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+LES LIVRES PAR MON ESPRIT (Dr Jonathan GOFORTH) Missionnaire en Chine pour la Société presbytérienne des Missions de Toronto (Canada) Par mon Esprit Traduit par Madame Arthur Blocher Avant-propos par R. Saillens, pasteur Préface par Madame R. Saillens
Une conscience chargée est le fardeau le plus lourd qu'un être humain ait à porter sur la terre, et le châtiment le plus terrible qui l'attende dans l'Au delà. Dieu pardonne : c'est la Bonne Nouvelle. Il pardonne gratuitement, entièrement, immédiatement, quiconque se repent et croit à la vertu rédemptrice du sang répandu au Calvaire. Ce sang n'est pas seulement expiatoire : il sanctifie ceux qui ont confessé devant la croix leur impuissance absolue à vaincre le péché, et leur désir ardent d'en être affranchis. « Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché ». Ainsi est exaucée la prière de ce grand pécheur, David, qui fut aussi un grand saint : « Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur... (l'hysope : il faut., pour comprendre cette allusion, se reporter au Lévitique (14 : 1-'7)... Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige » (Psaume :31 : 9). Mais le pardon et la sainteté ne peuvent s'obtenir qu'à la condition d'une sincérité absolue chez le pécheur repentant ; et cette sincérité se montre par le désir ardent, irrésistible, que le Saint-Esprit crée en lui, de confesser son péché. Confesser, cela veut dire avouer, et la conséquence de cet aveu, c'est la réparation. L'aveu doit être fait à celui ou à ceux qui ont été lésés par la faute commise : à Dieu, d'abord, car c'est Lui, toujours, le premier offensé ; puis aux hommes à qui nos péchés ont nui, ou ont pu nuire. Tout mouvement de Réveil est un mouvement de repentance, et donne lieu, souvent sans qu'on le désire spécialement, a des confessions et a des réparations. « Confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui (Jean) dans le fleuve du Jourdain » (Matt. 3 : 6). — « Plusieurs de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer ce qu'ils avaient fait. Et un certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, avant apporte leurs livres, les brûlaient devant tout le monde : on en estima la valeur a cinquante mille pièces d'argent » (Actes 19 : 29). Voila des signes non équivoques d'une véritable conversion On remarquera qu'il ne s'agit pas, dans ces deux textes, d'une contrainte venant du dehors. Ces confessions et ces réparations étaient spontanées ; elles se produisaient, pour ainsi dire, d'elles-mêmes ; le Saint-Esprit obligeait les âmes sincères a un acte humiliant, qu'aucun homme n'aurait eu le droit d'exiger d'elles. Et le Saint-Esprit, en les poussant a cette action, leur donnait aussi le langage qu'il fallait, et l'absolution divine qu'ils désiraient. On le voit, rien de commun entre ces explosions de la conscience réveillée, et la confession imposée par l'Eglise romaine. Le Réveil en Chine, dans les années 1906 et suivantes, fut marqué par une véritable marée de confessions spontanées, non seulement de jeunes Yens et de nouveaux convertis, mais aussi de membres dirigeants de l'Eglise indigène, pasteurs anciens, diacres, et même de missionnaires. Les résultats de ce mouvement, on le verra, furent extraordinaires. On peut se demander si, l'état social de l'Europe et celui de la Chine étant si différents, des faits analogues a ceux racontes dans ce livre pourraient se produire chez nous. A cela nous répondons : plût a Dieu que nous, chrétiens d'Occident, fussions tous innocents des grands péchés : meurtres, vols, adultères !... Même alors, il resterait a nous juger a la lumière de l'Evangile, qui appelle meurtrier l'homme qui hait son frère. et adultère l'homme qui convoite une femme, même par le seul regard... C'est le Saint-Esprit qui révèle a chacun son état véritable ; c'est a Lui que nous laissons le soin d'utiliser le présent ouvrage pour la conversion réelle, profonde et définitive des pécheurs, et la sanctification des croyants. Ce livre a Réédité en anglais par le journal The Life of Faith, organe du mouvement dit de Keswick, en Angleterre. Il nous a été signalé par un ami : « C'est un livre très remarquable », nous écrivait-il ; « on devrait le traduire immédiatement en Français, et le publier a un prix aussi modique que possible. On ne peut exagérer la valeur du message que ce livre contient ». Et dans un lettre subséquente : « La publication de « Par mon Esprit » me parait si importante, je suis si convaincu que notre défaite, comme celles racontée en Josué 7 : 1-11, est causée par le manque de sainteté (unholiness) de l'Eglise protestante ; si sûr, aussi, que ce livre peut être en bénédiction a l'Eglise du Christ en France, que je vous offre de participer aux frais de cette publication pour la somme de... ». Nous ne donnons pas le chiffre ; il est suffisant pour couvrir environ un tiers des frais d'impression. Celui qui rend a nos Eglises ce généreux service descend d'une famine chassée de France, lors de la Révocation de l'Edit de Nantes. Il n'est pas le premier de ceux qui, enfants des huguenots exilés pour leur foi, ont conservé pour la France un amour profond, et ont travaillé au bien spirituel de ce pays qui sera toujours pour eux la mère-patrie. Que Dieu bénisse ces fils de la Réforme française, étrangers de langue et de domicile mais qui sont nos frères en la même foi et la même espérance ! R. SAILLENS. P. S. — Nos remerciements vont aussi a notre ami, le Rédacteur en chef du Life of Faith, et aux éditeurs, MM. Marshall, Morgan and Scott, pour l’autorisation qu'ils nous ont gracieusement accordée. Nous avons écrit a l'auteur, actuellement en Chine ; mais notre lettre n'a pu l'atteindre avant que cette publication soit achevée. Nous sommes sûrs d'avance de son approbation. DERNIERE HEURE. — Ce livre a été revu, et les épreuves en ont été corrigées, au fort d'une très grande douleur. Le pasteur Arthur Blocher a été retiré de ce monde, le 30 novembre 1929, après une très courte maladie. Il avait fort goûté cet ouvrage, et désiré vivement qu'il fût traduit en français. Nos lecteurs sympathiseront avec nous, et demanderont à Dieu pour nous, la consolation el la force que donne le Saint-Esprit. Madeleine BLOCHER . J. et R. SAILLENS.
