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LIVRES

 

 

 

 

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ETRE CHRETIEN (Gaston Racine)



Préface

 

Ces messages bibliques, apportés à Paris au cours d’une mission destinée à préparer quelques communautés évangéliques à un effort d’évangélisation, ont été enregistrés par les soins de notre ami et frère, M. Jacques Blocher, pasteur du Tabernacle. Revus et condensés par l’auteur, ils parurent en 1956 dans le périodique "Servir en L’attendant".

 

Je me suis efforcé de leur conserver leur forme directe et improvisée. Qu’on ne s’étonne donc point de trouver dans ces pages tous les caractères du style parlé: Langage mordant, appel à la conscience et au coeur, répétitions nécessaires pour lier ces messages les uns aux autres et faire pénétrer un enseignement précis dans les âmes.

 

Bien qu’il ne s’agisse pas d’études bibliques proprement dites, le lecteur attentif reconnaîtra sans peine que l’autorité de ces messages repose uniquement sur la Parole de Dieu, chaque pensée exprimée se rattachant à une référence scripturaire et non à un sentiment personnel. C’est pourquoi j’ai cru devoir indiquer les nombreux textes qui ont inspiré et nourri mes pensées.

 

Que Dieu accompagne ces pages et qu’elles contribuent à hâter le renouvellement du témoignage chrétien, en vue du Retour de Jésus-Christ et du salut de beaucoup d’âmes. G. R.

 

Nice, avril 1957.

 


Introduction

 

Savez-vous qu’il y a, à l’heure actuelle, un grand nombre d’hommes et de femmes qui cherchent dans ce monde "un chrétien"?

 

Cette affirmation ne laissera pas de vous surprendre.

 

Comment, direz-vous, sont-ils les seuls dans nos villes et nos campagnes à ne pas connaître nos églises, nos temples, nos chapelles et nos salles évangéliques? N’ont-ils pas entendu parler des grandes missions d’évangélisation organisées par nos communautés en vue d’atteindre les masses déchristianisées?

 

Il est vrai que les édifices religieux (quoique moins nombreux que les bars et les salles obscures) ne manquent pas aujourd’hui et que les foules qui le désirent ont plus souvent qu’autrefois l’occasion d’entendre la prédication de l’Évangile. Il est même possible de l’écouter sans sortir de chez soi, en tournant simplement le bouton de la radio.

 

Mais entendre un message, entrer dans un édifice religieux, ce n’est pas encore avoir trouvé "un chrétien".

 

Or, ce chrétien, consciemment ou inconsciemment, l’ouvrier, dans son usine, le cherche parmi ses camarades; le commis, dans son bureau, voudrait le rencontrer chez ses collègues; l’employé aimerait le trouver chez son patron, le client chez le commerçant, et le vendeur chez l’acheteur; l’étudiant se réjouirait de le découvrir parmi ses condisciples, et l’élève chez ses maîtres.

 

Ami lecteur qui te réclames de Jésus-Christ, quels que soient ton âge, ton occupation, ta position sociale, des yeux te contemplent, des oreilles t’écoutent et cherchent à discerner dans ton comportement, dans tes actes et tes paroles, un reflet de la vie de Jésus.

 

Es-tu chrétien?

 

Cette question pourra paraître intolérable à certains. Ne laisse-t-elle pas supposer que plusieurs lecteurs ne sont pas ce qu’ils devraient être, et ne rendent pas au Seigneur un témoignage digne de Lui?

 

Sans avoir peut-être les sentiments de Koré, de Dathan et d’Abiram, ne diront-ils pas en leur coeur: "C’en est assez! Car toute l’assemblée, tous sont saints, et l’Éternel est au milieu d’eux?" {No 16:3}

 

Ne sommes-nous pas fidèles aux Écritures, des hommes et des femmes de la Bible? Ne nous rassemb1ons-nous pas au Nom du Seigneur, et n’est-Il pas le centre de notre culte?

 

Ne serait-il pas utile de nous rappeler davantage la parole solennelle que l’Éternel adresse à son peuple: "Ne mettez pas votre confiance en des paroles de mensonge, disant: C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel! Mais si vous amendez réellement vos voies et vos actions, si vous faites réellement la justice entre un homme et son prochain, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, et que vous ne versiez pas le sang innocent dans ce lieu, et que vous ne marchiez pas après d’autres dieux pour votre dommage, je vous ferai demeurer dans ce lieu." {Jer 7:4-7}

 

Il ne suffit donc pas de dire: "Nous avons la vérité," ou de répéter: "Nous sommes dans la vérité," pour qu’il en soit ainsi aux yeux de Dieu et du monde.

 

C’est pourquoi, en nous inspirant de la seconde épître de Paul aux Corinthiens, et en nous exhortant nous-mêmes, nous voudrions, au cours des pages suivantes, vous présenter différents aspects du témoignage chrétien.

 

Toutefois, avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous paraît utile, en un premier chapitre, de définir notre position vis-à-vis de la Bible.


CHAPITRE PREMIER

 

Fidélité à la Bible

 

Le titre de ce chapitre n’est peut-être pas très exact, nous dirons même, au risque de paraître paradoxal, pas très biblique.

 

Nous nous comprenons cependant: Il ne s’agit pas de fidélité à un livre, si précieux soit-il, mais d’attachement à la Parole de ce livre, à la doctrine, à la Vie, à la Personne que nous révèle la Bible.

 

Deux dangers nous menacent constamment: L’orthodoxie morte et le libéralisme.

 

Il est parfois troublant de rencontrer des gens accusés de libéralisme qui "vivent" les enseignements de l’Écriture et de voir d’ardents défenseurs de l’orthodoxie négliger de pratiquer les paroles du Christ.

 

Certes, nous avons sans cesse, et partout où nous allons, une Bible dans notre poche. Mais à quoi cet attachement nous servirait-il et serait-il utile aux autres si ce que dit "le Livre" n’agissait pas dans notre vie?

 

Nous avons besoin du Livre pour diriger notre vie, mais Dieu ne veut pas que nous en restions au Livre.

 

Il est une boussole qui nous conduit, un phare qui nous fait éviter les récifs, une lampe qui nous éclaire dans la nuit.

 

Mais ni la boussole, ni le phare, ni la lampe n’ont de fin en eux-mêmes et n’existent pour eux-mêmes.

 

De même, la Bible n’a d’importance qu’en raison de ce qu’elle révèle d’une manière transcendante:

 

Le Dieu unique, notre Créateur et notre Rédempteur.

