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LE FRUIT DE L'ESPRIT (Donald GEE)


LE FRUIT DE L'ESPRIT

Par Donald GEE

Auteur de : « Les Ministères-Dons de Christ » « Pentecôte» etc.....

Dr GUILLAUME, 65 rue du Château d'Eau, Calais
(P. de C.) France.



« Le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ». (Galates 5: 22-23).

Le fruit de justice, qui est par Jésus-Christ » (Philippiens 1:11).

Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. » (Jean 15:4.)

C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ». (Matthieu 7 :20).


AVANT—PROPOS

Aucune introduction n'est nécessaire pour ceux qui connaissent l'auteur de cet ouvrage. Ses écrits sur les « Ministères-dons de l'Esprit » et ses exposés pratiques de la vérité ont été pour des milliers de personnes une bénédiction. Son enseignement relatif aux opérations de l'Esprit par le moyen des dons ayant été si richement béni et d'une si grande utilité, il était convenable qu'il préparât maintenant un ouvrage sur les manifestations de l'Esprit dans ses rapports avec la vie chrétienne et les fruits qu'elle produit, tellement indispensables au bon exercice des dons et à l'esprit dans lequel ils doivent être utilisés. Ce traité sur « Le Fruit de l'Esprit » doit être soigneusement lu et médité par tous ceux qui aspirent à une vie cachée avec Christ en Dieu, car sans ce fruit, les dons spirituels deviennent, l'airain qui résonne, ou la cymbale qui retentit. Ce livre vous est chaleureusement recommandé, — à vous qui désirez vivre par l'Esprit une vie toute à la gloire de notre Sauveur et Seigneur.

Ernest S. WILLIAMS


Introduction

Comme il est indiqué dans le premier chapitre de ce petit livre, l'auteur eut le privilège de donner cette série d'études bibliques sur le fruit de l'Esprit au cours annuel de la grande école biblique de l'Eglise « Filadelfia » à Stockholm, probablement la plus grande assemblée de Pentecôte du monde entier. Elle est publiée en réponse aux bienveillantes et nombreuses demandes de ceux qui désiraient ,les avoir en permanence, c'est pourquoi ce livre a été tiré, au cours d'un voyage en Afrique du Sud, de notes prises sur ces études.

Le sujet si attrayant du « Fruit de l'Esprit » et des formes diverses de sainteté pratique qui s'y rattachent ont inspiré tant de volumes à tant d'auteurs doués, qu'en ajouter un autre, si modeste fût-il, paraît presque une présomption .

Cependant, une manière très attrayante d'aborder ce sujet, semble, en grande partie, avoir été négligée jusqu'ici : c'est celle du Fruit de l'Esprit considéré du point de vue particulier de la Pentecôte. Il est inévitable que l'expérience spirituelle si puissante, si importante par elle-même, raison d'être de ce grand mouvement, nécessite une réévaluation des expériences précédentes et une révision de quelques doctrines antérieures. Dans ce petit livre il a été fait un essai dans ce sens, et les vérités essentielles contenues dans ce sujet sont abordées et expliquées, et leur utilité pratique démontrée, du point de vue de celui qui fait définitivement partie du mouvement de Pentecôte. Un aspect légèrement distinct de la question, qui vient peut-être s'y ajouter, est l'application fréquente de cette étude à ceux qui sont engagés dans l'oeuvre du ministère.

Le lecteur reprochera peut-être à cet ouvrage de ne pas entrer d'une manière approfondie dans les questions théologiques qui s'y rattachent. La raison en est qu'il est écrit spécialement pour les personnes fidèles et bien-aimées qui constituent la plus grande partie de nos assemblées, et de l'Eglise Universelle, et vise, par conséquent, à être pratique plutôt que théorique. Nous espérons que le caractère particulier de ce travail le rendra utile pour un plus grand nombre de personnes que ne le seraient des esquisses purement 'théologiques. Les étudiants zélés n'auront pas de difficultés à découvrir les convictions personnelles de l'auteur en fait de doctrine, car elles font nécessairement partie intégrante de toute l'étude elle-même.

Mais pour ceux qui s'intéressent spécialement à l'aspect théologique je dirai ce dont je suis moi-même persuadé : la doctrine de la Trinité implique nécessairement que les oeuvres accomplies par les différentes personnes de la Divinité peuvent, et doivent, être considérées de points de vues divers, chacun étant correct comme aspect particulier de la vérité, sans toutefois la contenir entièrement. Ainsi, nous savons que « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique », et cependant, nous savons en même temps, et d'une manière tout aussi vraie, que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même ». De même, le Saint-Esprit est quelquefois envisagé comme l'Esprit du Père, ou l'Esprit du Fils, mais à d'autres reprises comme une Personnalité tout à fait distincte, séparée des deux autres.

L'application de ces mystères sublimes au sujet qui nous est présenté est à mon avis la suivante : les différentes qualités du caractère chrétien énumérées comme «Fruit de l'Esprit » résultent d'une manière définie d'un principe nouveau de vie au dedans d'un homme, principe apporté par la naissance d' « En Haut ». La source de cette vie, et par conséquent la Source dernière de ce « Fruit », c'est Christ Lui-même, le Sauveur, demeurant en nous. Les Écritures ramènent d'une manière évidente ces choses à Christ. (Galates 2:20, Jean 15 :3 Phi 1 :11 etc). Mais cette présence de Christ demeurant dans le croyant lui est nécessairement donnée par le Saint-Esprit, envisagé sous ce rapport comme « l'Esprit de Christ », parce que le Fils lui-même, dans sa Personnalité propre, comme Seconde Personne de la Trinité, est maintenant assis à la droite du Père dans les lieux célestes. Il en résulte que la source divine, du « Fruit » est le Saint-Esprit vu sous Sou aspect particulier, « d'Esprit de Christ ».

Il apparaît, dans le Nouveau Testament, comme un fait historique indéniable que le Saint Esprit peut et doit être reçu par le croyant, sous Sa Personnalité propre et distincte. Cette expérience doit suivre à première venue à la régénération ; elle est appelée le Baptême du Saint-Esprit, dont le but n'est pas de donner la Vie mais la puissance. Ses manifestations particulières ne sont pas les fruits, mais les dons spirituels.

Ce point de vue aide certainement beaucoup à résoudre le plus grand nombre des difficultés que rencontrent dans l'étude de ces sujets, les personnes observatrices et réfléchies. Car il montre comment il est possible aux croyants ayant reçu le Saint-Esprit dans Sa puissance régénératrice comme « Esprit de Christ » demeurant en eux, de manifester beaucoup de « fruit », sans avoir jamais connu l'expérience définie du baptême du Saint-Esprit. Et, d'un autre côté, il montre comment certains chrétiens peuvent exercer les dons spirituels reçus par ce baptême sans manifester le fruit de l'Esprit — s'ils négligent de maintenir la plénitude de la vie de Christ au dedans d'eux mêmes ; autrement dit, s'ils ne prennent garde de « marcher selon l'Esprit ».

Je sais fort bien que l'opinion théologique ci-dessus peut être discutée ; mais je dirai au moins ceci : la vérité de la Divinité en trois Personnes dépasse tellement la compréhension humaine que tout en nous sentant en droit de maintenir d'une manière dogmatique la vérité centrale, nous pouvons et devons montrer une grande tolérance vis-à-vis des doctrines personnelles qui essaient d'en définir les différentes manifestations. Ceci est particulièrement vrai du Saint-Esprit, car la définition exacte de sa Personne et de Son Œuvre, formant partie du mystère insondable de la Divinité, représente une profondeur de vérité théologique digne de beaucoup d'étude, et que seule la lumière de la révélation peut nous dévoiler. Je suggère respectueusement qu'une doctrine qui semble rencontrer d'une manière satisfaisante tant de faits d'expérience renferme sans doute une vérité de première importance. On n'en demande pas plus. Ceci dit, je suis heureux de laisser les questions purement théologiques pour aborder le côté toujours plus agréable, et, je crois, plus important et plus pratique.

Donald GEE.

A bord du « Balmora Castle »

Janvier 1934.


CHAPITRE I

LE FRUIT DE L'ESPRIT ET LES DONS SPIRITUELS

Lorsque, dernièrement, me sont échus en partage le privilège et la responsabilité d'enseigner une fois encore au cours annuel de la grande école biblique de Stockholm, je demandai à l'un des pasteurs de la localité s'il avait quelque suggestion à me faire pour un sujet convenable. Après un court silence, il me répondit « Le Fruit de l'Esprit ».

Je vis immédiatement l'inspiration du Saint-Esprit dans un choix si heureux s'harmonisant d'une manière parfaite avec les études sur « Les dons spirituels » faites l'année précédente.