Madame Goforth était prête a sortir ; son chapeau, sa jaquette étaient posés sur un fauteuil. Elle attendait l'auto qui devait la mener a la clinique ; car elle devait être mise en observation sous les soins du chirurgien. On craignait pour elle une opération qui semblait devoir être grave. Elle-même se sentait faible et fatiguée, ce 28 janvier. A ce moment, la sonnerie du téléphone retentit et le timbre de la porte d'entrée carillonnait en même temps. En sorte qu'au même moment, Madame Goforth s'approcha du téléphone tandis que son mari, le docteur Goforth, ouvrait la porte d'entrée, et un employé lui remit un télégramme. Le chirurgien téléphonait qu'il ne pourrait recevoir la malade, sa chambre ne devant être libre que dans quelques jours. Le télégramme priait le docteur Goforth de revenir immédiatement en Chine pour être l'aumônier de I'armée du général chrétien Feng. Comme Madame Goforth raccrochait les écouteurs, son mari lui tendit la dépêche. — Je me demande, dit-il, ce que je dois répondre. — Ce que tu dois dire ? répondit-elle, sans la moindre hésitation ; que Dieu soit loué, Lui de qui descendent toutes les bénédictions. — Nous sommes bien d'accord, dit le mari, mais une question sérieuse se pose. Puis-je m'en aller en Chine, to laissant malade en Amérique avec une grave opération en perspective ? — Tu n'auras pas à me laisser, répondit-elle doucement, car je t'accompagne en Chine. Le docteur Goforth resta stupéfait d'étonnement, bien qu'il connût la foi courageuse de sa femme. Quelques jours après, le chirurgien vint pour voir sa malade, et pour lui dire en même temps que sa chambre était libre ; elle pouvait entrer en clinique tout de suite. — Cher Docteur, dit Madame Goforth fermement, je ne puis entrer en clinique demain parce que j'accompagne mon mari en Chine, jeudi prochain. Le chirurgien, lui aussi, fut confondu d'étonnement. — Chère Madame, répondit-il, je ne puis vous permettre ce départ, qui mettrait votre vie en danger. — Aussi, Docteur, ne vous demandé-je aucune permission ; je vous décharge de toute responsabilité a mon égard. Je vous annonce simplement, comme a un ami, mon départ pour la Chine. Le chirurgien n'objecta plus rien. Etant chrétien, il connaissait la carrière des Goforth, il savait que cette décision n'était pas un caprice, mais un acte de foi. Aucun argument ne put ébranler la décision de Madame Goforth. On ne put lui persuader de ne rejoindre son mari que dans six mois, après r opération. « Le lundi (écrit toujours ramie a qui nous devons ce récit), je vins voir Madame Goforth, pour lui offrir mes services en vue de ses préparatifs de voyage. Ces dernières heures passées avec elle resteront comme des heures les plus précieuses de ma vie. Je m'assis d'abord près du divan où elle était étendue, afin de prendre ses ordres. Elle me pria d'aller chercher dans sa chambre le costume de voyage qui lui avait été donné. En entrant dans sa chambre, je remarquai une Bible ouverte sur sa table de nuit. Je ne pus m' empêcher d'y jeter les yeux. Le Livre saint était ouvert au prophète Aggée, chapitres deux et trois. Ces mots était fortement soulignés au crayon rouge Obéissez. Je suis avec vous, dit le Seigneur. Fortifie-toi... travaille, car je suis avec toi, dit l'Eternel des armées. Mon Esprit est au milieu de vous, ne craignez pas. Les derniers fours qui précédèrent le départ des Goforth. furent extrêmement remplis. On craignait beaucoup la fatigue pour Madame Goforth. Mais tant de mains amies vinrent à son aide, elle fut entourée de tant de prières, qu'elle se sentit plus forte à la fin de la semaine qu'an commencement. Elle avait demandé à Dieu avec instances d'avoir des forces suffisantes pour prendre la parole à la réunion d'adieu. L'Eglise presbytérienne de Toronto (Canada) qui était la leur, était, ce soir-là, pleine à regorger. On entendit d'abord les discours de ceux qui étaient venus les encourager. On leur promit le secours de prières fidèles, et aussi de l'aide financière. Mais l'émotion de l'auditoire atteignit à son comble, quand vint le moment où les missionnaires prirent la parole. Madame Goforth parla la première. Tous furent profondément impressionnés par sa faiblesse physique, par les circonstances tragiques qui accompagnaient son départ pour ce pays troublé par la guerre. On ,';e rappelait aussi leurs longs états de service, et qu'ils n'avaient échappé aux Boxers que par une série de miracles. Bien qu'obligée de s'appuyer contre l'estrade, Madame Goforth n'avait pas l'air, pour le moment, d'une femme épuisée. Sa figure rayonnait d'enthousiasme, comme celle d'un soldat, qui, plein d'énergie, part pour la victoire. Les gloires du ciel se reflétaient dans ses yeux, comme si elle avait une vision merveilleuse. Sa brève allocution commença par ces mots : Il arrive parfois que le cœur est trop plein pour qu’on puisse parler.. C'est mon cas ce soir. C'est peut-être la dernière fois que je m adresse à un auditoire de Toronto. Que vous dirai-je comme dernier message ? ». La salle entière était suspendue à ses lèvres. Plusieurs auditeurs donnaient déjà des signes de la plus profonde émotion. Madame Goforth pressa les jeunes d'avoir une telle vision du Christ, qu'elle leur permît de considérer comme une perte tout ce qui aurait pu leur être un gain dans le monde. Elle finit par ces paroles touchantes : « Nous ne sommes plus jeunes, nos forces diminuent, au 'moins les miennes. N'y aura-t-il pas dans cet auditoire, des jeunes hommes, des jeunes filles, qui se donneront entièrement à Dieu pour reprendre le flambeau de l'évangélisation en Chine, quand nos mains défaillantes ne pourront plus le porter ? Jésus n'a pas besoin de messagers qui viendraient en Chine avec l'idée d'avoir une vie facile. Notre Sauveur a besoin de soldats qui sachent souffrir pour leur Chef, et même qui soient prêts à donner leur vie sur le champ de bataille. La Chine peut être comparée à un puits sombre et profond, où il faut descendre pour y sauver des âmes. Nous ne pouvons y descendre comme sauveteurs que si vous nous y maintenez par les cordes puissantes de la prière fervente de la foi (1)». 1. Cette image est celle qu'employa le missionnaire Carey, le fondateur des Missions modernes, en s'adressant à l'Église qu'il quittait en Angleterre, pour aller eux Indes. L'Inde est une mine de diamants. Je vais descendre dans la mine, mais vous, tenez les cordes... » Ensuite, le docteur Goforth prit la parole et parla avec force sur la nécessité absolue pour les missionnaires, d'être envoyés par Dieu et baptisés du Saint-Esprit. Il nous parla des expériences merveilleuses que Dieu lui avait fait faire pendant les trente-huit années de son travail missionnaire en Chine. Il y retournait pour évangéliser cent vingt mille soldats chinois ; de plus, il se proposait d'ouvrir un nouveau champ de travail dans le Sud de la Chine, en outre, de faire une tournée de réunions de réveil dans les Eglises déjà fondées. Le travail n'allait pas lui manquer, et il l'entreprenait avec le zèle d'un homme jeune. « Ce n'est pas surtout votre argent que nous vous demandons, dit-il en finissant, car Dieu possède l'or et l'argent, et Il en dispose ; mais nous vous demandons vas prières, pour que noire foi soit maintenue et augmentée. Nous demandons aussi des missionnaires consacrés et croyant toute la Parole de Dieu. Si vous ne pouvez nous envoyer que des missionnaires riches surtout de science intellectuelle, mais étrangers à la puissance de l'Esprit, gardez-les. Nous n'en avons pas l'usage en Chine. Ce qui nous est indispensable pour faire l'oeuvre parmi ces païens civilisés que sont les Chinois, ce sont des hommes et des femmes qui, croyant toute la Bible comme étant la Parole de Dieu, ont en la vision de Jésus mourant pour les péchés du monde. La seule chose qui puisse sauver la Chine, c'est Jésus-Christ crucifié. La séance terminée, les missionnaires se tinrent au pied de la tribune, pour que leurs amis, formant un long défilé, pussent leur serrer la main. Madame Goforth était assise sur une chaise afin de ménager ses forces. Le lendemain, jour de leur départ, je courus chez Madame Goforth pour raider dans ses derniers préparatifs. Je m'attendais à la voir allongée sur une chaise longue, se reposant. Pas du tout, elle était très occupée à dédicacer son livre « Holy God answers prayer », « Comment Dieu exauce la prière ». L'heure du départ arriva. Plusieurs de leurs anis s'étaient rendus à la gare pour les entourer de leur affection pendant ces moments si solennels.