 

C’est une lettre sans prix en raison de l’absence de l’auteur.

 

Si l’homme était resté avec Dieu, il n’y aurait pas de Bible. On ne s’écrit que lorsqu’on est séparé.

 

S’il y a une Bible aujourd’hui, c’est à cause du péché qui a privé l’homme de la contemplation directe de Dieu.

 

Quand Jésus était sur la terre, il n’avait recours à l’Écriture que pour prouver son origine, et démontrer qu’Il était bien Celui dont chaque page est remplie. {Lu 4:16-21,24:27} Les Écritures devaient conduire les Juifs au Christ. {Jn 5:39-40}

 

Les pharisiens, hélas, préférèrent le Livre à la Personne. Ils n’allèrent pas jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au Christ, et leur attachement au Livre et à leurs traditions les conduisit à crucifier Jésus. {Jn 8:37-47}

 

La lettre non vivifiée par l’Esprit les a rendus aveugles et criminels. Tout cela peut encore se produire aujourd’hui. {2Co 3:6}

 

Que personne, cependant, ne croie que nous cherchons à diminuer la valeur du Livre par excellence.

 

Notre but, au contraire, est de montrer à la lumière des Écritures quelle est la véritable fidélité à la Parole de Dieu.

 

Qu’est-ce que la fidélité?

 

Selon l’Écriture, on peut distinguer trois genres de fidélité: -La fidélité de Dieu. -La fidélité de l’homme naturel. -La fidélité du chrétien.

 

1. Considérée en Dieu, la fidélité est la perfection qui consiste en l’action continue de son amour à travers les temps, et malgré les obstacles. "Dieu est fidèle!" {1Co 10:13}

 

On est fidèle à ce qui est plus grand que soi. Dieu n’ayant rien au-dessus de Lui est absolument fidèle à lui-même. "Il n’y a en Lui ni changement, ni l’ombre d’une variation.." {Jas 1:17}

 

Ses pensées sont immuables, ses paroles éternelles, ses actes irréprochables. C’est sa fidélité qui donnera à ses promesses un plein accomplissement. {Ne 9:8, Rom 4:20-21} Il achèvera l’oeuvre qu’il a commencée en nous. {Php 1:6 Ps 138:8}

 

Sa fidélité est inébranlable. {Esa 49:7} Elle atteint jusqu’aux nues, {Ps 36:6} et demeure à toujours. {Ps 119:90}

 

2. Considérée en l’homme, la fidélité est une vertu naturelle, la force qui consiste en un ferme attachement aux promesses faites, {Ge 31:45-54} au dessein arrêté, {Jug 11:39} à la personne aimée, {1Sa 20:17} à l’idéal conçu au point de vue moral. {Ga 1:14}

 

On voit ainsi des hommes de tout âge, et de toute tendance, être fidèles à leur patrie, leur foyer, leur femme, leurs amis, leur club, leur parti, leur église, à un objet, à des coutumes et traditions. Il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour avoir cette fidélité. {2Ro 12:15}

 

3. Chez l’enfant de Dieu authentique, la fidélité est un fruit de l’Esprit. {Ga 5:22}

 

C’est un attachement créé par l’Esprit pour les choses d’En-haut, pour ce qui plaît à Dieu, pour ce qui vient de Dieu. {Col 3:1-3} C’est ce qui nous lie à Dieu Lui-même, à sa volonté qui est la Loi suprême, quelles que soient: -Les circonstances adverses, -les tentations incessantes de l’égoïsme et du monde, -l’ingratitude des hommes et-la ruine de nos espérances.

 

La fidélité à la Bible doit être un fruit de l’Esprit et non un zèle charnel qui conduit à l’aveuglement et au fanatisme.

 

La source de la fidélité chrétienne, c’est l’amour. -Sa cause, la grandeur de Dieu. -Son but, la gloire de Dieu. -Son objet: Dieu Lui-même. -Ses conséquences, une obéissance totale aux ordres divins. Son modèle, Jésus-Christ, "le témoin fidèle." {Ap 2:22} -Ses résultats, la paix du coeur, et des âmes sauvées.

 

Il y a donc fidélité:

 

Si la Source qui l’alimente est l’amour de Dieu versé dans nos coeurs par le Saint-Esprit. {Ro 5:5} Les pharisiens fidèles n’avaient pas l’amour de Dieu en eux. {Jn 5:42}

 

Si la Cause qui nous fait agir est la grandeur et la majesté de Dieu reconnues, et sa Seigneurie acceptée. {Ps 45:11}

 

Si le But que nous nous proposons constamment est la gloire de Dieu et non la nôtre. {Jn 5:44,12:43}

 

Si son Objet est Dieu Lui-même devenu le centre de nos affections. {Ac 16:15}

 

La fidélité chrétienne n’existe que si elle se manifeste par une obéissance sans condition et sans limite qui va jusqu’à la mort. {Ap 2:10}

 

Elle n’a de valeur que si elle est conforme à celle de Jésus-Christ. {Php 2:5-11}

 

Enfin, les résultats de la fidélité se manifestent dans le coeur du croyant par une bonne conscience, source de paix et de sérénité, et, autour de lui, par un témoignage qui porte de bons fruits. {1Pi 3:8-17}

 

À la lumière des points précédents, nous pouvons dire maintenant que la fidélité à la Bible n’est donc pas:

 

1. Une simple reconnaissance de l’inspiration verbale des Écritures.

 

2. L’adhésion à une confession de foi rédigée dans un langage orthodoxe consommé.

 

3. La proclamation véhémente de notre attachement aux principes fondamentalistes.

 

4. La réputation d’être théopneuste.

 

Ne nous y trompons pas! Comme on peut se croire sauvé et ne pas l’être, on peut se croire fidèle à la Bible et s’illusionner. {Mt 7:21}

 

Gardons-nous aussi de confondre fidélité à la Bible avec fidélité: -à une interprétation, -à un système doctrinal, -à la tradition, -aux coutumes, -à son église, -aux principes de sa communauté.

 

La fidélité à la Bible n’est pas non plus un simple attachement à un Livre extraordinaire.

 

Elle n’a aucune valeur si elle n’est Pas une fidélité à la Parole vivante, à la Personne ineffable révélée par la Bible, au Christ!

 

Si la Bible est reconnue comme la révélation de Dieu aux hommes, si cette révélation est acceptée, elle s’imposera à nous, aura autorité sur nos coeurs, et nous conduira à l’obéissance.

