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A CEUX QUI FONT PROFESSION D'ETRE CHRETIENS (Finney Ch.) 1889


 

·         Préface de l'auteur.

·         Avant-propos du traducteur.

·         I L'homme qui se séduit lui-même.

·         II Les faux chrétiens.

·         III Les actions douteuses sont des péchés.

·         IV La répréhension est un devoir.

·         V Les vrais chrétiens.

·         VI Religion légale.

·         VII La religion de l'opinion publique.

·         VIII La conformité au monde.

·         IX La vraie et la fausse repentance.

·         X Malhonnête dans les petites choses, malhonnête en tout.

·         XI Chacun de nous est tenu de connaître le véritable état de son âme.

·         XII La vraie et la fausse conversion.

·         XIII La vraie soumission.

·         XIV Egoïsme, fausse religion.

·         XV Loi et Evangile.

·         XVI La Justification par la foi.

·         XVII La Sanctification par la foi.

·         XVIII Le Chapitre VII de l'Épître aux Romains.

·         XIX La Perfection chrétienne I.

·         XX La Perfection chrétienne II.

·         XXI Le chemin du salut.

·         XXII Nécessité d'un enseignement divin.

·         XXIII L'amour est le tout de la religion.

·         XXIV Le repos des saints.

·         XXV   Christ l'Epoux de l'Eglise.

 


 

PRÉFACE DE L'AUTEUR

 

Comme ces discours duraient d'une heure et quart à une heure trois quarts, on comprendra que, dans les pages qui suivent, le reporter (1) n'en a guère donné que l'esquisse. En révisant ces notes du reporter, je n'y ai fait que très peu de changements et d'additions, et cela pour les raisons suivantes :

 

1. Leur publication fut décidée trop tard, de sorte que je n'avais que très peu de temps.

2. Ma santé chancelante et la multiplicité de mes devoirs m'interdisaient de faire davantage.

3. Développer ces notes eût grossi le volume.

4. L'expérience m'a montré que le style de la conversation et la forme condensée de ces notes intéressent et édifient plus le commun des lecteurs qu'un style plus élevé et moins laconique.

 

Je les ai donc laissées telles que le reporter les avait prises, sauf quelques changements insignifiants.

L'auteur de ces discours n'a aucune prétention au mérite littéraire ; et, s'il connaît son propre coeur, il n'a pas d'autre désir que de les voir utiles.

J'ai des raisons de croire que, vu les circonstances où je suis, ils le seront autant. dans la forme qu'ils ont, qu'ils le seraient sous toute autre forme que j'aurais pu leur donner.
Les amis qui ont exprimé le désir d'avoir ces discours en un volume, voudront donc bien les prendre tels qu'ils sont.

 

C. G. FINNEY. New York, 16 mars 1837.

(1) Le reporter du journal L'Evangelise. (Trad.)

 

 


 

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

 

Voici donc en français les notes du reporter. Nous ne faisons pas d'excuse pour les imperfections de la forme : nous avons à nous occuper d'autre chose.

Il n'est certainement pas d'ouvrage plus propre à éclairer « ceux qui font profession d'être chrétiens » que ces notes. Le christianisme désintéressé qui s'y révèle sera d'emblée reconnu par tout homme droit comme le seul vrai. Et cependant ce christianisme-là est encore peu connu parmi nous.

Nous avons erré, nous errons encore, la plupart, sur la question même qui est tout dans le monde et dans l'Univers, la question du but suprême de la vie. Or, cette question est traitée à fond dans les Discours: elle y est résolue avec une telle abondance de lumière que toute conscience honnête le reconnaîtra : il n'y a plus d'objection possible. Avec pleine connaissance de cause, ou « sauver sa vie » dans la honte éternelle, ou « la perdre » enfin avec joie : c'est la seule alternative qui reste.

En bénissant Dieu de ce qu'il nous a donné de faire quelque chose qui sera utile à plusieurs, nous nous sentons pressés de remercier deux de ses serviteurs dévoués, M. Albin Peyron qui a fort encouragé et facilité la présente publication, et M. le pasteur Bahut qui a bien voulu prendre la peine de lire notre traduction avec le plus grand soin, la comparant au texte anglais et nous adressant des observations qui nous ont été des plus précieuses.

 

CH. CHALLAND, pasteur.

Genèse, Octobre 1888.

 


 

 

I° DISCOURS

 

L'HOMME QUI SE SEDUIT LUI-MEME

 

« Soyez observateurs de la Parole et non pas seulement « auditeurs, vous séduisant vous-mêmes. » Jacques I :22.

 

Il y a, en religion, deux extrêmes également faux et funestes ; et il y a deux classes d'hypocrites qui occupent ces deux extrêmes. Les uns font consister la religion uniquement dans la foi en certaines doctrines abstraites (du moins dans ce qu'ils appellent la foi) et n'attachent que peu ou point d'importance à ce qu'ils appellent les bonnes œuvres. Les autres ne font consister la religion que dans les bonnes œuvres (je parle d'oeuvres mortes) et n'attachent que peu on point d'importance à la foi en Jésus-Christ; ils espèrent faire leur salut par leurs propres œuvres. Les Juifs appartenaient généralement à cette dernière classe. Ceux qui leur enseignaient la religion leur disaient qu'ils seraient sauvés par l'obéissance à la loi cérémonielle. Aussi Paul semble-t-il avoir, dès ses débuts, attaqué plus spécialement cette erreur des Juifs. Il tenait à bien établir l'importante vérité que les hommes sont justifiés par la foi en Jésus-Christ, on opposition à la doctrine des scribes et des pharisiens qui faisait dépendre le salut de l'obéissance à la loi. Il insista si sérieusement sur ce point, dans sa prédication et dans ses épîtres, qu'il le fit admettre; et dès lors la grande doctrine de la justification par la foi fut établie dans l'Eglise. Mais certains individus s'emparèrent bientôt de cette doctrine, la poussèrent à l'extrême et proclamèrent que l'homme est sauvé uniquement par la foi, indépendamment de toute espèce d'œuvre. Ils oubliaient ce principe évident que la vraie foi produit toujours les bonnes œuvres et qu'elle est elle-même une bonne œuvre.

