A L'OEUVRE ! (Moody)
Chapitre 1
LES PRÉJUGÉS sur les réveils
L'évangéliste saint Jean nous raconte que, devant la
tombe de Lazare, le Seigneur Jésus dit à ses disciples :
« Enlevez la pierre. » Il voulait leur faire prendre une
part active à la résurrection qu'il allait opérer.
Cependant, il n'aurait eu qu'un mot à dire pour faire
disparaître la pierre. S'il lui avait ordonné de
s'écarter, elle aurait obéi à sa voix, comme le fit
Lazare quand Jésus le rappela à la vie. Mais le Seigneur
voulait apprendre à ses enfants qu'il leur revient une
part de travail dans la résurrection de ceux qui sont
morts spirituellement. Les disciples n'eurent pas
seulement à enlever la pierre; après que Jésus-Christ
eut ressuscité Lazare, ils eurent à le délier afin qu'il
pût marcher.
Dieu pourrait facilement convertir les hommes sans nous
; mais ce n'est pas ainsi qu'il agit ordinairement, et
je doute qu'il y ait sur la terre un seul homme qui ait
été converti sans le concours plus ou moins direct de
quelque instrument humain.
La pierre dont je désire parler aujourd'hui, et qui doit
être enlevée avant que l'oeuvre de Dieu puisse se faire,
s'appelle les préjugés. Beaucoup de personnes ont un
grand préjugé contre les réveils religieux ; le mot seul
leur est antipathique. Malheureusement, ce sentiment ne
se rencontre pas seulement chez les gens du monde ; un
grand nombre de chrétiens ont autant de répugnance pour
le nom que pour la chose.
Que veut dire ce mot de réveil ? Il veut dire simplement
le passage des ténèbres à la lumière; la découverte, la
mise au jour, de quelque trésor caché. Nous sommes tous
d'avis, je crois, que nous vivons dans un temps de
grande disette spirituelle. Je doute fort que parmi les
familles représentées aujourd'hui dans cette salle, il y
en ait une seule qui ne compte au moins un membre
qu'elle voudrait voir entrer dans le troupeau de Dieu,
et accepter le salut.
Dans le commerce et l'industrie, on désire un réveil. De
tous côtés, en Europe comme de, l'autre côté de
l'Atlantique, j'entends dire qu'il y a un calme plat
dans les affaires. On désire beaucoup qu'il y ait
bientôt un réveil. En politique, aussi, on aime les
réveils de l'opinion publique. Dans toutes les branches
de l'activité humaine, partout où les hommes ont des
intérêts, on désire les réveils.
Si ce désir est légitime, - et je ne prétends pas qu'il
ne soit parfaitement légitime à sa place, - pourquoi les
enfants de Dieu ne désireraient-ils pas, ne
demanderaient-ils pas à présent un réveil de piété dans
le monde? N'avons-nous pas besoin d'un réveil de
droiture, de vérité, de sincérité, de tempérance? N'y
a-t-il pas beaucoup d'hommes qui s'écartent de l'Eglise
de Dieu pour fréquenter le cabaret? Nos fils ne
s'éloignent-ils pas par centaines et par milliers, de
telle sorte que souvent, le dimanche, nos églises
restent vides tandis que les cabarets se remplissent.
Je suis sûr que les marchands de vin sont très contents
quand il y a un réveil dans leurs affaires. Ils ne sont
pas fâchés de vendre plus de vins et de liqueurs. Eh
bien! Est-ce que tout vrai chrétien ne devrait pas
désirer que les hommes qui sont en danger de périr
éternellement fussent sauvés et rachetés ?
Beaucoup de personnes ont l'air de croire que les
réveils sont une invention moderne, - qu'ils ne sont
connus que depuis quelques années. C'est une erreur. Les
réveils ne sont pas une nouveauté. S'ils n'ont pas pour
eux l'autorité de l'Écriture Sainte, alors j'avoue que
je ne comprends pas ma Bible.
Pendant les premiers deux mille ans de l'histoire du monde, il n'y
a pas eu de réveil, à notre connaissance. S'il y en
avait eu, il est probable que le déluge n'aurait pas été
nécessaire. Le premier véritable réveil dont il soit
fait mention dans l'Ancien Testament, eut lieu quand
Moïse alla en Egypte pour faire sortir ses frères de la
maison de servitude. Il dut y avoir une grande émotion
dans la terre de Goscen quand Moïse y arriva. On fit
alors beaucoup de choses qu'on n'avait pas l'habitude de
faire. Lorsque trois millions d'Hébreux furent protégés
contre l'ange exterminateur par le sang de l'agneau
pascal, qu'était-ce autre chose qu'un réveil de l'oeuvre
de Dieu parmi son peuple ?
Sous Josué, il y eut un grand réveil ; et encore sous les Juges.
Dans ces temps anciens, Dieu réveillait souvent le
peuple d'Israël. Samuel convoqua le peuple à Mizpah et
lui ordonna de détruire ses idoles. Alors les Israélites
sortirent et battirent les Philistins qui ne revinrent
plus pendant la vie de Samuel.
Qui sait, dit le Dr Bonar, si David et Jonathan ne furent
pas convertis pendant ce réveil du temps de Samuel ?
N'est-ce pas aussi un réveil qui signala les jours
d'Elie ? Le peuple s'était de nouveau adonné à
l'idolâtrie, et le prophète l'avait convoqué sur le mont
Carmel. Pendant que la multitude était assemblée sur la
montagne, Dieu répondit par le feu ; alors le peuple se
prosterna la face contre terre, en s'écriant : « C'est
l'Éternel qui est Dieu ! C'est l'Éternel qui est Dieu! »
La nation tout entière retournait à son Dieu. Il se
trouva, probablement, bien des gens pour critiquer cet
élan de repentir et pour dire qu'il n'aurait pas de
suites durables. C'est ce qu'on n'a cessé de répéter
depuis 4000 ans, c'est ce qu'on répète encore
aujourd'hui. Je crois entendre quelque témoin de la
scène du Carmel dire en hochant la tête, tout comme les
sages d'aujourd'hui: « Cet enthousiasme s'éteindra
bientôt. »
Si nous arrivons aux jours du Nouveau Testament, nous trouvons le grand
réveil provoqué par la prédication de Jean-Baptiste. Y
a-t-il jamais eu un homme, excepté le Sauveur lui-même,
qui ait accompli tant de choses en si peu de temps?
Cette prédication fut comme un souffle de printemps
après un long et triste hiver. Depuis quatre cents ans,
aucun prophète n'avait paru en Israël, et les ténèbres
enveloppaient la nation. La venue de Jean fut comme
l'apparition d'un brillant météore annonçant le lever du
jour. Ce n'était ni dans le temple de Jérusalem, ni dans
aucune synagogue, qu'il faisait entendre ses appels,
mais sur les bords du Jourdain. Hommes, femmes, enfants
accouraient en foule pour l'entendre. Il est
relativement facile de réunir un auditoire dans une
grande ville, mais ceci se passait dans le désert. Une
grande agitation régnait évidemment dans les esprits.
Presque toute la population sortait des villes et des
villages pour entendre la prédication de Jean.
C'est étonnant comme on redoute toute espèce d'agitation
religieuse. Il y a quelques années, on me demanda
d'aller prêcher sur le champ de courses de Derby. J'ai
vu là, en un seul jour, plus d'agitation que je n'en
avais vu pendant toute ma vie dans toutes les assemblées
religieuses auxquelles j'avais assisté: Et pourtant,
personne ne se plaignait qu'il y eût trop d'agitation.
Voyez ce qui s'est passé à la Pentecôte. Les apôtres annoncèrent
l'Evangile, et vous savez quel en fut le résultat. Les
gens du monde dirent sans doute que cette grande ferveur
ne tarderait pas à s'éteindre. Malgré le martyre de
saint Etienne et de saint Jacques, de nouveaux
défenseurs surgirent de tous côtés. Saul de Tarse, l'un
des persécuteurs d'Etienne, reprit lui-même l'oeuvre
qu'il avait cherché à anéantir, et cette oeuvre
progresse encore.
Je connais beaucoup d'hommes qui font profession d'être chrétiens et qui
passent leur temps à tout critiquer. Ils trouvent à
redire au chant, à la prédication; les prières étaient
trop longues ou trop courtes, le chapitre de la Bible
n'était pas bien choisi. Le prédicateur n'échappe pas à
ces critiques. « Je n'aime pas son genre,» dit-on. Si
vous doutez de ce que je dis, écoutez les conversations
au sortir de ces réunions ou de toute autre assemblée
religieuse :
- « Que pensez-vous du prédicateur?» demandera l'un.
- « Eh bien! j'avoue que j'ai
été désappointé. Je n'aime pas son genre. Ses gestes
manquent d'à propos. »
- Un autre dira. « Son raisonnement n'était pas assez
serré; moi, j'aime la logique. »
- Un troisième: « Je trouve qu'il n'a pas assez parlé de
la repentance. »
Je vous ferai observer que si un prédicateur ne fait pas
dans chacun de ses sermons un exposé complet de la
doctrine chrétienne, il s'élèvera des plaintes contre
lui. Les uns diront: « Il a beaucoup trop insisté sur la
repentance; et n'a pas assez parlé de la grâce ;»
tandis que d'autres diront :
« Il n'a parlé que de la grâce, et pas assez de la
repentance ; » ou bien encore : « Il a beaucoup parlé de
la justification, mais il n'a rien dit de la
sanctification. » De sorte que si le prédicateur ne
traite pas dans le même sermon toutes les doctrines
contenues dans la Bible, depuis la Genèse jusqu'à
l'Apocalypse, il s'expose aux critiques et au blâme.
- « Ce qu'il y a de sûr, dira l'un de ces auditeurs,
c'est qu'il ne m'a pas ému du tout. »
Un autre, au contraire, dira : « Il ne fait appel qu'à
la sensibilité ; j'aime qu'on s'adresse à mon
intelligence. » Ou bien : « Il s'adresse trop à la
volonté, et ne donne pas assez d'importance à la
doctrine de l'élection. » Ou bien encore :
- « Il n'y a pas de force dans son enseignement ; il
n'insiste pas assez sur le dogme. » Ou encore « Il n'est
pas éloquent. » Et ainsi de suite.
Vous trouverez des centaines de critiques de ce genre parmi les
chrétiens de profession ; mais toutes ces observations
n'amèneront pas une seule âme à Christ. Je n'ai pas
encore prêché un seul sermon que je ne pusse moi-même
critiquer d'un bout à l'autre. Je sens que Jésus-Christ
devrait avoir un représentant bien plus digne de lui;
mais j'ai vécu assez longtemps pour savoir qu'il n'y a
rien de parfait en ce monde. Si, pour vous convertir,
vous attendez d'avoir trouvé un prédicateur parfait ou
des réunions religieuses idéales, je crains bien que
vous ne soyez obligés d'attendre jusqu'au
millénium. Ce qu'il nous faut, c'est de tenir les yeux
fixés sur le Sauveur. Renonçons à notre esprit de
critique. Quand j'entends faire des remarques comme
celles que j'ai citées, je dis à ces critiques : « Venez
faire mieux vous-mêmes. Montez dans cette chaire, et
montrez-nous ce que vous savez faire. » Mes amis, il est
si facile de trouver à redire. Il ne faut pour cela ni
beaucoup de tête, ni beaucoup de coeur.
Il y a quelques années, le pasteur d'une petite Eglise dans un village
d'Amérique tomba dans un grand découragement. A force de
broyer du noir, il prit l'habitude de murmurer et de se
plaindre de tout. Il se plaignait même de ses collègues,
s'imaginant qu'ils manquaient d'égards pour lui. Un de
ses amis vint passer quelque temps chez lui afin de lui
prêter son concours pour des services spéciaux. Le
Dimanche matin, à l'issue du service, les deux pasteurs
se trouvant seuls, celui qui était si malheureux dit à
son confrère : « Vous ne pouvez pas vous figurer tout ce
que j'ai à souffrir, surtout de la part de mes collègues
; ils me traitent vraiment bien mal. » Son ami répondit
en lui posant quelques questions.