 

Ce Livre nous instruira, nous critiquera, nous reprendra et nous laisserons cette parole réformer notre vie. {2Ti 3:16-17}

 

En définitive, la fidélité à la Bible est donc manifestée:

 

1. Si on laisse l’Écriture corriger dans notre vie ce qui n’est pas conforme à son enseignement.

 

2. Si on permet à l’Écriture de reprendre, de modifier dans nos églises et communautés, ce qui n’est pas en harmonie avec ce qu’elle déclare.

 

3. Si on met l’Écriture au-dessus des hommes de réveil, des réformateurs, des Pères, des traditions, des coutumes, des habitudes.

 

4. Si on laisse la Parole diriger nos pas dans ce monde, n’étant plus guidés par les principes du monde.

 

5. Si on n’emploie plus la Bible pour y chercher la confirmation ou la justification de nos pensées, de nos principes, de nos coutumes, qu’on sait très bien être étrangers au Christ.

 

* * *

 

En conclusion, chacun peut mesurer la valeur qu’il accorde à la Bible, au prix que le Christ a pour son coeur.

 

Et la valeur que le Christ a pour nous se mesure à notre obéissance à ses commandements.

 

Cette obéissance trouve elle-même sa source dans l’amour que nous avons pour Celui qui a parlé.

 

Et cet amour naît dans nos coeurs en réponse à la révélation de son amour pour nous à la Croix.

 

La fidélité à la Bible n’est donc pas un attachement à un texte, mais à la Personne qui a inspiré ce texte.

 

Il y a un amour du texte qui est du pharisaïsme et qui tue. Un amour pour la Bible qui ne transforme pas la vie est de l’idolâtrie, et offre autant de danger que le libéralisme. {1Jn 5:21}

 

Que notre attachement à la Bible se manifeste non plus par des paroles, ou par une simple prise de position doctrinale, mais par une vie qui soit tous les jours un témoignage rendu à Jésus-Christ.

 

La ruine du témoignage chrétien ne vient pas des grands négateurs, mais de tous ceux qui affirment et ne vivent pas!

 

Quand nos vies deviendront davantage le parfum, la lettre et l’image du Christ, quand nous ferons vraiment fonction d’ambassadeurs pour le Christ, quand nos coeurs seront le temple du Dieu vivant, et notre attitude dans le monde, celle d’hommes en Christ, la Bible aura alors ses témoins véritables et fidèles.

 


CHAPITRE II

 

Le Parfum de Christ

 

Être chrétien, selon l’apôtre Paul, c’est être premièrement le parfum de Christ, partout où nous sommes.

 

Écoutons-le plutôt: "Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en tout lieu l’odeur de sa connaissance! Nous sommes, en effet, pour Dieu, la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent: Aux uns, une odeur de mort, donnant la mort; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie. Et qui est suffisant pour ces choses?" {2Co 2:14-16}

 

Pour que ces paroles ne restent pas de beaux textes pauliniens, mais deviennent des réalités dans nos vies, il faut avoir, en réponse aux appels de la grâce, renoncé à soi-même, {Mt 16:24} et s’être laissé plonger dans le Saint-Esprit, {1Co 12:13} qui, par le baptême, nous identifie au Christ dans sa mort et dans sa résurrection. {Ro 6:3-7} La mort et la vie de Jésus deviennent alors, par la foi, des réalités opérantes en nous et autour de nous. {2Co 4:10-12}

 

Nous ne sommes donc plus ici-bas pour nous-mêmes, mais pour Dieu. Nous ne vivons plus pour nous-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous. {2Co 5:15}

 

Ainsi, avec l’apôtre, les croyants peuvent rendre grâces à Dieu qui, en Christ, les fait toujours triompher, voulant répandre par eux l’odeur de sa connaissance en tout lieu. Cette odeur, c’est celle du Christ Lui-même qui, par sa présence en nous, continue son incarnation dans le monde, de telle manière que les souffrances et les joies du chrétien deviennent celles de Jésus Lui-même. {1Pi 4:12-16}

 

Parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent, Christ devient en nous pour les uns, une odeur de vie qui donne la vie, et pour les autres, une odeur de mort qui donne la mort.

 

Dans ce monde, le chrétien ne vit donc pas seulement "parmi ceux qui sont sauvés," jouissant avec eux de tout ce que donne la vie même du Père et du Fils. {1Jn 1:3-4} Il est entouré également de "ceux qui périssent".

 

Comment ne pas être saisis par ces paroles qui reviennent quatre fois dans le Nouveau Testament? Oui, tout autour de nous, des âmes périssent! Et pourtant, nous savons que "Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle." {Jn 3:16}

 

"Ceux qui périssent", nous dit l’apôtre, sont ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. {2Th 2:10}

 

La prédication de la Croix est une folie pour eux. {1Co 1:18} La bonne odeur de Christ, une odeur de mort. {2Co 2:15-16} Incrédules, l’Évangile leur est encore voilé parce que le dieu de ce siècle a aveuglé leur intelligence. {2Co 4:3-4}

 

Cette vérité à aimer, c’est à nous chrétiens de la manifester. Cette prédication de la Croix, c’est à nous de la faire retentir. Cette bonne odeur de Christ, c’est à nous de la répandre. Cet Évangile voilé, c’est à nous de le vivre parmi ceux qui périssent, afin que naisse dans leur coeur l’amour de la vérité qu’ils auront reconnue, entendue, sentie et contemplée incarnée en nous.

 

Comment "ceux qui périssent" pourront-ils reconnaître et aimer la vérité, s’ils ne voient pas les chrétiens y marcher?

 

Comment accepteront-ils la prédication de la Croix, s’ils ne voient pas qu’elle est une puissance de Dieu en ceux qui croient?

 

Comment le parfum de Christ sera-t-il "odeur de vie" si ceux qui périssent ne respirent pas à notre contact l’arôme excellent d’une vie qui est une lumière, et dont le fruit consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité,? {Eph 5:8-9}

 

Comment le voile qui les aveugle sera-t-il déchiré, si nous sommes encore soumis à l’influence du dieu de ce siècle, nous conformant à ses désirs?

 

Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, et s’il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, {1Ti 2:3-7} il appartient cependant aux chrétiens de conduire les hommes au Sauveur. {Jn 1:42} Mais qui est suffisant pour ces choses? Ou qui donc est à la hauteur d’une telle tâche?