 

J'ai dit que ces deux extrêmes dont l'un fait consister la religion uniquement en œuvres extérieures, et l'autre uniquement dans la foi, sont, également faux et également funestes. Ceux qui font consister la religion uniquement en bonnes œuvres oublient que les œuvres elles-mêmes ne sont point acceptables devant Dieu, à moins qu'elles ne procèdent de la foi. Car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Et ceux qui font consister la religion seulement en foi, oublient que la vraie foi opère toujours par la charité et produit invariablement les œuvres de l'amour.

 

Ces deux extrêmes sont également funestes, parce que d'un côté, sans la foi personne ne peut être pardonné ou justifié ; et de l'autre, sans la sanctification personne ne peut être préparé, ni pour l'activité, ni pour les joies du ciel. Qu'un pécheur se détourne de ses mauvaises actions, et qu'on suppose ses œuvres aussi parfaites qu'il les voit lui-même, il n'en reste pas moins qu'il ne peut être pardonné sans la foi en l'expiation de Jésus-Christ. De même si quelqu'un croit qu'il peut être justifié par la foi tandis que ses œuvres sont mauvaises, il a besoin d'apprendre que sans la sanctification sa foi est morte et ne peut pas même être l'instrument de sa justification.

 

Il me paraît que, dans son épître, l'apôtre Jacques se propose de remettre ce sujet sous son vrai jour, de montrer exactement où se trouve la vérité, et de faire comprendre tout à la fois la nécessité de la foi et la nécessité des bonnes œuvres. Cette épître est vraiment pratique ; elle aborde de front toutes les grandes questions pratiques du jour et elle les résout.

 

Il y a, en religion, deux sortes de doctrines : celles qui se rapportent à Dieu et celles qui se rapportent à la conduite de l'homme. Beaucoup de gens se contentent de la première sorte ; ils pensent qu'il n'y a, à proprement parler, de doctrines que celles qui se rapportent à Dieu, à ses attributs, à son mode d'existence,  à ses décrets, etc. Quand j'annonçai que je commencerais une série de « Discours pratiques » j'espère que vous ne m'avez pas attribué la pensée que ces discours ne seraient pas dogmatiques ou qu'ils ne renfermeraient pas de doctrines. Mon intention est de prêcher, si le Seigneur le veut, une série de discours sur des doctrines pratiques. La doctrine que je me propose de considérer maintenant est celle-ci: Celui qui professe la religion et qui ne pratique pas ce qu'il reconnaît vrai se séduit lui-même.

 

Il y a deux classes d'hypocrites parmi ceux qui font profession d'être religieux : ceux qui trompent les autres et ceux qui se trompent eux-mêmes.

 

L'une de ces classes est composée de ceux qui, sous une apparence trompeuse de moralité et de religion, cachent l'inimitié de leur cœur contre Dieu et réussissent à persuader aux autres qu'ils sont des gens très pieux. C'est ainsi que les pharisiens obtinrent la  réputation d'être remarquablement pieux ; ils y arrivèrent par leur extérieur religieux, leurs aumônes et leurs longues prières.

 

L'autre classe est celle à laquelle se rapporte notre texte, elle est composée de ceux qui ne trompent pas les autres mais se trompent eux-mêmes. Ils sont orthodoxes en théorie et relâchés en pratique. Ils semblent croire que la religion consiste en une quantité de notions sans rapport avec la pratique, et ils se trompent eux-mêmes en se tenant pour bons chrétiens tandis qu'ils sont destitués de vraie sainteté. Ils sont auditeurs de la Parole, mais non observateurs de la Parole. Us aiment la prédication orthodoxe et prennent grand plaisir à entendre l'exposition des doctrines abstraites delà religion ; leur imagination s'enflamme peut-être et leurs sentiments s'embrasent à la vue du caractère et du gouvernement de Dieu ; mais ils n'ont aucun soin de pratiquer les préceptes de la Parole de Dieu et n'aiment point à entendre prêcher les doctrines qui se rapportent à la pratique de nos devoirs.

 

Peut-être y a-t-il ici, ce soir, bien des personnes qui appartiennent soit à l'une, soit à l'autre de ces deux classes d'hypocrites.

 

Maintenant, remarquez-le, je ne vais point prêcher ce soir à ceux d'entre vous qui trompent les autres par la grande rigueur de leur morale et par l'étalage qu'ils font de leur religion. Je m'adresse à ceux d'entre vous qui ne pratiquent point ce qu'ils savent être vrai ; à ceux qui sont auditeurs et non point pratiquants. Je crois remplir un devoir en ajoutant que, selon toute vraisemblance, il y a ici maintenant un grand nombre de personnes de ce caractère. Je ne connais pas vos noms, mais je désire que vous compreniez que si votre caractère est tel, vous êtes les personnes à qui je parle, exactement comme si je vous nommais par vos noms. Je veux dire vous, vous qui êtes là devant moi. Vous entendez la  parole et vous la  croyez en théorie, tandis que vous la reniez en pratique. Je vous dis que vous vous trompez vous-mêmes. Notre texte en est, la preuve; il est pour vous un formol : « Ainsi a dit- le Seigneur » qui ne permet pas de douter que tous ceux qui portent, le caractère qui vous distingue, ne se séduisent eux-mêmes. Je pourrais citer beaucoup d'autres passages des Ecritures qui ne laissent, non plus aucun doute à ce sujet. Mais je désire attirer votre attention sur quelques considérations autres que le témoignage direct de l'Ecriture.

