bien d’elle qu’il s’agit.
Chose merveilleuse, bien digne de dissiper ses craintes, son nom est connu dans les cieux, comme l’étaient: -Celui d’Abraham que Dieu distingua du milieu des païens pour en faire le père de tous les croyants. -Celui de David que Dieu prit d’entre les parcs pour en faire un roi selon son coeur, en Israël. -Celui de Noé, celui de Job et de tant d’autres encore,
comme le sont aujourd’hui tous les noms des pécheurs dont la repentance et la foi réjouissent les anges de Dieu.
Votre nom est-il connu dans les cieux?
... tu as trouvé grâce devant Dieu.
Si Marie a trouvé grâce devant Dieu, c’est qu’elle n’était pas une amie du monde; comme Noé aux jours du Déluge, comme Job en son temps, Marie était juste, intègre, parfaite, craignant Dieu et se détournant du mal. Si Dieu disperse les hommes au coeur superbe, s’Il résiste aux orgueilleux, Il donne la grâce aux humbles.
Comme le Magnificat nous le révèle, la foi de Marie était vivante et personnelle.
Soumise à la loi de son Dieu, cette jeune fille juive allait épouser un fils de David.
Ne cherchant pas les choses élevées, mais s’associant aux choses humbles, elle allait devenir la femme d’un charpentier.
Fiancée, elle restait pure et chaste.
Compatissante, pensant aux affamés, aux petits de la terre, Marie se nourrissait de la Parole de Dieu et vivait dans la prière. Son cantique n’est qu’une succession de citations bibliques qui jaillissent de son coeur comme l’eau d’une source limpide.
#Lu 1:31. -Et voici, tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.
Marie apprend maintenant ce que veut dire "trouver grâce devant Dieu!" Le sens de la salutation qui la troublait s’éclaire soudain d’une manière fulgurante. Marie deviendra mère du grand libérateur annoncé par les prophètes, et dont le nom sera Jésus, le seul nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés.
Et l’ange poursuit en décrivant ce que sera ce fils:
#Lu 1:32,33. -Il sera grand et sera appelé Fils du Dieu Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura point de fin.
Toutes ces paroles ne sont pas étrangères à Marie. Elle les connaît: Ce sont des textes de l’Écriture dont elle a fait sa nourriture.
Mais sur les lèvres de l’ange ces paroles s’éclairent d’un jour nouveau. Marie apprend que pour accomplir ses grandes promesses, Dieu va se servir d’elle. C’est là la grâce qui lui est faite, "la plus grande grâce" qui la distingue parmi toutes les femmes.
Toutes les déclarations de l’ange concernant le Messie attendu, Marie peut les contrôler sans peine. Son coeur rempli de l’Écriture répond déjà comme un écho à chaque texte cité.
Sa foi qui croyait la lettre de la Parole doit croire maintenant que c’est en elle et par elle que l’Écriture s’accomplira.
C’est donc elle, la femme dont la postérité devait écraser la tête du serpent! C’est donc elle la vierge sans nom d’Ésaïe, qui doit donner le jour à Emmanuel
#Lu 1:34. -Marie dit à l’ange: Comment cela se fera.t.il puisque je ne connais point d’homme?
Marie croit! Elle ne met pas en doute les paroles de l’ange, mais a besoin d’une explication.
On a voulu voir dans cette question de Marie la preuve manifeste de sa volonté de demeurer perpétuellement vierge. Marie aurait donc fait le voeu de ne pas connaître d’homme, c’est-à-dire de ne pas consommer son mariage, car, dit on, il serait absurde qu’une jeune fille ayant l’intention d’appartenir un jour à son mari, demandât comment elle pourrait avoir un enfant.
Mais pourquoi vouloir forcer les textes et leur faire dire ce qu’ils n’enseignent pas clairement?