- « Vous ont-ils jamais craché au visage?»
- « Non, ils n'en sont pas encore venus là. »
-
« Vous ont-ils jamais frappé ? »
- «Non. »
- « Vous ont-ils jamais couronné d'épines? »
A cette dernière question, il courba la tête en silence.
Son ami poursuivit: « Votre Maître et le mien fut traité
ainsi ; tous ses disciples s'enfuirent, et
l'abandonnèrent aux mains des méchants. Pourtant, il
n'ouvrit point la bouche. » L'effet de cette
conversation fut remarquable. Les deux ministres
s'agenouillèrent, et implorèrent avec ferveur une
nouvelle mesure de l'esprit qui était en Jésus-Christ.
Pendant les réunions qui suivirent, un grand changement
se fit chez le pasteur du village. Il travailla, il pria
avec son ami, et beaucoup d'âmes furent amenées à
Christ. Quelques semaines plus tard, un des diacres de
l'Église écrivait au pasteur étranger :
« Votre visite, vos conversations avec notre pasteur, ont exercé
une merveilleuse influence sur lui. Jamais nous ne
l'entendons se plaindre, et il travaille avec zèle et
entrain. »
Une autre accusation que j'entends porter contre les réveils, c'est
qu'ils s'écartent de l'ordre régulier des choses. C'est
évident, mais cela ne suffit pas pour prouver qu'ils
soient mauvais. Eldad et Médad, quand ils se mirent à
prophétiser dans le désert, s'écartaient aussi de
l'ordre habituel. Josué voulait que Moïse les
reprit, mais au lieu de les
blâmer, que dit celui-ci? « Plût à Dieu que tout
le peuple de l'Éternel fût prophète ! » Elie et Elisée
ne faisaient pas partie de l'école régulière des
prophètes, et pourtant ils exercèrent une puissante
influence sur leurs contemporains. Jean-Baptiste ne
reçut pas non plus une éducation régulière. Ce fut dans
le désert et la solitude qu'il apprit la théologie. Et
Jésus-Christ lui-même, ne s'écartait-il pas de l'ordre
régulier ? Quand Philippe dit à Nathanaël qu'il avait
trouvé le Messie, Nathanaël répondit : « Peut-il venir
quelque chose de bon de Nazareth ? »
Quand nous lisons l'histoire des derniers siècles, nous voyons que Dieu
s'est souvent servi d'hommes qui sortaient de la
routine, pour ainsi dire. Martin Luther eut à faire
beaucoup de choses extraordinaires avant de pouvoir
accomplir la grande Réforme du XVIe siècle. - Et
aujourd'hui il y a dans le monde environ soixante
millions d'hommes qui adhèrent à la foi évangélique.
Wesley et Whitefield, en Angleterre, se sont aussi
écartés de l'ordre établi, et pourtant ils ont accompli
de grandes choses.
Mes amis, toutes les fois que Dieu agit, il faut s'attendre à voir
des choses qui ne s'accordent pas avec les idées reçues.
J'avoue que cela me paraît fort heureux. Il y a un grand
nombre d'hommes que l'on ne peut pas atteindre,
semble-t-il, par les moyens ordinaires, et qui viendront
à des réunions du genre de celles-ci. Vous avez des
églises et des chapelles, il est vrai, mais nous voulons
faire un effort pour atteindre ces masses nombreuses qui
refusent d'y entrer. Les uns viendront à ces réunions,
uniquement parce qu'elles ne doivent durer que peu de
jours. Dans ce cas, on fera bien de se hâter, sinon il
ne sera plus temps. Les autres viennent par pure
curiosité, pour savoir comment les choses se passent ;
et souvent, dès la première réunion, ils sont touchés
par quelque parole, quelque chant. Ils entendent, au
moins, la bonne nouvelle du salut, et peut-être
deviendront ils de vrais chrétiens, des membres utiles
de la société.
Vous entendrez dire quelquefois : « Nous avons nos églises et nos
chapelles ; si l'on ne veut pas y entrer, nous n'y
pouvons rien. » Ce n'est pas là l'Esprit de notre
Maître. Quand la guerre civile éclata en Amérique, les
Etats-Unis n'avaient qu'une très petite armée. Le
gouvernement fit appel aux volontaires. Des centaines de
milliers d'hommes répondirent à cet appel, et allèrent
grossir les rangs de l'armée régulière. Il y avait de la
besogne pour tout le monde. Ces volontaires n'étaient
pas aussi instruits, pas aussi bien exercés que les
soldats plus anciens, mais on utilisa les troupes irrégulières
aussi bien que les troupes régulières. Ces volontaires
devinrent d'excellents soldats, et rendirent de grands
services à leur patrie. Si nous voulons atteindre les
masses, il faut avoir recours aux corps francs, aussi
bien qu'aux troupes de ligne.
Je connais une école du Dimanche, aux Etats-Unis, qui était tombée dans la
plus complète routine. Il arriva que le directeur
s'étant retiré, il fut remplacé par un homme beaucoup
plus jeune Celui-ci eut envie de changer les bancs de
place, mais un des plus anciens membres du comité lui
dit que les bancs étaient arrangés de cette façon depuis
un grand nombre d'années, et qu'il ne fallait pas y
toucher. Il y a encore beaucoup de cet esprit parmi
nous. Il me semble, pour ma part, que si un système ne
réussit pas, il faut y renoncer, et en essayer un autre.
Si les hommes ne veulent pas avoir recours aux moyens de
grâce ordinaires, tâchons de les atteindre autrement, et
de les amener à Dieu.
Ne critiquons pas tout ce qui se fait de nouveau par cela seul que
cela ne s'est pas encore fait, ou que nous aimerions
mieux que cela se fît autrement. Je suis las d'entendre
les gens se plaindre perpétuellement. Ne les écoutons
pas, et marchons en avant pour accomplir l'oeuvre que
Dieu nous a donnée à faire.
On porte contre les réveils une autre accusation, plus grave encore
que celle-ci. L'oeuvre ne durera pas, dit-on. A cela je
réponds que cette objection a dû être faite dès le jour
de la Pentecôte. Quand Etienne fut lapidé, quand
Jacques, le frère du Seigneur, fut décapité, quand tous
les apôtres furent mis à mort, on dut certainement dire
que la Pentecôte avait été un immense échec. Avait-elle
vraiment été un échec? Les fruits de ce réveil ne
subsistent-ils pas encore aujourd'hui?
Aux yeux du monde, la mission de Jean-Baptiste dut paraître un
échec le jour où il fut décapité par ordre du roi
Hérode. Mais aux yeux de Dieu, sa mission n'avait pas
été inutile. L'Église de nos jours subit encore
l'influence du prophète du désert. En voyant Jésus
mourir sur la croix, le monde a pu croire qu'il avait
échoué dans son oeuvre ; mais aux yeux de Dieu, il n'en
était pas ainsi. La colère des hommes fit éclater la
gloire et la bonté de Dieu.
J'éprouve peu de sympathie pour les pasteurs qui, lorsque Dieu
ranime les Eglises, se mettent à prêcher contre les
réveils. Il n'existe pourtant pas, dans toute la
chrétienté, une seule Eglise qui ne soit sortie d'un
réveil. L'Église catholique, l'Église épiscopale
d'Angleterre se disent, l'une et l'autre, d'origine
apostolique ; dans ce cas, elles sont issues du réveil
de la Pentecôte. L'Église méthodiste est issue des
réveils qui ont eu lieu sous John Wesley et George
Whitefield. L'Église luthérienne ne doit-elle pas son
existence au grand réveil qui ébranla l'Allemagne au
temps de Luther? L'Écosse ne fut-elle pas tirée de son
engourdissement par la prédication de John Knox? Et
l'origine des quakers ne remonte-t-elle pas à l'oeuvre
que Dieu a accomplie par le moyen de George Fox? Malgré
cela, on prend peur dès qu'il se fait quelque tentative
pour sortir de la routine. Demandons à Dieu de susciter
beaucoup d'hommes capables de réveiller aujourd'hui son
Eglise. Je crois qu'il en est besoin.
Dans un des endroits que nous avons visités, il y avait une Eglise
tout-à-fait opposée aux réveils. On fit comprendre au
pasteur que s'il prenait part au mouvement, il
s'aliénerait une partie de sa congrégation. Il consulta
les archives de l'Église, et vit que les quatre
cinquièmes de ses membres avaient été convertis pendant
des réveils, entre autres le
directeur de l'École du Dimanche, tout le conseil
de l'Église, et presque tous les membres actifs. Le
Dimanche suivant, le pasteur monta en chaire et prêcha
un sermon sur les réveils, en ayant soin de rappeler ce
qui s'était passé autrefois. Il arrive souvent que des
personnes qui s'opposent maintenant aux réveils ont
elles-mêmes été converties dans un temps de réveil.
Il y a quelque temps, un pasteur éminent prêcha un sermon contre ces
réveils ; il n'y croyait pas, disait-il. Quelques-uns
des membres de son Eglise consultèrent les archives pour
voir combien de membres avaient été admis dans l'Église
sur la profession de leur foi, pendant les douze
dernières années ; il n'y en avait pas un seul. Et
pourtant le pasteur parlait contre les réveils !
Mon expérience m'a appris que les chrétiens qui ont été convertis
en un temps de grande ferveur religieuse sont même plus
forts, plus fermes que ceux qui sont entrés dans
l'Église en des temps ordinaires. Les jeunes convertis
s'entr'aident mutuellement, et plus ils sont nombreux,
plus leurs débuts dans la vie chrétienne sont sérieux.
On prétend que tous les convertis ne persévèrent pas. Hélas !
tous ceux qui écoutèrent la
prédication de Jésus-Christ ne persévérèrent pas non
plus. « Plusieurs de ses disciples se retirèrent et
n'allèrent plus avec lui. »
Saint Paul était dans la douleur de voir que plusieurs de ceux qui
avaient fait profession de croire se conduisaient comme
des ennemis de la croix de Christ. Le Maître nous
enseigne dans la parabole du Semeur qu'il y a
différentes espèces d'auditeurs ; il les représente par
le bord du chemin, par le terrain pierreux, par les
épines et par la bonne terre. Ces différentes catégories
d'auditeurs se retrouveront jusqu'à la fin des siècles.
J'ai dans mon jardin un pommier qui se couvre de fleurs
tous les printemps. Si toutes ces fleurs se
transformaient en fruits, l'arbre se romprait. Les neuf
dixièmes des fleurs, environ, tomberont à terre, et
pourtant j'ai une belle récolte de pommes.
De même, beaucoup de ceux qui font profession de croire à l'Évangile
retournent au monde. Ce sont peut-être ceux qui avaient
donné les plus belles promesses qui se lassent le plus
vite ; tandis que ceux dont on avait espéré moins,
deviennent les chrétiens les plus sérieux et les plus
fermes. Tout ce que nous avons à faire maintenant, c'est
de jeter la semence. C'est à Dieu à préparer le terrain
et à donner l'accroissement. J'ai souvent dit que si
j'avais été chargé de convaincre les hommes de péché,
j'aurais renoncé à la tâche depuis longtemps. C'est là
l'oeuvre du Saint-Esprit. Ce que nous avons à faire,
c'est de répandre la bonne semence de la Parole de Dieu,
avec la confiance que Dieu la bénira pour le salut des
âmes.
Il est évident que nous ne devons pas compter beaucoup sur le
concours de ceux qui parlent sans cesse contre les
réveils. Je crois que beaucoup de nouveaux convertis
sont refroidis par ceux qui condamnent ces efforts
spéciaux. Si nous en voyons quelquefois retourner au
monde, ce n'est pas toujours de leur faute.