 

Premièrement, vous ne croyez pas véritablement l'Ecriture. Vous l'écoutez, vous admettez qu'elle est vraie, mais vous ne la croyez pas véritablement. Ici laissez-moi vous dire que celui qui se trompe sur ce point est responsable de son erreur. Ce n'est pas votre conscience qui vous trompe, mais c'est vous qui ne discernez pas ce que votre conscience témoigne. Deux choses sont indispensables à la foi évangélique, c'est-à-dire à la foi qui sauve. La première est une conviction intellectuelle de la vérité de ce qu'il s'agit de croire ; non pas en tant que vérité abstraite seulement, mais en tant que vérité ayant telle ou telle relation avec vous. C'est donc cette vérité concernant votre conduite que vous devez recevoir intellectuellement ; cela fait; la vraie foi se montre alors en entraînant un état correspondant du cœur. Cet état, correspondant du cœur est toujours partie essentielle de la vraie foi. Quand l'intelligence d'un homme est convaincue et qu'il admet la vérité dans ses rapports avec sa personne, il doit encore donner sa cordiale approbation à cette vérité telle qu'elle est dans sa relation avec lui-même. Ces deux états d'esprit sont indispensables à la vraie foi. La conviction intellectuelle de la vérité n'est pas la foi qui sauve ; mais la conviction intellectuelle accompagnée d'un état correspondant des affections du cœur, c'est là la foi qui sauve. Il s'en suit que là où est la vraie foi, celle qui sauve, se trouve toujours la conduite qui lui correspond. La conduite est invariablement liée à la foi réelle. Il est tout aussi certain que les hommes agiront comme ils croient, qu'il est certain que la volonté dirige la conduite. Supposez que je dise à un homme : « Croyez-vous cela? » — « Oui, je le crois, » répond-il; mais que veut-il dire? Il se peut qu'il parle d'une conviction purement intellectuelle; or, il peut avoir cette conviction sans avoir la foi.

 

Un homme peut même éprouver un sentiment d'approbation pour une vérité abstraite. Et c'est là ce que beaucoup de gens supposent être la vraie foi ; — le sentiment d'approbation qu'ils éprouvent pour le caractère et le gouvernement de Dieu, ainsi que pour le plan du salut considéré abstraitement. Beaucoup de personnes, quand elles entendent un éloquent sermon sur les attributs ou sur le gouvernement de Dieu sont transportées d'admiration à la vue des choses excellentes qu'on a déployées devant elles, mais cela sans avoir un atome de vraie foi. J'ai entendu parler d'un incrédule transporté même jusqu'à l'extase en considérant de tels sujets. La raison est ainsi constituée qu'elle approuve naturellement et nécessairement la vérité considérée d'une manière abstraite. Les plus méchants démons de l'enfer l'aimeraient s'ils pouvaient la considérer en dehors de toute relation avec eux-mêmes. S'ils pouvaient voir l'Evangile en dehors de toute relation avec leur égoïsme, non seulement ils le trouveraient vrai, mais ils lui donneraient encore leur approbation cordiale. Tous les êtres de l'enfer, s'ils pouvaient voir Dieu dans son existence absolue, sans aucune relation avec eux-mêmes, ne manqueraient pas de donner leur cordiale approbation à son caractère. La raison pour laquelle les méchants et les démons haïssent Dieu, c'est qu'ils le voient dans ses rapports avec eux-mêmes. Leurs cœurs sont en révolte contre lui parce qu'ils le voient opposé à leur égoïsme.

 

Ici se trouve la source d'une grande illusion au sujet de la religion. L'homme voit qu'elle est vraie et se réjouit réellement en la contemplant ; il ne s'occupe point des rapports qu'elle a avec lui, il aime à l'entendre prêcher et il prétend en être nourri; mais voyez! il s'en va et il ne la met point en pratique. Voyez cette personne ; elle est malade et sa sensibilité est très vivo; à la vue de Jésus-Christ, aimable et tendre Sauveur, son cœur se fond et elle éprouve une vive sympathie pour lui. Pourquoi? Il en est ainsi par la même raison qui lui ferait éprouver les plus vives émotions au sujet du héros d'un roman. Mais elle n'obéit pas à Christ; elle n'agit jamais pour l'amour de Lui; elle le considère en lui-même, sans s'occuper des rapports qu'il peut avoir avec elle; elle fait ses délices de son caractère glorieux et souverainement aimable ; mais pendante ce temps elle demeure dans le fiel le plus amer. Il est donc évident que votre foi doit être une foi efficace qui règle votre conduite et produit les bonnes œuvres, autrement ce n'est point la foi de l'Evangile, ce n'est point du tout une foi réelle.