Marie comprend que les paroles de l’ange doivent avoir un accomplissement immédiat. Au moment de l’Annonciation, fiancée à Joseph, Marie n’habite pas encore avec lui. Vierge, elle se trouve bien dans la condition annoncée par Ésaïe-la seule qui puisse entrer en ligne de compte pour devenir mère du Sauveur. Car la conception et la venue dans le monde d’Emmanuel doivent être un signe, c’est-à- dire un prodige de la part du Seigneur. Il est donc clair que la Vierge annoncée par le prophète ne devait pas concevoir comme le reste des femmes. Cependant, l’Écriture n’avait pas révélé le mystère d’une telle conception.
Comment devenir mère sans le secours de l’homme? Telle est, semble-t-il, la question qui préoccupe Marie et à laquelle l’ange va répondre.
#Lu 1:35. -Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
Un coin du voile se lève devant les yeux éblouis de Marie. Elle comprend que la promesse qui lui est faite va s’accomplir en elle par une création étrangère à l’ordre de la nature. Son enfant ne naîtra pas comme nous du mélange des sangs, ni d’un instinct charnel, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.
Dans son être offert en sacrifice vivant et saint, Dieu allait par l’opération de son Esprit façonner un corps pour son Fils.
Rien dans les Écritures ne nous laisse supposer que Dieu serait intervenu miraculeusement pour exempter Marie de la macule héréditaire du péché originel commune à toute la postérité d’Adam. Ce n’est pas pour Marie que Dieu déploya sa force et sa puissance, mais c’est en elle qu’il opéra pour préserver son Fils de toute atteinte du péché. L’immaculée conception concerne le Fils et non la mère.
Nous voici sur un terrain sacré, où il est plus sage de se taire et d’adorer que de vouloir donner des explications; elles ne feraient qu’entacher la pureté de l’incarnation, du grand mystère de la piété, "Dieu manifesté en chair".
Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, Jésus sera sans péché, mais participera cependant à notre nature qui depuis la chute subit les conséquences du péché. Ainsi, il aura faim et soif, connaîtra la fatigue, la souffrance et la mort. Il sera un homme parmi nous, mais Il sera saint. "Dieu, dira l’apôtre, envoya son propre Fils avec une chair semblable à celle du péché, et à cause du péché".
* * *
Il n’est peut-être pas inutile d’établir ici un parallèle entre Marie et Ève-la première jeune fille, la première vierge.
Créée par Dieu pour être une aide pour l’homme, la première femme fut tirée de l’homme.
Placée dans un lieu de délices et de charmes, Ève est fiancée par Dieu au premier roi de la création, pour être un jour une seule chair avec lui.
Pendant ses fiançailles, Ève fut visitée par l’Ange-serpent. Si Gabriel prit une forme humaine pour apparaître à Marie, le diable prit une forme animale. L’un venait d’En haut, l’autre d’en bas.
Sans salutation, le séducteur s’adresse à la femme, et alors qu’il se trouve devant celle qui jouit de la faveur de Dieu, devant l’Immaculée comblée de grâce, devant la reine de la création, médiatrice avec Adam de toutes les grâces sur toutes choses, le Serpent fait croire à Ève que Dieu la prive d’une grâce.
Semant le doute dans la pensée d’Ève, il fait naître dans son coeur le trouble qui provoque la convoitise.
Et tandis que Satan calomnie le Dieu vivant Ève ne contrôle déjà plus les paroles du Serpent: Elle croit ce qui est opposé à la Parole qu’elle connaît de Dieu. Sa volonté cède; Ève consomme l’acte qui va la perdre et plonger tous ceux qui sortiront d’elle dans la misère et le péché.
Pour faire entrer le péché dans le monde, Satan éveilla la convoitise de la première femme. Pour s’être laissé envelopper de l’ombre du démon, Ève a conçu de Satan, enfantant le péché qui conduit à la mort.
Elle entraîne son mari dans la désobéissance, et le fruit de ses entrailles sera Caïn, le meurtrier, l’homme qui ôte la vie, qui introduit la mort dans ce monde.