J'eus le privilège d'avoir un moment d'entretien personnel avec
Madame Goforth. Elle répéta presque avec angoisse cette ultime
recommandation : Au moment où le train partait, le docteur et Madame Goforth, leur fils, leur fille et leur gendre, se tinrent sur la plate-forme du train, tandis que leurs amis chantaient ce cantique : Béni soit le lien qui nous unit en Christ (1) Puis, celui-ci : Dieu soit avec toi jusqu'au revoir, Ame fidèle et soumise. Tous les cantiques étaient chantés et le train ne s'ébranlait pas. Il y eut un moment de silence, presque embarrassant. A cet instant critique, Madame Goforth s'avança et dit d'une voix claire : « Quelqu'un ne voudrait-il pas entonner le cantique : Quel ami fidèle et tendre Nous avons en Jésus-Christ (2)». La foule se mit à chanter, Madame Goforth conduisant le chant avec la main. Quand on fut arrivé à ces paroles : II connaît notre faiblesse, les wagons s'ébranlèrent, et bientôt les figures des bien-aimés missionnaires disparurent dons l'obscurité ». (1) Sur les Ailes de la Foi, n° 28. (2) Même recueil, n° 417. Tout ce qu'on vient de lire est extrait d'un article du Sunday-School Times, journal évangélique dirigé par nos amis, M. et Mme Trumbull. Je fus si émue de ce récit, que j' en parlai aux élèves de notre Institut, à notre réunion habituelle du mardi soir. Cette même année je me proposais d'en parler a la réunion missionnaire des dames, à Morges. Une jeune femme missionnaire, Mrs Jeffrey, dont le mari dirige l'Institut Biblique de Tourane (Indo-Chine Française), prit la parole. Je ne connaissais presque pas cette soeur, mais je découvris qu'elle était la fille du Docteur et Madame Goforth. Ten fus aussi surprise que ravie. Elle nous parla tendrement de sa mère, qui avait élevé tous ses enfants en Chine, en avait perdu quatre, tandis que les autres n'avaient survécu que quand elle avait confié leur vie à Dieu Lui-même. Nous fumes touchés aux larmes par le récit des peines de cette mère héroïque, qui traversa la révolte des Boxers avec cinq petits enfants qu'elle protégeait à grand'peine. La charmante jeune femme qui nous parlait était l'une de ces enfants. Quelques semaines plus tard, je recevais le livre de Madame Goforth : « How Jknow God answers prayer ». « Comment je sais que Dieu exauce la prière ». Ce livre était palpitant d'intérêt ; je le lus comme on lit un roman. Ce récit est l'autobiographie de la famille Goforth, travaillent parmi les Chinois et en fin n'échappant qu'à grand'peine aux persécutions, le Docteur ayant été plusieurs fois laissé pour mort pendant leur voyage vers la côte. Dans ces pages, Madame Goforth raconte très simplement sa vocation, leur vie journalière, les victoires de la foi obtenues dans de grands périls et dans de petites difficultés, ses luttes spirituelles et ses délivrances. J'espère que nous pourrons offrir bientôt aux femmes de langue française, surtout celles qui travaillent directement à l'oeuvre de Dieu, la traduction de ce livre, qui les affermira dons la foi aux promesses divines. Vous pensez bien, chers lecteurs, qu'après la lecture de ce livre, j'ai cherché à connaître, par les journaux religieux, la suite de leur vie. J'appris que, par le moyen du docteur Goforth, un grand réveil avait eu lieu dans les Eglises de Corée. N'ayant pu rester en Chine, ni dans les armées de Feng, le Docteur et Madame Goforth étaient allés dans la partie de la Mandchourie qui est placée sous le protectorat du Japon, à Szepingha. En mai 1927 ils ouvraient là un nouveau champ de travail dans un milieu entièrement païen. Quel courage ont eu ces pionniers de l'Evangile pour entreprendre ce travail ! Pourtant Madame Goforth écrit dans un de ses derniers articles, que sa surdité augmente graduellement, qu'un de ses yeux est perdu par la cataracte, quo l'autre soul lui permet encore de voir un peu. Cette foi héroïque se passe de commentaires. La place nous manque ici pour raconter la suite des merveilleuses délivrances que Dieu continue d'accorder à leur foi d'enfant. A Szepinghaï, Madame Goforth, encore mal remise d'une grave opération, ne peut plus tenir de réunions. Humblement elle dirige le ménage, crée un foyer aussi confortable quo les circonstances le permettent pour son mari et les missionnaires qui travaillent avec eux. Enfin, en 1928, les Goforth ont entrepris un nouveau champ" de travail, dans une partie du pays où aucun missionnaire n'a encore pénétré. C'est à Tavnan, ville Mandchourienne de 80 à 100 mille habitants. Cette ville stratégique est la capitale d'une province nouvellement formée. Sa population paraît, docteur Goforth encore mieux disposée à accepter l'Evangile que le pays qu'il vient de quitter. Madame Goforth, qui donne les dernières nouvelles parvenues à ma connaissance en août 1928, termine son article par ces mots: « Je trouve difficile d'exprimer la reconnaissance que nous éprouvons pour la bonté de Dieu à notre égard, tant en prolongeant notre vie, qu'en nous donnant la force, dans notre vieillesse, de travailler dans son oeuvre. Un soir, peu de temps après notre arrivée à Toronan, mon mari, assis dans un fauteuil branlant, portant sur ses traits le parfait contentement, me dit dune voix heureuse : — N'est-ce pas une grande chose pour nous, que Dieu nous permette, à notre âge, de travailler encore pour Lid ? Je ne changerais pas de place avec le roi d'Angleterre, ni cette pauvre demeure avec son palais. Chers lecteurs, en lisant l'histoire de ces vaillants serviteurs qui n'ont pas pensé à la retraite, malgré leur âge et leurs états de service si remplis, je me suis sentie encouragée à servir Jésus-Christ jusqu'au bout, moi aussi, bien que notre age soit avancé. J'espère que ce livre vous encouragera à servir aussi un Maître qui prend un soin si tendre et si affectueux de ceux qui le servent. Et cela, jusqu'à ce que soit achevée la grande bataille qui doit gagner le monde à Jésus-Christ notre Sauveur. Madame Jeanne R. SAILLENS.
CHAPITRE 1 Nous parlons dans ce livre de résultats anormaux. Si l'Esprit tout puissant exerce sa souveraineté dans les coeurs et les consciences, le résultat doit être hors de la normale. Le docteur A. T. Schofield écrit dans sa préface au livre de Miss Dyer « Le Réveil aux Indes » : « Nous devons comprendre une chose, c'est que, depuis la Pentecôte, le travail soudain et direct de l'Esprit de Dieu sur les Ames a toujours été accompagné de manifestations plus on moins anormales. Après tout, n'est-ce pas naturel ? Nous pouvons nous attendre à ce qu'un flot surabondant de puissance et de lumière divines agissant profondément sur les émotions et transformant les vies, ait de remarquables résultats. « De même qu'un tremblement de terre, une inondation, un ouragan, sont des manifestations extraordinaires, un réveil véritable est un événement qui sort de l'ordinaire ». Peut-être aucun mouvement du Saint-Esprit depuis la Pentecôte n'a-t-il été aussi riche en résultats que le Réveil morave du dix-huitième siècle. Nous lisons ceci : « A midi environ, le dimanche 10 août 1727, pendant que le pasteur Rothe faisait une réunion à Herrnhut, il se sentit submerge par la puissance merveilleuse et irrésistible du Seigneur et s'effondra dans la poussière devant Dieu. Toute l'assemblée fit comme lui, dans des sentiments d'une intensité inexprimable. Ils continuèrent ainsi jusqu'à minuit, priant, chantant dans les pleurs et les supplications ». Les récits qui nous ont été conservés de « l'agape » à Fetter lane, à Londres, le jour de l'an 1739, nous donnent un aperçu des débuts d'un autre grand mouvement qui commença à la même époque. Soixante Moraves assistaient à cette réunion, et sept Méthodistes d'Oxford : John Wesley et son frère Charles, Georges Whitefield, Wesley Hall, Benjamin Ingham, Charles Kinchin et Richard Hutchins, tous pasteurs consacrés de l'Eglise anglicane. Wesley écrit, à propos de cette réunion : « A trois heures du matin, alors que nous priions avec instance, la puissance de Dieu vint avec force sur nous, à un tel point que beaucoup pleuraient de joie et plusieurs tombèrent par terre. 1. John GREENFIELD : Power from on high, p. 24 (traduit (les souvenirs de l'Église morave renouvelée). « Aussitôt que nous fûmes un peu revenus de la crainte et de l'étonnement causés par la présence de sa Majesté sainte, nous chantâmes d'une seule voix : « Nous te louons ô Dieu ; nous te reconnaissons comme le Seigneur ». J'étudiais à Knox College, quand M. Moody fit une série de réunions de trois jours à Toronto pendant l'hiver de 1883. Je n'ai jamais vu une réunion plus émouvante que celle d'une certaine après-midi. Aucun oeil n'était sec, et ceux qui commençaient à prier étaient vite arrêtes par leur émotion. 