 

Il est d'autant plus manifeste que vous vous séduisez vous-mêmes, que toute vraie religion consiste en obéissance. Quelle que soit donc l'approbation que vous donniez au christianisme, vous n'avez pas de religion à moins que vous ne lui obéissiez. En disant que toute religion consiste en obéissance, je ne parle nullement d'obéissance extérieure. La première obéissance, c'est la foi elle-même, la vraie foi qui opère par l'amour et produit des actions en conséquence. Il n'y a de réelle obéissance que celle du cœur : l'amour est l'accomplissement de la loi; et la religion consiste dans l'obéissance du cœur avec la conduite extérieure qui en résulte. Celui donc qui entend la vérité, l'approuve et ne la pratique pas, se trompe lui-même. « Il est semblable à un homme qui contemple son visage naturel dans un miroir, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était. »

 

Cet état d'esprit que par erreur vous prenez pour de la religion, cette conviction intellectuelle de la vérité et cette approbation que vous lui donnez quand elle se présente dans sa forme abstraite, sont si loin d'être la preuve que vous êtes pieux, qu'on les trouve aussi communément chez les méchants que chez les bons, du moins lorsque la vérité se présente en dehors des rapports qu'elle doit soutenir avec nous. C'est là la raison pour laquelle il est souvent difficile de convaincre les pécheurs qu'ils sont opposés à Dieu et à la vérité. L'homme est ainsi constitué qu'il approuve la vertu, qu'il admire le caractère et le gouvernement de Dieu, et qu'il approuverait et admirerait toutes les vérités de la Bible, s'il pouvait les voir abstraitement, sans aucune relation avec sa propre personne. Et quand il est soumis au régime d'une prédication qui présente la vérité de manière à ce qu'elle n'ait pas beaucoup de rapports soit avec sa vie intérieure, soit avec la conduite qu'il doit tenir, il peut entendre cette prédication pendant des années et des années sa,ns jamais reconnaître qu'il est un rebelle opposé à Dieu et à son gouvernement.

 

Je suis de plus en plus persuadé que dans toutes nos églises se trouvent de grandes multitudes à qui les doctrines abstraites de l'Evangile sont beaucoup prêchées, multitudes qui aiment la prédication, qui aiment à entendre parler de Dieu et de toutes les choses de Dieu et qui cependant sont encore inconverties. Il n'y a pas de doute que beaucoup de gens n'aillent dans les lieux de culte, parce qu'ils aiment la prédication orthodoxe, quand, après tout, il est manifeste qu'ils ne sont point des observateurs de la Parole. Le mal est qu'ils n'ont pas été placés sous l'influence d'une prédication approfondie et pénétrante qui leur eût montré la vérité dans tous ses droits sur leurs propres personnes ; et maintenant qu'ils sont dans l'église, toutes les fois que la vérité leur est prêchée dans la  relation pratique qu'elle doit soutenir avec eux, ils montrent l'inimitié de leur cœur irrégénéré en s'opposant à la vérité.

 

C'est chose convenue pour eux qu'ils sont chrétiens, et comme tels ils se joignent à une église, parce qu'ils aiment à entendre la prédication de la saine doctrine et qu'ils l'approuvent, ou parce qu'ils lisent la Bible et approuvent ce qu'elle dit. Mais si leur foi n'est pas assez puissante pour influencer leur conduite et s'ils ne considèrent pas la vérité dans sa relation avec leur vie pratique de chaque jour, leur foi ne les affecte pas même autant que la foi des démons n'affecte les démons.

 

REMARQUES.

 

1. On a commis une grande injustice en portant sur les vrais chrétiens des jugements défavorables qu'en réalité les faux chrétiens méritent seuls.

 

A ce qu'on dit, un célèbre prédicateur donnait, il y a peu de temps, cette définition du chrétien : «Un peu de la  grâce et beaucoup du diable. » Je donne un démenti absolu à cette définition; elle ost fausse et désastreuse. «Beaucoup du diable », c'est parler de manière à faire l'impression que les vrais chrétiens sont les êtres les plus méchants qu'il y ait sur la surface de la terre. II est vrai que quand ils pèchent leur culpabilité est grande ; car pour un chrétien pécher est hautement criminel. Aussi les chrétiens éclairés voient-ils dans leurs péchés une grande méchanceté. Quand ils comparent leurs obligations avec leur vie, ils sont grandement humiliés, et expriment leur humiliation en un langage fort énergique. Mais ce n'est pas vrai qu'ils soient aussi méchants que le démon, ni même qu'ils en approchent. Ceci est parfaitement démontrable. Le péché prend une gravité exceptionnelle quand il apparaît en eux ; il est alors d'une méchanceté extrême aux yeux de Dieu. Mais supposer que des gens soient, de vrais chrétiens pendant qu'ils vivent au service du diable, ou qu'ils aient alors quelque religion, c'est une pensée qui non seulement est fausse, mais qui est encore des plus dangereuses (1) Rapprochez de ce passage, Discours XVI, partie IV, n° 6, où la pensée de Finney se complète.). Elle est faite aussi bien pour encourager les relaps, les apostats et toute la classe des hypocrites qui n'aiment point la loi, que pour faire le plus grand tort à la cause de Christ dans l'esprit des adversaires. La vérité est que ceux qui n'obéissent pas à Dieu ne sont pas chrétiens. La doctrine contraire est la ruine des églises; en effet elle les remplit d'une foule de gens dont la piété se réduit à l'adoption de certaines notions ou de certaines formalités. tandis qu'ils n'ont jamais entendu obéir de tout leur cœur aux exigences de l'Evangile.

 

2. Ceux qui sont beaucoup plus zélés pour les doctrines que pour la pratique et qui mettent beaucoup plus importance à cette classe de doctrines qui se rapportent à Dieu qu'à celles qui se rapportent à leur propre conduite,sont ANTINOMIENS

 

Il y a beaucoup de gens qui reçoivent cette classe de doctrines de la  Bible qui se rapportent à Dieu, qui l'approuvent et qui l'aiment, et qui cependant n'ont pas un atome de vraie religion ; ils ne sont jamais « nourris », comme ils disent, par aucune prédication autre que par celle qui traite de certains points abstraits de doctrine. Ce sont des antinomiens: pareils précisément à ceux contre lesquels l'apôtre Jacques écrivit son épître; ils font consister la religion en un ensemble de notions et de théories et ne mènent point une vie sainte.