L'équilibre essentiel entre ces deux sujets s'imposera d'une manière évidente à tous ; malheureusement, il faut avouer qu'en appuyant trop fortement sur les dons spirituels, certains semblent avoir parfois négligé le Fruit de l'Esprit. Avant de les critiquer trop hâtivement souvenons-nous que pendant des générations, et dans bien des directions à l'heure actuelle toute l'importance a été donnée aux fruits au détriment des dons spirituels. Une telle insistance manque d'équilibre, à la lumière de l'Ecriture, et comme le pendule la vérité cherche toujours sa position d'équilibre.

Le Nouveau Testament marque une harmonie exquise entre ces deux sujets, qui font partie intégrante de l'oeuvre du Saint-Esprit. Le Chapitre 12 de la première Epître aux Corinthiens termine un exposé sur les dons spirituels par ces mots significatifs : « Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence. » Ainsi le thème de la Charité, « fruit » de l'Esprit est présenté avec un sens exact de la mesure. Et cependant, pour éviter que la balance ne penche trop de l'autre côté, après le si lumineux cantique de louanges à la charité du chapitre 13, le chapitre 14 commence par ces mots tout aussi significatifs : « Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels ».

A travers ces trois chapitres sensés, éloquents, pratiques, l'équilibre est maintenu. Il y est fortement insisté sur l'absolue nécessité de la sanctification pour le bon usage des dons spirituels, mais nulle part, nous ne trouvons l'opposition fanatique et presque brutale qui semble être de nos jours la marque de certains docteurs de la «Sainteté ».

L'équilibre parfait entre les « fruits » et les « dons » de l'Esprit est peut-être intentionnellement appuyé par ce fait qu'ils sont tous deux au nombre de neuf, énumérés respectivement dans Galates 5 :22-23 et 1Co 12:8-10.

Le fruit croit

Le choix inspiré du terme « fruit » est rempli de beauté. Notez le contraste entre les oeuvres de la chair et le « fruit » de l'Esprit dans Galates 5. Les « oeuvres » nous parlent de la ville poussiéreuse, de machines bruyantes, d'activité fiévreuse. Le « fruit » nous parle de la campagne, de jardins paisibles, et des forces silencieuses mais vitales de la nature.

Les fruits sont le résultat de la vie. D'abord paraît le bourgeon, puis la fleur, finalement le fruit mûr pour la récolte. Soutenant toutes ces choses est la vie de l'arbre, portant le fruit, la vie, aussi des forces de la nature, du soleil, de la pluie, qui apportent leurs bienfaits. Les fruits ne peuvent être obtenus là où règne la mort.

La comparaison est exacte. Le fruit de l'esprit est le résultat direct de la vie de Christ apportée au croyant par l'Esprit, « le fruit de justice» qui est par Jésus-Christ (Phil. 1:11). Car il résulte d'une vie de communion intime et constante avec Christ. « Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruits » (Jean 15 :) La perte de cette communion explique souvent notre impuissance à porter du fruit, et le labeur du chrétien, si grand soit-il, et même l'exercice des dons spirituels ne peuvent jamais remplacer la marche avec Dieu. C'est un encouragement de savoir que la communion constante avec Christ dans notre vie quotidienne produira le fruit de l'Esprit à notre insu. Les personnes qui nous entourent le voient avant nous, ce qui est de beaucoup préférable.

Ce principe d'une croissance soutenue et tranquille contraste d'une façon frappante avec la manière dont les chrétiens peuvent recevoir les dons spirituels. Ceux-ci sont souvent, non pas obligatoirement toutefois, communiqués en une occasion spéciale, avec la prière ou l'imposition des mains comme pendant la « Pentecôte » à Ephèse. (Actes 19:6) où lorsque des anciens firent l'imposition des mains à Timothée. (1 Tim 4 :14).

Combien cherchent le fruit de l'Esprit, mais en vain, parce qu'ils s'y prennent mal ! Ils assistent à des réunions en plein air ou à des conventions, ou vont entendre un prédicateur « renommé ». Ils pensent que le fruit de l'Esprit particulièrement désiré, comme la paix ou la douceur, sera subitement et sur le champ planté en eux. Faute de marcher avec Christ, ils seront inévitablement déçus.

J'ai raconté en divers lieux, un incident de ma jeunesse. Je désirais vivement, un été, faire pousser des tomates dans notre petit jardin. J'achetai mes plants, je les mis en terre et j'en pris soin. Mais l'atmosphère poussiéreuse de Londres leur était peu favorable, et vers la fin de l'été je commençais à désespérer de jamais récolter de fruits. Jugez donc de ma surprise lorsqu'un beau matin je vis pendre de grosses tomates mûres à mes plants. Ravi, stupéfait, je me précipitai dans le jardin, mais je constatai alors que ma mère les avait attachées avec u ne ficelle .

Cette petite plaisanterie de ma jeunesse illustre bien ce que nombre de personnes essaient de faire avec le fruit de l'Esprit. Elles ne remplissent jamais les conditions pour porter ce fruit, puis essaient d'y suppléer en cherchant une méthode artificielle de production. Mais nous pouvons toujours voir les « ficelles »

Non pas par le baptême

Beaucoup de personnes considèrent le baptême du Saint-Esprit comme un moyen de porter ce fruit et éprouvent un désappointement profond s'il ne se manifeste pas immédiatement après cette expérience spirituelle. Cependant le but expressément désigné du baptême du Saint- Esprit, et le résultat de ce baptême, sont de donner la puissance pour le service et le témoignage. (Actes 1:8). Conformément à ce dessein, ce sont les manifestations surnaturelles de l'Esprit par ses dons qui forment le signe initial du baptême (Actes 2:4. 10:26. 19:6). La sainteté est le signe d'une vie de communion ininterrompue avec Christ, et n'est pas nécessairement rattachée directement au baptême de Pentecôte. Même sans ce dernier, la beauté de Christ peut largement s'épanouir dans le caractère du Chrétien.

Il faut ajouter que la plénitude réelle du Saint-Esprit produit inévitablement aussi le fruit parce quelle nous donne une vie de communion avec Christ plus riche et plus vivante. Cependant le dessein immédiat de la Pentecôte était de donner la puissance, non la sainteté, la sainteté fut auparavant acquise par la foi ; et la sainteté par l'obéissance devait suivre.

Un enfant en Christ peut ainsi recevoir parfois des manifestations frappantes de la puissance de l'Esprit malgré un manque visible de maturité du fruit qui forme le caractère du chrétien. Ceci apparaît clairement chez beaucoup des premiers convertis au Christianisme auxquels furent adressées les Epîtres du Nouveau Testament. Des dons réels de l'Esprit de Dieu peuvent être exercés là où la charité n'est point parfaite. (1Co 13:1-3).Sans la charité,les dons ne sont pas employés d'une manière normale, ce qui est inexcusable chez le croyant de quelque maturité. Où l'amour est absent, les dons sont absolument sans valeur. Il en résulte pour ceux qui exercent les dons spirituels une nécessité impérieuse de porter aussi les fruits de l'Esprit, et de demeurer dans la « doctrine des Apôtres » (Actes 2:42).

Le feu et l'enthousiasme de notre témoignage public pour Christ peuvent rendre vain ce témoignage si notre vie n'est pas remplie de la grâce et de la beauté de Jésus Nous sommes tous des lettres « vivantes, connues et lues de tous les hommes » ; et, si notre vie n'est pas en harmonie avec nos paroles, elle ne peut que très fâcheusement s'accompagner d'un grand étalage de dons apparents.

La puissance du fruit .

Tout ceci tend à prouver la puissance réelle du fruit de l'Esprit. C'est l'influence tranquille d'une vie pleine de beauté, plutôt que la puissance torrentielle d'un ministère plein de feu, et cela vient de notre communion avec Dieu et non d'un moment de crise.

On raconte que lorsque la construction du Forth Bridge en Ecosse était près d'être terminée, les ingénieurs, pendant toute une journée froide et sombre, essayèrent vainement de rapprocher certaines importantes poutres de fer. Ils eurent sans succès, recours à tous les procédés imaginables de la mécanique, et à la fin de la journée se retirèrent absolument impuissants. Mais le lendemain matin, le soleil d'été enveloppa de ses chauds rayons les grandes masses de fer et la dilatation produite leur permit bientôt de faire la soudure. Il en est ainsi d'une grande partie de l'oeuvre de l'Esprit. Sa puissance opère parfois plus irrésistiblement par les forces calmes de l'amour, de la joie et de la paix, que par les manifestations plus frappantes des dons et des prophéties.