Désormais, hors d’Éden, les descendants du premier couple pécheur naîtront dans une création assujettie à la vanité, dans une sphère où domineront la révolte, le désordre, la souffrance, les peines, le deuil, la mort et la corruption.
* * *
C’est dans un tel monde que naîtra Marie, la fiancée de Joseph, fils de David, dont l’arbre généalogique contient les noms de quatre pécheresses: Thamar l’incestueuse, Rahab la courtisane, Ruth l’étrangère, et Bathschéba l’adultère.
Née de la chair, la nature de Marie n’est pas différente de celle des autres filles d’Ève. Toutefois, le péché n’est pas essentiellement dans la nature physique que Dieu nous a donnée, mais dans notre libre volonté qui résiste à Dieu et corrompt notre être tout entier. Ainsi, sans l’intervention de Dieu, nous sommes tous perdus.
Mieux que tout autre, la pieuse Marie sait cela. Aussi recherche-t-elle le Seigneur de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée.
Née, comme elle le reconnaît elle-même, dans l’infirmité d’une nature déchue, Marie s’attendait à Dieu, se confiait en sa miséricorde et vivait dans sa crainte, croyant à ses promesses.
Et ce corps que sa volonté aurait pu employer pour satisfaire ses convoitises, elle le conservait pur par la grâce de Dieu en vue de son mariage avec un homme qui craignait Dieu.
Ainsi, pendant le temps de ses fiançailles, Marie fut visitée. Comme un lis entre les épines qui croissent hors du paradis, Dieu distingua à Nazareth une fleur qui se nommait Marie.
Cette fleur-là donnerait un fruit, alors qu’Ève vola un fruit. Et le fruit de Marie n’entraînerait pas la mort, mais communiquerait la vie.
Marie en offrirait à manger à Joseph et une multitude d’autres après lui jouiraient de sa saveur. Mieux qu’Ève, Marie pourrait porter le nom de mère de tous les vivants, car Ève est mère de ceux qui meurent, tandis qu’en un sens Marie est mère de tous ceux qui vivent, comme Abraham est père de tous ceux qui croient.
* * *
Après avoir révélé à Marie le secret de Dieu au sujet de la conception du Fils promis, l’ange donne un signe à celle qui n’en demande pas:
#Lu 1:36. -Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu elle aussi un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.
C’est ainsi que Dieu se plaît à fortifier la foi de ceux qui Le croient. La fécondité d’Élisabeth, "celle qui était appelée stérile," rappellera à Marie laissée seule, qu’elle n’a pas été le jouet d’un rêve. Oui, sa parente va connaître elle-même en sa vieillesse la joie de devenir mère, car, ajoute l’ange:
#Lu 1:37. -Rien n’est impossible à Dieu.
Ces dernières paroles tombent dans le coeur de Marie comme des ondées sur l’herbe verdoyante.
Dieu toujours le même dans son amour et sa puissance a renouvelé pour Zacharie et sa femme ce qu’il fit autrefois pour Abraham et Sara. "Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Éternel"?
Comme Job, Marie sait maintenant que Dieu peut tout, et que rien ne s’oppose à ses pensées.
La foi a pénétré ses connaissances de raison. Tout devient plus clair et plus harmonieux.
Avec Jérémie elle comprend que rien n’est étonnant de la part de Dieu.
Les certitudes de la Parole envahissent son coeur et feront monter sur ses lèvres la réponse qu’attend le ciel entier.
"Fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce et ton visage est agréable," répète le Bien-Aimé du Cantique des Cantiques.
Que va faire Marie? Quelle sera sa réponse?
#Lu 1:38. -Marie dit: Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. Et l’ange la quitta.
Dans ces paroles, Marie révèle toute son âme. Ni écrasée, ni exaltée par sa mission surhumaine, elle s’incline simplement et adore. Sans réserve elle se soumet à la volonté de son Dieu, croyant que ce qu’Il a promis, Il est puissant pour l’accomplir. Déjà, elle ne s’appartient plus.