 

3.  Quant à cette classe de chrétiens de profession qui n'aiment jamais à entendre parler de Dieu, de ses attributs, de la Trinité, des décrets divins, de l'élection et autres doctrines semblables, et n'attachent d'importance qu'à la pratique religieuse, à l'exclusion de la doctrine religieuse, ce sont tout simplement des pharisiens.

 

Ils ont de grandes prétentions à la piété extérieure, ils ont peut-être des élans intérieurs, de vives émotions empreintes d'une certaine teinte poétique, tandis qu'ils ne veulent pas recevoir les grandes vérités qui se rapportent à Dieu et qu'ils renient les doctrines fondamentales de l'Evangile.

 

4. La tendance, le but de toute vraie doctrine, quand elle est crue véritablement, c'est de produire une conduite et une vie irréprochables.

 

Partout   où   vous voyez   quelqu'un  se conduire   d'une manière hérétique (répréhensible), vous pouvez être certain que sa foi est hérétique aussi. La foi qu'il a dans le coeur est juste aussi hérétique que sa vie. Il peut n'être pas hérétique dans ses idées et dans ses théories ; il peut être parfaitement orthodoxe sur les points mêmes où il est hérétique en pratique. Mais il ne les croit pas réellement

 

Voyez ce pécheur insouciant se précipitant à corps perdu dans la recherche des richesses. Croit-il véritablement qu'il avance constamment vers la mort ? Peut-être direz-vous qu'il sait qu'il doit mourir. Mais je réponds que tant qu'il est plongé dans sa recherche avide, il ne croit pas qu'il marche sans cesse à la mort. Ce sujet n'est pas du tout présent à son esprit à ce moment-là, aussi est-il impossible qu'il croie, dans cet état de complète insouciance. Vous lui demandez s'il s'attend à vivre toujours et il vous répond : « Oh ! non ! je sais bien que je dois mourir ; tous les hommes sont mortels. » Aussitôt en effet qu'il tourne ses pensées de ce côté-là. il donne son assentiment à la vérité ; et s'il pouvait garder cette conviction dans son esprit jusqu'à ce qu'elle fût gravée dans son cœur d'une manière permanente, il changerait infailliblement de conduite et vivrait pour le monde à venir an lieu de vivre pour celui-ci. Il en est parfaitement de même en religion : quelles que soient les choses qu'un homme croit réellement, il est absolument aussi certain que sa foi gouverne sa conduite qu'il l'est que sa volonté dirige ses actions.

 

5. L'Eglise a beaucoup trop agi, et depuis longtemps, dans le sens antinomien.

 

Elle a été très attachée aux doctrines les plus abstraites et a trop perdu de vue les plus pratiques. Elle a recherché et exigé l'orthodoxie dans les premières bien plus que dans les secondes. Examinez les confessions de foi des églises et vous verrez que toutes donnent la place principale aux doctrines qui n'ont que peu de rapport avec la pratique. On peut être le plus grand hérétique quant à la pratique, pourvu qu'on ne soit point ouvertement profane ou vicieux et qu'on garde une bonne position dans l'église. Que la vie corresponde ou ne corresponde pas aux exigences de l'Evangile, ce n'est point ce que l'on prend en considération. N'est-ce pas monstrueux? Quand on entreprend de purifier l'église  quant à ce qui touche à ses erreurs pratiques, elle ne peut le supporter. Que d'irritation et d'opposition, en effet, ne produit-on pas lorsqu'on essaie de purifier l'église de sa participation aux péchés de l'intempérance, de la violation du jour du repos et de l'esclavage? Et pourquoi est-il  si difficile d'amener l'église à tenter un sérieux effort pour la conversion du monde? Quand l'église sera-t-elle purifiée et le monde converti? Cela n'arrivera pas tant que l'on n'aura pas reconnu que l'hérésie de la pratique est la preuve de l'hérésie de la foi. Cela n'arrivera pas tant qu'un homme pourra renier tout l'Evangile par sa conduite de  chaque jour et cependant passer dans l'église pour un bon chrétien.

 

6. Voyez comment un pasteur peut être trompé quant à l'état de son église.

 

Il prêche beaucoup de doctrines abstraites qui ne se rapportent pas immédiatement à la pratique, et ses auditeurs disent qu'ils sont « nourris » et s'en réjouissent ; et lui, il pense qu'ils croissent dans la grâce, quand en fait il n'y a aucun signe certain qu'il y ait quelque religion parmi eux. Si, an contraire, il prêchait des doctrines pratiques et que ses auditeurs montrassent qu'ils aiment la vérité quand elle leur est appliquée, et qu'ils le montrassent en la pratiquant, il serait manifeste alors qu'il y a parmi eux un véritable amour de la vérité.

 

Si un pasteur constate que son troupeau aime la prédication des doctrines abstraites, mais que lorsqu'il en vient à insister sur les doctrines pratiques, ses auditeurs se révoltent, il peut être certain que s'il y a quelque religion dans l'église qu'il dirige, cette religion est dans un triste état ; et si, après un loyal essai, il constate qu'il ne peut pas amener ses auditeurs à recevoir un enseignement religieux d'un caractère pratique et direct, il peut être sûr qu'ils n'eut pas un atome de religion, et qu'ils ne sont absolument que des antinomiens qui pensent pouvoir aller au ciel avec une foi morte, avec une abstraite orthodoxie.