Dans une ville des États-Unis où je prêchais récemment, un ministre
me dit . « J'espère que nous
aurons de meilleurs résultats que lors du mouvement
religieux qui s'est fait ici il y a cinq ans. A cette
époque-là, une centaine de nouveaux convertis se sont
joints à mon Eglise, et aujourd'hui, à une ou deux
exceptions près, je ne sais ce qu'ils sont
devenus.» C'était fort décourageant. J'en parlai à un
autre pasteur de la même ville, disant que j'aimerais
beaucoup mieux renoncer à l'évangélisation et me
remettre aux affaires si les résultats ne
devaient pas être plus
durables. Il me répondit : « Moi aussi, j'ai reçu dans
mon Eglise une centaine de nouveaux convertis, mais il
en reste encore quatre-vingt-dix-huit. Je les ai suivis
et observés depuis cinq ans, et deux seulement nous ont
quittés.» Il me demanda ensuite si son collègue m'avait
raconté ce qui s'était passé dans son troupeau après la
réception de ces nouveaux membres. Quelques-uns d'entre
eux s'étaient figuré
qu'il fallait tout réorganiser ; il y eut des divisions
entre eux, et peu à peu, ils quittèrent l'Église où ils
venaient d'entrer. Soyez sûrs que quiconque se mettra de
tout coeur à l'oeuvre ne manquera pas d'encouragement.
Il est très facile de critiquer une oeuvre comme celle-ci ; mais,
généralement, ceux qui critiquent le plus, non seulement
ne font rien du tout eux-mêmes, mais ne savent pas de
quoi ils parlent. Il faut convenir qu'il n'est pas juste
de condamner une oeuvre que nous ne nous sommes pas
donné la peine d'examiner et de connaître
personnellement. Si, au lieu de rester tranquillement à
leurs places et de regarder autour d'eux, nos critiques
voulaient se donner la peine d'entrer en rapport avec
ceux qui fréquentent nos réunions et leur parler de
leurs âmes, ils sauraient bientôt si l'oeuvre est
sérieuse ou non.
On m'a raconté l'histoire d'un officier qui revenait des Indes.
Pendant un dîner où il se trouvait chez un de ses amis,
on lui fit quelques questions sur les missions, et il
répondit qu'il n'avait pas vu un seul indigène converti
pendant tout le temps qu'il avait passé aux Indes. Un
missionnaire, qui se trouvait parmi les convives, ne
releva pas directement cette assertion; il se contenta
de demander au sceptique Anglais
s'il avait jamais vu des tigres dans les Indes.
L'officier se frotta les mains comme si cette question
évoquait des souvenirs charmants « Des tigres !
s'écria-t-il. Je crois bien que j'en ai vu ; j'en ai tué
un bon nombre. » - « Eh bien, répondit le missionnaire,
j'ai passé bien des années aux Indes, et je n'ai jamais
vu de tigres. » Pendant que l'un des deux voyageurs
avait cherché des tigres, l'autre avait cherché des
convertis, et chacun avait trouvé ce qu'il cherchait.
Si nous nous mettons à la recherche de ceux qui ont réellement
accepté l'Évangile, nous en trouverons ; c'est hors de
doute. Mais il est non moins certain que dans presque
tous les cas, ceux qui parlent contre les réveils n'en
savent absolument rien par expérience. Vous imaginez
vous que les nouveaux convertis vont aller frapper à
votre porte pour vous annoncer le changement qui s'est
fait dans leur vie ? Si vous voulez savoir la vérité,
allez chez eux, et entrez en conversation avec eux.
J'espère que personne n'aura peur des entretiens particuliers qui
suivent ces réunions. Je connais des gens qui y sont
très opposés, mais je maintiens que c'est une excellente
chose, tout-à-fait sensée.
Quand un écolier ne peut pas résoudre un problème d'algèbre,
par exemple, il cherche quelqu'un qui connaisse
l'algèbre, et le prie de lui aider. - Or, le problème
qui se pose maintenant devant nous, c'est le problème de
la vie éternelle, et il faut qu'il soit résolu par
chacun de nous. Pourquoi ne demanderions-nous pas à ceux
qui ont plus d'expérience que nous de nous
aider de leurs conseils ? Si
nous nous trouvons en présence de quelque difficulté qui
nous paraisse insurmontable, il est probable que nous
rencontrerons quelque personne vraiment pieuse qui aura
éprouvé la même difficulté il y a vingt ans; elle sera
heureuse de nous aider, et de nous dire comment elle est
venue à bout de la vaincre. Ne craignez donc pas de lui
demander conseil.
Parmi toutes les personnes qui composent cette assemblée ou qui
assisteront à nos réunions, il n'y en a pas une seule,
j'en suis sûr, qui ne puisse trouver dans la Parole de
Dieu la réponse aux questions qui la troublent. Mais si
vous ne nous communiquez pas vos pensées et vos
difficultés, comment pourrons-nous vous être utiles? Je
pourrais parler du haut de cette chaire pendant trente
jours consécutifs et ne pas toucher le point spécial qui
vous préoccupe, tandis que vingt minutes de conversation
particulière pourraient suffire pour dissiper tous vos
doutes et toutes vos difficultés.
J'ai revu dernièrement une dame qui avait eu beaucoup d'entretiens
particuliers, il y a neuf ans, avec des personnes qui
fréquentaient nos réunions. Elle m'a dit qu'elle était
encore en relation avec toutes ces personnes, au nombre
d'environ trente-cinq, et qu'elle avait tout lieu de
croire qu'elles étaient sincèrement chrétiennes. Elle
leur avait écrit des lettres, elle leur avait envoyé de
petits souvenirs à Noël, et autant qu'elle pouvait en
juger, aucune d'elles ne s'était écartée du bon chemin.
Elle s'est mêlée à leur vie, elle a pris part à tout ce
qui les touchait, et elle leur a été en bénédiction.
Si nous avions un millier de collaborateurs de ce genre, nous ne
tarderions pas, avec l'aide de Dieu, à voir des
merveilles et des prodiges. Il n'y a pas de catégorie
d'êtres humains, quelque dégradés
et quelque coupables qu'ils soient qu'on ne puisse
atteindre, pourvu qu'on veuille s'en donner la peine.
Bien des chrétiens sont assoupis ; il faut les
réveiller, afin qu'ils prennent à coeur les intérêts
éternels de ceux qui vivent dans l'insouciance et le
péché. Mettons de côté nos préjugés. Si le Seigneur est
à l'oeuvre, qu'importe si la manière dont l'oeuvre se
fait est en accord ou non avec nos idées préconçues ou
avec les anciens usages.
Qu'un seul cri s'élève de tous nos coeurs pour demander à
Dieu de faire revivre son oeuvre au milieu de nous ! Que
cette oeuvre de réveil commence tout d'abord pour nous,
qui nous réclamons du nom de notre Sauveur. Ecartons
tous les obstacles qui pourraient venir de nous-mêmes.
Alors, avec le secours de l'Esprit de Dieu, nous
pourrons atteindre ces milliers de gens qui ne mettent
jamais le pied dans aucune église, et des multitudes
d'âmes entreront dans le royaume de Dieu.
A L'OEUVRE ! (Moody)
Chapitre 2
AIMER POUR SERVIR
Je désire attirer votre attention sur le treizième
chapitre de la première Epitre de saint Paul aux
Corinthiens, en remplaçant le mot de charité par celui
d'amour; « Quand même je parlerais toutes les langues
des hommes, et même des anges, si je n'ai point l'amour,
je ne suis que comme l'airain qui résonne, ou comme une
cymbale qui retentit. Et quand même j'aurais le don de
prophétie et que je connaîtrais tous les mystères de la
science de toutes choses; et quand même j'aurais toute
la foi, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai
point l'amour; je ne suis rien. Et quand même je
distribuerais tout mon bien pour la nourriture des
pauvres et que même je livrerais mon corps pour être
brûlé, si je n'ai point l'amour, cela ne me sert de
rien. »
C'est une grande chose que d'être un prophète comme
Daniel, ou Esaïe, ou Elie, ou Elisée mais saint Paul
nous apprend ici que l'esprit d'amour est une chose plus
grande encore que l'esprit de prophétie. Marie de
Béthanie, qui savait si bien aimer, était supérieure à
ces grands prophètes.
« L'amour est patient, il est plein de bonté; l'amour
n'est point envieux; l'amour n'est point insolent; il ne
s'enfle point d'orgueil ; il n'est point malhonnête; il
ne cherche point son intérêt ; il ne s'aigrit point ; il
ne soupçonne point le mal ; il ne se réjouit point de
l'injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il excuse
tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.
L'amour ne périt jamais. Pour ce qui est des prophéties,
elles seront abolies, et le don des langues cessera, et
la connaissance sera anéantie. Maintenant donc, ces
trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour
; mais la plus grande, c'est l'amour. »
L'ennemi s'était introduit dans la petite Eglise fondée
à Corinthe par l'apôtre Paul, et il y avait des
divisions parmi les disciples. L'un disait: « Pour moi,
je suis d'Apollos ; » - un autre disait: « Pour moi, je
suis de Céphas ; » et un troisième : « Pour moi, je suis
de Paul. » - Paul vit tout de suite que ces divisions,
que ce manque d'amour des enfants de Dieu les uns pour
les autres auraient des conséquences désastreuses pour
l'Église, et alors il écrivit cette lettre. Je suis
convaincu que si tous les vrais croyants pouvaient se
pénétrer de l'esprit de ce chapitre et le mettre en
pratique pendant un an, l'Église de Dieu verrait se
doubler le nombre de ses enfants. L'un des plus grands
obstacles au développement de l'oeuvre de Dieu
aujourd'hui est bien certainement ce manque d'amour
parmi les disciples de Jésus-Christ.
Quand nous aimons quelqu'un, nous ne cherchons pas sans cesse à
attirer l'attention sur ses défauts. On a dit avec
raison : Il ne manque pas de traités sur l'éloquence ;
mais, chose curieuse, il n'en est pas un seul qui
indique le véritable secret de toute vraie éloquence; ce
secret, c'est l'amour. Pour atteindre les hommes, il
faut les aimer beaucoup. Quel que soit leur degré de
culpabilité, ou d'indifférence, ou d'ingratitude;
quelque bas qu'ils soient tombés, il faut surtout et
avant tout les aimer. L'amour, c'est la sève de
l'Évangile, c'est le secret de toute prédication forte
et vivante, c'est l'inspiration la plus puissante de
l'éloquence. Le but de toute prédication est de ramener
à Dieu les coeurs des hommes, et l'amour seul sait
découvrir les sentiers mystérieux qui conduisent au
coeur. Si, donc, vous ne possédez pas un fervent amour
et une profonde compassion pour l'humanité, soyez
sûr que nous
n'avez pas reçu
le don de l'éloquence chrétienne. Vous ne réussirez pas
à gagner des âmes, vous n'acquerrez jamais cette
domination, excellente entre
toutes,
la domination qu'on exerce sur le coeur de
l'homme. Un proverbe arabe dit: « L'épée fait courber le
cou; mais le coeur seul fait courber le coeur. » On ne
résiste pas à l'amour.
Ecoutez ces paroles: « L'amour est patient ; il est plein de bonté ;
l'amour n'est point envieux. » Que de fois n'arrive-t-il
pas que si l'un de nos frères nous éclipse, nous
éprouvons de l'envie au fond
de notre coeur. Il faut beaucoup de grâce divine pour
détruire ce sentiment-là. « L'amour n'est point
insolent; il ne s'enfle point d'orgueil. » Les chrétiens
ont peu d'ennemis plus redoutables que cet esprit de
rivalité gui demande sans cesse : « Lequel sera le plus
grand? »
Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui m'a fait
beaucoup de bien. Il était intitulé « L'éducation des
Douze. » L'auteur disait que Jésus avait passé la plus
grande partie de son temps, pendant les trois ans et
demi de son ministère, à former douze hommes.