D' un autre côté il y a souvent des rochers qu'il faut briser, et des portes qui doivent être ouvertes pour lesquels la dynamite des dons spirituels de Pentecôte est absolument indispensable. Ce fut l'expérience de Philippe dans son oeuvre d'évangéliste en Samarie (Actes 8:6) et Paul l'a prouvé comme pionnier missionnaire. (Actes 13:12-14:3 à 19:20).

La manifestation de la puissance spirituelle la plus grande est obtenue là seulement où les fruits et les dons vont de pair. A cet égard, le Nouveau Testament rapporte soigneusement, que les hommes d'une puissance spirituelle exceptionnelle possédaient non seulement des dons, mais aussi la grâce de Dieu et la bonté. (Actes 6:3 à 11:24 16:3à 22:12 etc...)

Le plus grand exemple de ce principe que la puissance spirituelle est à son plus haut point là où les dons surnaturels se rencontrent en harmonie parfaite avec une irréprochable sainteté du caractère, est le Seigneur Jésus-Christ Lui-Même.


CHAPITRE II


L'AMOUR

L'amour est sans aucun doute le plus grand de tous les fruits de l'Esprit. Il occupe dans l'énumération de Galates 5:22-23 la première place, et cela est juste et inévitable. Car l'amour dans sa perfection, semble comprendre presque tous les fruits de l'Esprit, et les fait resplendir comme des reflets de sa gloire suprême.

Définir l'amour parfait — et dans sa maturité le fruit de l'Esprit n'est pas autre chose — c'est là une tache qui dépasse toute' plume et toutes paroles humaines. Paul s'en, rapproche beaucoup dans 1 Cor 13, mais alors il écrivait sous l'inspiration de l'Esprit. Dieu est amour, et par conséquent vouloir définir l'amour, c'est vouloir défini l'infini.

Un jour, dans la région du centre ouest de l'Amérique, j'essayai de décrire l'Océan Atlantique à une vieille dame qui, de sa vie, n'avait vu la mer. Je suis certain d'avoir complètement échoué. Elle reçut sans doute une idée vague de quelque grand lac, mais c'est tout. — J'ai toujours ce même sentiment d'impuissance lorsque je commence à parler de l'amour de l'Esprit.

Quelques contrastes avec l'amour humain.

Mais ce travail nous sera facilité, si nous notons quelques contrastes, et particulièrement les différences subtiles mais essentielles, entre l'amour purement humain (qui n'est pas ce que la Bible entend par le « fruit de l'esprit ») et l'amour véritablement spirituel, résultat direct de ce que nous sommes devenus participants de la nature divine par la régénération. Toute étude approfondie du fruit de l'Esprit nous ramène directement aux vérités fondamentales de la Nouvelle Naissance. C'est de la vie nouvelle reçue alors — la « loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ » — que naît tout fruit de l'Esprit.

Le fruit de l'Esprit est tout aussi surnaturel que ses dons, il ne résulte pas d'une amélioration de notre caractère naturel ; mais d'une vie spirituelle nouvelle reçue d'en haut. Ses possibilités sont étonnantes et glorieuses. Il est accessible à ceux chez qui l'on s'attendrait le moins à le voir, de même que les dons spirituels sont communiqués aux personnes pour lesquelles le monde n'a que mépris,

a) l'amour pour nos ennemis

L'amour humain aime ce qui est à lui, il grandit dans une atmosphère d'amitié, il est soutenu par des démonstrations d'affection réciproques. L'amour naturel ne persiste qu'en de rares occasions là où, selon toute apparence, rien n'est donné en retour.

Mais le fruit de l'Esprit dépasse tout cela, car il produit l'amour pour nos ennemis. Il est plus qu'une tolérance négative ; activité positive, il nous pousse à faire du bien à ceux qui nous maltraitent et nous persécutent. C'est un des traits les plus remarquables de l'Evangile de Christ qu'il nous commande un tel amour, (Mat 5:46-47) et le commandement même implique, comme toujours, la grâce pour l'accomplir. Cette grâce nous est donnée par l'Esprit de Christ en nous.

Notre Seigneur fut toujours Lui-même l'Exemple parfait de son enseignement. L'amour, fruit de l'Esprit, fut pleinement révélé lorsqu'il priait à Golgotha « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font ».

Pour apporter à l'Eglise la preuve de la possibilité certaine pour le Saint-Esprit de produire ce même amour dans les disciples, nous avons l'exemple d'Etienne priant pendant que ses ennemis le lapidaient : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché ». Echo de Golgotha !

b) Cet amour ne change pas

Une des protestations les plus courantes de l'amour humain, est la suivante : « Je vous aimerai toujours ». Combien de fois, cependant, les années qui passent et les circonstances qui changent refroidissent notre amour. Nous déclarons en toute sincérité, et avec beaucoup de ferveur pendant notre jeunesse que notre amour durera toujours, mais nous ne connaissons pas nos propres coeurs. C'est pour cette raison qu'avec l'âge, hommes et femmes ont tendance à devenir cyniques vis-à-vis de tout amour, s'ils n'ont pas trouvé le sec et de l'amour, fruit de l'Esprit Eternel. Cette découverte est comme une révélation.

Cet élément d'invariabilité dans l'amour de Christ fut merveilleusement manifesté envers Pierre après son reniement. Simon aurait pu chanter avec une rare compréhension : « Oh ! quel amour insondable ! » On peut dire que Barnabas aussi manifesta ce fruit de l'Esprit dans la ténacité avec laquelle il retint auprès de lui le jeune Marc jusqu'à ce que ce disciple vacillant fut devenu « utile » (Actes 15:30 2Tim. 4:11). Ce même fruit peut souvent, de nos jours, sauver une vie, et parfois un ministère.

c) Cet amour se sacrifie

L'amour humain se rapproche le plus de l'amour de Dieu sur ce point. Car même l'amour naturel, lorsqu'il est réel, prouve sa profondeur par la promptitude à se sacrifier pour l'objet aimé, parfois même jusqu'à la mort. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

Et cependant, l'amour divin fait mieux. « Quelqu'un peut-être mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pêcheurs, Christ est mort pour nous ». (Romains 5:7-8). L'amour suprême accomplit le plus grand de tous les sacrifices, pour ceux qui en sont suprêmement indignes. C'est une forme différente pour dire que l'amour divin s'étend même à ses ennemis, mais nous la mentionnons spécialement ici parce qu'elle est l'essence même de tout ministère véritablement chrétien . « Le bon Berger donne Sa vie pour Ses brebis » n'est pas seulement écrit de Christ, mais doit être aussi vrai pour tout bon berger des brebis de Dieu.

Rien n'est plus nécessaire chez un serviteur de Christ que cet aspect particulier du fruit de l'Esprit. Dans bien des localités, l'oeuvre de Dieu languit non pas faute de dons spirituels, mais parce qu'il manque quelqu'un qui veuille bien y apporter un peu d'amour et d'esprit le sacrifice. Peu de dons font beaucoup s'ils sont accompagnés d'une grande charité. L'amour, le dévouement de tout vrai missionnaire, exercés dans un pays malsain envers un peuple naturellement peu aimable, sont les plus belles démonstrations de ce fruit de l'Esprit. Cependant, là ou règne un amour réel, le sacrifice est à peine aperçu, et jamais mentionné.

Nous avons un jour visité, ma femme et moi, la mission de Pentecôte d'une petite ville d'Orient, où l'air était tellement irrespirable que nous étions heureux de pouvoir grimper au sommet de la colline pour trouver un peu de fraîcheur et vaincre la nausée. Pourtant, le dévoué missionnaire parlait toujours du lieu de sa demeure avec un véritable enthousiasme, et le considérait comme un des plus beaux coins de la terre. L'amour transforme.

Bien des parents spirituels parmi ceux qui se sont consacrés avec le même dévouement, le même esprit de sacrifice, à l'oeuvre du pasteur chez nous, pourraient dire avec Paul : « Nous aurions voulu non seulement vous donner l'Evangile de Dieu, mais encore nos propres vies, tant vous nous étiez devenus chers ». (1 Thess 2:8).

L'amour humain peut en se sacrifiant manquer de sagesse. L'Esprit de Dieu fera de nous des personnes non seulement dévouées, mais sages.

d) L'Amour divin est parfois disciplinaire

L'amour humain n'est jamais plus près d'échouer à la tâche qu'au moment où il a pour devoir de châtier. Chaque « enfant gâté » en est la preuve. « Le Seigneur châtie celui qu'il aime », et tous les parents ont besoin du fruit de l'Esprit pour agir en cela d'une manière agréable à Dieu. La grande difficulté, pour la plupart d'entre nous, est de garder le juste milieu entre la colère et la faiblesse. Châtier avec un amour sincère est tout un chef-d'oeuvre.