 

Dieu ne nous demande pas d’improviser de nouvelles méthodes pour sauver les âmes, ni de multiplier nos efforts pour prêcher aux foules. Il attend que les chrétiens soient dans ces foules, dans leurs relations avec les impudiques, les cupides, les ravisseurs et les idolâtres de ce monde, le parfum de Christ! {1Co 5:9-10}

 

Plusieurs activités dites chrétiennes ne sont, en réalité, que des œuvres mortes. {Heb 9:14} Semblables aux mouches mortes, elles infectent le témoignage chrétien, et corrompent l’huile du parfumeur. {Ec 10:1}

 

Quelle odeur avons-nous pour Dieu? Quel parfum respire-t-Il de nos œuvres et de nos vies?

 

Il n’y a qu’une odeur qui soit agréable à Dieu: Celle qui, jadis, montait des holocaustes offerts sur l’autel par Noé, {Ge 8:20-21} puis par Aaron et ses fils. {Le 1:1-17} C’est ainsi que l’apôtre nomme le sacrifice du Christ: "Un parfum de bonne odeur". {Eph 5:2}

 

De même, c’est par l’offrande de notre corps, de notre être tout entier, en sacrifice vivant et saint, que nous serons agréables à Dieu, et que notre service pour Lui sera vraiment intelligent. {Ro 12:1-2}

 

Le culte raisonnable, aux yeux de Dieu, n’est pas celui que les chrétiens célèbrent sous une forme ou sous une autre, le dimanche matin. C’est une vie livrée sur l’autel, une consécration totale, renouvelée chaque matin, et engageant notre être tout entier. {Heb 13:15,psaume 103:1}

 

Quand Jésus-Christ a été réellement accepté pour Sauveur, Il ne reste pas un étranger dans notre vie. Il en devient le Maître, le Seigneur, et transforme non seulement notre manière de penser, mais aussi notre manière de vivre. C’est pourquoi la conversion ne peut pas rester purement intérieure.

 

Comme l’écrit très justement le docteur A. Schlemmer: "La pensée n’existe pas, par elle-même, séparée du corps... L’esprit n’habite pas le corps, il est incarné, uni au corps par la vie. Il n’y a pas une partie de l’homme qui ne soit à la fois corps, vie et esprit. C’est pourquoi toute réalité intérieure tend à prendre corps, et se traduit d’une manière extérieure, accessible aux sens. Nos pensées, nos sentiments et nos désirs modèlent notre visage, la forme de notre corps, nos gestes, notre voix. Ils tendent sans cesse à se manifester sous forme matérielle, sous forme de paroles (qui sont des sons, donc des vibrations de l’air) et des actes. À tel point qu’on doit refuser de croire à la sincérité d’un sentiment qui ne change pas les choses autour de soi, d’un enthousiasme qui n’agit pas, ou d’une affection qui ne donne rien," ("Le renouvellement de la pensée," page 98).

 

Une doctrine peut être saisie intellectuellement sans qu’elle influence notre comportement extérieur, mais la vie éternelle ne peut être reçue en nous sans produire du fruit dans l’homme tout entier, esprit, âme et corps. {1Th 5:23} Ce fruit, c’est la sainteté. {Ro 6:22}

 

Pour répandre le parfum de Christ en tout lieu dans ce monde, il ne faut pas seulement avoir entendu parler de Jésus, ou avoir accepté sa Parole comme la formule du salut; il faut être uni à Lui dans sa mort et sa résurrection. Par ce lien inaltérable, nous sommes maintenus en sa présence, et c’est elle qui imprègne notre vie de son odeur.

 

Nous savons tous qu’il suffit de voyager quelques heures en compagnie de fumeurs pour être, sans avoir fumé, imprégnés de l’odeur du tabac. De même, sortant d’un cabinet dentaire, nous n’avons pas besoin de révéler à nos proches d’où nous venons.

 

Il en est ainsi de celui qui vit près du Seigneur. Sans paroles, sa vie exhale le nard de son Bien-Aimé. {Ca 1:12} Le monde doit respirer au contact du vrai chrétien l’atmosphère du sanctuaire céleste, quelque chose de cette paix qui surpasse toute intelligence, {Php 4:7} de cet amour qui surpasse toute connaissance, {Eph 3:19} de cette douceur bienveillante du Christ! {2Co 10:1}

 

On ne peut avoir de relation personnelle avec Jésus et demeurer les mêmes. La vraie connaissance biblique est la révélation d’une Personne qui devient le centre de nos affections, et dont la Parole réveille notre conscience, nous instruisant, nous enseignant, nous corrigeant, afin de nous rendre propres à toute bonne oeuvre. {2Ti 3:16-17}

 

La Croix qui sauve ne laisse jamais l’homme intact. Si Jésus avait simplement porté une croix sur sa poitrine, Il n’aurait pas tant souffert, et ne serait pas mort. Cette croix aurait été une décoration, et n’aurait sauvé personne. La croix qui sauve crucifie celui qu’elle sauve. Celui qui nous a sauvés a dû être crucifié. La Croix a été l’instrument de sa mort, et celui qui est sauvé aujourd’hui par la Croix est crucifié par elle. {Ga 6:14} Il n’y a pas d’Évangile en dehors de cela. L’Évangile de la Croix, c’est celui qui mène à la mort notre vieil homme, qui condamne et met de côté la chair pour donner toute gloire, et toute vie en nous, à Jésus-Christ. "Ce n’est plus moi qui vis, dit l’apôtre Paul, mais c’est Christ qui vit en moi." {Ga 2:20} La Croix qui sauve, c’est celle qui nous crucifie, nous brise, nous broie, car c’est de nous-mêmes avant tout que nous avons besoin d’être sauvés. Alors, la Croix devient aussi l’autel où se consume une vie entièrement consacrée à Dieu.

 

Si tant de gens appelés "chrétiens" restent orgueilleux, durs, égoïstes, avares, sensuels, tout en affirmant appartenir à Jésus-Christ, c’est qu’ils ont admis la doctrine de l’expiation comme moyen de justification, {Ro 3:21-26} sans avoir accepté la croix qui, seule, met fin à la vie du moi. {Col 2:11-12} Voilà pourquoi Dieu ne peut pas les conduire toujours en triomphe, ni manifester par eux l’odeur de sa connaissance, en tout lieu. {Lu 14:33-35}

 

Au chapitre trente de l’Exode, versets vingt-deux à trente-huit, nous trouvons un enseignement remarquable au sujet de la composition de l’huile sainte et du parfum du sanctuaire.