Sur la servante du Seigneur, jardin clos, source fermée, fontaine scellée, les cieux se sont inclinés.
L’ange s’est retiré d’auprès de Marie, mais dans son jardin, le Bien-Aimé est entré! Le Verbe s’est incarné. Bientôt Il naîtra, grandira, enseignera, puis mourra pour nous.
Déjà dans l’Annonciation qui nous permet de découvrir la pureté, l’humilité et la soumission de Marie, la servante du Seigneur est là pour nous taire constater qu’il y a ici plus grand qu’elle: Le Fils de Dieu qui, par miséricorde, se fait chair afin de sauver nos âmes.
De l’Annonciation au Magnificat
Notre première étude nous a permis de faire plus intimement connaissance avec Marie, la mère bienheureuse de notre Seigneur.
Que de leçons de pureté, d’humilité, de confiance, de foi, d’obéissance, de renoncement et d’amour absolus, n’avons-nous pas déjà trouvées en celle que le Saint-Esprit proclame par la bouche d’Élisabeth: "Bénie entre toutes les femmes"!
Comment ne pas penser à "la femme vertueuse" des Proverbes, ou au "lis au milieu des épines" du Cantique des Cantiques?
Une jeune fille de Nazareth a reçu la visite d’un ange. Il est entré chez elle, s’est entretenu avec elle, puis l’a quittée. Marie n’a pas seulement vu un être céleste, mais dans son humble demeure elle a écouté son message et accepté la vie nouvelle qu’il lui proposait.
Aujourd’hui, bien des personnes voudraient voir un ange et seraient très honorées si un messager des cieux venait les trouver.
Hélas! Elles oublient trop peut-être que les âmes qui connaissent les prémices d’une vie céleste dans ce monde, sont celles qui cherchent avant tout les choses d’En Haut pour en faire l’objet de leurs affections. Dieu s’approche en grâce de ceux qui, humblement, viennent à Lui, et répondent à ses compassions infinies en offrant leur corps "comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu." L’âme qui refuse de se conformer aux moeurs du présent siècle et qui trouve ses possibilités, non dans les moyens et les méthodes du monde, mais dans les ressources qu’offre la vie de l’Esprit, peut toujours s’attendre à connaître des touches particulières de la grâce divine.
Les interventions surnaturelles sont réservées à celui ou à celle dont l’envoyé céleste peut dire "Le Seigneur est avec toi." Là où un coeur est réellement désireux de plaire à Dieu, le Seigneur est tout prêt à manifester sa présence.
Pour ceux qui lui appartiennent vraiment et qui Le servent en vérité, il est toujours possible d’être visité ou secouru par un ange de Dieu.
Toutefois, il faut se rappeler que Satan lui-même se déguise en ange de lumière, et que des esprits méchants régnant encore dans les lieux célestes cherchent à séduire même des élus.
Nous avons vu en effet dans notre précédent chapitre qu’Ève, la première femme, la première vierge immaculée et pleine de grâces, fut visitée au temps de ses fiançailles par un être surnaturel.
Séduite par la ruse du Serpent, Ève eut le tort d’écouter des propos qui jetaient du discrédit sur son Créateur.
Satan n’insinuait-il pas que Dieu privait sa créature de quelque chose, qu’il lui manquait une grâce? Ne lui suggéra-t-il pas qu’il suffisait de s’affranchir du commandement divin pour être comme des dieux, connaissant le bien et le mal?
Les affirmations du Serpent étaient en opposition avec la Parole qu’Adam avait entendue de Dieu-constatation qui aurait dû suffire pour détourner sa femme du séducteur, et lui démasquer son diabolique dessein.
Hélas! Ève écouta cette voix étrangère qui, en tout temps, cherche à saper l’autorité de la Parole de Dieu, à mettre l’homme en avant, à lui donner de l’importance en vue de lui faire oublier Dieu.