C'est ici le facteur primordial de toute discipline dans l'Eglise. La discipline doit régner dans nos assemblées (1 Cor. 5:2) mais cet amour divin que peut seul produire le fruit de l'Esprit est une nécessité absolue pour atteindre le but : édifier et non détruire. Certaines tentatives sincères d'établir une discipline dans l'Eglise ont fait plus de mal que de bien : il manquait l'amour.

L'amour que donne le Saint-Esprit s'élève au dessus de tout intérêt personnel. Une de ses caractéristiques infaillibles est de se réjouir de la vérité », plus précieuse pour l'amour divin que tous les liens de l'affection naturelle.

Nous pouvons citer le cas très triste où le fils d'un pasteur avait péché moralement dans l'assemblée. Le jeune homme ne se repentit pas, et le devoir du pasteur était, selon toute évidence, de le retrancher de l'assemblée, jusqu'à ce qu'il « rentrât en lui-même », comme l'enfant prodigue. Mais le pasteur ne remplit pas son devoir, et ce fut un grand préjudice au témoignage rendu pour Dieu en ce lieu. Cette situation était extrêmement pénible. Chacun d'entre nous aurait pu échouer de la même manière, mais ce fait nous révèle la nécessité d'agir parfois avec fermeté, et la possibilité qui nous en est donnée par le fruit de l'Esprit. Voyez comment l'amour Divin insista sur la mort de l'enfant de David, tout en pardonnant librement le péché dont cette mort était le châtiment. (2 Samuel 1:12-14).

Il a été dit que « l'amour est aveugle » Ce n'est vrai que de l'amour humain. L'amour, fruit de l'Esprit, a les yeux ouverts à tout, agit en conséquence et continue toujours d'aimer.

Le lien de la perfection

Paul exprime un idéal rempli de beauté en adressant aux Colossiens l'exhortation suivante ; « par dessus toutes choses, revêtez- vous de la charité, qui est le lien de la perfection » (Col 3:14).

Ce verset de l'Ecriture me fait toujours penser à la courroie solide que je mets autour de ma valise pour voyager. J'emporte toutes sortes de choses, les unes dures, les autres fragiles, les unes grandes, les autres petites, les unes faciles « à fourrer » dans les coins, les autres guère commodes ; mais ma grande courroie de cuir les maintient toutes ensemble en une union parfaite.

Ainsi en est-il de l'Eglise. Nous présentons une si grande diversité de personnalités et de caractères que l'union semble souvent une impossibilité, mais le fruit de l'Esprit, l'amour de Dieu, peut accomplir cette oeuvre en nous.

Nous avons pensé parfois que les dons de l'Esprit amèneraient inévitablement l'union. Sans doute en serait-il ainsi si les dons spirituels étaient accompagnés du fruit de l'Esprit. Mais les sentiments qui gouvernent notre propre esprit, l'état dans lequel il se trouve, peuvent influencer de telle manière la révélation et la manifestation du Saint-Esprit que Christ même peut être prêché par esprit de dispute, et les « langues » devenir « l'airain qui raisonne ». Seuls les fruits et les dons agissant ensemble en une sainte association peuvent amener cette union.

Grâces soient rendues à Dieu qui nous promet dans Sa Parole la victoire finale. Nous parviendrons tous à « l'unité de la foi, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ » (Eph. 4:13). Les dons spirituels exercés avec amour contribuent toujours à cette fin.

Lorsque je visitai Stockholm pour la première fois en 1930, je vis la grande salle de l'assemblée « Filadelfia » en voie de construction. Les ouvriers étaient partout au travail, "échafaudage entourait le bâtiment et les bruits résonnaient de toutes parts. Bien des fois depuis cette époque en contemplant le bel édifice entièrement achevé où se pressaient des milliers d'adorateurs, je me suis remémoré les paroles si souvent mal interprétées qui terminent le chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens. Car à Stockholm seul comptait et devait être permanent, non les bruits ou l'échafaudage de la construction, mais le bâtiment. Cependant les bruits et l'échafaudage étaient indispensables pour le construire et l'achever.

Ainsi en est-il de l'édifice spirituel de Dieu dans l'Eglise, et cette illustration nous aide à comprendre les desseins de Dieu,dans les dons spirituels. En fin de compte, seule importe notre édification à l'image de Christ, se manifestant par le Irait de l'Esprit. Le but des dons spirituels est d'amener à maturité ce fruit éternel. Un jour les dons « passeront » mais pas avant que leur oeuvre soit terminée. Mais ce jour arrivera seulement lorsque la manifestation finale du fruit de l'Esprit dans sa plénitude sera visible chez tous les enfants de Dieu, quand nous verrons le Seigneur. Alors, resplendissant au dessus de tout,demeurera « la plus grande de ces choses : La Charité».

 


CHAPITRE III


LA JOIE

Tout le monde veut la joie. Ceux même qui délibérément, choisissent une voie de sacrifice paraissant rendre impossible toute joie présente, le font dans l'espérance d'une joie future et éternelle. Christ lui-même a souffert la Croix,et méprisé l'ignominie «En vue de la joie qui lui était réservée » (Heb. 12:2).

La joie naturelle

Il est une joie toute humaine qui peut être produite par des moyens entièrement naturels. Mais elle n'est pas ce que la Bible entend par le « fruit de l'Esprit » qui résulte de ce que nous avons reçu l'Esprit et marchons selon l'Esprit.

Certaines caractéristiques de la joie naturelle la séparent nettement de la joie spirituelle (l'expression « joie spirituelle » est employée ici pour désigner le fruit de l'Esprit).

a) en premier lieu, la joie naturelle ne dure généralement pas,et ne possède aucun élément de permanence. (Ecc 7:6) . Rien ne montre mieux sa nature éphémère que la recherche fiévreuse par l'homme du monde d'un changement continuel et de moyens toujours nouveaux de se divertir.

b) Elle est toujours accompagnée d'un mélange mystérieux de tristesse (Prov. 14:13). La tonalité mineure persiste à travers  la musique ; il y a un « squelette au festin » ; elle est toujours pénétrée d'un sent d'insécurité. Beaucoup de joie apparente n'est souvent qu'un effort conscient et volontaire pour étouffer les soucis et intoxiquer l'âme. « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ».

c) La forme la plus pure de la joie naturelle est sans doute celle que nous éprouvons de notre travail,et à bien des égards celle-ci, vraiment noble, est source d'une satisfaction réelle. Salomon en explora d'une manière complète toutes les possibilités et la recommande comme la plus noble des joies « sous le soleil » (Ecc 2:10,11). Mais même ici, il découvrit une vanité finale, car les oeuvres les plus grandioses doivent tomber en désuétude. L'artisan doit un jour les quitter, souvent même avant qu'elles soient achevées. Leur perfection ne provoque que jalousie et amertume chez les autres. Ce sont là des « mouches » dans l'huile de la joie naturelle, qu'en font autant une source de tristesse que de satisfaction personnelle (Ecc 10:1)

Le prophète Jérémie a résumé tout cela dans sa phrase célèbre « Des citernes crevassées qui ne retiennent pas l'eau » (Jer 2:13).

Le glorieux message de l'Evangile annonce que Dieu peut donner aux hommes une joie exempte de toutes ces faiblesses, une source d'eau qui « jaillit jusque dans la vie éternelle. »

Non des citernes, mais des sources d'eau.