L'éducation qu'il leur donna était bien différente de
celle qu'on donne aujourd'hui dans nos collèges et
dans nos écoles. Tandis que le monde encourage
l'ambition, Jésus enseigne à ses disciples l'humilité.
Il les exhorte à se prévenir les uns les autres par
honneur; à n'être point enflés d'orgueil, à n'être point
envieux, mais plutôt, à être doux et humbles de coeur.
Un peintre de l'antiquité, ayant été chargé de faire un portrait très
ressemblant d'Alexandre le Grand, se trouva dans un
grave embarras. Pendant une de ses guerres, Alexandre
avait reçu au front un coup d'épée, et en avait conservé
une longue cicatrice. L'artiste se dit: Si je représente
la cicatrice, j'offenserai les admirateurs du monarque ;
et si je l'omets, la ressemblance ne sera pas exacte.
Que faut-il faire? Il imagina un heureux
expédient , et représenta le
grand roi, le front appuyé dans sa main, cachant ainsi
la cicatrice.
Ne pourrions-nous pas nous représenter de même les uns les autres,
en posant la main de la charité sur la cicatrice, au
lieu d'en faire ressortir toute la profondeur ? Les
païens mêmes peuvent donner aux chrétiens une leçon de
charité, de bonté et d'amour.
Ce désir d'occuper le premier rang a failli perdre l'Eglise plus
d'une fois pendant le cours de son histoire. Si l'Eglise
n'avait pas été d'origine divine, elle serait tombée en
ruines depuis longtemps. De nos jours encore, on
pourrait citer à peine un seul mouvement de réforme qui
n'ait couru le danger d'être entravé ou anéanti par ce
misérable esprit d'ambition et de personnalité. Que Dieu
nous aide à détruire cet esprit, à jeter loin de nous
notre vanité et notre orgueil, et à accepter Christ pour
notre Maître, afin qu'il nous montre dans quel esprit il
faut travailler pour lui.
Une des choses qui durent le plus attrister la vie de Jésus, ce fut
la manifestation de cet esprit parmi ses disciples, même
pendant les dernières heures de son séjour au milieu
d'eux, et jusqu'au moment où il fut emmené pour être
crucifié. Nous lisons dans l'Évangile de saint Luc : «
Jésus dit à ses apôtres: Voici la main de celui qui me
trahit est à table avec moi. Pour ce qui est du Fils de
l'homme, il s'en va, selon qu'il a été déterminé; mais
malheur à cet l'homme par qui il est trahi! Alors ils
commencèrent à se demander les uns aux autres qui était
celui d'entre eux qui ferait
cela. Il arriva aussi une contestation entre eux, pour
savoir lequel d'entre eux devait être regardé comme le
plus grand.
« Mais il leur dit: Les rois des nations les maîtrisent, et ceux
qui usent d'autorité sur elles sont nommés bienfaiteurs.
Il n'en doit pas être de même entre vous; mais que celui
qui est le plus grand parmi vous soit comme le moindre,
et celui qui gouverne comme celui qui sert ; car qui est
le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert?
N'est-ce pas celui qui est à table? Et cependant je suis
au milieu de vous comme celui qui sert. »
Même en un moment aussi solennel, pendant cette nuit mémorable où
le Seigneur venait d'instituer la Sainte-Cène avec ses
disciples, après avoir mangé la pâque avec eux, et où il
s'avançait vers la croix, - même alors, cette pensée
remplit leurs coeurs : Lequel sera le plus grand?
Il existe une charmante tradition sur la fondation du temple de
Salomon. Le terrain sur lequel il fut construit
appartenait en commun à deux frères, dont l'un avait des
enfants, et l'autre n'en avait pas. Ils y avaient semé
du blé. Le lendemain de la moisson, deux meules ayant
été élevées, l'aîné des deux frères dit à sa femme : «
Mon jeune frère n'a pas la force de supporter la fatigue
et la chaleur du jour, je vais prendre une partie de mes
gerbes et les ajouter à sa meule sans qu'il le sache. »
Le frère cadet, animé de sentiments semblables, se dit
en lui-même : « Mon frère a des enfants, et moi
je n'en ai pas. Je vais prendre une partie de mes gerbes
et les ajouter à sa meule.
Quel ne fut pas leur étonnement le lendemain, en trouvant leurs meules
respectives aussi grandes que la veille. La même
aventure se renouvela plusieurs nuits de suite. Chacun
d'eux résolut enfin de veiller toute la nuit afin
d'éclaircir le mystère. C'est ce qu'ils firent, et la
nuit suivante, ils se rencontrèrent à mi-chemin entre
leurs deux meules, les bras chargés de gerbes. Ce fut
sur un terrain sanctifié par un tel souvenir que s'éleva
le magnifique temple de Salomon, la merveille et
l'admiration du monde. Hélas ! de
nos jours, combien de frères seraient disposés à dérober
toute la meule de leur frère plutôt qu'à y ajouter une
seule gerbe !
Si nous voulons apprendre à gagner les âmes, si nous voulons être
utiles au service de notre Maître, il faut nous
débarrasser de ce maudit esprit de rivalité et
d'amour-propre. C'est là le fond de la pensée de saint
Paul dans ce passage de son épître aux Corinthiens. Il
leur dit qu'on a beau avoir beaucoup de foi et de zèle,
et distribuer beaucoup d'aumônes, si l'on n'a pas
d'amour, on est comme l'airain qui résonne ou une
cymbale qui retentit. Si ce n'est pas l'amour qui
inspire et remplit tous nos discours, nous ferions tout
autant de bien aux âmes en sonnant de la trompette du
haut de la chaire qu'en prêchant des sermons. On
peut annoncer la vérité ; on peut enseigner la doctrine
évangélique dans toute sa pureté ; si le coeur n'est pas
rempli d'amour pour ceux auxquels on s'adresse, si on
prêche par métier, l'apôtre le déclare, on n'est qu'une
cymbale retentissante.
Ce qu'il nous faut, ce n'est pas tant de travailler davantage que de
travailler pour un meilleur motif. Dieu tient compte du
mobile qui nous fait agir, bien plus que de notre
activité extérieure. Le seul arbre sur la terre qui
puisse produire des fruits agréables à Dieu c'est
l'arbre de l'amour.
En écrivant à son disciple Tite, saint Paul dit : «Enseigne les
choses qui conviennent à la saine doctrine : que les
vieillards soient sobres, graves, prudents, purs dans la
foi, dans la charité (ou dans l'amour), dans la
patience.» A quoi servirait-il d'enseigner une saine
doctrine, si l'on négligeait l'amour et la patience ? De
quelle valeur nos prières peuvent-elles être si elles ne
sont pas inspirées par l'amour ? On s'étonne parfois de
voir tant de prédications irréprochables rester sans
résultats. Ne croyez-vous pas que cela tienne à ce qu'on
prêche si souvent par métier? Les paroles brillent comme
le givre au soleil, mais ne réchauffent pas davantage.
Elles n'ont pas une seule étincelle d'amour. - S'il en
est ainsi, vous n'aurez que très peu de force. Quand
même vous multiplieriez vos réunions d'appel, vos
réunions de prières, vos réunions d'actions de grâces,
si l'amour ne les inspire pas, vous parlerez en vain.
Dieu lui-même vous dit que vous êtes semblables à
l'airain qui résonne et aux cymbales qui retentissent.
On peut être très bon médecin sans aimer ses malades. On peut être très
bon avocat sans aimer ses clients. Un négociant peut
faire d'excellentes affaires sans se soucier le moins du
monde de ses pratiques. Un savant peut nous expliquer
les merveilles de la science ou de la théologie sans
éprouver le moindre amour pour nous; mais sans amour, il
est impossible de travailler sérieusement pour Dieu et
de gagner les âmes. On peut passer au yeux du monde pour
être un grand prédicateur, on peut attirer la foule par
de brillants discours ; si un sincère amour pour Dieu et
pour les âmes n'est pas la force motrice de toute cette
éloquence, elle s'évanouira comme une vapeur et comme la
rosée du matin.
On raconte que toutes les fois que les Athéniens entendaient
Démosthènes, ils étaient émus au point de se sentir
prêts à partir pour combattre Philippe de Macédoine. Ils
entendaient aussi avec plaisir un autre orateur qui les
charmait par son éloquence ; mais à peine le discours
était-il fini, que le charme se rompait, les belles
paroles avaient été creuses. Il ne suffit donc pas de
prononcer de brillants discours qui peuvent entraîner la
multitude au moment même; s'ils ne reposent pas sur un
sentiment profond, leur influence ne sera pas durable.
Ce qui faisait la force de Démosthènes, c'était son
amour pour sa patrie, et cet amour, il le communiquait à
tout le peuple.
Lorsque nous aimerons davantage, il nous sera facile de travailler pour le
Seigneur. Rien ne nous paraîtra trop insignifiant. Dieu
ne bénit point les travaux les plus importants si
l'amour est étranger ; mais il prend plaisir aux
petites choses faites par amour. Un verre d'eau froide
donné à l'un de ses enfants par amour pour lui, a plus
de valeur à ses yeux que la conquête d'un royaume,
inspirée par l'ambition et la vaine gloire.
Je suis fatigué d'entendre toujours répéter le mot de devoir comme si
c'était l'unique mobile du chrétien. De tous côtés,
j'entends dire: Je fais ceci, ou cela, parce que c'est
mon devoir. L'expérience m'a prouvé que les chrétiens
qui parlent ainsi sont ceux qui réussissent le moins
bien dans leur travail. N'avons-nous pas un mobile plus
puissant que le simple devoir? Ne pouvons-nous pas nous
mettre au service de Christ parce que nous l'aimons ?
Quand c'est l'amour qui nous pousse, le travail
nous paraît toujours facile. Une mère n'a pas de peine à
soigner son enfant malade. Elle ne regarde pas cela
comme une corvée. Saint Paul ne nous parle jamais de la
peine que le service de son maître lui a coûtée. Il
était pressé de travailler parce qu'il aimait son
Sauveur et qu'il se sentait aimé par lui. Lutter,
souffrir même pour son Maître bien-aimé, c'était une
joie pour lui.
Vous me répondez peut-être que j'ai tort de parler contre le devoir;
beaucoup de choses ne se feraient jamais sans le
sentiment du devoir. C'est vrai, mais je voudrais vous
faire sentir que ce n'est pas un mobile suffisant, et
que vous pouvez en avoir un autre bien plus puissant.
Je vais bientôt retourner dans ma patrie, de l'autre côté de
l'Atlantique. Je pense en ce moment à une mère aux
cheveux blancs qui habite, sur les bords du Connecticut,
la même petite ville depuis quatre-vingts ans. Supposons
que je lui apporte un présent à mon retour, et qu'en le
lui donnant, je dise : « Vous avez été si bonne pour moi
autrefois que j'ai cru de mon devoir de vous apporter un
cadeau. » Que penserait-elle de moi si je lui parlais
ainsi ? Mais si au contraire je le lui apporte comme un
témoignage de mon grand amour pour elle, quel prix
n'attachera-t-elle pas à mon souvenir ! De même, Dieu
désire que ses enfants ne le servent pas seulement par
devoir. Il n'aime pas que ce soit une chose pénible pour
nous de faire sa volonté.
Voyez les soldats. S'ils ne se battent que parce qu'ils y sont
forcés, ils ne remporteront pas beaucoup de victoires.
Si, au contraire, ils se battent par amour pour leur
pays et pour leurs chefs, rien ne pourra leur résister.