 

1. Les différents éléments qui devaient entrer dans la composition du parfum devaient être pris en parties égales (verset 34). Ainsi, dans le chrétien, parfum de Christ, la vérité et la charité, la justice et la miséricorde, la douceur et la fermeté, doivent se trouver parfaitement équilibrées, comme elles le furent en Jésus de Nazareth.

 

2. Une fois le mélange obtenu, il devait être pilé très fin, réduit en poudre (verset 36). Jamais notre nature ne pourra exhaler le parfum de Christ. Par nature, nous sommes orgueilleux, implacables, égoïstes, souillés, impurs, menteurs, injustes. Mais tels que nous sommes, nous pouvons aller à la Croix où, devant l’amour du Christ, notre orgueil et toutes nos tendances naturelles seront brisés, broyés. Alors, de l’orgueil brisé, se dégagera le parfum de l’humilité, et de tous nos penchants naturels broyés dans le concasseur des souffrances du Christ, {Ga 5:24} se répandra, pour Dieu, dans ce monde, le parfum doux et subtil de la douceur, de la bonté, de la pureté, de la vérité et de la justice du Christ.

 

3. Ce parfum devait être salé, pur et saint (verset 35). Il doit en être ainsi de nos vies qui doivent être gardées de la corruption, préservées de tout mélange étranger et de toute souillure.

 

4. Réservé pour l’Éternel, personne n’avait le droit d’en composer un pareil pour son usage personnel, ni d’en humer l’odeur. De même, c’est à Dieu qu’appartiennent nos vies, et nous n’avons pas le droit d’en disposer pour nous-mêmes, pas plus que nous n’avons à nous complaire en nous-mêmes, en voulant sentir l’odeur de nos œuvres. {Lu 5:24}

 

5. Enfin, ce parfum devait être brûlé devant l’Éternel "chaque matin" et "entre les deux soirs," sur le brasier de l’autel d’or. {Ex 30:6-8} Pour que l’odeur se répande, il fallait chaque jour le feu de l’autel. De même, il est nécessaire que le feu de l’amour de Dieu nous consume pour que le nom de Jésus répande autour de nous son odeur. Nous pourrions avoir toutes les connaissances, toutes les qualités et toutes les vertus, les dons spirituels les plus grands, si nous ne sommes pas animés par le feu de l’amour divin, le parfum de Christ ne se dégagera pas de nos vies, (1Corinthiens 13).

 

Chez le chrétien authentique, l’amour de Dieu a été versé dans son coeur par le Saint-Esprit qui nous a été donné. {Ro 5:5} Ce coeur devient alors un encensoir divin par lequel Dieu répand dans ce monde le parfum du fruit de son Esprit: Amour, joie, paix, patience, bonté, bénignité, fidélité, douceur et tempérance. {Ga 5:22}

 

* * *

 

Amis, nous arrivons à la fin d’un âge, à l’heure où Dieu va opérer un grand triage dans la chrétienté. {Ap 22:11} Comme au sein d’Israël dans le désert, (Nombres 16), il y a aujourd’hui beaucoup de gens de renom dans le monde religieux. Tout en se réclamant de l’Éternel, comme le faisaient Koré, Dathan et Abiram, ces hommes mettent en doute l’autorité des Écritures et contestent leur enseignement. {2Pi 2:1} Pourtant, ils prétendent apporter encore un parfum à l’Éternel dans leurs "encensoirs de péché." {No 16:38}

 

Qui donc est dans la vérité? Comme aux jours de Moïse, "Dieu connaît ceux qui sont siens," {2Ti 2:19} ceux qui n’ont d’autre ambition ici-bas que sa gloire, et qui ne veulent répandre autre chose que le parfum de Christ, l’odeur de sa connaissance parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent. Oui, Dieu s’apprête à manifester les siens par la révélation de ses terribles jugements. "Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur!" {2Ti 2:19}

 

Mais depuis longtemps l’homme n’appelle plus le péché une iniquité. {1Jn 3:4} Habitué au mal, il a perdu tout sens moral et va jusqu’à nier le péché. La prédication de la Croix peut bien lui paraître une folie, et l’expiation, une absurdité, car le sage de ce siècle est juste à ses propres yeux.

 

Aucun argument, aucune discussion ne sauraient le convaincre. Seule la vie sainte des chrétiens pourrait, par contraste, lui révéler sa misère, lui faire comprendre la vérité et l’amener peut-être à saisir la vie! Mais, aujourd’hui, les chrétiens vivent tellement comme le monde, et se sont tellement conformés au présent siècle, que le Saint-Esprit ne peut plus convaincre le monde de péché par la vie sainte des chrétiens.

 

Cependant, on ne se moque pas de Dieu, et comme aux jours des grands révoltés du désert, "déjà la plaie a commencé," et des multitudes périssent dans leur péché. {No 16:46,1Pierre 4:17-18}

 

Que ferons-nous, chrétiens, pour sauver ceux qui périssent?

 

Comme Moïse et Aaron, n’acceptons pas un salut pour nous-mêmes! Humilions-nous, et courons nous placer entre les morts et les vivants avec un coeur semblable à l’encensoir d’Aaron, avec une vie dont l’encens salé, pur et saint, fera propitiation pour le péché du peuple. {No 16:47-50}

 

Que là où Dieu nous fait la grâce de vivre, nous puissions, sans nous occuper du "rideau de fer" ou du "rideau de bambou," nous tenir "entre les morts et les vivants" et établir pour le salut de plusieurs "un rideau de parfum", le témoignage silencieux d’un amour qui supporte tout, croit tout, espère tout et endure tout. {1Co 13:7}

 

Seul cet amour, qui ne périt jamais, peut sauver une âme de la mort et couvrir une multitude de péchés! {Jas 5:20}

 

C’est le parfum de Christ, la vie chrétienne véritable!

 


CHAPITRE III

 

La Lettre de Christ

 

Alors que la Bible, traduite en une multitude de langues et de dialectes, est diffusée chaque année en millions d’exemplaires par toute la terre, l’incrédulité et aussi la crédulité des hommes vont sans cesse en augmentant.

 

Le Livre, imprimé en caractères les plus divers, reproduit dans les versions les plus modernes, autorisé et recommandé par les plus hautes autorités religieuses et civiles du monde, n’arrive pas à stopper la marche folle des nations vers la catastrophe.

 

D’une manière générale l’enseignement des Écritures ne s’impose plus. Sa lumière n’éclaire plus les ténèbres de l’heure. Ses promesses n’arrêtent plus les désespérés sur le chemin du suicide. Ses avertissements, ses menaces n’effrayent plus les pécheurs.