 

7. Quelle immense multitude de gens n'y a-t-il pas qui font profession d'être religieux et qui se trompent eux-mêmes !

 

Beaucoup supposent qu'ils sont chrétiens parce qu'ils éprouvent des émotions à la vue de la vérité, mais ils ne la reçoivent que lorsqu'elle leur est présentée de façon à ce qu'ils ne voient pas les droits qu'elle a sur eux. Si au contraire vous la leur présentez telle qu'elle est par rapport à eux, de manière à détruire leur orgueil et à les arracher à leur mondanité, ils résisteront aussitôt. Voyez quelle multitude d'églises orthodoxes et de chrétiens orthodoxes se nourrissent et vivent de doctrines abstraites ; et maintenant considérez leur vie et voyez combien peu la foi qu'ils professent a d'influence sur eux. Ont-ils la foi qui sauve ? Non, cela ne se peut pas. Je ne veux pas dire qu'aucun des membres de ces églises ne soit pieux ; je dis que ceux qui ne pratiquent pas ce qu'ils reçoivent en théorie, qui sont auditeurs et non observateurs de la Parole, se trompent eux-mêmes.

 

Il s'agit maintenant de savoir combien d'entre vous croient réellement les vérités que vous entendez prêcher. Je me suis proposé de faire une série de discours « pratiques; » mais je n'ai pas eu la pensée de prêcher des discours qui ne contiennent pas de doctrines ; ce serait ne pas prêcher du tout. Ce que je désire est de savoir si vous, église; vous voulez faire ce que vous savez être vrai. Que je ne réussisse pas à vous convaincre que telle doctrine que j'avance soit vraie, c'est une autre affaire, et ce serait une raison pour que vous ne la missiez pas en pratique; mais si je réussis à vous prouver par les Ecritures et à convaincre votre intelligence qu'elle est vraie, et que cependant vous ne la pratiquiez pas, j'aurai alors devant mes propres yeux la manifestation de votre vrai caractère et je ne continuerai pas à me tromper en gardant la pensée que vous êtes une église chrétienne.

 

Avez-vous conscience que l'Evangile produit sur vous un effet pratique, en rapport avec votre avancement dans la connaissance ? Vous a-t-il sevré du monde et des choses qui sont au monde ? Est-ce là votre expérience, que lorsque vous avez admis quelque vérité pratique, vous l'aimez, vous aimez son application à votre propre personne et vous prenez plaisir à la pratiquer ? Si vous ne croissez pas dans la grâce, devenant de plus en plus saints, vous abandonnant vous-mêmes à l'influence de l'Evangile, vous vous séduisez vous-mêmes. Vous, anciens de cette église, où en êtes-vous maintenant ? Et vous, pères et mères de famille, où en êtes-vous ? Quand vous entendez un sermon, vous en emparez-vous, l'emportez-vous dans vos demeures et l'y mettez-vous en pratique ? Ou bien serait-il vrai que vous le recevez dans votre esprit, que vous l'approuvez et que vous ne le pratiquez jamais ? Malheur à l'homme qui admet la vérité, puis qui s'en retourne ne la pratiquant point, ressemblant à celui qui « regarde son visage naturel dans un miroir et qui, après s'être regardé, s'en va et oublie aussitôt quel il était ! »

 

 


 

II° DISCOURS

 

LES FAUX CHRETIENS.

 

« Ils craignaient l'Eternel et ils servaient en même temps leurs dieux.» 2 Rois XVII :33.

 

Quand les dix tribus d'Israël furent emmenées captives par le roi d'Assyrie, celui-ci établit à leur place des étrangers appartenant à différentes nations idolâtres qui ne connaissaient rien de la religion des Israélites. Les bêtes sauvages se multiplièrent aussitôt dans le pays et les lions détruisirent beaucoup de monde ; ces étrangers pensèrent alors que tout cela leur arrivait parce qu'ils ne connaissaient pas le dieu du pays et que, par ignorance, ils avaient transgressé sa religion. Ils en informèrent le roi d'Assyrie qui leur dit de s'adjoindre l'un des prêtres des Israélites pour qu'il leur enseignât la manière de servir le dieu du pays. Ils se rangèrent à cet avis et obtinrent qu'un prêtre israélite vint à Béthel et leur enseignât les cérémonies religieuses pratiquées auparavant en Israël. Ce prêtre leur enseigna à craindre Jéhovah comme le Dieu de la contrée; mais ils ne reçurent point Jéhovah comme le seul Dieu. Ils le craignirent, c'est-à-dire qu'ils craignirent sa colère et. ses jugements et que, pour les détourner, ils accomplirent les rites qu'on leur enseignait. Mais ils « servaient » leurs propres dieux. Ils conservèrent leur culte idolâtre et c'était celui qu'ils préféraient et qu'ils aimaient, bien qu'ils se sentissent tenus de témoigner quelque respect à Jéhovah, comme au dieu de la contrée.

Ils sont très nombreux encore aujourd'hui ceux qui font profession de craindre Dieu et qui, tout en ayant peut-être une certaine crainte de Dieu, servent néanmoins « leurs propres dieux. » Ils ont en effet d'autres objets de confiance et d'affection qu'au fond du coeur ils préfèrent au Dieu vivant. 

Il y a, comme vous savez, deux sortes de crainte. Il y a cette sorte de crainte qui est le commencement de la sagesse et qui est fondée dans l'amour. Et il y a cette crainte servile qui n'est que de la peur, peur que le diable éprouve et qui est pur égoïsme. Cette dernière crainte est celle que possédaient ceux dont parle notre texte. Ils avaient peur que Jéhovah n'exerçât ses jugements sur eux s'ils n'accomplissaient pas certains rites, et c'était là le motif du culte qu'ils lui rendaient. Ceux qui sont mus par cette crainte sont souverainement égoïstes et tandis qu'ils professent de révérer Jéhovah, ils ont d'autres dieux qu'ils aiment et qu'ils servent.