Si ce n'est pas l'amour qui vous pousse à travailler
pour Christ, ne vous attendez pas à être béni dans votre
oeuvre.
Napoléon essaya de fonder un empire par la force des armes.
Alexandre le Grand, César, d'autres conquérants encore,
l'avaient essayé avant lui,
mais tous, ils ont échoué. Jésus-Christ a fondé son
royaume sur l'amour, et ce royaume durera éternellement.
Quand nous aurons appris à aimer véritablement, tous les mobiles
égoïstes et bas disparaîtront, et notre ouvrage pourra
supporter l'épreuve du feu.
Je voudrais vous rappeler encore une chose. L'amour ne songe jamais
à ce qu'il recevra en retour de ce qu'il donne. Vous
avez tous lu dans l'Evangile selon saint Mathieu la
parabole du père de famille qui avait loué des ouvriers
pour travailler dans sa vigne. Après en avoir loué
plusieurs dès le matin, il en trouva d'autres à
différentes heures du jour, et les envoya aussi à sa
vigne. Quand le soir fut venu, ceux qui avaient
travaillé depuis le matin s'attendaient à recevoir un
salaire plus élevé que les autres; aussi se mirent-ils à
murmurer et à se plaindre lorsqu'ils virent qu'ils
recevaient tous la même chose. Mais quelle fut la
réponse du père de famille : « Mon ami, je ne te fais
point de tort ; n'as-tu pas accordé avec moi à un denier
par jour? Prends ce qui est à toi et t'en va. Je veux
donner à ce dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas
permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi? Ton
oeil est-il mauvais de ce que je suis bon ? Ainsi les
derniers seront les premiers, et les premiers seront les
derniers.»
J'ai presque toujours vu que les chrétiens qui se demandent sans
cesse quelle bénédiction le Seigneur leur donnera en
récompense de leur travail ne sont jamais contents.
L'amour vrai travaille de tout son coeur sans poser de
conditions. Ne marchandons pas avec le Seigneur, mais
soyons heureux de faire tout ce qu'il nous demande.
Je suis certain que si nous nous mettons à l'oeuvre avec un coeur
plein d'amour pour ceux que nous désirons atteindre,
nous verrons toutes les barrières s'abaisser devant
nous . L'amour fait
naître l'amour, de même que la haine fait naître la
haine. L'amour est la clef du coeur humain. Quelqu'un a
dit: « La lumière est faite pour l'intelligence, et
l'amour est fait pour le coeur. » Commencez par gagner
l'affection de ceux que vous cherchez à atteindre; il
vous sera facile ensuite de les amener à Christ.
Je vois des enfants parmi ceux qui m'écoutent. Permettez-moi de leur
raconter une histoire. Il y avait une fois un petit
garçon qui demeurait sur la lisière d'un bois. Un jour,
se croyant seul, il s'amusait à chanter quand il lui
sembla entendre la voix d'un autre enfant assez près de
lui. - « Hé ! là-bas ! »
s'écria-t-il. - «Hé !
là-bas ! »
répondit la voix. Il ne
savait pas que c'était l'écho de sa voix, et se mit à
crier: « Tu es un méchant garçon ! » Naturellement, la
voix répondit: « Tu es un méchant garçon. » Après
quelques autres paroles du même genre, il rentra à la
maison, et dit à sa mère qu'il y avait un vilain enfant
dans le bois. La mère, qui comprit ce dont il
s'agissait, lui dit: « Oh ! non,
il n'est pas méchant. Parle-lui gentiment, et tu verras
s'il ne te répond pas de même.» Le petit garçon retourna
dans le bois et cria: « Hé ! là-bas.
» - « Hé ! là-bas. » - Tu es
un bon garçon. » - Inutile de dire que la voix répondit
: « Tu es un bon garçon. » - « Je t'aime bien. » Et la
voix, toujours fidèle, répondit : « Je t'aime bien. »
Je vous vois sourire ; et pourtant cette petite histoire vous donne
le mot de l'énigme. plusieurs
d'entre vous, peut-être, sont convaincus qu'ils ont des
voisins fort désagréables et qu'il est impossible
d'avoir de bons rapports avec eux ; il est bien possible
que les torts soient tout autant de votre côté que du
leur. Si vous aimez ceux qui vivent près de vous, ils
vous aimeront aussi. Comme je le disais tout à l'heure :
l'amour est la clef qui ouvre tous les coeurs. Il n'y a
pas au monde un seul être humain tombé si bas qu'on ne
puisse l'atteindre avec de l'amour, de la douceur et de
la bonté. Il faudra peut-être des années pour en venir à
bout, mais la chose est possible. L'amour ne peut pas
rester inactif.
On a dit avec raison : « On peut dissimuler sa fortune, enfouir ses
talents ; il y a une chose qu'on ne peut ni dissimuler
ni enfouir, c'est l'amour. » Il ne se nourrit pas de
lui-même, il lui faut un aliment.
Il y a quelques années, la fièvre jaune éclata dans l'une des
villes de nos Etats du Sud. Les décès étaient si
nombreux que les autorités de la ville ordonnèrent qu'on
enterrât les morts rapidement, sans prendre le temps de
faire de funérailles. Une charrette allait de maison en
maison prendre les morts et les porter au
cimetière. Une famille étrangère était venue depuis peu
s'établir dans cette ville. Le père fut bientôt atteint
par l'épidémie, et mourut. Les voisins avaient peur de
la contagion, et personne n'osa aller dans la maison des
pauvres affligés. La mère ne tarda pas à être frappée à
son tour. Avant de mourir, elle appela son petit garçon
et lui dit : « Je vais bientôt partir ; mais quand je
serai morte, le Seigneur Jésus viendra prendre soin de
toi. » Elle n'avait personne sur la terre à qui confier
son fils. Peu de temps après, elle mourut, en effet, et
son corps fut porté au cimetière. Le petit garçon suivit
la charrette jusqu'au bord de la tombe, et vit la place
où l'on déposa le corps de sa mère, puis il retourna à
la maison.
Mais il se sentit bien seul, et quand il commença à faire nuit, il eut
peur et ne voulut plus rester dans la maison. Il alla
s'asseoir sur le seuil de la porte et se mit à pleurer.
Enfin il retourna au cimetière, il se coucha sur la
tombe de sa mère et s'endormit en pleurant.
Le lendemain matin, un monsieur qui traversait le cimetière vit
l'enfant qui pleurait. « Que fais-tu là, mon enfant? »
lui dit-il. « J'attends le Seigneur Jésus. » Le monsieur
désira savoir ce que l'enfant voulait dire, et se fit raconter son histoire. Il en fut ému, et dit au
petit garçon : « Eh bien, mon enfant, c'est moi que le
Seigneur Jésus a envoyé pour prendre soin de toi. »
L'enfant leva les yeux vers lui, et répondit : «Vous
avez été bien longtemps à venir.»
Qui oserait prétendre que si nous aimions véritablement notre Maître, nous
ne réussirions pas à atteindre les masses, qui semblent
maintenant hors de notre portée ? Il n'y a pas
d'ivrogne, il n'y a pas de créature coupable, il n'y a
pas d'athée à qui nous ne puissions faire du bien. Les
athées ne peuvent pas résister à la puissance de
l'amour. C'est lui, et non le raisonnement, qui
renversera l'athéisme ainsi que tous les autres faux
systèmes. C'est l'amour de Christ qui brisera le coeur
le plus endurci.
Je suis sûr d'une chose : quand ces coeurs endurcis qui rejettent
maintenant le Sauveur seront parfaitement convaincus que
notre amour pour eux est l'unique mobile de nos efforts,
leur dureté commencera à s'adoucir, leur volonté rebelle
commencera à céder. Cette clef de l'amour les ouvrira.
Avec l'aide de Dieu, nous pourrons les faire sortir des
ténèbres de ce monde et les amener à la lumière de
l'Evangile.
Jésus-Christ a donné à ses disciples un signe de ralliement. Les
membres d'une même association portent, tantôt un ruban
bleu, tantôt un ruban rouge pour se reconnaître
les uns les autres; le signe que Jésus-Christ a donné à
ses disciples, c'est l'amour: «C'est à ce signe que tous
connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l'amour les uns pour les autres. » De l'amour, pas
seulement pour les chrétiens, mais pour ceux qui sont
tombés. Le bon Samaritain eut de l'amour pour le pauvre
voyageur qui était tombé entre les mains des voleurs. Si
nous savions aimer comme lui, le monde découvrirait bien
vite que nous sommes les disciples du Seigneur
Jésus-Christ. Ce genre d'argument aurait plus de
puissance que tout autre pour vaincre l'incrédulité et
la révolte.
Ce que je viens de dire me rappelle ce que j'ai vu cet hiver à Londres
dans une des familles où j'ai reçu l'hospitalité. Une
des jeunes filles de cette famille sentait qu'elle ne
travaillait pas pour Christ autant qu'elle l'aurait
voulu, et elle eut l'idée de faire un groupe dans une
école du Dimanche. Elle a réuni maintenant une vingtaine
de jeunes garçons de treize à seize ans, l'âge le plus
difficile. Cette jeune fille chrétienne s'est
dit qu'elle commencerait par
se faire aimer de tous ces jeunes garçons afin de les
amener ensuite au Sauveur. Il est touchant de voir comme
elle a su gagner leurs jeunes coeurs, et je crois
qu'elle les amènera tous à une vie pure et sainte.
Si nous sommes prêts à travailler dans ce même esprit,
nous sauverons la jeunesse de notre pays; au lieu de
remplir nos prisons et nos refuges, nos jeunes gens et
nos jeunes filles deviendront des membres utiles de
l'Eglise de Dieu, et seront une bénédiction pour la
société.
Un de mes amis en Amérique a fondé une grande école du Dimanche. Il
pensait que les enfants qui reçoivent de mauvais
exemples chez eux n'ont pas d'autre chance de devenir
meilleurs que de suivre l'école du Dimanche; aussi
prit-il la résolution de ne jamais renvoyer un élève
qu'à la dernière extrémité.
Parmi les enfants qui suivaient cette école, il se trouva un jeune
garçon dont personne ne pouvait venir à bout. Tous les
moniteurs à qui il était confié venaient l'un après
l'autre trouver le directeur et lui dire : « Retirez cet
enfant de mon groupe ; il fait du mal aux autres ; il
dit de vilaines choses, et il détruit tout le bien que
je pourrais faire. » Enfin mon ami crut qu'il serait
obligé de prononcer publiquement l'expulsion de cet
enfant insubordonné, et dans la réunion des moniteurs,
il annonça son intention. Une jeune fille qui ne l'avait
pas encore eu dans son groupe, demanda alors la
permission d'en faire l'essai : « Je ferai tout ce que
je pourrai, dit-elle, pour me faire aimer de lui. » - Le
Directeur était convaincu qu'elle perdrait
bientôt patience; néanmoins il mit l'enfant dans son
groupe, selon son désir. Le petit garçon ne tarda pas à
enfreindre les règlements, et la jeune fille fut obligée
de le punir. Il en fut tellement irrité, qu'il se mit en
colère, et lui cracha au visage. Elle prit
tranquillement son mouchoir et s'essuya la figure. Après
l'école, elle lui demanda de l'accompagner jusque chez
elle.
« Non, répondit-il, je ne veux plus vous parler, et je ne reviendrai plus
jamais dans cette affreuse école. » Elle lui demanda,
alors, s'il voulait bien qu'elle le reconduisit chez lui. Il refusa encore. « Eh bien
! lui dit-elle, je suis très
fâchée que vous partiez, mais si vous voulez passer chez
moi mardi matin, vous trouverez un petit paquet à votre
adresse. Je n'y serai pas moi-même, mais le domestique
vous le remettra de ma part. » L'enfant répondit
grossièrement « Je n'ai pas besoin de votre paquet :
vous pouvez le garder. » Cependant la jeune fille était
convaincue qu'il viendrait le chercher.