1. John GREENFIELD : Power from on high, p. 35 (traduit du Journal de Wesley). Fragment de la liturgie anglicane. Cependant, tout en parlant des manifestations de la Pentecôte comme anormales, nous maintenons que la Pentecôte fut le Christianisme normal. Quand le Saint-Esprit, prenant la place de Jésus-Christ, se charge du contrôle, les résultats sont toujours conformer au plan divin. « Chacun était fortifié par l'Esprit dans l'homme intérieur. Christ habitait dans leurs coeurs par la foi, ils étaient enracinés et fondés dans l'amour. Ils étaient remplis de toute la plénitude de Dieu, et Dieu faisait en eux et par eux au delà de tout ce qu'ils avaient demandé ou pensé ». Se contenter de moins, c'eût été ravir au Seigneur les mérites du Calvaire. Le but du Saint-Esprit était de glorifier le Seigneur Jésus tous les jours, depuis son couronnement jusqu'à son retour. Il est inconcevable qu'Il se lasse de bien faire. Ma conviction est que la puissance divine, si manifeste dans l'Eglise de la Pentecôte, doit être en évidence de la même façon dans l'Eglise actuelle. Le Christianisme normal, dans les intentions du Seigneur, ne devait pas commencer par l'Esprit pour finir par la chair. La construction du temple spirituel ne se poursuit ni par la puissance, ni par la force, mais toujours par Son Esprit (Zacharie 4 : 6.). Ce fut après avoir été rempli de l'Esprit, que le Seigneur lui-même se rencontra. avec Satan et le terrassa. Aucun enfant de Dieu n'a jamais remparts de victoire sur l'adversaire, sans avoir reçu la puissance de la même source. Le Seigneur n'a pas permis à ses disciples de témoigner en son Nom, sans avoir d'abord été revêtus de la puissance d'En-Haut. Il est vrai qu'avant ce jour là, ils étaient nés de nouveau, étaient devenus des enfants du Père céleste, et avaient reçu le témoignage de l'Esprit. Mais ils n'étaient pas des collaborateurs capables, et ne pouvaient l'être, avant d'être remplis du Saint-Esprit. Cette puissance divine est pour nous corn me pour eux. Nous aussi, nous pouvons faire les oeuvres quo notre Seigneur a faites, et même en faire de plus grandes. A mon sens, l'Ecriture ne veut pas dire autre chose que ceci : le plan du Seigneur Jésus est que le Saint-Esprit continue à agir parmi nous, de notre temps, par des manifestations aussi puissantes que celles de la Pentecôte. Un seul doit pouvoir en chasser mille et en mettre en fuite dix mille, car Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et éternellement. Mais est-ce que ce baptême du Saint-Esprit a des effets durables ? Combien de fois l'incrédulité m'a posé cette question ! Naturellement l'oeuvre durera, si l'homme est fidèle. Lorsque les rachetés par le sang de Christ se laissent complètement dominer par leur Sauveur, toutes les ressources de Dieu le Père sont mises en activité pour la gloire de l'Agneau qui a été immolé. L'efficacité du baptême du Saint-Esprit et de feu ne disparaît que quand l'âme éteint volontairement l'Esprit. Est-ce que la Pentecôte a duré ? Est-ce que Dieu a voulu qu'elle cessât ? La Pentecôte était de Dieu. Le réveil de Wesley l'était aussi. Ce n'est donc pas Dieu, mais l'homme qu'il faut blâmer de ce que les canaux par lesquels passaient les flots de bénédiction, ont été obstrués. Pouvons-nous imaginer un homme décidé à collaborer avec Dieu jusqu'à l'extrême limite de ses forces et se posant la question : « Est-ce que cela durera » A un certain endroit, en Mandchourie, le Saint-Esprit était descendu sur les gens avec une puissance extraordinaire. Les évangélistes chinois allèrent demander au missionnaire pourquoi il ne leur avait jamais dit que l'Esprit pouvait travailler avec une Celle puissance. Le missionnaire répondit humblement que lui-même ignorait que cela fût possible. Quelle tristesse, de sortir « des écoles de prophètes », et de ne pas savoir que le Saint-Esprit peut nous revêtir de puissance, On que nous puissions délivrer un message de prophète Une association de pasteurs d'une certaine vine du Canada m'invita à leur parler du réveil que le Saint-Esprit opérait en Chine. Je leur assurai que je n'avais aucune raison de me croire un favori du Tout-Puissant. Ce que Dieu avait fait en Chine, Il le ferait volontiers par eux au Canada. Par conséquent, chaque serviteur de Dieu devait avoir la foi et le courage de croire que Dieu le Saint-Esprit pouvait réveiller son peuple. Je leur montrai que John Wesley et ses collègues avaient été des hommes ordinaires, jusqu'à ce que leurs coeurs fussent touchés par le feu divin. A ce moment-là, un prédicateur méthodiste réputé m'interrompit: « Quoi, Monsieur, s'écria-t-il, voulez vous dire que nous ne prêchons pas bien mieux aujourd'hui que John Wesley ? — Avez-vous les mêmes résultats que lui ? » demandai-je. Une autre fois, on me demanda de parler à un synode presbytérien, à Toronto. Mon sujet était le réveil de 1908 à Changtehfu. Je me souviens de ce réveil comme du plus puissant que j'aie jamais vu. Pendant les dix jours merveilleux que les réunions durèrent, je dus renoncer sept fois à prononcer mon allocution, tant l'Esprit de Dieu brisait les coeurs. Pendant que je racontais tout cela au Synode, un certain professeur de théologie, assis près de moi, n'avait pas l'air heureux. Mon récit de la puissance que le Saint-Esprit possède pour convaincre de péché un auditoire chinois, semblait agacer ses nerfs. On me dit plus tard qu'un autre professeur de théologie, assis dans une autre partie de la salle, n'avait pas l'air à on aise, il finit par se retourner et dire entre ses dents : « Quelle stupidité ! » (1), Il était bien près d'avoir commis le péché contre le Saint-Esprit. Est-ce que vraiment de tels prophètes peuvent former dans leurs écoles, des jeunes prédicateurs possédés par le message du Saint-Esprit ? Pouvons-nous être étonnés que la spiritualité de la chrétienté soit à un niveau si bas ? 1. En anglais : « rats ! » Trente-deux pour cent des églises des Etats-Unis n'ont eu aucune augmentation de membres en 1927. Les auditoires religieux en Grande-Bretagne ont diminué de moitié depuis vingt-cinq ans. Il n'y a pas d'autre alternative : Un réveil du Saint-Esprit, ou l'Apostasie. Nous sommes convaincus que la majorité des chrétiens vivent à un niveau spirituel beaucoup plus bas que celui que leur Maître veut pour eux. Quelques-uns seulement « entrent dans leurs possessions ». Rien ne peut nous revêtir de la puissance victorieuse, sinon le baptême du Saint-Esprit et de feu ; et personne ne peut avoir reçu ce baptême sans le savoir. Tant de membres d'Eglise ne connaissent que le baptême d'eau Cependant le grand Précurseur a dit : « Je vous baptise d'eau pour vous amener a la repentance, mais celui qui vient après moi est plus grand que moi... Il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. » Hélas ! Bien des conducteurs spirituels ne connaissent pour eux et leurs troupeaux que « le baptême de Jean ». Malgré tout notre orgueil ecclésiastique et notre confiance en nous-mêmes, quelle partie de notre construction résistera à l'épreuve du feu ? Nous ne pouvons trop affirmer notre conviction, que tous les obstacles à la vie spirituelle dans l'Eglise viennent du péché. Vous verrez, dans les chapitres suivants, comment le Saint-Esprit amène à la lumière les interdits de toutes sortes. Ce qui est effroyable, c'est que les péchés qui se trouvent hors de l'Eglise existent aussi, bien qu'en moindre proportion, dans l'Église elle-même. Pour que des jugements trop sévères ne soient pas portés, nous ferons remarquer que beaucoup d'Eglises chinoises ne sont séparées du paganisme que par une génération à peine. Mais n'ayons pas l'illusion de croire que tout est pour le mieux dans nos vieilles Eglises d'Europe ou d'Amérique. C'est le péché individuel des membres de l'Église qui contriste et éteint l'Esprit. Nous perdrions beaucoup de notre propre justice si nous découvrions que l'orgueil, la jalousie, le mauvais caractère, la médisance, l'avarice, l'envie et les choses de cette sorte sont aussi haïssables aux yeux de Dieu que ce qu'on appelle les péchés grossiers. Tout péché dans le croyant, gâte l'oeuvre rédemptrice du Christ. Les cris les plus perçants que j'aie jamais entendus, ont été poussés par des chrétiens chinois, qui se sont aperçus qu'ils avaient crucifié a nouveau le Seigneur de gloire. « Non, la main de l'Eternel n'est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu, ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l'empêchent de vous écouter. » (Esaïe 59 : 1, 2). L'impureté, les crimes