La joie spirituelle diffère de la joie naturelle en ce qu'elle jaillit d'une source pure. Le coeur droit devant Dieu devient logiquement capable d'une joie pure et éternelle.

a) La joie du salut — du pardon des péchés, est la première qui soit partie intégrante du fruit de l'Esprit. Elle est essentiellement un sentiment de délivrance d'un fardeau intolérable,d'une recherche récompensée, d'une aspiration assouvie De cette catégorie sont la joie du geôlier de Philippes, de l'eunuque éthiopien, du marchand de perles. (Actes 16:34-8:39. Matt. 13:36). Un tel sentiment, quoique éternel et pur, tend à devenir égoïste. Le fruit de l'Esprit, dans ce premier état, n'est pas encore parvenu à maturité, et doit croître dans :

b)La joie du salut des autres. — Il n'est rien qui ajoute plus à toute joie véritable et ne la purifie mieux que de la partager avec d'autres. Quand le sujet n'en est rien moins que le salut, la joie produite est des plus grandes que l'on puisse imaginer. Lorsque Paul et Barnabas racontèrent dans les assemblées la conversion des païens, ils causèrent une « grande joie » à tous les frères. (Actes 15:3). Ceux qui ont conduit, ne fût-ce qu'une âme, au Sauveur, savent combien est profonde la joie éprouvée. Ce même élément entre dans tout le plaisir pur que les enfants de Dieu, Ses rachetés, ressentent aux progrès de Son oeuvre en tous lieux.

c) Il est cependant une chose plus profonde encore. La joie de servir est meilleure que celle d'une bénédiction strictement personnelle, mais, dans notre rédemption, la joie dernière est une joie pure en Dieu Lui-même. Les âmes arrivées à un développement complet l'ont éprouvée dans tous les âges, et en tous lieux dans l'Eglise. C'est le fruit de l'Esprit parvenu à une entière maturité. Le vieux prophète Habakuk décrit, dans un passage remarquable, une scène de désolation complète de la nature, puis termine avec ce cri de triomphe « Toutefois, je veux me réjouir en l'Eternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon Salut » (Hab 3:18) « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », dit Paul (Phil. 4:4). Une telle joie devient indépendante de toutes les circonstances du dehors et même des bénédictions intérieures. Elle se réjouit de la possession sûre et certaine de Celui qui bénit ; l'essence même de l'éternelle et ineffable joie du ciel, elle partage l'extase des êtres glorifiés qui entourent Son trône. La rivière de joie de notre salut, le fleuve de joie de notre service, se sont élargis et sont devenus la joie finale dans l'Océan infini.

Et parce qu'elle est en Dieu Lui-même, elle est une « joie éternelle » (Esaïe 35:10), car sa Source ne peut jamais tarir. C'est la réponse victorieuse à tout ce que la joie humaine a d'insuffisant et d'incomplet.

Le Jardinier au travail.

Les fruits les meilleurs ne sont dûs qu'à des soins diligents, et le Maître apporte un labeur patient au perfectionnement du fruit de l'Esprit chez Son peuple.

Pour établir la réalité de notre joie nouvelle de salut dans la délivrance du péché et nous apprendre à en trouver la source en Lui seul, il permet sou vent des circonstances assez pénibles pour nous montrer qu'il n'en existe aucune hors de Lui. Des malheurs nous accablent de tous côtés, mais la joie demeure. Ce fruit de l'Esprit est indépendant des circonstances extérieures. L'exemple classique est celui de Paul et de Silas en prison, le corps meurtri par une souffrance physique injustement infligée, chantant à minuit les louanges de Dieu ! Il valait vraiment la peine de découvrir que l'on pouvait chanter dans de pareilles circonstances !

La joie chrétienne est souvent incompréhensible à l'homme naturel. « Attristés mais toujours joyeux » l'exprime bien. Parfois même cette joie des chrétiens irrite ceux qui ne la connaissent pas. « Vous ne devriez pas être heureux ! » fut un jour la protestation indignée de l'un de mes amis, lorsque la joie irrésistible du salut persistait à déborder des- lèvres en dépit d'une tristesse sincère.

Mais il est une leçon plus profonde encore que nous devons apprendre. Le Maître enlèvera même la joie débordante des sentiments spirituels afin d'amener l'âme à n'éprouver qu'une joie pure en Lui-même. Cette leçon doit être apprise par tous ceux qui ont reçu le baptême du Saint-Esprit. Le changem3nt qui s'opère alors est, au début, une source d'anxiété pénible, surtout si aucun ami ou pasteur avisé n'est présent pour conseiller et instruire.

Une leçon pour les chrétiens de « Pentecôte »

Notre expérience de Pentecôte est généralement, dans les premiers temps, source d'une grande joie dans le glorieux bonheur qu'elle nous apporte. C'est la cause première du « parler en langues » parce que l'exaltation de notre esprit ne peut trouver d'autre moyen de s'exprimer. Mais la tendance inévitable subsiste de faire un usage égoïste de l'exaltation spirituelle et des transports joyeux, et ne plus regarder qu'à nous-mêmes. L'âme vit des sentiments qu'elle éprouve, même s'ils résultent de la plénitude du Saint-Esprit en nous.

Il y aura dorme dans les plans infiniment sages de Dieu, un temps d'épreuve, où les manifestations sensibles de la présence et de la puissance du Saint-Esprit seront beaucoup diminuées, afin de rétablir le principe invariable de la foi dans la vie qui plaît à Dieu. La joie du Saint-Esprit semble pour un temps obscurcie par un nuage, mais c'est seulement pour être transformée en une joie pure en Dieu Lui-même, indépendante de tous sentiments ou manifestations, et heureuse dans la connaissance certaine, l'assurance de la loi que le Consolateur est venu demeurer avec nous pour toujours.

Une des erreurs les plus graves et les plus fâcheuses que nous puissions commettre dans une vie remplie de l'Esprit, est de toujours insister sur les signes extérieurs de la joie sous forme de manifestations continuelles, alors que le Seigneur, dans Son amour, cherche à nous séparer d'un attachement égoïste à ces choses pour elles-mêmes. Cette erreur devient mortelle si les manifestations sont d'abord forcées, et finalement imitées par la chair. Et, chose triste entre toutes, l'aspiration du coeur n'est jamais satisfaite, car de semblables travestissements des opérations du Saint-Esprit cessent de donner la moindre joie.

Malheureusement, non seulement des personnes isolées, mais aussi des assemblées, font la même grave erreur. Nous avons été dans des assemblées où l'oeuvre du Saint-Esprit n'était pas de produire une joie émotionnelle — (les fidèles avaient sans doute besoin d'autre chose à ce moment là), mais les saints eux-mêmes voulaient avoir tous les anciens « transports » d'allégresse, ou bien croyaient que leur « témoignage » en nécessitait au moins une imitation. Le résultat c'est qu'on voyait des efforts pour fabriquer une joie apparente, dont on pourrait sourire si elle n'était pas triste. Le but semble parfois atteint en apparence, mais la chose est entièrement psychique, elle n'est qu'un travestissement de la joie du Saint-Esprit ; celle-ci jaillit du dedans de nous.

«Ma joie.... en Vous »

Il est bon de remarquer, puisque tout fruit de l'Esprit est une manifestation de la vie de Christ dans le croyant,que le Seigneur a formellement promis à ses disciples de leur donner sa propre joie (Jean 15:11 —17:13). Cette joie semble composée de trois éléments essentiels :

a) L'accomplissement de la volonté de Son Père (Jean 4.34)

b) La recherche des « brebis perdues » (Luc 15:5)

c) La joie dans la sagesse et l'amour de Son Père (Luc 10:21).

Il nous est facile de voir comment les trois sources de la joie de notre Seigneur sur cette terre correspondent aux phases déjà étudiées de notre propre joie, fruit de son Esprit.

a) Notre joie première de délivrance du péché . Christ, était sans péché ; mais le péché est essentiellement une rébellion contre la Volonté manifestement connue de Dieu. Nos premiers pas dans l'obéissance librement consentie marquent notre première délivrance de la puissance et de la condamnation du péché, et nous ramène à la joie pure de Christ dans l'obéissance parfaite à Son Père en toutes choses.

b) Notre joie de servir, de participe à l'oeuvre de Celui qui est venu « chercher et sauver ce qui était perdu », de « partager le travail qui fait venir son Règne ».

c) Notre joie finale et complète lorsque nous recevons pour nos âmes la révélation de l'amour et de la sagesse de Dieu par son Esprit, et L'aimons pour Lui-même.

 


CHAPITRE IV

LA PAIX

Hier soir, j'étais sur le pont du transatlantique ; je regardais les étoiles pendant que le navire suivait sa marche régulière à travers une mer calme,par une fraîche nuit des tropiques. Un frère en Christ, prédicateur, était assis à côté de moi, et nous nous entretenions des choses de Dieu. Toute la journée une activité incessante et des jeux continuels s'étaient déroulés sur le pont parmi les passagers ; ceci semble bien caractériser le contraste que nous éprouvons souvent entre la joie et la paix. Chacun d'entre nous, à certaines heures, aspire à la paix plus encore qu'à la joie. Un des plus beaux noms donnés à notre Père Céleste est celui de « Dieu de Paix », (Romains 16:20 2 Cor. 13:11). Nous ne pourrions jamais prononcer de bénédiction plus propre à remplir un coeur que celle-ci « Que la Paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence,garde vos coeurs et vos pensées »....

Un merveilleux héritage

Nous aimons généralement faire en sorte que nos biens les plus chers aillent à ceux que nous aimons le plus. Il semble qu'un tel désir emplissait le coeur du Seigneur Jésus la nuit même où il fut trahi. « Je vous laisse ma paix »,dit-il à Ses disciples. (Jean 14:27).