En effet, quand vint le mardi matin, le petit garçon était
tout-à-fait remis de son accès de colère. Il se rendit à
la maison de la jeune fille, et dès qu'il eut sonné, un
domestique lui apporta le paquet. Lorsqu'il l'ouvrit, il
y trouva une petite jaquette, une cravate, et ce qui
valait encore mieux, une lettre écrite par sa monitrice.
Elle lui disait dans cette lettre, combien elle avait
prié pour lui, soir et matin, depuis qu'il était dans
son groupe. Maintenant qu'il allait la quitter, elle lui
demandait de se rappeler que, tant qu'elle vivrait, elle
ne cesserait pas de prier pour lui et qu'elle espérait
qu'il deviendrait un homme de bien.
Le lendemain matin de bonne heure, le petit garçon sonnait de
nouveau à la porte de la jeune fille. On le fit entrer
dans le salon, et quand sa monitrice vint le rejoindre,
elle le trouva en sanglots. Elle lui demanda avec bonté
la cause de son chagrin. « Oh ! répondit-il, je n'ai pas
été heureux un seul instant depuis que j'ai reçu votre
lettre. Vous avez été si bonne pour moi, et j'ai été si
méchant. Je vous en prie, pardonnez moi. »
En finissant ce récit, mon ami, le directeur de l'école, ajouta: «
Il y a environ dix-huit cents enfants dans l'école, et
il n'y a pas de meilleur élève que ce garçon-là. »
Pourquoi ne suivrions-nous pas l'exemple de cette jeune fille ? Ah
! que chacun de nous se
consacre aujourd'hui, tout de nouveau, à Dieu et à son
service.
A L'OEUVRE ! (Moody)
Chapitre 3
FOI ET
COURAGE
Dans tout ce que nous cherchons à faire pour Dieu, c'est
la foi qui doit donner le ton. Je n'ai encore jamais
rencontré une seule personne qui n'eût pas été exaucée
dans ses prières quand elle était pleine de foi, et que
cette foi reposait sur des bases solides. Il va sans
dire que notre foi ne peut s'appuyer que sur les
promesses et les déclarations de l'Ecriture Sainte.
Aussi , quand nous nous
réunissons pour appeler la bénédiction de Dieu sur nos
amis et sur cette ville, sommes-nous bien certains
d'être exaucés.
Si l'incrédulité est un obstacle redoutable pour l'homme
inconverti, elle ne l'est pas moins pour le chrétien.
Elle le privera de bénédiction, tout autant qu'aux jours
de Jésus-Christ. L'un des évangélistes nous dit que,
dans une certaine ville, le Seigneur ne fit que peu de
miracles, à cause de l'incrédulité de ceux qui
l'entouraient. S'il en était ainsi pour Jésus, comment
pouvons-nous nous attendre à accomplir de grandes
choses, quand les enfants de Dieu manquent de foi ?
J'affirme que les enfants de Dieu sont seuls capables
d'entraver l'oeuvre de Dieu. Les incrédules, les athées,
les sceptiques ne peuvent y parvenir. Partout où une
étroite union, une forte foi et une ferme espérance se
rencontrent chez les chrétiens, il se fait de grandes
choses.
Nous lisons dans l'épître aux Hébreux « qu'il est
impossible d'être agréable à Dieu sans la foi ; car il
faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu
est, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le
cherchent. » Ces paroles s'adressent à nous autres
chrétiens tout autant qu'à ceux qui cherchent Dieu pour
la première fois. Nous sommes réunis aujourd'hui pour
demander à Dieu de bénir ceux que nous aimons, et de
nous donner une vie nouvelle, afin que nous puissions
atteindre les masses qui sont encore en dehors de
l'Evangile. Nous venons de l'entendre, Dieu est le
rémunérateur de ceux qui le cherchent. Cherchons-le
donc, en cet instant même. Ayons une grande foi, et que
notre espérance soit en Dieu.
Quand j'étais enfant, lorsque le soleil du printemps
avait fait fondre les neiges sur les collines de la
Nouvelle-Angleterre où je demeurais, j'aimais à prendre
une lentille de cristal, et à y concentrer les rayons du
soleil. Puis je m'amusais à les diriger sur du bois,
pour l'allumer. La foi est le cristal qui fait descendre
le feu du ciel . C'est la foi
d'Elie qui attira ce feu sur l'holocauste que le
prophète avait préparé d'après l'ordre de Dieu, sur le
mont Carmel. Nous possédons aujourd'hui le même Dieu et
la même foi. Il y a des personnes qui prétendent que la
foi chrétienne a vieilli, que la Bible est usée. Mais le
Seigneur va donner une vigueur nouvelle à ses enfants,
et nous remuerons le monde pourvu que notre foi soit
simple et inébranlable.
Dans le onzième chapitre de l'épître aux Hébreux,
l'auteur cite les uns après les autres tous les héros
fameux de l'histoire d'Israël; tous, ils avaient été des
hommes de foi, et avaient laissé le monde meilleur
qu'il ne l'avaient trouvé.
Ecoutez cette description des grandes choses qu'ils
avaient accomplies : « C'est par la foi qu'ils ont
conquis des royaumes, ont exercé la justice, ont obtenu
l'effet des promesses, ont fermé la gueule des lions,
ont éteint la force du feu, ont échappé au tranchant des
épées, ont été guéris de leurs maladies, ont été
vaillants dans la guerre, ont mis en fuite les armées
des étrangers. Des femmes ont recouvré par la
résurrection leurs enfants morts ; d'autres ont été
cruellement tourmentés, refusant d'être délivrés, afin
d'obtenir une meilleure résurrection ; d'autres ont été
éprouvés par les moqueries et les fouets; d'autres par
les liens et par la prison; ils ont été lapidés, ils ont
été sciés, ils ont été mis à l'épreuve, ils sont morts
par le tranchant de l'épée, ils ont été errants çà et
là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvre,
dénués de tout, affligés, maltraités, - eux dont le
monde n'était pas digne, - ils ont erré dans les déserts
et dans les montagnes, dans les cavernes et les antres
de la terre. Et tous ceux là, ayant obtenu un bon
témoignage par leur foi, n'ont point reçu ce qui leur
avait été promis; Dieu ayant pourvu quelque chose de
meilleur pour nous, afin qu'ils ne parvinssent pas à la
perfection sans nous. »
Aucun enfant de Dieu, assurément, ne peut lire ces
paroles sans émotion. Il est dit que «des femmes ont
recouvré par la résurrection leurs enfants morts. »
Parmi ceux qui m'écoutent il y a beaucoup de mères dont
les enfants se sont égarés, et sont devenus les esclaves
du vice et des mauvaises passions. Vous êtes
profondément découragées à leur sujet; mais si vous avez
foi en Dieu, ils peuvent vous être rendus par une espèce
de résurrection.. Les enfants
prodigues peuvent rentrer à la maison paternelle; les
ivrognes et les femmes de mauvaise vie peuvent être
sauvés. Dans toute cette grande ville, il n'y a pas un
seul être humain, homme ou femme, quelque bas qu'il soit
tombé, qu'on ne puisse atteindre.
De nos jours, nous devrions avoir beaucoup plus de foi
qu'Abel, Enoch ou Abraham. Ils vivaient si longtemps
avant Jésus-Christ. Nous parlons de la foi des
patriarches et des prophètes, mais ils ne voyaient
qu'une faible lueur, tandis que nous contemplons la
lumière resplendissante qui rayonne du Calvaire et du
tombeau vide de Jésus-Christ. Quand nous retardons en
arrière, et que nous pensons à tout ce qu'a fait
Jésus-Christ; quand nous pensons à son sang répandu pour
le salut du monde, nous devrions nous mettre à l'oeuvre,
forts de sa force, et lui conquérir tous les coeurs.
Notre Dieu peut faire des choses grandes et
merveilleuses.
Vous vous rappelez que le centenier romain fit prier
Jésus, de venir guérir son serviteur. Quand le Seigneur
s'approcha, le centenier lui fit dire de ne pas prendre
la peine d'entrer dans sa maison ; tout ce qu'il lui
demandait était de dire une parole, afin que le
serviteur fût guéri.
L'évangéliste ajoute que lorsque Jésus reçut le message
du soldat romain, il admira sa foi. Chers amis, croyons
aujourd'hui que Dieu va faire de grandes choses au
milieu de nous.
Caleb et Josué étaient des hommes de foi. Ils furent
plus utiles aux enfants d'Israël que le camp tout
entier, composé d'incrédules, et que les dix autres
espions. Moïse avait envoyé douze espions pour
reconnaître le pays. Je dirai ici en passant que la foi
n'a jamais besoin d'espions. Vous me répondrez peut-être
que c'était Dieu qui avait commandé à Moïse de les
envoyer; mais il nous est dit, dans le premier chapitre
du Deutéronome, que, malgré les promesses formelles de
Dieu, les Israélites eurent peur, et demandèrent à Moïse
d'envoyer des espions. S'ils avaient cru en Dieu, ils
seraient entrés en possession de la Terre promise dès
leur arrivée à Kadès-Barné. Je suppose que ces douze
hommes furent choisis en raison du rang qu'ils
occupaient ou de l'influence qu'ils exerçaient au milieu
des douze tribus.
A leur retour, au bout d'un mois environ, ils firent un
double rapport, - ce que nous pourrions appeler le
rapport de la majorité et celui de la minorité. Tous les
douze s'accordaient à dire que le pays était bon, mais
dix d'entre eux ajoutaient : « Nous ne saurions monter
contre ce peuple, car il est plus fort que nous. Nous y
avons vu aussi des géants, des descendants de Hanak» On
croit voir ces dix espions le soir qui suivit leur
arrivée : on fait cercle autour d'eux dans le camp, on
écoute leurs récits. Il est probable qu'il y avait très
peu de personnes autour de Caleb et Josué. Il semble
vraiment parfois que les hommes sont plus disposés à
croire un mensonge que la vérité. Voyez ces Israélites
incrédules ; ils écoutent avidement ce que raconte un
des dix espions : - « Croiriez-vous, dit celui-ci, que
j'étais obligé de lever la tête pour regarder ces hommes
en face ; ils font trembler la terre en marchant. Auprès
de ces géants, nous ne paraissions que comme des
sauterelles, les villes sont fortifiées de murs qui vont
jusqu'au ciel. Nous ne saurions prendre ce pays. »
Mais Caleb et Josué tenaient un tout autre langage. A
leurs yeux, c'étaient les géants qui n'étaient que comme
des sauterelles. Ces hommes de foi se rappelaient
comment Dieu les avait délivrés de la main de Pharaon et
leur avait fait traverser la mer Rouge ; comment il les
avait nourris dans le désert avec le pain du ciel, leur
donnant à boire de l'eau du rocher. Pourvu que Dieu
marchât avec eux, ils n'avaient qu'à monter hardiment et
à prendre possession de ce pays-là. C'est pourquoi ils
disaient au peuple : « Certainement nous serons les plus
forts. » Que voyons-nous aujourd'hui dans l'Eglise de
Dieu ? Dix personnes environ sur douze, parmi celles qui
font profession de croire en Jésus-Christ, s'arrêtent à
considérer les géants, les murs, les difficultés de tout
genre qui se trouvent sur le chemin. « Nous ne saurions
accomplir une oeuvre pareille, disent-elles ; peut-être
pourrions-nous en venir à bout s'il n'y avait pas tant
de cabarets, tant d'ivrognerie, tant de matérialisme,
tant d'opposition de toute sorte. »
Ne nous laissons pas décourager par ces hommes de petite
foi. Si nous croyons en Dieu, nous saurons bien monter
hardiment, et prendre possession du pays au nom de
Jésus-Christ. Dieu prend toujours plaisir à honorer la
foi de ses enfants.