des Eglises ne peuvent être balayés que par l'Esprit et par le Feu. ** A cause de l'importance donnée dans ce livre la confession du péché, il sera bon que je donne mes vues personnelles à ce sujet. Il y a quelques années, j'allais commencer une série de réunions dans un centre religieux important en Chine. tine dame missionnaire vint me voir pour m'exposer ce qu'elle appelait « un plan sûr pour émouvoir les âmes ». Elle voulait que je commence par une confession de mes péchés ; elle suivrait, puis je persuaderais aux autres missionnaires d'en faire autant. Les pasteurs chinois, naturellement, continueraient et ainsi, affirmait-elle, tous s'effondreraient. Je lui répondis que le Seigneur ne m'avait pas fait voir les choses de cette façon. « Si j'ai des interdits, lui dis-je, ils sont un obstacle à Honan (d'où je viens), où je suis connu ; il en est de même dans votre cas. Donc, mieux vaut retourner au plus tôt dans nos champs respectifs et renoncer à nos interdits. Confesser nos péchés devant cet auditoire qui ne nous connaît pas, serait perdre un temps précieux. De plus, qui suis-je pour encourager ces missionnaires a confesser leurs péchés, alors que peut-être ils vivent plus près de Dieu que moi ? L'Esprit ne désire pas que je sois un détective. Si les missionnaires ont des interdits, le Saint-Esprit les obligera bien a les balayer, c'est son affaire et non la mitre. » Je n'ai jamais rien vu de plus émouvant que le spectacle de ces missionnaires ; à la dernière réunion, ils s'humilièrent devant l'auditoire, et confessèrent les péchés qui entravaient leur vie chrétienne. Nous avons le sentiment absolu que les péchés commis avant la conversion sont sous le sang du Fils de Dieu et n'ont pas à être confessés publiquement. Le faire, ce serait amener le déshonneur sur le sacrifice du Calvaire. Nous avons entendu des membres d'Eglise confesser des péchés commis avant qu'ils se fussent joints a l'Eglise, mais ils n'étaient pas réellement nés de nouveau en devenant membres. L'humiliation, inspirée par le Saint-Esprit, qui accompagnait leurs confessions, remplissait d'une crainte respectueuse l'auditoire, fortement ému. De plus, d'après nos observations, nous concluons qu'il doit y avoir d'abord parmi les vrais enfants de Dieu, une profonde conviction de péché avant de s'attendre a ce que les autres soient touchés. D'après notre propre expérience, nous pouvons déclarer que cheque fois que cette condition préliminaire a été remplie, les inconvertis de l'auditoire se sont complètement effondrés devant Dieu. Il n'y aurait pas eu de Pentecôte, si, tout d'abord, les cent vingt dans la Chambre haute n'étaient arrivés a ce stage. Les chrétiens chinois parlent de ce travail de l'Esprit comme d'un jugement, mais c'est un « hsiao shen pan .» (petit jugement), car le chemin est encore ouvert a celui qui confesse ses péchés pour obtenir la purification par le sang précieux du Christ. Nous croyons aussi qu'en ce qui concerne le péché secret, c'est-à-dire le péché connu par l'âme seule et par Dieu, il suffit généralement pour obtenir le pardon, de le confesser dans la prière secrète. Nous disons en général, parce que nous avons vu beaucoup de cas de pasteurs et conducteurs de l'Eglise pour lesquels la confession secrète n'avait pas suffi. Leur confession angoissée et publique montrait clairement que pour eux, du moins, il n'y avait que ce moyen d'être soulagé. Quant au péché commis contre une personne particulière, l'Ecriture est parfaitement explicite. « Si tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande » (Matth. 5, 24/25). Il est inutile de prier si nous savons que nous avons fait du tort à quelqu'un. Réparons d'abord, avant d'oser nous approcher de Dieu en public ou en secret. Je crois que le réveil éclaterait dans presque toutes les Eglises, si cette règle était suivie. Enfin, pour les péchés publics, l'expérience nous a montré qu'on ne pouvait en être débarrassés que par la confession publique. Ceci, il est vrai, signifie la crucifixion de la chair ; mais par notre désobéissance volontaire, nous avons exposé à la honte ouvertement notre Seigneur de gloire, et cette confession est le prix que nous devons payer. Il y a quelques années, nous adressant à une assemblée nombreuse de pasteurs et d'anciens au Canada, nous insistâmes sur le fait que Dieu voulait que nous mettions l'accent sur le péché. Quelques heures après, à une réunion de pasteurs, le sujet revint sur le tapis, et on me dit que la majorité des assistants, après une bonne discussion, affirmèrent, au contraire, qu'on avait trop insisté sur la question du péché. Mais la pensée de l'homme n'est pas celle de Dieu. Le Calvaire est l'accent mis par Dieu sur le péché. Sûrement, nous ne pouvons lui donner trop d'importance, puisque le Fils sans péché a dû être fait péché pour nous. N'est-ce pas John Wesley qui murmura, au moment d'entrer dans la présence de son divin Roi : « Je suis le premier des pécheurs, mais Jésus mourut pour moi ! *** Nous parlerons, dans le cours de cet ouvrage, des possessions démoniaques. Nous savons que ce n'est pas un sujet à la mode. Quand le livre du docteur Nevius, intitulé « Demon Possession », parut, l'éditeur d'un journal bien connu écrivit : « Voilà un nouvel exemple de la manière dont quelques hommes laissent facilement aller leur raison à la dérive ». Cependant, ce que nous avons vu de nos yeux nous amène à la conclusion que ce n'est pas le docteur Nevius, mais l'éditeur, qui a trop facilement laissé sa raison aller à la dérive. Citons l'opinion du docteur Schofield, médecin spécialiste renommé de Londres : « Je pense, écrit-il, que ceux qui connaissent l'Orient ne peuvent mettre en doute que Satan y règne sans conteste. L'aliénation mentale est un mot général qui couvre toute espèce de folie, mais il couvre davantage encore. Mon expérience même en Angleterre, et celle de tous les hommes expérimentés ayant à faire aux maladies mentales, prouve sans aucun doute qu'ici et là nous rencontrons des cas de gens « possédés » de quelque esprit malin. Je suis un de ceux qui croient à l'existence de cas semblables. Je crois de plus que ces démons peuvent être chassés et l'ont été, leurs victimes étant revenues à leur état normal (1)». 1. Helen S. Dyer : Réveil aux Indes, p. 14. Plusieurs personnes ont qualifié le travail que Dieu m'a confié comme étant de simple émotivité. Nous ne nous défendrons qu'en citant quelques extraits de lettres reçues par des amis, au Canada, écrites par des missionnaires en Mandchourie au cours du réveil de 1908. Jusqu'à présent j'avais en horreur les manifestations religieuses, hystériques et émotives. Les premières crises de larmes que je vis se produire chez des hommes me déplurent extrêmement. Je ne savais pas ce qu'elles cachaient. Enfin, il devint évident pour moi que l'Esprit de Dieu seul travaillait dans les coeurs. » « Souvenez-vous que le Chinois est l'homme qui craint le plus l'opinion publique, qu'il y avait là des hommes et même des femmes qui bravaient tous les préjugés, violant la tradition séculaire de ne jamais s'humilier, ni s'abaisser en public. Vous pouvez vous imaginer l'étonnement, l'émerveillement qui remplissaient le coeur des missionnaires. » « Une puissance est survenue dans l'Eglise que nous ne pouvions maîtriser, même si nous le voulions. C'est un miracle que l'impassible Chinois, si plein de propre justice, arrive à confesser de lui-même des péchés qu'aucune torture du « Ya-men » (justice chinoise) n'aurait pu lui arracher ; qu'un Chinois s'abaisse au point de réclamer en pleurant les prières de ses frères en la foi, cela est impossible à expliquer au point de vue humain. » « Nous sommes confondus par la merveille de ce réveil !... Nous avons entendu parler de ceux du pays de Galles, aux Indes et même chez nos proches voisins, en Corée, mais quand la bénédiction tombe si richement, si pleinement comme elle le fait au milieu de nous depuis quelques jours, quelle différence ! « Vous vous dites peut-être que c'est de l'hystérie religieuse. Nous l'avons cru aussi, quand nous avons entendu parler de ce réveil. Mais nous sommes ici soixante presbytériens écossais et irlandais qui en ont été les témoins. Beaucoup d'entre nous en ont eu peur au début, mais après avoir vu ce qui s'est passé ici chaque jour de la semaine dernière, il n'y a certainement qu'une explication : c'est que l'Esprit de Dieu se manifeste d'un manière inimaginable. Nous n'avons pas le droit de critiquer. Nous ne l'osons pas. Un des articles du Credo qui revient à nos mémoires dans toute sa solennité est celui-ci : « Je crois au Saint-Esprit ».