 

Le Livre est là, mais l’autorité de la Parole qu’il révèle semble perdue. Cette Parole est lue sans être vécue, entendue sans être reçue, écoutée sans être mise en pratique.

 

Afin que la lettre de la Parole ne se multiplie pas dans ce monde pour la condamnation des âmes, {Jn 12:48} mais pour leur salut, il faut que les masses déchristianisées puissent voir cette semence incorruptible, {1Pi 1:23} germer et porter son fruit sur la terre, manifester ses effets dans le coeur des croyants.

 

Les presses du sanctuaire céleste ont besoin non de papier et d’encre mais de la vie du chrétien pour imprimer, sur les tables de chair de leur coeur, avec l’Esprit du Dieu vivant, {2Co 3:3} les caractères mêmes du Christ, la volonté du Père, qui doit se faire sur la terre comme au ciel. {Mt 6:10}

 

Après avoir examiné au chapitre précédent comment un croyant devient pratiquement le parfum de Christ, nous considérerons comment sa vie peut et doit être "la lettre de Christ, connue et lue de tous les hommes," {2Co 3:2} sans distinction de sexe, d’âge, de classe, de culture ou de langue. {Ga 3:28}

 

Pour nous révéler sa parole éternelle, Dieu s’incarna en Jésus Christ. "La Parole devint chair et habita au milieu de nous!" {Jn 1:14}

 

Pour répandre la Parole de Dieu sur la terre, il ne suffit pas d’augmenter le tirage de la Bible, il faut que chaque croyant livre à Dieu son corps en sacrifice vivant, {Ro 12:1} afin que partout ses membres servent à révéler la volonté de Dieu et à l’accomplir. {Ro 6:13-19}

 

Le monde ne se fie plus à la parole des chrétiens. Il veut une signature, {Job 31:35} une parole écrite non sur du papier, mais dans notre chair mortelle. {2Co 4:11} Le témoignage chrétien doit avoir dans ce monde la valeur d’une parole écrite. Les hommes n’écouteront nos paroles que s’ils peuvent d’abord lire dans notre vie l’enseignement de Jésus. {Ac 4:13} Toute vérité qui n’est pas incarnée dans notre existence n’a ni influence, ni puissance sur ceux qui nous entourent.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le témoignage chrétien dans ce monde n’est pas essentiellement oral.

 

Il faut veiller à ne pas identifier le témoignage chrétien à la simple prédication de l’Évangile.

 

La prédication, c’est la proclamation publique de l’Évangile devant le monde qui l’ignore. Et, pour que cette annonce soit efficace, elle doit être précédée, accompagnée et suivie du témoignage de Jésus. {Ap 1:9}

 

Le témoignage, c’est l’enseignement constant qui se dégage d’une vie entièrement consacrée au Christ.

 

Donc rendre témoignage au Christ, c’est plus que proclamer l’Évangile aux foules, ou raconter notre conversion.

 

Il est certes nécessaire pour être sauvé de confesser de sa bouche le Seigneur Jésus,; {Ro 10:9} mais nous n’avons pas encore rendu témoignage quand, à l’ouïe de la prédication, nous avons manifesté publiquement que nous acceptions Jésus pour Sauveur.

 

Seule la foi du coeur en la résurrection de Jésus-Christ, foi qui accompagne toute conversion véritable, {Ro 10:9} donne naissance au témoignage chrétien, et celui-ci se manifeste avant tout par une vie transformée.

 

Toute décision d’accepter Jésus-Christ doit être suivie du renoncement à soi-même, sans lequel il est impossible de suivre le Seigneur et de témoigner pour Lui dans ce monde. {Mt 16:24-26}

 

Savoir que Jésus-Christ a expié nos péchés sur la Croix, ce n’est pas encore être sauvé.

 

Croire que Jésus-Christ est mort pour nous, ce n’est pas encore connaître et expérimenter le si grand salut de Dieu. {Heb 2:3}

 

Accepter toutes les vérités bibliques et continuer de vivre ici-bas comme auparavant, ce n’est pas appartenir à Jésus-Christ. {1Jn 3:6}

 

C’est de notre condition présente, c’est de notre vie propre que nous devons être délivrés. Le salut de Dieu ne nous est pas donné seulement pour éviter un jour le jugement éternel, mais aussi pour nous sauver de notre misère actuelle et nous faire vivre sur la terre à la gloire de Dieu.

 

Ce qui perd les hommes, ce n’est pas d’avoir hérité la nature d’Adam, le premier pécheur, mais c’est de vouloir conserver leur propre vie, {Mt 10:39} et leur vaine conduite, {1Pi 1:18} sans se soucier de Dieu ni de sa loi, refusant sa grâce et le don de son amour: Jésus, vie nouvelle et éternelle,. {Jn 3:16-21}

 

"L’Évangile, écrit Ph. Menoud, est une Personne: Jésus-Christ. Il est en même temps une doctrine, c’est-à-dire un ensemble d’affirmations sur cette personne et sur sa signification pour l’humanité. Les croyants s’engagent envers cette personne et adhèrent à cette vérité. L’engagement personnel et l’adhésion doctrinale sont une seule et même démarche, vu que la doctrine explique la personne et n’est pas extérieure à elle. La vérité chrétienne n’est pas extérieure non plus au croyant qui la professe. Car, accepter l’Évangile, c’est admettre la seigneurie de Jésus-Christ sur sa personne, corps et âme, et sur toute son existence. C’est là l’oeuvre de toute une vie".

 

* * *

 

Le témoignage chrétien est tout d’abord silencieux. Sans parole, le croyant devient ici-bas le parfum de Christ pour Dieu. {2Co 2:14-16} Sa pensée étant rendue captive de l’obéissance du Christ, {2Co 10:5} sa vie témoigne de la présence de Jésus.

 

Au milieu de ceux qui croient, sa présence apporte une odeur de vie qui attire, réconforte et vivifie.

 

Parmi les incrédules, son passage laisse une odeur de mort, car toute vie sainte met en lumière le péché des autres, et porte en elle-même un jugement, la condamnation et la mort.