Cette bénédiction que nous attendons, nous sera
peut-être accordée en réponse aux prières de quelque
malade, de quelque infirme, incapable
de jamais assister à l'une de
nos réunions. Au jour où l'oeuvre de chacun sera
manifestée, nous apprendrons peut-être que nous devons
nos plus grandes bénédictions à la foi simple et
confiante de quelque chrétien ignoré.
L'histoire de Caleb et de Josué nous apprend aussi que
la foi est toujours accompagnée de courage. A toutes les
époques, ceux qui ont fait de grandes choses pour Dieu,
ont été des hommes de courage. Si nous sommes remplis de
foi, il n'y aura plus place dans notre coeur pour des
sentiments de crainte. Les chrétiens d'aujourd'hui
s'attendent si peu à ce que Dieu se serve d'eux, qu'ils
ont peur de tout. Ce qu'il nous faut, c'est le courage
qui nous pousse en avant. Il est vrai que nous
attirerons peut-être ainsi sur nous le blâme des
chrétiens tièdes. Il ne manque pas de gens qui semblent
n'avoir rien d'autre à faire qu'à critiquer tout ce que
font les autres.- « Vous ne vous y prenez pas comme il
faut, disent-ils. » Dès qu'ils entendent parler d'un
nouveau projet, ils soulèvent des masses d'objections.
S'ils voient qu'on veut marcher en avant, ils
s'empressent de jeter un seau d'eau froide sur cet excès
de zèle, - ils ne songent qu'aux difficultés qui peuvent
surgir sur la route. Ce qu'il nous faut, c'est assez de
foi, assez de courage pour aller résolument en avant
sans nous laisser attarder par ces timides incrédules.
Quand Asa, roi de Juda, monta sur le trône, il voulut
faire, nous dit le livre des Chroniques, « ce qui est
bon et droit devant l'Eternel, son Dieu ; » mais ce
n'était pas facile, et il lui fallut pour cela un grand
courage. Il dut résister à sa mère et lui ôter la
régence parce qu'elle avait encouragé l'idolâtrie. Il
mit en pièces l'idole qu'elle avait faite et la brûla.
Il y a des jours où nous sommes obligés de résister à
ceux qui devraient être nos meilleurs amis. L'heure
n'est-elle pas venue pour nous de nous avancer en pleine
eau? Il ne m'est jamais arrivé de voir quelqu'un s'en
aller par les rues et par les chemins, et le long des
haies, afin de presser d'entrer dans la maison du Père
céleste tous ceux qu'il trouverait, sans que le Seigneur
ait béni ces efforts. Si vous avez le courage d'aller
droit à votre voisin et de lui parler de son âme, Dieu
bénira vos paroles. Peut-être la personne à qui vous
parlerez commencera-t-elle par se fâcher, mais ce n'est
pas toujours un mauvais signe. Qui sait si dès le
lendemain elle ne vous écrira pas pour vous faire ses
excuses. En tout cas, il vaut mieux la réveiller ainsi
que de la laisser sommeiller jusqu'au jour de la mort.
Remarquez la manière dont Dieu s'y prit quand il voulut
délivrer Israël de la main des Madianites par
l'entremise de Gédéon. Gédéon avait réuni autour de lui
une armée de trente-deux mille hommes. Il les avait sans
doute comptés, et quand il sut que l'armée des
Madianites était forte de cent trente-cinq mille hommes,
il dut se dire : « Mon armée est trop petite ; j'ai peur
de ne pas réussir. » Tout autre fut la pensée du
Seigneur. « Le peuple qui est avec toi, lui dit-il, est
en trop grand nombre. » Puis il lui ordonna de permettre
à tous ceux qui étaient timides ou qui avaient peur, de
retourner chez eux auprès de leurs femmes et de leurs
mères. Dès que Gédéon eut fait connaître cet ordre de
l'Eternel, vingt-deux mille hommes quittèrent l'armée.
Il est probable qu'à cette vue Gédéon dut se dire que
l'Eternel s'était trompé. Si tout à coup les deux tiers
de cette assemblée se levaient pour sortir, vous seriez
portés à croire qu'il ne resterait bientôt plus personne
dans la salle.
Mais que dit l'Eternel à Gédéon ? - « Il y a encore trop
de peuple; fais-les descendre vers l'eau et je te les
choisirai là. Tous ceux qui prendront de l'eau dans leur
main pour se désaltérer resteront avec toi ; ceux au
contraire qui se courberont pour boire l'eau du torrent,
s'en iront chez eux. » Cette fois, neuf mille sept cents
hommes retournèrent chez eux, et Gédéon resta seul avec
trois cents hommes; mais cette poignée d'hommes, dont le
coeur battait loyalement pour le Dieu des cieux et qui
étaient prêts à marcher en avant en son nom, valaient
plus que tous les autres qui semaient autour d'eux les
germes du mécontentement et prédisaient la défaite. Rien
n'est mieux fait pour décourager une armée, rien n'est
mieux fait pour décourager une Eglise que d'avoir dans
son sein des gens qui s'attendent toujours à des
désastres et répètent sans cesse : Vous vous donnez une
peine inutile ; nous n'approuvons pas ces efforts.
Il serait heureux pour l'Eglise de Dieu si tous les
esprits timorés, si tous ceux qui manquent de foi
retournaient chez eux, afin de permettre à ceux qui sont
pleins de foi et de courage de marcher en avant contre
l'ennemi. Cette petite troupe de trois cents hommes qui
resta avec Gédéon mit en
déroute les Madianites ; mais ce ne fut pas par sa
propre force, ce fut par « l'épée de l'Eternel et de
Gédéon. » Si nous marchons en avant, au nom du Seigneur
et nous confiant en sa force, nous réussirons
certainement.
Avant de quitter la terre, Moïse fit tout ce qu'il put
pour encourager Josué, pour le fortifier et pour le
réjouir. Il n'y avait pas trace de jalousie dans le
coeur de Moïse quoiqu'il ne lui fût pas permis d'entrer
dans la Terre promise. Il savait que c'était un bon
pays, et il fit tous ses efforts pour encourager Josué à
en prendre possession. Après la mort de Moïse, Dieu
parla à Josué, et trois fois, dans ce premier entretien,
il lui dit : «Fortifie-toi et prends courage. » Dieu
voulait encourager son serviteur. « Nul ne pourra
subsister devant toi pendant tous les jours de ta vie,
lui dit-il; je serai avec toi comme j'ai été avec Moïse.
Je ne te laisserai point, et je ne t'abandonnerai point.
»
Or, il arriva quelque temps après que Josué se trouvait
près des murs de Jéricho, et il vit un homme qui se
tenait debout devant lui, son épée nue à la main. Josué
n'eut pas peur, mais il alla vers lui et lui dit : «
Es-tu des nôtres, ou de nos ennemis ? » Il fut
récompensé de son courage, car l'homme lui répondit : «
Je suis le chef de l'armée de l'Eternel. » Il avait été
envoyé à Josué pour l'encourager et le mener à la
victoire.
C'est ainsi qu'on voit, d'un bout à l'autre des
Ecritures, que Dieu aime à se servir des hommes
courageux, et non pas de ceux qui s'attendent à la
défaite.
Une autre chose encore : jamais, à ma connaissance, rien
de grand n'a été fait pour le service de Dieu par un
homme découragé. Qu'un pasteur monte en chaire
accablé par le découragement,
son état d'esprit se communiquera à son auditoire. De
même pour un moniteur de l'Ecole du Dimanche. Quelle que
soit notre sphère d'activité, il nous sera impossible de
réussir si nous nous laissons aller au découragement.
Dieu ne se servira pas de nous.
Un pasteur m'a raconté qu'il avait prêché pendant bien
des années sans obtenir aucun résultat. Chaque fois
qu'il partait pour l'Eglise, il disait à sa femme: « Je
suis sûr que personne ne croira ce que je dis ; » et en
effet, sa parole restait stérile. Enfin il reconnut son
erreur; il demanda à Dieu de lui aider, il reprit
courage, et la bénédiction lui fut accordée. « Il vous
sera fait selon votre foi. » Ce pasteur s'était attendu
à ne rien recevoir, et il n'avait pas été trompé dans
son attente. Chers amis, attendons-nous à ce que Dieu
nous emploie à son service. Prenons courage et marchons
en avant, comptant sur Dieu pour accomplir de grandes
choses.
Elie sur le Mont Carmel était un homme bien différent de
ce qu'il fut au désert quand, en proie au découragement,
il se laissa tomber sous un genêt. Dans le premier cas,
c'était un géant, et rien ne pouvait lui résister. Dans
le second, il avait perdu toute force morale, et
tremblait en pensant au message da la reine Jésabel. Il
désirait que Dieu reprit son âme, et il ne pouvait plus
rien faire pour Dieu. Il fallut que le Seigneur eût
pitié de lui, et lui parlât : « Que fais-tu ici, Elie? »
lui dit-il. Je voudrais que Dieu parlât ainsi à tant de
gens qui ne sont chrétiens que de nom, qui ne
vivent jamais en communion
avec lui, et qui ne font rien pour sa cause.
Pierre aussi, lorsqu'il renia son maître, était un tout
autre homme que le jour de la Pentecôte. Sa communion
avec son Maître avait été troublée, et la parole d'une
servante fut suffisante pour le remplir de terreur. Il
renia son maître, avec des serments et des imprécations.
Jusqu'où un homme ne peut-il pas tomber quand il perd sa
foi et son courage !
Mais Pierre fut réhabilité. Voyez-le le jour de la
Pentecôte. Si la servante dont la question l'avait fait
trembler, s'est trouvée dans la foule, et l'a entendu
prêcher le merveilleux sermon qui nous a été rapporté
dans le livre des Actes, je me figure qu'elle a dû être
la personne la plus étonnée de tout Jérusalem. «
Comment! se dit-elle. Je l'ai
vu il y a quelques semaines, et il tremblait de peur
quand on disait qu'il était un des disciples du
Galiléen; maintenant, il prend hardiment le parti de cet
homme et dit que c'est le Messie. Il n'a pas honte de
lui à présent. »
Dieu se servit puissamment de Pierre le jour de la
Pentecôte lorsqu'il parla à cette immense assemblée,
parmi laquelle se trouvaient les meurtriers de son
Maître et de son Sauveur. Mais Dieu ne se serait pas
servi de lui si Pierre ne s'était pas d'abord repenti de
sa lâcheté et s'il n'avait pas recouvré sa foi et son
courage. Il en est de même aujourd'hui. Si un homme qui
a mis son activité au service de Jésus-Christ vient à
perdre courage et se met à douter, le Seigneur le met de
côté.
Il y a quelques années, j'ai traversé une période de
découragement qui dura plusieurs semaines. Un certain
Dimanche, entre autres, il me sembla, après avoir
prêché, que mes efforts resteraient sans résultat. Le
lendemain, j'étais très abattu, et je passai la matinée
dans mon cabinet, plongé dans de tristes réflexions et
méditant sur mon manque de succès. Une visite vint
interrompre le cours de mes pensées. C'était celle d'un
jeune homme qui faisait une classe biblique pour une
centaine d'adultes, dans l'école du Dimanche que je
dirigeais. Dès qu'il entra, je vis sur sa physionomie
comme un reflet céleste, tandis que moi, je me traînais
dans les bas-fonds de la terre.