PREPARATION INTENSIVE En automne 1901, après m'être remis des effets terribles de la révolte des Boxers, je commençai, en rentrant en Chine, à être de plus en plus mécontent des résultats de mon travail. Dans mes premières années de ministère, je m'étais consolé de mes insuccès, en pensant que les semailles devaient précéder la moisson, et que celle-ci viendrait en son temps. Mais la moisson, au bout de treize ans de travail, me semblait plus loin que jamais. Je sentais qu'une bénédiction bien plus grande m'attendait, si seulement j'étais capable d'en avoir la vision, et d'avoir la foi pour la saisir. A mon esprit revenaient constamment ces mots : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais et il en fera même de plus grandes... » Je sentais profondément qu'il était impossible de croire que ce que je faisais année après année équivalait aux « oeuvres plus grandes ». Mécontent, inquiet, j'étudiais plus attentivement les Ecritures. Tout passage portant sur la question de la puissance était pour moi vie et respiration. J'avais dans ma bibliothèque de nombreux livres sur le Réveil. Je les lus et les relus. Cela devenait une telle obsession, que ma femme avait peur que ma raison ne succombât. Les récits du Réveil gallois de 1904 et 1905 me furent d'un grand secours. Le réveil n'était donc pas une chose du passé. Je me rendis compte, graduellement, que j'avais découvert un filon d'une richesse infinie. Un ami travaillant aux Indes, m'envoya, au cours de l'automne de 1905, des extraits de l'autobiographie de Finney et de ses discours de Réveil. Ce fut l'étincelle qui m'embrasa. « Est-ce qu'Un fermier, disait la préface, penserait à prier pour obtenir une moisson sans avoir d'abord semé ? Pourquoi les chrétiens s'attendraient-ils à une grande moisson d'âmes, même s'ils la demandent à Dieu, avant d'avoir rempli d'abord les lois de la récolte spirituelle ? » Si Finney a raison, me dis-je, je vais découvrir quelles sont ces lois et je les observerai coûte que coûte. Au début de 1906, alors que j'étais en route pour participer- à la campagne intensive d'évangélisation qui se fait annuellement à la grande foire idolâtre de Hsun-Hsien, un collègue me prêta l'autobiographie complète de Finney. Il m'est impossible de dire ce que ce livre fut pour moi. Nous, les missionnaires, en lûmes une portion chaque jour tant que dura la foire. C'est à cette foire que je commençai à voir les premiers signes dans les coeurs de mes auditeurs de l'action de la Puissance suprême. Un jour, tandis que j'avais pris pour texte, I Timothée 2 : 1 à 7, plusieurs personnes furent profondément émues. Un évangéliste murmura avec une crainte respectueuse : « Mais ces gens paraissent émus comme les auditeurs de Pierre à la Pentecôte. » Le même soir, je parlai devant une salle comble. Mon texte était, I Pierre 2 : 24. « Il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois... » La conviction de péché se lisait sur tous les visages. Quand, à la fin, je demandai des décisions, l'auditoire entier se leva comme un seul homme en criant : « Nous voulons suivre ce Jésus qui est mort pour nous ! » Je pensais qu'un des évangélistes allait parler après moi, mais en me retournant, je les vis tous les dix, debout, sans mouvement, regardant, étonnés. Tandis que l'un d'eux restait dans la salle pour parler à la foule, j'allai avec les autres dans une chambre contiguë pour prier. Pendant quelques minutes ce fut un silence absolu. Tous semblaient trop frappés de crainte pour parler. Enfin, la voix tremblante d'un évangéliste s'éleva : « Mes frères, Celui pour qui nous avons prié si longtemps était présent en personne parmi nous ce soir. Mais sachons bien que pour qu'Il demeure avec nous, il faudra que notre manière de vivre soit très châtiée. » En 1906, en automne, désappointé par l'état languissant de mes annexes, je projetais une tournée pour essayer de les réveiller. Mais il y avait cependant entre le Seigneur et moi une question qui devait être réglée avant tout. Inutile d'entrer dans les détails ; tout ce que je puis dire c'est qu'il s'agissait d'un différend entre un collègue et moi. Je sentais honnêtement que j'étais dans mon droit. (Ceci est très humain. Dans toute querelle il est toujours sage de faire la part de chacun). En tout cas, l'impulsion de l'Esprit était claire. Il fallait que cette affaire fût réglée. Je répondais toujours à Dieu que la faute était du côté de mon collègue, et non pas du mien ; c'est lui qui devait venir à moi, , et non moi qui devais aller à lui. L'Esprit parlait toujours. « Mais enfin, Seigneur, discutais-je, il est venu dans mon bureau et s'est accusé avec larmes. La chose n'est-elle pas arrangée ? » — « Hypocrite ! semblait-Il me dire, tu sais très bien que vous ne vous aimez pas comme je vous ai commandé de le faire. » Je persistais : « La faute est du côté de mon collègue, je ne puis rien faire. » Alors vint le mot final : « Si tu ne règles pas cette question avant de partir pour ta tournée, tu échoueras, je ne pourrai aller avec toi. » Cela m'humilia un peu. Je n'avais pas du tout envie de faire cette tournée si longue et si fatigante sans Son aide ; je savais bien que seul je serais « comme battant l'air ». La veille de mon départ, je devais présider une réunion de prière pour les chrétiens chinois. Tout le long du chemin, la voix continuait à me presser : « Va, et arrange cette affaire, pour que je puisse t'accompagner demain » Je ne voulais pas céder. Je commençai la réunion. Gela alla bien pendant le premier cantique et la lecture de la Bible. Mais aussitôt que j'ouvris la bouche pour prier, je ne savais plus ce que je disais, car l'Esprit me répétait sans cesse : « hypocrite ! pourquoi ne règles-tu pas cette affaire ? ». Je fus encore plus troublé pendant ma courte allocution. Finalement, à peu près à la moitié de mon discours, le fardeau devint si intolérable que je cédai et dis en mon coeur : « Seigneur, dès la fin de la réunion j'irai régler cette affaire ». Instantanément, quelque chose sembla céder dans l'auditoire. Mes auditeurs ignoraient ce qui se passait dans mon coeur, et cependant l'atmosphère fut absolument transformée. Quand la réunion fut ouverte à tous, ceux qui voulaient prier se levèrent l'un après l'autre, mais ne purent qu'éclater en pleurs. Depuis vingt ans que les missionnaires travaillaient dans le Honan, ils avaient espéré en vain voir les Chinois verser des larmes de repentir. La réunion ne se termina que très tard. Aussitôt qu'il fut possible, je me hâtai d'aller chez mon collègue pour régler ce qui nous divisait. Les lumières étaient éteintes, toute la famille était couchée. Je revins chez moi pour ne pas les déranger. Mais la chose était en règle. Le lendemain, dès l'aube, je nie mis en route pour l'une de mes annexes. Les résultats de cette tournée dépassèrent toutes mes espérances. L'Esprit de Dieu partout se manifesta, jugeant le péché. Les torts furent réparés, les choses tordues furent redressées. Je ne pus consacrer qu'une soirée à un certain endroit, mais tous les auditeurs furent touchés aux larmes. Dans l'année qui suivit, le nombre des membres de l'Eglise, dans l'une de mes annexes, fut doublé ; dans une autre 54 personnes furent ajoutées à l'Eglise, et dans une autre, 88. Quelques mois après cette première tournée, le monde religieux fut électrisé par le récit du Réveil en Corée. Le secrétaire de notre Société, alors en visite en Chine, le docteur R. P. Mac Kay, me demanda de l'accompagner en Corée. Inutile de dire avec quelle joie j'acceptai cette proposition. Le mouvement religieux en Corée, en me montrant les possibilités illimitées du Réveil, était d'une importance capitale pour moi. Il est bon de connaître le Réveil par les récits de la presse, mais quelle différence cela fait de le voir de ses yeux, d'en respirer l'atmosphère, de sentir vibrer son coeur dans ces réunions ! Je compris en Corée, avec d'autres, que le Réveil était le plan de