 

Le vrai chrétien n’est pas un homme qui a besoin de se recommander au monde. Sa vie est sa lettre de créance et découvre son origine. Ayant renoncé à lui-même, s’étant chargé de sa croix pour suivre Jésus, il a été crucifié avec Lui. Désormais ce n’est plus lui qui vit, mais Christ en lui. Et ce qu’il vit dans la chair, il le vit dans la foi au Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est Lui-même donné pour lui. {Ga 2:20} Dieu emploie notre chair mortelle, ce corps que le monde voit, pour agir et témoigner dans ce monde. {2Co 4:10} Marchant par l’Esprit, le chrétien n’accomplit plus les convoitises de la chair. {Ga 5:16} Il n’a pas même besoin de parler de sa foi, car "elle est connue dans le monde entier," comme l’était celle des Thessaloniciens. {1Th 1:8} L’Esprit manifeste en lui son fruit, et la foi ses œuvres. {Jas 2:14-26}

 

Lettre de Christ dans l’Église, sa vie est un modèle pour ceux qui croient. Sans parole elle enseigne, édifie, reprend et exhorte.

 

Lettre de Christ dans le monde, sa vie est un exemple et recommande l’Évangile aux perdus. D’autres âmes sont sauvées à son contact et viennent à la connaissance de la vérité. Désormais ces vies transformées deviendront elles-mêmes les lettres de recommandation du croyant et de la doctrine de vie qui l’habite.

 

A nos arguments, les hommes opposent d’autres arguments et nos discussions sont souvent stériles.

 

A une vie, le monde ne peut opposer qu’une autre vie. Si dans notre comportement ici-bas, dans nos gestes, nos actes et nos paroles, les hommes peuvent discerner la vie de Jésus manifestée dans notre chair mortelle, voyant nos bonnes oeuvres ils glorifieront notre Père qui est dans les cieux. {Mt 5:16}

 

C’est par des faits que nous pouvons convaincre, et non par des idées. Il faut que l’Évangile, dans notre vie, soit un fait, et non une idée. Ce fait, c’est "Christ en nous, l’espérance de la gloire." {Col 1:27}

 

Ainsi, l’athée qu’aucun raisonnement scientifique ou aucune preuve mathématique n’aurait pu convaincre de l’existence de Dieu, croira un jour parce qu’il l’aura rencontré dans la vie d’un chrétien. Lui qui refusait d’ouvrir la Bible aura pu lire la Loi de Dieu, écrite du doigt de Dieu, non sur une table de pierre, mais sur celle de chair du coeur de ce croyant. Son exemple l’aura conduit à rechercher la doctrine qui l’inspire, et cette doctrine l’aura amené à la Personne qui en est l’auteur, la force et la vie.

 

L’homme révolté par la souffrance et les peines qui l’accablent, blessé et meurtri davantage par toute prédication, verra l’acceptation naître dans son coeur, la paix et la lumière envahir son âme quand, sur sa route, il rencontrera une douleur plus grande que la sienne louant Dieu pour ses bienfaits, n’enviant rien du bonheur des autres, oubliant sa propre misère pour penser avec compassion La détresse de son prochain, rayonnant sur tous l’amour de l’homme de douleur.%

 

Oui, les lettres de Christ ici-bas, ce sont des vies transformées, capables d’influencer d’autres vies non seulement par leurs paroles, mais surtout par leur conduite, leur amour, leur foi, leur pureté. {1Ti 4:12} C’est dans notre attitude et notre comportement en toutes circonstances et en tous lieux que se trouve le témoignage chrétien.

 

S’il est exact que la simple lecture de la Bible peut amener une âme au salut, il est encore plus certain que la vraie doctrine se propage essentiellement par nos vies. Elle attire surtout par ses réalisations; elle n’est aimée qu’au jour où, incarnée, on constate qu’elle est la vie de ceux qui la possèdent.

 

Ainsi, la vie aujourd’hui changée d’une prostituée qui découvrit un jour la sainteté et l’amour de l’invisible Présence dans le regard d’une jeune femme, parle plus en faveur de l’Évangile qu’une multitude de sermons remarquables écoutés par des gens qui se croient irréprochables.

 

La vie nouvelle de l’homme autrefois ivrogne, mauvais mari, père indigne, laissant ses enfants dans la misère pour satisfaire sa passion dans les bistros, proclame davantage la puissance de la Parole qu’un grand rassemblement de gens religieux, discutant de la prédestination.

 

Comment la vie d’un tel homme fut-elle changée? Par l’exemple d’un camarade, ouvrier comme lui, ayant des charges comme lui, et qui ne crut pas devoir l’inviter d’abord à une réunion, mais dans sa maison, à sa table, non pour lui faire un sermon, mais pour lui donner l’occasion de voir un foyer chrétien. Saisi par le contraste, touché par l’invisible Présence, l’invité rechercha la raison de l’infortune de son propre foyer et du bonheur de celui de son camarade. C’est ainsi qu’il fut amené à l’Évangile, au Livre qui lui révéla le Christ dont les paroles sont "esprit et vie." {Jn 6:63}

 

Le changement radical opéré dans cet homme d’affaires, âpre au gain, dur avec ses employés, d’une honnêteté douteuse dans certaines transactions, et qui aujourd’hui, parce qu’il a rencontré Jésus-Christ, répare les torts commis hier, s’inquiète des conditions de vie de ses ouvriers, cherche à améliorer le sort de leur famille, recommande plus la Parole de Dieu qu’une magnifique vente organisée pour couvrir les déficits d’une église ou financer ses oeuvres futures.

 

Comment une telle conversion put-elle se faire?

 

Simplement parce qu’un jour, au cours d’un voyage, un autre homme d’affaires fit voir à son client comment lui dirigeait son entreprise, faisant entrer Christ dans toutes ses voies et prenant ses enseignements au mot.

 

* * *

 

Amis, ces vies vraiment transformées par la puissance de la Parole de Dieu, ces vies dans lesquelles, par l’Esprit de Dieu, l’Écriture Sainte trouve son prolongement naturel, voilà le témoignage de Jésus incarné, qui prépare, accrédite et fait fructifier la prédication de l’Évangile.

 

Le témoignage de Jésus dans nos vies, c’est Dieu lui-même au milieu des hommes. Être chrétien, répétons-le, c’est rendre Dieu sensible au coeur, non pas tellement par nos paroles, mais par notre attitude, notre marche, notre conduite et nos actes envers notre prochain.

 

Le ciel voudrait organiser sur la terre la diffusion la plus large du traité le plus puissant de tous les temps: "La vie transformée des croyants." C’est, de tous, le tract le plus court, le plus complet et le plus facile à lire. Il se déchiffre dans toutes les langues et n’est déchiré qu’aux jours de la persécution.