Combien merveilleuse avait toujours été cette paix ! Au milieu de la tempête, sur le lac. Il ne connaissait aucune inquiétude ; devant les démons,Il était le Maître absolu ; la foule hostile, Il la traversait simplement, gardé par une tranquillité,une paix invincibles. John Wesley, dans ses mémoires,rend le témoignage qu'il possédait une paix semblable devant les foules hostiles de son temps ; c'était le fruit de l'Esprit, sa part personnelle du grand héritage que Christ laisse à tous ses vrais serviteurs.

Je connais une belle histoire d'un vieux martyr. Pendant que le feu s'allumait autour de lui, il dit à l'officier présent de placer la main sur son coeur. La tranquillité merveilleuse de ce coeur étonna si profondément le persécuteur qu'il devint, lui, aussi, un chrétien.

Cette paix, héritage divin du Sauveur, est apportée à nos vies comme un fruit de Son Esprit demeurant en nous.

La paix grandit

Naturellement, elle nous est d'abord donnée là où la paix de Jésus avait toujours reposé depuis le commencement — dans une union parfaite avec le Père. La seule source, véritable de cette paix pour notre vie est dans la justification.« Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 5:1). C'est la « paix par le sang de Sa Croix » (Eph 1:20).

Voilà le commencement : mais la paix peut et doit grandir. Le 11 novembre 1918, l'armistice fit taire les canons, et la guerre prit fin. Cependant les nations étaient organisées pour la guerre, et des mois devaient s'écouler avant que les conditions de paix, ne fussent réellement établies dans tous les pays. De grandes usines à munitions devaient être transformées ou détruites, des millions de soldats démobilisés et ramenés peu à peu à des occupations paisibles.

Ainsi en est-il de l'âme : la conversion signifie l'abandon des armes de la rébellion et de la guerre contre Dieu, mais il se passe souvent un temps assez considérable avant que notre être tout entier soit soumis à l'influence bienfaisante de Sa paix divine. Pour beaucoup de chrétiens,elle ne s'étend jamais au-delà du sentiment que leurs péchés sont pardonnés, et de l'assurance d'un pardon final. Leur vie est remplie d'une anxiété et d'une inquiétude continuelles, ils sont, même dans l'église, une source fréquente d'inquiétude et de trouble, ne possédant pas eux-mêmes la paix et ôtant la tranquillité des autres.

Le champ de bataille de notre esprit

Les luttes les plus dures se déroulent généralement dans notre esprit. Ceci ajoute à la beauté significative des douces paroles d'Esaïe (Esa 26:3) « A celui qui est ferme dans ses sentiments tu assures la paix, la paix, parce  qu'il se confie en Toi ». Elles nous parlent de l'esprit humain en repos, rempli de la connaissance du Tout-Puissant, assuré que l'Eternel suffit pour résoudre toutes les difficultés. Une telle paix est véritablement un fruit de l'Esprit,car Son oeuvre est de nous donner « un esprit de sagesse et de révélation dans Sa connaissance ». (Eph. 1:17-18).

Nous oublions souvent que nous pouvons occuper nos pensées à tout ce que nous voulons. Tant de personnes considèrent que l'esprit humain est toujours la victime impuissante des circonstances ! Pourtant ce n'est pas exact. Dans un passage célèbre Paul dit, littéralement : « L'attachement aux choses de la chair, c'est la mort, mais l'attachement aux choses de l'Esprit c'est la vie et la paix ». (Romains 8:6). Nous pourrions peut-être traduire par l'« attention » aux choses de l'Esprit. Moffatt traduisait ainsi : « l'affection de la chair, c'est la mort, mais l'affection de l'Esprit c'est la vie et la paix ». Dans tous les cas l'enseignement est clair. Si nous voulons la paix, notre attention doit être portée aux choses  de l'Esprit. Nous pouvons délibérément suivre cette voie par nos habitudes, par des lectures, par l'assistance aux réunions, par la méditation, en travaillant pour Christ. Si nous laissons le monde accaparer notre esprit, nous ne devons pas nous étonner de perdre la paix de Dieu. Un homme, en lisant un « roman policier » émouvant avant de se coucher,pourrait tout aussi bien se plaindre de cauchemars la nuit !

Nous avons deux moyens spécifiques de garder notre esprit dans la paix de Dieu.

a) Apporter toutes choses à Dieu « par la prière avec actions de grâces ». « Ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications avec actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ » (Phil. 4:6-7) « gardera comme par une garnison vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ » (Phil. 4:6-7). Newberry).

b) Aimer d'une manière pratique la Parole de Dieu « Il y a beaucoup de paix pour ceux qui aiment ta loi, et il ne leur arrive aucun malheur » (Psaume 119:65). On considère souvent le prophète Daniel comme l'auteur de ce psaume ; s'il en est ainsi, il nous révèle la source de la paix qui était sienne même dans la fosse aux lions. Quel contraste avec le pauvre roi, privé de tout sommeil ! (Daniel 6:18).On peut citer l’exemple du fils du capitaine qui, sachant son Père à son poste, s’est endormi en paix.

En observant ces règles, nous verrons certainement le fruit de l'Esprit, la paix, grandir dans nos coeurs. Quelle bénédiction ne serons-nous pas pour les autres, souvent à notre insu !

La paix dans l'Assemblée

Mais cette paix de Dieu n'est pas seulement une bénédiction personnelle pour chacun de Ses enfants ; elle est un héritage de notre vie commune dans l'Eglise : « La Paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps (Col 3:15). Les assemblées qui ne la connaissent pas sont bien tristes.

Elle est notre héritage commun en Christ, mais ce fait ne nous dispense nullement de l'obligation de la préserver avec soin. L'un des moyens d'y parvenir est d'éviter toute controverse inutile. « Repousse les discussions folles et inutiles, sachant qu'elles font naître des querelles » (2 Tim 2:23). Certaines personnes n'aiment rien mieux que de toujours argumenter. D'autres, faute de bon sens, semblent ne jamais savoir en quelles occasions, à quels moments, rester bouche close sur un sujet de controverse: Par bonheur il en existe qui ont cette sagesse.

Une belle anecdote que j'entendis en) Australie nous servira d'illustration. Un certain prédicateur anglais avait enseigné ! un point secondaire de doctrine sur lequel les assemblées australiennes n'étaient pas d'accord. Très timidement, un jeune pasteur, accompagné de ses diacres, l'aborda et lui demanda de ne pas continuer, pour la paix de l'assemblée. Le célèbre évangéliste prit un moment un air sévère et dit : « Savez-vous ce que je vais faire ? » Ils répondirent non, et pensaient qu'il allait sans doute mettre fin à la série de réunions spéciales (certains auraient agi de la sorte). A leur grand bonheur il répondit : « Je vais vous embrasser tous ! ». Il le fit, et ne mentionna plus jamais le sujet de controverse. Oh ! puissions-nous avoir plus d'hommes sachant manifester une telle sagesse, une telle grâce divine !

Un autre domaine sur lequel nous devons veiller avec soin, pour préserver la paix des assemblées de Pentecôte est l'exercice des dons spirituels. Employés d'une manière correcte par l'Esprit de Dieu, ils doivent toujours contribuer à la paix et à l'union. Paul résume la chose en ces mots : (« Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Cor. 14:33).

A Corinthe les « esprits des prophètes » n'étant pas bien contrôlés, quelques-uns des usages des dons spirituels étaient loin d'ajouter à la paix de l'assemblée. Si nous voulons voir le fruit vital de l'Esprit, la paix, grandir dans nos églises, nous devons soigneusement veiller à ce point. Ce n'est pas trop dire d'affirmer qu'en règle générale nous pouvons juger de la mesure dans laquelle un don spirituel est exercé par l'Esprit de Dieu par la manière dont il contribue à la paix de l'assemblée, ou y fait obstacle, étant entendu toutefois que l'assemblée désire sincèrement voir l'Esprit de Dieu agir en toute liberté.

Les églises qui vivent dans la paix sont toujours spirituellement les plus saines cultiver ce fruit est donc une des préparations les plus efficaces à un accroissement général. « L'Eglise était en paix...et elle s'accroissait » (Actes 9:31) La paix véritable n'est pas synonyme de paresse : elle est le fond nécessaire à toute activité heureuse et utile. Elle est essentiellement l'atmosphère de la moisson active des champs.


CHAPITRE V

LA LONGANIMITE (LA PATIENCE)

La « longanimité » nous ramène aux tout premiers temps, quand l'histoire des rapports de Dieu avec les hommes était encore jeune, « lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé ». (1 Pierre 3:2).