Dieu pour mettre le monde en feu. J'étais depuis bien peu en Corée, quand je vis la source d'où était né ce grand mouvement. Monsieur Swollen, de Pingyang, me raconta que les missionnaires de sa station, méthodistes et presbytériens, après avoir lu des récits de Réveil aux Indes, avaient pris la décision de prier chaque jour à midi pour obtenir une grâce semblable. « Au bout d'un mois, dit Monsieur Swollen, un frère proposa de cesser ces réunions ; car disait-il, voilà un mois que nous prions et rien ne change. Nous y passons beaucoup de temps, et sans résultat. Continuons notre travail, et prions chacun chez nous, à l'heure la plus commode ». Cette proposition semblait logique. Cependant la majorité décida qu'au lieu d'arrêter les prières, nous devions au contraire les prolonger. Nous fixâmes alors l'heure de notre rencontre à 4 heures au lieu de midi pour pouvoir prier, s'il le fallait, jusqu'au souper. Sous persévérâmes jusqu'à ce que, après des mois d'attente, l'exaucement vint ». Ces missionnaires de Pingyang étaient, autant que je m'en souviens, des gens moyens, comme vous et moi. Aucun d'eux n'était doué remarquablement. Ils vivaient, travaillaient, agissaient comme les autres missionnaires. Mais dans la prière ils étaient différents. Un soir, le docteur Mac Kay et moi, fûment invités à la réunion missionnaire de prière. Je n'avais jamais été si conscient de la présence divine que ce soir-là. Ces missionnaires nous portaient jusqu'au trône même de Dieu. On avait le sentiment qu'ils parlaient à Dieu face à face. En revenant chez nous, le docteur Mac Kay resta silencieux un long moment. Je pouvais voir qu'il était très remué. Enfin, avec une profonde émotion il me dit : « Quelle prière stupéfiante ! Vous autres, dans le Honan, vous êtes loin d'atteindre un niveau pareil ». Ce qui me frappa aussi, ce fut la nature pratique du mouvement. Ce n'était pas une rafale d'enthousiasme religieux disparaissant avec le vent qui l'a apportée, bien qu'il y eût naturellement, les manifestations extérieures qui accompagnent inévitablement des effusions aussi phénoménales de puissance spirituelle. Un fait patent, c'est qu'il y avait là des dizaines de milliers d'hommes et de femmes dont la vie avait été radicalement transformée par le feu divin. Je vis de grandes églises contenant 1.500 personnes, si combles qu'il fallut organiser deux réunions, une pour les femmes et une pour les hommes. Tous étaient presque tragiquement désireux de répandre « la bonne nouvelle ». Même des petits garçons abordaient dans la rue des grandes personnes pour les supplier d'accepter Jésus pour Sauveur. Je remarquai encore une chose : c'était leur extraordinaire générosité. La pauvreté des Coréens est proverbiale. Cependant un missionnaire me dit qu'il avait peur de mentionner devant ses fidèles un besoin quelconque, car ils donnaient tant ! Partout existait un véritable culte pour la Parole de Dieu. Chacun portait sa Bible avec lui, et le merveilleux esprit de prières pénétrait tout. Pour retourner à Honan, le docteur Mac Kay et moi passâmes par la Mandchourie. Puisque Dieu ne fait pas acception de personnes, j'étais sûr qu'il était prêt à bénir la Chine comme Il avait béni la Corée. A Moukden, je racontai, un dimanche matin, à un vaste auditoire, l'histoire du Réveil coréen. Tous semblaient profondément émus, et l'on me demanda de revenir en février de l'année suivante pour tenir une série de réunions pendant une semaine. A Liaoyang, mon récit fut accueilli de la même façon, et l'on me fit la même requête. Continuant vers le sud, nous arrivâmes à Peitaiho ; cette fois je racontai mes expériences à un groupe important de missionnaires. Une impression profonde fut produite. Plusieurs missionnaires résolurent de se réunir à des heures fixées pour prier jusqu'à ce que Dieu envoyât à la Chine un Réveil comme celui de la Corée. En arrivant à Changtehfu, une lettre des missionnaires de Kikungshan m'attendait. Ils me demandaient avec insistance d'aller leur parler de ce que j'avais vu. Je le fis le dimanche soir suivant. Je remarquai que j'avais considérablement dépassé le temps si généreusement mis à nia disposition. Craignant de finir trop tard, je supprimai le dernier cantique et prononçai la bénédiction finale. A ma grande surprise, pendant au moins six minutes, personne ne bougea. Un silence de mort régnait dans la salle. Graduellement, des sanglots étouffés se firent entendre. Des missionnaires se levèrent, et en versant d'abondantes larmes, confessèrent leurs fautes les uns aux autres. Nous ne nous séparâmes qu'à une heure très tardive. Nous avions préparé pour la semaine suivante une conférence avec un programme très intéressant. Mais quand les missionnaires se rencontrèrent le lundi matin, ils décidèrent de mettre ce programme de côté et de continuer à prier et à suivre les impulsions du Saint-Esprit. Je n'ai jamais passé avec nos frères missionnaires en Chine, des jours plus merveilleux. Avant de nous séparer pour rejoindre nos champs d'activité situés dans toutes les parties de la Chine, nous décidâmes que chaque jour, à quatre heures de, l'après-midi, nous serions tous en prière, jusqu'à ce que la bénédiction divine tombât sur l'Eglise chinoise.
LE DEBUT DU MOUVEMENT EN MANDCHOURIE Quand je partis en février 190S pour mon long voyage en Mandchourie, j'y allai avec la conviction que j'avais de la part de Dieu un message à transmettre à son peuple. Mais je n'avais pas de méthode. Je ne savais pas comment diriger un Réveil. Je pouvais faire une allocution et laisser prier les gens, et c'était tout. Le soir de mon arrivée à Moukden, je causais, dans son bureau, avec mon hôte missionnaire. Naturellement, j'étais tendu au plus haut point à la pensée de ce qui m'attendait ; mon hôte, au contraire, semblait spécialement indifférent à la pensée d'un Réveil. Il choisit ce soir là, entre tous, pour m'impressionner par la supériorité de ses vues théologiques. « Vous savez, Goforth, me dit-il, il y a un terrible phraseur dans votre Mission. Comment s'appelle-t-il ? Mac... ? — Est-ce Mac Kengie ? demandai-je ; mais ce n'est pas possible, car il est loin d'être un phraseur. Il est considéré comme un des meilleurs théologiens de la Chine. — Non, nie dit-il, ce n'est par Mac Kengie. Oh, oui, je m'en souviens, c'est Mac Kay. — Mais Mac Kay est notre secrétaire, répliquai-je, et une de ses allocutions serait appréciée par n'importe quel auditoire. — Eh bien, dit-il, je l'ai entendu à la conférence de Shanghaï. Sa théologie, mon cher, est aussi vieille que le déluge ! — Arrêtons-nous, dis-je, car ma théologie est aussi vieille que la sienne. De fait, elle est aussi ancienne que le Tout-Puissant Lui-même ! J'appris aussi que la femme de mon hôte n'était pas en sympathie avec mes réunions, et était partie en visite chez une de ses amies avant mon arrivée. Je ne pus pas m'empêcher de penser que, si ce foyer était un échantillon de ceux des autres missionnaires, les perspectives d'un Réveil étaient bien lointaines. D'autres désappointements m'attendaient. Je n'avais accepté l'invitation qui m'avait été faite l'année précédente, qu'à la condition que les deux branches de l'Eglise presbytérienne — l’Irlandaise et l'Ecossaise — s'uniraient pour mes réunions, et que celles-ci seraient préparées par la prière. Imaginez ma déception, quand j'appris qu'aucune réunion supplémentaire de prières n'avait eu lieu. La goutte qui fit déborder le vase et qui fit chanceler ma foi déjà défaillante, fut d'apprendre que les deux branches de l'Eglise presbytérienne ne s'étaient pas unies. Je montai dans ma chambre ; m'agenouillant près de mon lit et incapable de retenir mes larmes, je criai à Dieu : « A quoi bon ma venue ? Ces gens ne te cherchent pas. Ils ne désirent aucune bénédiction. Que puis-je faire ? » Une voix sembla me répondre immédiatement : « Est-ce ton oeuvre ou la mienne ? Ne puis-je pas agir en souverain ? Invoque-moi, et je te répondrai ; je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées que tu ne connais pas. » (Jérémie 33, 3). De bonne heure le lendemain, un des anciens vint me voir. Aussitôt qu'il fut seul avec moi, il éclata en pleurs : « L'année des Boxers, me dit-il, j'étais trésorier de l'Eglise. Les Boxers vinrent et détruisirent tout, même les livres de comptes. Je savais donc que je pouvais mentir sans danger. Je jurai que je n'avais jamais reçu certains fonds qui m'avaient été confiés. Depuis, je me suis servi de ces fonds pour mes affaires. Hier, pendant vos allocutions, j'étais comme fouillé par une flamme. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. La seule chose qui me reste à faire pour me soulager, c'est de confesser mon péché devant l'Eglise et de faire pleine et entière restitution ». Après mon exhortation ce matin-là, l'ancien se leva devant tous et mit à nu son péché. L'effet fut instantané. Un autre membre poussa un cri perçant, mais quelque chose sembla le retenir, et il se tut sans rien confesser. Plusieurs alors prièrent successivement et se confessèrent en pleurant. Pendant toute la troisième journée, le mouvement augmenta d'intensité. Mon hôte, le missionnaire, me dit : Ceci me stupéfie. Cela ressemble au Réveil écossais de 1859. Ne pourriez-vous pas renoncer à vos autres allocutions et commencer des services d'actions de grâce? — Si je comprends la situation, répondis-je, nous sommes encore loin des actions de grâce. Il y a encore beaucoup de péchés qui doivent venir à la lumière: Laissez-moi continuer mes exhortations, et ensuite vous tiendrez tous les services d'actions de grâce que vous voudrez. » Le quatrième matin, un auditoire exceptionnellement nombreux envahit la salle. Les gens paraissaient être dans une attente anxieuse. Pendant le chant qui précéda mon allocution, une voix intérieure me dit : « Le succès de ces réunions est phénoménal. Cela va te faire une réputation extraordinaire, non seulement en Chine, mais dans le monde entier. » La chair en moi répondit, et un sentiment de satisfaction m'envahit. Immédiatement, je sentis que c'était l'Adversaire qui était à l'oeuvre de la façon la plus subtile, en me suggérant de partager la gloire avec le Seigneur Jésus. Combattant la tentation je dis : « Satan, sache une fois pour toutes que je suis prêt à devenir l'atome le plus insignifiant, pourvu que mon Maître soit glorifié comme Il se doit. » Le cantique étant achevé, je me levai pour parler. Pendant toute ma prédication, je sentis avec intensité la présence de Dieu. En concluant je dis à l'auditoire : « Maintenant, vous pouvez prier. » Immédiatement, un homme s'avança jusque devant l'estrade, la tête basse, le visage inondé de larmes. C'était l'ancien qui, deux jours auparavant, avait poussé un cri perçant. Comme poussé par une puissance incoercible il s'écria : « J'ai commis adultère. J'ai essayé trois fois d'empoisonner ma femme ! » Il arracha alors les bracelets d'or de ses poignets et la bague d'or qu'il avait à son doigt, et les plaça dans le plateau de la collecte en disant : « Qu'ai-je besoin, moi un ancien de l'Eglise, de ces futilités ? » Il prit sa carte d'ancien et la mit en morceaux qu'il jeta sur le plancher. « Vous avez tous de mes cartes chez vous, dit-il à l'auditoire. Ayez la bonté de les déchirer. J'ai profané ma charge sacrée, je donne ma démission d'ancien. » Après cette confession émouvante, personne ne bougea pendant plusieurs minutes. Puis, l'un après l'autre, tous les anciens se levèrent et offrirent leur démission. Le résumé de leurs confessions était ceci : « Bien que nous n'ayons pas péché comme notre frère, cependant nous sommes indignes, nous aussi, de conserver notre charge. » Les diacres, un par un, se levèrent, et donnèrent aussi leur démission. « Nous aussi sommes indignes », confessèrent-ils. Depuis plusieurs jours, j'avais remarqué que le plancher, devant le pasteur indigène, était souvent mouillé de larmes, Il se leva, et la voix brisée nous dit : « Si l'Eglise est dans ce triste état, c'est que je n'ai pas été ce qu'il aurait fallu. Je ne suis pas digne d'être votre pasteur. Voilà ma démission. » Une scène des plus touchantes suivit. De différents côtés des voix criaient : « Non, non, cher pasteur, cela va bien. Nous vous réélisons. » Tout l'auditoire confirma ces paroles à grands cris, jusqu'à ce qu'enfin le pauvre pénitent fut persuadé que son troupeau lui rendait sa pleine con fiance. L'auditoire réclama que les anciens se levassent à leur tour, et un vote unanime leur rendit la confiance de l'Eglise. Ce fut ensuite le tour des diacres. L'harmonie était rétablie. Le même soir, l'ancien dont la confession avait été suivie de fruits si merveilleux, fut vivement pris à partie par un de ses amis. « Qui vous a obligé à vous avilir publiquement, ainsi que votre famille ? lui demanda-t-il. Mais il répondit : « Pouvais-je m'en empêcher ? ». Ce fut une grande joie pour moi de voir le changement que l'attitude de mon hôte subit pendant. ces réunions. Un matin, tandis qu'on priait pour différentes personnes, il se précipita en avant en disant : « Priez pour nous, les missionnaires, nous en avons plus besoin que n'importe qui. » Sa femme, si indifférente, revint de chez son amie plusieurs jours avant la fin de la campagne. Ce n'était pas trop tard, son coeur fut touché, et elle devint plus consacrée même que son mari. Le dernier jour, le pasteur indigène dit à ses gens : « Vous savez combien de nos anciens et de nos membres ont rétrogradé. Oh ! s'il y avait moyen de les ramener ! » A ces mots l'auditoire se leva comme un seul homme et tous s'unirent pour prier en faveur des brebis égarées. On pria comme si ces âmes étaient celles auxquelles on tenait le plus au monde, comme une mère prierait pour son fils prodigue. Au cours de cette même année, des centaines de rétrogrades revinrent au bercail. La plupart confessèrent qu'ils ne pensaient pas avoir jamais été convertis auparavant. Un des anciens de l'Eglise de Liaoyang, peu avant mon arrivée, avait déménagé un dimanche. Le missionnaire était allé le voir, et l'avait repris pour avoir donné aux fidèles un si mauvais exemple. L'ancien s'était mis en colère, affirmant qu'il n'avait eu que le dimanche pour faire son déménagement. Le matin du second jour de ma série de réunions, il s'effondra devant tous et confessa son péché. Il aurait eu bien le temps de déménager pendant la semaine, mais il avait voulu mettre à profit le dimanche. Peu après mon départ, cet ancien tint des réunions pour les élèves du lycée et obtint d'extraordinaires résultats. Après la confession de cet ancien, le deuxième jour, la pression du Saint-Esprit augmenta rapidement. Un matin, le cinquième jour, un vieux rétrograde s'écria angoissé : « Je l'ai tué ! » Il confessa son péché. Il était brouillé à mort avec un de ses voisins. Celui-ci étant tombé malade, notre rétrograde, qui était médecin, fut appelé pour lui ordonner un remède. Il lui ordonna du poison qui le tua. L'effet de cette révélation peut plus facilement s'imaginer que se décrire. En quelques minutes, l'assemblée entière semblait être dans les affres du jugement. De tous côtés partaient des confessions et des demandes de pardon. En revenant à la maison, après la dernière réunion, Monsieur Douglas, le missionnaire principal, me dit : « Je suis courbé dans la poussière.. C'est le Réveil écossais de 1859 qui se reproduit sous mes yeux. Je n'y étais pas, mais mon père m'en a souvent parlé. Il m'a raconté que les gens travaillaient tout le jour aux champs, rentraient en hâte pour manger un morceau et repartaient à l'Eglise où ils restaient jusqu'à minuit. Mais ma faible foi ne me permettait pas de m'attendre, ici, à quelque chose de semblable. » Il me tendit une lettre qu'il avait reçue depuis plusieurs semaines, du docteur Moffat, pasteur en Corée : Je veux que vous sachiez, écrivait-il, que pendant toute la série à Llaoyang, mes fidèles, qui sont troi | |||||