Il y a plusieurs classes de personnes qui sont dans ce cas et je me propose, ce soir, d'en décrire quelques-unes de telle filon que ceux dont j'aurai défini le caractère puissent se reconnaître.

Servir une personne c'est obéir à sa volonté et être dévoué a ses intérêts. Il n'y a pas proprement service là où il n'y a que l'accomplissement de certains actes, sans que l'on se. mette à la disposition d'une personne; celui qui sert fait son affaire de l'accomplissement de la volonté et du soin des intérêts de la personne à laquelle il est soumis. Servir Dieu, c'est faire de la religion la principale affaire de sa vin. C'est se dévouer soi-même, coeur, vie, forces, temps, influence, tout ce que l'on a et tout ce que l'on est pour servir les intérêts de Dieu, établir son royaume et augmenter sa gloire.

 

Qui sont ceux qui servent leurs propres dieux tout en faisant profession de craindre le Seigneur ? Je réponds : ce sont :

 

1. Tous ceux qui n'ont pas renonce dans leur cœur et dans leur conduite au droit de propriété sur tous leurs biens, et qui ne les ont pas abandonnés à Dieu.

Il est parfaitement évident que si vous n'avez pas fait cela vous ne servez pas Dieu. Supposez qu'un marchand emploie un commis pour prendre soin de son magasin, et que le commis continue à s'occuper de ses propres affaires, de sorte que lorsqu'on lui demande de faire pour son patron le travail nécessaire, il réponde : « Je Suis vraiment trop occupé de mes propres affaires, je n'ai pas le temps de faire ce que vous me demandez ; » tous n'élèveront-ils pas la voix contre un pareil serviteur et ne diront-ils pas qu'il ne sert pas son patron; que son temps n'est point à lui, qu'il lui a été payé et que cependant il l'emploie pour lui-même ? Il en est de même de l'homme qui ne renonce pas à la possession de sa propre personne, non seulement en pensée, mais en pratique. Il n'a pas encore appris l'a b c de la religion. Il ne sert point le Seigneur, mais ses propres dieux.

 

2. Tout homme qui ne fait point de ses affaires une partie de sa religion ne sert point Dieu.

Il arrive parfois que vous entendez quelqu'un dire : « Je suis tout le jour tellement occupé, que je n'ai pas le temps de servir Dieu. » Il croit servir Dieu un petit moment le matin avant d'aller à ses affaires mondaines. Il laisse, en effet, sa religion là où il a dit ses prières. Il est disposé peut-être à donner à Dieu le temps qui précède son déjeuner, avant qu'il soit prêt pour aller à ses propres affaires ; mais dès qu'il est prêt, il court les entreprendre. Peut-être craint-il assez le Seigneur pour dire ses prières soir et matin, mais il sert ses propres dieux. La religion d'un tel homme est la risée de l'enfer. Il prie très dévotement, puis, au lieu de faire ses affaires pour Dieu, il les fait pour lui-même. Il n'y a pas de doute que ses dieux ne soient très satisfaits de cet arrangement, mais quant à Dieu, il en est tout à fait mécontent.

 

3. Vous servez aussi vos propres dieux, vous qui ne sacrifiez à Jéhovah que ce qui vous coûte peu ou rien.

Il y a bien des gens qui font, consister la religion en certains actes de piété qui ne sont point incompatibles avec leur égoïsme. Vous priez le matin avec votre famille parce qu'en ce moment-là vous pouvez le faire sans inconvénients ; mais vous ne souffrez pas que le service de Dieu vienne gêner le service de vos dieux, vous ne souffrez pas qu'il soit un obstacle à votre recherche des richesses ou des jouissances du monde. Les dieux que vous servez n'ont pas à se plaindre d'être méprisés ou négligés pour le service de Jéhovah.

 

4. Servent encore leurs propres dieux,: tous ceux qui supposent que les six jours de la semaine leur appartiennent, et que le dimanche seul est le jour du Seigneur.

Il y a une multitude de gens qui pensent que la semaine est le temps de l'homme et que le dimanche est le temps de Dieu, et qu'ils ont le droit pendant la semaine de faire leurs propres affaires, d'être au service de leur propre personne, de prendre soin de leurs propres intérêts, pourvu qu'ils observent strictement le jour du Seigneur, servant Dieu ce jour-là. C'est ainsi qu'un célèbre prédicateur dépeignant la méchanceté qu'il y a à violer le jour du repos, se sert de cet exemple : « Un homme a sept dollars dans sa poche, il rencontre un mendiant en grande détresse et lui donne six dollars, n'en gardant qu'un seul. Mais le mendiant voyant qu'il en garde un, le lui dérobe aussitôt. Chacun ne flétrira-t-il pas la bassesse de ce mendiant ? » Vous voyez là l'incarnation de cette idée qu'il est fort ingrat de violer le jour du repos, puisque Dieu a donné aux hommes six jours pour vaquer à leurs propres affaires, pour être ainsi au service de leurs propres personnes, tandis qu'il ne s'est réservé que le jour du sabbat.

Vous qui faites cela, vous ne servez pas Dieu du tout. Si vous êtes égoïstes pendant la semaine, vous êtes entièrement égoïstes. Supposer que vous avez une piété réelle, impliquerait que vous êtes convertis chaque dimanche et inconvertis chaque lundi. Pour qu'un homme qui n'a fait que se servir lui-même toute la semaine devint réellement religieux le dimanche, il faudrait qu'il  se convertit.