Fait remarquable,le cercle se complète ; la patience de Dieu opère de nouveau vers la fin,retenant le plus longtemps possible le jour inévitable du jugement : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais Il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. Le jour du Seigneur viendra.... (2 Pierre 3:9).

Un attribut de Dieu

La longanimité, fruit de l'Esprit,est l'un des attributs du Tout-Puissant. Elle forme partie du nom éternel (Exode 34:6) ; elle est une raison fréquente d'adoration et de louange.

Elle se révèle d'une manière particulière dans la patience et la miséricorde divines envers les pécheurs (et non envers leur péché). Ce gracieux attribut de la Divinité brille d'une lumière plus grande encore si nous nous rappelons que tout péché est finalement une offense personnelle contre un Dieu personnel. Ce sentiment permet aux pécheurs réconciliés avec Dieu par Christ d'apprécier Sa longanimité avec plus de profondeur. Paul dit : « J'ai obtenu miséricorde, afin que Jésus-Christ fit voir en moi le premier toute Sa longanimité pour que je servisse d'exemple (1 Tim 1:16).

Le but de la longanimité divine est d'amener les hommes à la repentance. (Rom.2:4). Il importe de se rappeler ceci : la patience divine a un but. Elle n'est pas seulement une endurance passive et sans objet. Elle diffère en cela d'une simple résignation à l'inévitable.

Il s'ensuit donc que la longanimité véritable est essentiellement volontaire. Dieu n'est pas obligé de souffrir longtemps les malfaiteurs. Il le fait parce que l'amour est « patient et plein de bonté » (1 Cor 13.4) et ceux qui font preuve de longanimité agissent ainsi dans le dessein ferme de manifester de la bonté.

Un fruit de l'Esprit

Nous devons contempler la longanimité à sa source même dans le coeur de Dieu, en nous rappelant que ce fruit de l'Esprit résulte directement de notre participation à la nature divine, et ne parvient à maturité que par notre communion constante avec Dieu.

La ressemblance entre Dieu et ses enfants peut ici devenir très belle. Je n'oublierai jamais la remarque passagère d'un pasteur fidèle que j'entendis dans ma jeunesse. Certaines personnes s'opposaient âprement à lui, cherchant à entraver son ministère et à y porter atteinte par tous les moyens en leur pouvoir. Quelques- uns d'entre nous étaient émerveillés de la manière dont il supportait leurs insultes et leur perversité. « Dieu est patient avec eux, je peux l'être aussi », dit-il simplement.

L'épître aux Colossiens contient une déclaration importante au sujet de la longanimité (Col. 1:11). « Fortifiés à tous égards par Sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients ». Deux idées sont particulièrement frappantes dans ce passage :

a) L'objet d'un tel revêtement de puissance doit être la longanimité. Nous pensons généralement que ce revêtement est donné dans le seul but de nous permettre d'accomplir des oeuvres grandioses en son Nom, et de remplir un ministre puissant et varié. La « longanimité » est cependant ici la fin spécifique de la puissance, et cela peut apporter à quelques personnes une lumière nouvelle sur le but pour lequel nous recevons le Baptême du Saint-Esprit. Sans aucun doute, il est accordé parfois pour faire de certains hommes des « colonnes » dans l'Eglise (Galates 2:9). De tels hommes sone toujours d'une valeur et d'une important de premier ordre. Il arrive que des prédicateurs brillamment doués, des travailleurs actifs pour Christ, ont peu de valeur comme « colonnes » simplement parce qu'ils ne montrent pas assez de longanimité. Leur ministère aurait peu d'occasions de s'exercer sans le concours d'assemblées déjà établies, qui subsistent grâce aux véritables colonnes que sont leurs pasteurs et leurs anciens.

b) La seconde chose digne de remarque est que nous devons être persévérants et patients avec joie. Or, ceci est un point capital. Nombre de personnes se parent d'une caricature de la longanimité. Elles se vantent de leur patience, et ne cessent de publier leur douceur et leur résignation remarquables. Leurs soupirs feraient honneur à une machine à vapeur ! Tout cela n'est pas le fruit de l'Esprit ; la longanimité qu'il donne est joyeuse, elle chante. Moffatt traduit ainsi ce passage. « En sorte que vous soyez toujours joyeusement patients ».

Un produit des hivers de Dieu

Lorsque, dernièrement, je quittai ma maison en Angleterre, c'était au milieu de l'hiver. Beaucoup d'arbres étaient dénudés et le givre couvrait le sol. Je fis le tour des parterres que j'avais plantés, et songeai aux couleurs gaies des fleurs qui les avaient remplis l'été précédent : tout était disparu. Nous avons seulement pu préparer dans la serre des couches pour une culture entièrement nouvelle de plantes annuelles délicates.

Cependant, au dehors, les racines des grands vieux arbres,solides et robustes,toujours pleins de vie,pénétraient profondément dans la chaleur du sol ; et des touffes de plantes vivaces sortaient déjà de terre, pour voir si le printemps approchait.

La longanimité possède les caractéristiques de ces vieux arbres précisément parce qu'elle est le produit des hivers, comme des étés de Dieu. Elle a la force des choses qui viennent à maturité par l'épreuve. De toute évidence ce fruit de l'Esprit ne peut croître en nous sans que nous soyons éprouvés. Car, qui peut « souffrir » sans avoir connu l'épreuve ? Et qui peut « souffrir longtemps » sans épreuve prolongée ? Sûrement le dessein de Dieu dans les tribulations de Ses enfants est de produire et de perfectionner en nous, de la seule manière possible, ce fruit de l'Esprit.

Le malheur peut avoir deux effets distincts. Il peut remplir d'amertume ou de tendresse. Les patriarches Job et Joseph sont, dans la Bible, les deux grands exemples de tribulation produisant la patience et c'est une des plus grandes beautés de l'histoire que Joseph, après dix années de prison par une injustice grossière. apparaisse aussi libre d'amertume,aussi radieux qu'une matinée de printemps, toujours animé d'une foi lumineuse, et d'un amour triomphant.

La marque d'un serviteur approuvé.

La longanimité véritable est qualité plutôt rare. Nous trouvons souvent le défaut opposé, fort peu attrayant : la vivacité et la mauvaise humeur. Et, murmurons-le tout doucement, les prédicateurs même ne manifestent pas toujours autant de longanimité qu'on pourrait en attendre.

La Bible elle-même donne quelques exemples. Il y a Jonas. Il put amener une grande ville à la repentance par sa prédication, mais se montra coléreux comme tout au sujet du ricin. (Jonas 4:9). Et, pouvons-nous le dire ? il n'était pas le dernier prédicateur enflammé de la justice, qui pouvait avoir l'humeur excessivement difficile quand sa prédication était terminée, si tout n'allait pas comme il l'entendait. De tels hommes peuvent avoir du succès comme prophètes et évangélistes ; ils ne font que de piètres pasteurs.

Même les douze apôtres nous donnent un exemple d'impatience par leur attitude à l'égard des mères qui amenaient leurs petits enfants à Jésus, et la manière dont ils les congédièrent brièvement. Certains types de spiritualité semblent toujours d'une impatience étrange avec les enfants. Mais le Seigneur Jésus n'était pas ainsi.

Nul ne peut se permettre de négliger ce fruit de l'Esprit s'il veut devenir un ministre approuvé de Dieu. L'Ecriture le compte expressément parmi les caractères distinctifs d'un tel homme. (2 Cor. 6:4-6).  Il doit prendre soin de le manifester dans sa prédication, et « reprendre, censurer, exhorter avec toute douceur et en instruisant ». (2 Tim. 4:2.) Qu'il est facile de laisser une note d'impatience et d'irritation se glisser dans un sermon ! Les gens paraissent parfois si lents à comprendre et à montrer quelque approbation. Seul l'Esprit de Christ peut nous donner la grâce de répéter à plusieurs reprises les mêmes vérités, dans le langage le plus simple possible, jusqu'à ce que les auditeurs semblent vraiment commencer à comprendre. Le prédicateur peut en être persuadé : qu'ils saisissent ou non la doctrine, ils sentiront bien sa disposition d'esprit, et rien ne fermera plus effectivement leurs coeurs que de ressentir son impatience envers eux.

Je me souviens d'une convention,en Angleterre,pendant laquelle un prédicateur fit, de l'estrade même,des reproches à l'assemblée pour son inattention. Il parlait du Calvaire à une réunion de croyants. Pauvre prédicateur ! nous n'avons plus beaucoup entendu parler de lui et cela n'est pas étonnant. Il lui fallait chercher en lui-même la raison de son échec. Il ne possédait qu'une connaissance intellectuelle, et s'impatientait que nous ne nous laissions pas éblouir quand nos coeurs n'étaient pas touchés.