L’ange déchu, le Serpent ancien, voulait donner son homme à la terre. Déjà Ève se laissait couvrir par l’ombre de Satan. Éveillée à la convoitise, cette convoitise allait concevoir et enfanter le péché dans la chair qui, elle-même, donnerait naissance à cette "vaine manière de vivre" à ce "vieil homme" incapable de plaire à Dieu, et qui ne meurt en nous qu’en la mort du Christ à la Croix.
Marie, au contraire d’Ève, contrôlait dans son coeur ce que l’ange Gabriel lui disait.
Rien dans ce qu’il lui annonçait n’était en opposition avec ses connaissances des Écritures.
L’ange ne lui révélait aucune vérité nouvelle. Il se bornait à lui rappeler les textes de la Parole de Dieu, annonçant la venue du Messie.
Qu’une vierge concevrait, Marie pouvait le savoir par la lecture du prophète Ésaïe.
Ce libérateur qui devait naître, ne l’attendait-elle pas?
Ce Fils du Très-Haut qui serait grand et s’assiérait sur le trône de David son père-ce roi dont le règne n’aurait point de fin, n’était-Il pas l’objet de son espérance?
Toutes ces vérités étaient connues de Marie. Elles faisaient partie des promesses de Dieu contenues dans cette parole qu’à l’instar du psalmiste la jeune fille serrait dans son coeur, afin de ne pas pécher contre Dieu.
Cependant, ce qui était nouveau et bouleversant pour Marie, ce qui provoquait ce trouble profond en elle, c’était d’apprendre de la bouche de l’ange que toutes ces merveilles la concernaient personnellement et allaient s’accomplir en elle que la lettre à laquelle elle croyait allait s’imprimer, s’incarner dans sa chair mortelle, devenir réalité dans sa vie, dans son corps, dans sa sensibilité.
* * *
Avant de poursuivre notre étude et de considérer l’enseignement donné par la rencontre de Marie et d’Élisabeth, puis par le Magnificat, arrêtons-nous quelques instants encore pour mieux comprendre les sentiments qui agitèrent le coeur de Marie après la visite de l’ange. Avec elle, repassons dans nos coeurs toutes les choses que le messager céleste vient de lui annoncer.
Il y a des silences, dans l’Écriture Sainte, qui parlent avec autant d’éloquence que la lettre écrite. Cet enseignement caché est révélé à celui qui médite et laisse Dieu prolonger par son Esprit les lignes de sa Parole dans son coeur. Tout attachement à la lettre doit être accompagné et suivi d’une illumination de l’Esprit.
Marie vient d’apprendre qu’elle est choisie par Dieu.
La Parole devient pour elle vivante et opérante, plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants. Sa foi en l’Écriture va être récompensée. Ce que dit la lettre au sujet de l’Invisible, est une réalité. Jusqu’ici, Marie a cru sans voir. Maintenant, elle verra l’accomplissement des choses dites par le Seigneur.
Marie accepte de servir les desseins bienveillants de Dieu en vue du salut du monde. Mais cette acceptation ne la laisse pas intacte. L’enfant qu’elle espère va devenir présent en elle. Que dira Joseph, que pensera le monde, quand le corps de Marie trahira son secret?
Craignant Dieu, se retirant du mal, observant la loi, Marie a conservé son corps dans la chasteté.
Fiancée à Joseph, un homme juste et pieux, Marie, comme toute jeune fille, avait des projets, des plans chéris pour la terre, et, soudain, le ciel lui révèle les desseins de Dieu à son égard. Dieu a besoin d’elle. Marie doit lui appartenir avant d’être à elle-même ou à Joseph.
Il en est de même de tous ceux que Dieu appelle à Lui. L’âme qui aujourd’hui voudrait être visitée par un ange, doit savoir qu’il y a un prix à payer, et qu’une telle apparition ne nous est pas accordée pour satisfaire notre curiosité ou nous donner de l’importance.
Quelle que soit sa manifestation, la grâce de Dieu ne nous visite jamais pour combler nos désirs égoïstes, mais toujours en vue de glorifier Dieu, de nous rendre utiles aux autres, et d’opérer notre sanctification personnelle.