 

Chrétien, dans ton travail, ta vie doit parler de Jésus à ton collègue de bureau, à ton camarade d’usine, à ton patron, à tes ouvriers, à tes élèves, à tes maîtres et à tes condisciples.

 

"Vous êtes, dit l’apôtre aux Corinthiens, une lettre de Christ.., connue et lue de tous les hommes".

 

Qu’est-ce qu’une lettre?

 

C’est un écrit qui sert à établir, ou à maintenir et développer une relation entre deux personnes séparées.

 

Si Jésus est dans la gloire, Il n’a pas cessé d’être en rapport avec les hommes. Il emploie sur la terre ceux qu’Il a rachetés pour se mettre en communication avec les âmes. {Jn 17:18}

 

Dans l’Église, tout chrétien devrait être une lettre de Christ pour ses frères. Oh! Comme mon frère me devient précieux le jour où je comprends que je peux lire dans sa vie quelque chose de Jésus, de Celui que j’aime par-dessus tout! Savoir que je puis trouver une pensée de Christ chez mon frère, ou sa volonté incarnée chez les autres me permettra de les considérer comme étant supérieurs à moi-même. {Php 2:3} Je serai gardé de m’isoler en me disant que la Bible me suffit, et je rechercherai la communion des saints, {Heb 10:25} de tous ces frères et soeurs par lesquels Dieu veut m’apprendre quelque chose d’actuel de son Fils.

 

Dans le monde, notre vie doit servir à établir des contacts, des relations entre Christ et ceux qui ne Le connaissent pas.

 

Soyons donc pour les êtres qui nous entourent une lettre ouverte, un message du ciel. Prions pour que tous ceux qui nous côtoient puissent discerner les caractères de Christ imprimés dans nos vies.

 

Avant de nous donner le ministère de la Parole, Dieu veut se glorifier Lui-même en nous, en reproduisant par son esprit, la vie de son Fils dans notre chair mortelle.

 

* * *

 

Amis, nos vies sont-elles la lettre de Christ?

 

Ses pensées d’amour et de vérité sont-elles fixées dans notre sensibilité?

 

Chaque jour, Dieu désire écrire quelque chose de la vie de Jésus dans les siens.

 

Qui donc dispose de notre existence et écrit chaque jour dans nos vies?

 

Quelle impression le monde recueille-t-il en nous voyant marcher? Qu’apprend-il de Christ en contemplant nos vies?

 

Si, soudainement, nous devions constater que notre vie porte d’autres empreintes que celles de Christ, d’autres caractères que ceux du Bien-Aimé; si nos yeux, oints d’un collyre, nous faisaient découvrir la volonté d’autres seigneurs écrite dans nos coeurs, {Esa 26:13} que ferions-nous?

 

Ne nous y trompons pas! Si nous ne laissons pas le Seigneur disposer entièrement de notre vie pour y imprimer par son Esprit, ses divins caractères, nous y écrivons nous-mêmes sous l’inspiration de Satan, du péché et du monde. Notre vie se couvre alors de taches et de fautes qui repoussent les inconvertis et ferment leurs oreilles et leurs coeurs à nos discours. Ils se détournent de la Bible parce que leurs yeux n’ont pas vu le sceau du Christ dans notre vie.

 

Allons à Christ! Humilions-nous sous la puissante main de Dieu et par l’action merveilleuse de sa Parole, en vertu du sang précieux versé à Golgotha, Il nous purifiera de tout péché et transformera ce qui n’était qu’une maculature, qu’un chiffon souillé, en une page blanche, où Christ pourra écrire chaque jour sa volonté.

 

Comme celui qui communie indignement, sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même, {1Co 11:27-29} l’homme qui lit la Bible sans recevoir la Parole de Dieu dans son coeur, y trouve sa condamnation.

 

Si la lettre reste extérieure à nos vies elle nous tue. {1Co 3:6}

 

Si, par l’Esprit, elle s’incarne en nous, alors elle nous fait vivre. {Ps 119}

 

Ce n est pas sur du papier que l’Esprit vivifie la lettre, mais dans la chair mortelle du chrétien, pour y faire paraître progressivement l’image même de Christ! {2Co 2:17}

 


CHAPITRE IV

 

L’Image de Christ

 

Se réclamer de Christ et ne pas manifester ses traits dans notre vie, c’est s’illusionner soi-même, tromper le monde et se moquer de Dieu.

 

Le Salut, c’est l’oeuvre de Dieu s’accomplissant en nous par la puissance du Saint-Esprit. {Tit 3:4-6} Cette oeuvre commence par nous donner une conviction en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement,; {Jn 16:8} elle produit donc une repentance profonde qui nous amène à la confession de nos péchés et à la foi en Celui que Dieu a envoyé pour nous sauver. {Ac 2:38}

 

Cette foi vivante au Sauveur nous conduit à Le reconnaître comme Seigneur de notre vie et nous pousse à nous soumettre à ses commandements. {1Jn 2:3-6} Incorporés au Christ par le baptême en sa mort, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchons en nouveauté de vie. {Ro 6:4} Désormais le Saint-Esprit habite en nous et nous fait vivre selon l’Esprit, affectionnant nos coeurs aux choses de l’Esprit. {Ro 8:5-9} Détournant nos yeux de nous-mêmes, le Saint-Esprit dirige nos regards vers Jésus pour les tenir fixés sur le Chef et le Consommateur de la foi, {Heb 12:2} car son but habituel est de nous Le révéler et de Le glorifier. {Jn 16:14} C’est ainsi qu’il opère progressivement notre transformation à l’image de Christ. {2Co 3:18}

 

Une vie qui s’est réellement donnée à Dieu devient le chantier du Père céleste où le Saint-Esprit travaille en vue d’y produire Christ en nous, l’espérance de la gloire. {Col 1:27}

 

Dieu veut aujourd’hui encore rappeler à ses enfants leur glorieuse vocation.

 

Nous ayant fait la grâce de croire, Il a fait luire sa lumière dans nos coeurs afin que nos vies fassent resplendir dans l’Église, et dans le monde, la connaissance dé la gloire de Dieu, gloire que nous contemplons sur la face de Christ. {2Co 4:6}

 

Ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein, sont donc prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. {Ro 8:28-29}

 

Ainsi, nos vies doivent dès ici-bas servir à refléter l’image de Christ, de Celui sur qui l’Esprit fixe nos affections, en prenant de ce qui est à Jésus pour nous l’annoncer et nous Le