Nos vies prêchent des sermons plus efficaces que ne le font nos paroles. Un prédicateur doit manifester de la longanimité dans sa conduite s'il veut gagner les âmes. (2 Tim. 3:10). J'ai été parfois émerveillé de voir comment certains des pasteurs les plus actifs que je connaisse,— des hommes auxquels sont confiés de grandes et vivantes assemblées — semblent avoir du temps à perdre, une patience illimitée, pour rendre visite à toutes sortes de personnes déraisonnables, sans importance apparente, et pour causer avec elles. Mais n'est-ce pas là, après tout, la raison secrète de leur succès ? Je pense que oui.

 


CHAPITRE VI

LA BENIGNITE (LA BIENVEILLANCE)

Dans une certaine aciérie d'Angleterre il y a un marteau-pilon très puissant. Après avoir expliqué et démontré aux visiteurs sa force exceptionnelle, l'opérateur termine généralement la démonstration en cassant une noix avec ce grand marteau-pilon. Et la noix est ouverte aussi doucement, aussi proprement qu'avec un petit casse-noisette à main. Voilà la bénignité véritable.

Car la bénignité ne doit jamais être confondue avec la faiblesse. Elle est la puissance sous un contrôle parfait.

La bénignité de Dieu.

II faut la force rude de l'homme, et la tendresse éclairée de la femme, pour former la douceur la plus belle. C'est la bienveillance au sens le meilleur et le plus complet du mot.

Car Dieu est bienveillance, et manifester la bénignité comme fruit de l'Esprit, c'est ressembler à Dieu dans un de ses attributs les plus aimables « Vous serez fils du Très-Haut, car il est bon. » (Luc 6:35).

Lorsque les hommes, sous l'inspiration du Saint-Esprit, veulent décrire cette caractéristique du Tout-Puissant, ils parlent généralement de Lui comme d'un « Berger ». Cette bienveillance divine non seulement fit grand David (Psaume 18:35), mais elle l'inspira aussi à commencer un de ses psaumes les plus admirables par ces mots : « L'Eternel est mon Berger ». La grande bonté, les compassions de l'Eternel sont un thème constant de louanges.

Le passage de l'Ecriture qui, peut être, nous permet le mieux de comprendre et d'apprécier la douceur divine est Esaïe 40:10-12. Le verset central est rempli d'une beauté paisible et forte : « Comme un Berger, il paîtra son troupeau, il prendra les agneaux dans Ses bras et les portera dans son sein ; il conduira doucement les brebis qui allaitent ». Cependant, les versets qui précèdent et suivent immédiatement ce joyau d'une douceur exquisément révélée contiennent une description éloquente de la puissance du bras de l'Eternel, le Gouverneur Tout-puissant, et de Sa sagesse infinie comme Créateur des extrémités de la terre, de celui qui a pris les dimensions des cieux avec la paume. Le contraste est superbe, et donne une conception exacte de la bénignité véritable, — la puissance, sous le contrôle de l'amour parfait.

Paul, dans la seconde Epître aux Corinthiens, parle de la « douceur et de la bonté de Christ » (2 Cor. 10:1) En lui, la prophétie fut accomplie : « il ne brisera point le roseau cassé, et n'éteindra point la mèche qui brûle encore » (Esaïe 42:3).

La bienveillance de notre Seigneur fut manifestée dans ses rapports avec les malades, les pauvres, les enfants, les pécheurs. Tous ceux qui comptaient au nombre des « roseaux brisés » en éprouvaient la bonté. Sa bénignité apparaît dans un trait plein de beau té,à la résurrection de la fille de Jaïrus. Il fait d'abord sortir la foule bruyante des gens qui pleurent et entre avec le père et la mère seuls; puis, avec une douceur exquise, il prend la main de la jeune fille et la réveille du sommeil de la mort. Enfin, ce trait final : il ordonne de lui donner à manger.

Il est vrai qu'il réprimanda les fièvres, et qu'il fut sévère avec les dénions, mais nous avons pensé que les enfants de Dieu agissant en Son Nom gagneraient parfois à Lui ressembler un peu plus dans la bienveillance.

La bénignité avec les âmes.

Ce fruit de l'Esprit de Dieu est d'une importance primordiale chez un ministre de l'Evangile, dont le travail est souvent délicat. L'âme humaine est la création la plus merveilleuse de Dieu, et pour la diriger d'une manière tant soit peu efficace, ainsi qu'un serviteur de Christ est souvent, par son ministère, appelé à le faire, il faut une habileté donnée par le ciel même, et maintenue dans la perfection par une marche étroite avec Dieu. Ceux d'entre nous qui ne sont pas mis à part pour l'oeuvre spéciale du ministère

doivent se souvenir que nous sommes tous appelés à être en contact avec d'autres âmes, sur le chemin de la vie. Nous avons tous besoin de la bienveillance pour nous garder d'infliger des blessures inutiles, et pour apporter le peu de secours dont on a si souvent besoin.

a) Comme une mère avec ses enfants.

Paul, en écrivant aux Thessaloniciens, déclare : « Nous avons été doux au milieu « de vous, comme une nourrice qui prend « un tendre soin de ses propres enfants ».

(1 Thess. 2:7) (Version Synodale). Nous devons nous rappeler que les débutants de la vie chrétienne sont décrits par l'Esprit de Dieu comme des « enfants nouveau-nés ». (1 Pierre 2:2).

Les croyants plus anciens semblent parfois l'oublier. Ils imposent à de jeunes convertis des niveaux spirituels applicables seulement à des chrétiens d'une expérience mûre. Nous ne suggérons pas un instant que les niveaux ultimes de la sainteté peuvent ou doivent être changés, mais nous sommes convaincus qu'il y a lieu d'exercer beaucoup de bonté,de bienveillance, lorsque de nouveaux convertis croissent dans la grâce. Les mères et les nourrices sont très douces avec de petits enfants qui ne savent pas encore se bien tenir à table ; elles ne grondent certainement pas le petit qui tombe en faisant ses premiers pas. Nous avons encore besoin de quelques Elisées pour dire aux Naamans « d'aller en paix » au lieu de les charger de fardeaux trop lourds à porter (2 Rois 5:18-19). C'est faute d'une bénignité raisonnable que certains nouveaux convertis pleins de promesse ont été rejetés dans le monde.

Lorsqu'un croyant récemment baptisé du Saint-Esprit commet dans l'Assemblée une erreur dans l'exercice d'un don spirituel, c'est une brutalité complète de le reprendre dans une réunion. Si la chose est inévitable, elle doit être faite avec un grand tact, une grande bienveillance. Mais la bonté vraie préférera toujours l'avertissement privé.

De même, c'est manquer de bonté réelle que de confier trop hâtivement une fonction à un jeune croyant. Aucune mère ou nourrice sage n'agirait ainsi avec les enfants qui lui sont confiés. « Il ne faut pas qu'il soit un nouveau converti, de peur qu'enflé d'orgueil..... (1 Tim. 3:16). Nous devons payer cher pour nos fautes.

Les enfants nouveau-nés doivent recevoir le « lait spirituel et pur », mais il faut de la douceur pour les nourrir avec adresse, comme le savent fort bien tous ceux qui ont dû élever au biberon un jeune bébé. Certains pasteurs (et quelques moniteurs d'école du Dimanche) ont encore à apprendre l'art de donner la Parole sous forme de « lait ». Ne vous plaignez pas de la perte de l'appétit spirituel chez ceux qui vous sont confiés, si vous leur donnez comme nourriture la viande coriace d'une théologie systématique qui convient seulement à des élèves de troisième année dans une faculté, ou les ossements d'une doctrine de controverse dont la discussion serait mieux placée à une réunion privée de conseil presbytéral. N'avez-vous jamais songé que ce n'était vraiment pas charitable ?

b) Comme une garde avec ses malades

Peut-il y avoir de démonstration plus parfaite de la douceur et de la bonté que la manière d'agir d'une infirmière adroite envers son malade ? Et, malheureusement, beaucoup de personnes sont malades dans leur âme.

Nous connaissons les symptômes habituels ; et combien leur ressemblance est frappante dans les domaines physique et spirituel. La perte de l'appétit, l'irritabilité, une sensibilité excessive, une vivacité à prendre offense, une humeur chagrine, un mécontentement de tout, une antipathie au travail, un désir revêche de se séparer du reste de la famille. Ce sont là les marques infaillibles d'un chrétien malade.