Quand l’appel de Dieu retentit, il doit nous trouver prêts à tout perdre: Aimables projets, désirs personnels, réputation, estime de nos amis, confiance de nos proches. Souvent nous faisons des plans pour notre avenir en demandant à Dieu de faire luire sa lumière sur nos voies et de bénir nos efforts. Cependant, sommes-nous sûrs d’être dans le chemin du Seigneur? Lui avons-nous laissé l’occasion de nous révéler sa volonté à notre égard?
Marie était fiancée à Joseph et c’était très bien mais, dans le conseil de Dieu, Marie était choisie pour donner le Sauveur au monde.
Saul de Tarse persécutait les chrétiens et croyait servir Dieu, jusqu’au jour où il apprit que Dieu l’avait mis à part dès le sein de sa mère, pour porter le nom de Jésus devant les nations, devant les rois et devant les fils d’Israël.
Qu’en est-il de nous?
Un grand lot de souffrances accompagnera toujours ceux que Dieu choisit ainsi et auxquels Il accorde une si grande faveur.
Un tel appel dépasse l’entendement humain. Aussi Marie pouvait-elle bien demander à l’ange: "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme"?
Plus tard, Nicodème posera à Jésus une question semblable au sujet de la nouvelle naissance: "Comment cela peut-il se faire"?
Pas plus que l’incarnation, la nouvelle naissance ne peut être l’oeuvre du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme. C’est l’oeuvre de Dieu opérée par son Esprit.
L’enfant qui naîtrait de Marie serait donc saint, alors que tous ceux qui naissent de femmes sont pécheurs. De même, seul ce qui est né de l’Esprit est esprit.
Oui! Marie croit que rien n’est impossible à Dieu. Depuis Abraham, toute l’histoire de son peuple est là pour lui confirmer que le Dieu d’Israël est le Dieu des miracles et que rien ne s’oppose à ses pensées.
L’impossibilité n’est jamais du Côté de Dieu.
Du côté de Dieu, la voie est toujours ouverte.
L’impossibilité, les obstacles ne sont que du côté de l’homme.
Si Marie regarde à Dieu, tout ira bien, mais si elle regarde à elle-même ou aux hommes, tout l’amènera à douter et à reculer.
Elle se jugera tout d’abord indigne de l’honneur que Dieu lui fait. La visite de l’ange ne lui a pas fait oublier son insuffisance et son humble état. Sa pauvreté, sa condition modeste, sa jeunesse, son inexpérience de la vie et tant d’autres considérations raisonnables pourraient l’arrêter.
Son engagement avec Joseph sera-t-il un obstacle majeur?
En effet, que va dire le fiancé de Marie? L’angoisse peut bien étreindre son coeur, car la visite de l’ange ne lui a pas seulement apporté une promesse de vie, mais aussi un arrêt de mort.
Chaste et pure, Marie a pourtant les deux pieds sur la terre. L’ange lui a dit: "Tu deviendras enceinte!" Marie sait donc qu’elle ne pourra pas toujours garder son secret.
Si elle ne parle pas, on la questionnera.
Qui croira alors qu’elle est enceinte du Saint-Esprit?
Marie n’ignore pas la loi: Une fiancée qui se trouvera enceinte des oeuvres d’un autre sera lapidée.
Si on ne la croit pas, si la loi lui est appliquée, Marie mourra dans la honte et le déshonneur.
Marie connaît Joseph. C’est un homme juste et craignant Dieu. S’il est convaincu de la culpabilité de sa fiancée, il ne l’épargnera pas.
Ainsi, c’est bien à la mort que l’a conduite son acceptation.
Sa réputation sera à jamais entachée. Elle qui s’est conservée pure en vue du mariage, c’est elle qui sera appelée: Une fille-mère, c’est elle que l’on soupçonnera. À quoi sert donc la piété?
Qui donc voudra la croire? Si Marie raisonne sur le plan humain, elle est perdue. | |||||