- « Eh bien !
me dit-il,
avez-vous été content de votre journée d'hier ? »
- « Pas du tout, répondis-je ; je sens que je n'ai pas
obtenu le moindre résultat,et
je suis tout-à-fait abattu. Et vous, êtes-vous content
de votre journée? » - « Je crois bien ! Je n'ai jamais
eu un meilleur Dimanche.» - « Quel sujet aviez-vous
pris? » - « J'avais à étudier la vie et le caractère de
Noé. Avez-vous jamais prêché sur Noé ? Avez vous étudié
à fond son histoire ? » - « Mais non ; je ne crois pas
en avoir jamais fait une étude particulière. » Il me
semblait que je savais assez bien tout ce qui est dit de
lui dans la Bible. Son histoire n'est pas très longue. -
« Eh bien, si vous n'avez jamais étudié cette vie, je
vous conseille de le faire à présent. Cela vous fera du
bien. Quel homme merveilleux que Noé ! »
Quand le jeune homme fut parti, je pris ma Bible et
quelques autres livres, et je me mis à lire tout ce que
je pus trouver sur Noé. Il n'y avait pas longtemps que
je lisais quand la pensée me vint: Voici un homme qui
avait travaillé pendant cent vingt ans, sans obtenir une
seule conversion en dehors de sa famille. Et cependant,
il ne s'est pas découragé. Je fermai ma Bible ; le nuage
s'était dissipé, et je sortis pour me rendre à une
réunion de prières qui avait lieu à midi. A peine
étais-je entré qu'un pasteur se leva pour nous dire
qu'il arrivait d'une petite ville de l'Illinois, et que
la veille il avait admis cent nouveaux membres dans
l'Eglise. En l'écoutant, je me disais : Noé n'a jamais
vu de résultats comparables à ceux-là. Que n'aurait-il
pas donné pour entendre une nouvelle semblable ?
Quelques instants après, un homme qui était assis
immédiatement derrière moi se leva à son tour. Il
s'appuyait sur mon banc et je le sentais trembler. Je
devinai son émotion. « Je voudrais, dit-il, qu'on priât
pour moi. Je voudrais devenir chrétien. » Cette fois
encore, je rentrai en moi-même et je me dis : Que n'eût
pas donné Noé pour entendre une parole de repentir comme
celle-là ! Jamais il n'entendit un seul pécheur implorer
la miséricorde de Dieu, et pourtant il ne perdit pas
courage. Depuis ce jour, je ne me suis plus laissé aller
au découragement. Demandons à Dieu de dissiper les
sombres nuages de l'incrédulité et du doute, et
avançons-nous pleins de courage, au nom de notre Dieu,
en comptant sur un résultat certain.
Admettant même que vous ne puissiez vous occuper
activement d'aucune oeuvre, vous pouvez du moins vous
rendre très utile en encourageant les autres. Il ne
manque pas de gens qui, non contents de ne rien faire
eux-mêmes, cherchent à décourager les autres à chaque
pas qu'ils font. Si vous les rencontrez,
ils vous glacent de part en
part. Je crois que j'aimerais autant m'exposer au vent
glacial du mois de mars dans les rues d'Édimbourg, que
d'entrer en rapport avec ces soi-disant chrétiens.
Ecoutez-les parler de quelque nouvel effort qu'on vient
de faire : « Oui, sans doute, on a dû faire du bien,
mais on n'a pas atteint les masses. » On aurait dû faire
telle eu telle chose de telle ou telle manière, et que
sais-je encore? Ces sévères critiques ne veulent voir
que le mauvais côté des choses.
Ne faisons pas attention à ces sombres pronostics et à
ces remarques décourageantes. Au nom de notre grand
Commandant, marchons au combat et à la victoire. Il y a
des généraux dont le nom seul vaut plus qu'une armée de
dix mille hommes. Pendant la grande guerre civile
d'Amérique, il y avait des officiers dont la présence,
faisait éclater des hourrahs enthousiastes sur toute la
ligne. Les soldats savaient bien qui allait les
conduire, et ils étaient sûrs de la victoire. Ils
aimaient à combattre sous de tels généraux.
Fortifions-nous dans le Seigneur, encourageons-nous les
uns les autres, et notre travail sera abondamment béni.
Le livre des Chroniques nous raconte que Joab, général
de l'armée de David, encourageait beaucoup sen frère qui
lui aidait à faire la guerre.
« Sois vaillant, lui disait-il, et combattons
vaillamment pour notre peuple et peur les villes de
notre Dieu; et que l'Éternel fasse ce qu'il lui semblera
bon. » Soyons animés du même esprit, et le Seigneur nous
fera triompher de nos ennemis. Si nous ne pouvons pas
être dans la mêlée nous-mêmes, du moins ne décourageons
pas les autres. Un chef écossais du clan Mac Gregor
tomba grièvement blessé à la bataille de Sheriff-Muir. A
cette vue, le clan faiblit, et l'ennemi prit de
l'avantage sur lui. Le vieux chef s'en aperçut. Se
soulevant sur son coude, tandis que le sang coulait à
flots de ses blessures, il s'écria: Je ne suis pas
encore mort, mes enfants. Je vous regarde faire votre
devoir. Cette parole ranima leur courage, et ils se
précipitèrent en avant avec une énergie presque
surhumaine. De même, quand notre foi faiblit et que
notre coeur se sent prêt à défaillir, écoutons la voix
du Capitaine de notre salut: « Voici, je suis tous les
jours avec vous jusqu'à la fin du monde, nous dit-il ;
je ne te laisserai point et ne t'abandonnerai point.
Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la
couronne de vie. »
Un de mes amis d'Amérique m'a raconté dernièrement qu'un
évangéliste était venu le trouver pour lui confier sa
peine. Tout allait de travers et il était tout à fait
découragé. - « Le résultat final de toutes choses vous
cause-t-il aucun doute? lui
demanda mon ami. Croyez-vous que Jésus-Christ réussisse
à fonder son royaume, et à établir sa puissance d'un
bout de la terre à l'autre, ou croyez-vous qu'il
échouera dans cette entreprise ? » L'évangéliste
répondit naturellement que le triomphe de Christ était
certain, mais il n'avait jamais envisagé la question
sous cet aspect. Le meilleur remède contre le
découragement, c'est de regarder l'avenir en se
rappelant les promesses de Dieu. Mes chers amis,
Jésus-Christ régnera certainement. Hâtons-nous de faire
l'oeuvre qu'il nous a confiée. Si nous sommes enveloppés
par les nuages, rappelons-nous que le soleil brille
ailleurs. Si nous ne réussissons pas aussi bien que nous
le voudrions, d'autres, peut-être, sont plus heureux que
nous.
Voyez comme notre tâche est plus facile que celle des
premiers chrétiens. Songez à tous les obstacles qui se
dressaient devant eux. Que de fois ils eurent à sceller
de leur sang leur témoignage ! Le jour de la Pentecôte,
Pierre avait à lutter contre le mépris de ceux qui
l'écoutaient; on le croyait ivre. Ses premiers disciples
n'étaient pas entourés, comme nous le sommes
aujourd'hui, d'amis sympathiques qui leur préparaient de
vastes salles comme celle-ci, qui priaient pour eux et
les encourageaient de toute manière. Voyez pourtant les
merveilleux résultats de la prédication de Pierre le
jour de la Pentecôte.
Songez aux épaisses ténèbres qui entouraient Luther en
Allemagne, - aux difficultés qui assaillaient John Knox
en Ecosse. Cependant, ces
deux hommes ont travaillé pour Dieu au milieu de leurs
contemporains et ils ont accompli une oeuvre grande et
durable ; aujourd'hui encore nous récoltons les fruits
de leur travail fidèle. Songez à l'obscurité qui
enveloppait l'Angleterre au temps de Wesley et de
Whitefield, et voyez comme Dieu a béni leurs efforts.
Pourtant ils avaient à lutter contre des obstacles qui
n'existent plus aujourd'hui. Ils ont marché résolument
en avant leur grand coeur plein de courage, et Dieu leur
a donné le succès.
Je crois que si nos pères, qui vivaient au siècle
dernier, pouvaient revenir sur la terre, ils seraient
étonnés de voir toutes les facilités qui nous sont
accordées aujourd'hui. Nous avons beaucoup de privilèges
qu'ils ne possédaient pas, et dont ils n'avaient
probablement aucune idée. Nous vivons à une grande et
glorieuse époque. John Wesley mit des mois à traverser
l'Atlantique; nous faisons maintenant cette traversée en
quelques jours. Pensez aussi à la puissance que donne de
nos jours l'imprimerie. Nous pouvons imprimer nos écrits
et les répandre jusqu'aux extrémités du monde. Puis nous
avons le télégraphe électrique, et les chemins de fer
qui nous transportent rapidement dans les endroits où
nous désirons prêcher l'Évangile. N'ai-je pas raison de
dire que nous vivons à une glorieuse époque? Ne nous
décourageons donc pas, mais mettons à profit tous ces
privilèges, et honorons notre Dieu en comptant sur de
grands résultats. Si nous y comptons, nous ne serons pas
désappointés. Dieu est tout prêt, tout disposé à agir en
nous et par nous, si de notre côté, nous sommes disposés
à le laisser faire, et à lui servir d'instruments.
Peut-être quelques-uns d'entre nous sont-ils faibles et
âgés, et vous vous dites en m'écoutant: «Comme je
voudrais redevenir jeune ! J'aimerais à me lancer au
plus fort de la mêlée.» Mais il y a des choses que les
personnes âgées peuvent faire aussi bien que les jeunes.
Vous pouvez aller de maison en maison afin d'inviter à
ces réunions toutes les personnes que vous rencontrerez.
Il y a beaucoup de place dans cette grande salle.
L'Évangile y sera prêché, et bien des hommes, qui ne
mettent jamais les pieds dans un lieu de culte,
consentiraient à venir ici.
Et si vous ne pouvez même pas faire ces invitations,
vous pouvez tout au moins encourager par de bonnes
paroles ceux qui travaillent, et demander à Dieu de les
bénir. Il m'est arrivé bien des fois, en descendant de
chaire, de voir un vieillard, arrivé aux confins mêmes
de l'éternité, s'approcher de moi, me serrer la main, et
me dire d'une voix émue : « Que le Seigneur vous
bénisse! » - Comme ces paroles m'ont fait du bien et
m'ont encouragé. Vous qui êtes trop faibles maintenant
pour travailler vous-mêmes, ne négligez pas d'encourager
les jeunes.
Une autre chose que vous pouvez faire, c'est de demander
à Dieu de bénir toutes les paroles qui seront
prononcées, tous les efforts qui seront faits. Il
devient facile de prêcher quand on sent qu'il y a des
âmes qui prient pour vous et sympathisent avec vous au
lieu de critiquer et de trouver à redire.
Vous connaissez, je pense, l'histoire de cet enfant qui
fut sauvé d'un incendie. Il était au quatrième étage
d'une maison, les flammes l'enveloppaient et il courut à
la fenêtre en criant au secours. Un pompier s'élança
aussitôt sur l'échelle pour essayer de le sauver.
Malheureusement, le vent soufflait et chassait les
flammes de son côté, tellement que la chaleur devint
intolérable; il parut hésiter, et l'on put craindre
qu'il revint sans l'enfant.
Des milliers de spectateurs le regardaient, et leur
coeur frémissait à la pensée que l'enfant allait périr
dans les flammes si le pompier n'arrivait pas jusqu'à
lui. Tout à coup, quelqu'un dans la foule s'écria «
Encouragez-le ! » Aussitôt un « hourrah » formidable,
suivi de plusieurs autres, s'échappa de toutes les
poitrines. « Courage ! En avant ! » Electrisé par ces
cris, le brave pompier reprit courage ; il affronta les
flammes et la fumée, et il revint avec l'enfant dans ses
bras.
Si vous ne pouvez pas aller vous-même à la recherche de
ceux qui périssent, priez du moins pour ceux qui y vont,
et encouragez-les. Si vous le faites, le Seigneur vous
exaucera et bénira efforts.
Chacun a aidé à son prochain, et a dit à son frère :
Fortifie-toi. »
A L'OEUVRE ! (Moody)
Chapitre 4
LA
RÉCOMPENSE DE LA FOI