Mais est-ce là l'idée du dimanche : un jour mis à part pour le service de Dieu à l'exclusion de tous les autres? Dieu a-t-il besoin de nos services le jour du repos pour continuer son oeuvre? Dieu demande tous nos services autant pendant les six jours ouvriers que pendant le jour du repos ; seulement il a réservé le sabbat pour des devoirs particuliers et il demande qu'il soit observé comme un jour de repos où la fatigue corporelle cesse, ainsi que tous les soins et les travaux qui concernent ce présent siècle. Mais parce que l'homme a un corps aussi bien qu'une âme, et que l'Evangile doit être propagé et maintenu par des moyens terrestres, Dieu demande que vous travailliez les six jours à vos emplois séculiers; travail qui doit être uniquement pour son service aussi bien que le culte du dimanche. Ce jour n'est donc pas plus voué au service de Dieu que le lundi. Vous n'avez pas plus le droit d'être au service de vous-même le lundi que le dimanche. Si quelqu'un de vous a compris ce sujet en ce sens que les six jours de la semaine lui appartiendraient, cela montre qu'il est souverainement égoïste. Ne vous imaginez pas, je vous en conjure, que vos prières et vos dimanches soient un véritable service de Dieu, si pendant le reste du temps vous vivez pour vous-mêmes. En ce cas, vous ne savez pas même ce que c'est que de servir Dieu.

 

5. Ils sont au service de leurs propres personnes, ou au service de leurs propres dieux, ceux qui ne veulent pas faire de sacrifices quant à leurs aises et à leur confort dans l'église.

Il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas les églises où les bancs sont gratuits parce que, d'après eux, elles n'ont point assez d'égard à l'agrément personnel de leurs membres. Ils disent : « Nous désirons être assis avec nos familles; » ou bien : « Nous tenons à avoir nos siéges garnis de coussins, ». ou encore : « Nous aimons à être assis toujours à la même place. » Ils admettent bien que les églises à places gratuites sont nécessaires pour rendre l'Evangile accessible aux milliers de gens qui dans cette cité sont sur le chemin de l'enfer; mais ils ne peuvent se résoudre à faire pour leur propre compte ces petits sacrifices afin d'ouvrir à cette multitude les portes de la maison de Dieu.

Ces petites choses indiquent souvent avec la plus grande clarté quel est l'état d'un coeur. Supposez que votre servante en vienne à dire : « Je ne puis pas faire ceci. Je ne puis pas faire cela, parce que cela porte atteinte à mes aises et à mon confort. Je ne puis pas faire ceci, parce que j'aime à être assise sur des coussins pour travailler. Je ne puis pas faire cela, parce que cela me séparerait de ma famille pendant une heure et demie. » Quoi ! serait-ce là ce qui s'appelle servir ? Si un homme entre au service d'un autre, il abandonne ses aises et son confort pour se vouer aux intérêts de cet autre et pour suivre sa volonté. Est-il vrai qu'un homme soit dévoué au service de Dieu au suprême degré, quand il montre que ses aises et son confort lui sont plus chers que le royaume de Jésus-Christ et qu'il sacrifierait le salut des pécheurs plutôt que d'aller s'asseoir sur un siége un peu dur, ou que d'être séparé de sa famille pendant une heure ou deux ?

 

6. Ceux-là servent leurs propres dieux, qui, lorsqu'ils donnent leur temps et leur argent, les donnent à contrecoeur, par contrainte et non point avec empressement et d’un coeur joyeux.

Que penseriez-vous de votre domestique si vous aviez à le harceler ou à le contraindre constamment pour lui faire faire quelque chose pour vous? ne diriez-vous pas qu'il n'est qu'un mercenaire paresseux et négligent ? Combien de gens n'y a-t-il pas qui, lorsqu'ils font quelque chose pour la religion, le font à contre-coeur! Si vous demandez à l'un d'eux son temps ou son argent pour quelque objet religieux, vous obtiendrez difficilement qu'il s'engage à faire quelque chose; et s'il s'y résout, il ne le fera qu'à regret; rien ne lui sera aisé, ni naturel. Il est évident que cet homme-là ne considère point les intérêts du royaume de Christ comme étant les mêmes que les siens. Il peut faire grand étalage de sa crainte de Dieu, mais il sert d'autres dieux qui sont « ses propres dieux. »

 

7. Ceux qui cherchent toujours le moyen de faire pour le service de Dieu LE MOINS et non pas LE PLUS possible, ceux-là aussi servent leurs propres dieux.

Il y a une multitude de gens qui semblent toujours demander s'il ne suffit pas de faire telle petite part de ce que l'on pourrait faire pour Dieu. Vous pouvez voir de telles personnes faire leurs comptes par profits et pertes : « Tant de donné cette année — tant pour la charité — obligé de donner tant pour la religion (OBLIGÉ donner pour les intérêts du royaume de Christ !) — tant de perdu pour cause d'incendie, tant par les mauvaises créances, etc. » De telles gens servent-ils Dieu? — Si vous êtes tels, il est certain que vous n'avez jamais mis votre coeur à l'avancement du règne de Dieu dans le monde. Si vous l'aviez fait, vous demanderiez : « Combien puis-je faire pour cette oeuvre ; combien pour celle-là ; ne pourrais-je pas faire davantage, donner telle somme plus considérable ? »

 

8. Ceux qui mettent de côté des richesses pour leurs familles, afin de rehausser leur position, de leur donner éclat et grandeur, servent leurs propres dieux et non pas Jéhovah.

Ceux qui ont pour but de faire monter leur famille, de la faire entrer dans une classe plus élevée de la société, en amassant pour cela des richesses, ceux-là montrent que leur vie a un autre but que celui d'amener le monde sous l'autorité de Jésus-Christ. Ils ont d'autres dieux à servir. Ils peuvent avoir la prétention de craindre Dieu, mais ils servent leurs propres dieux.

 

9. Ceux qui ont pour objet d'accumuler assez de biens pour pouvoir se retirer des affaires et vivre à leur aise, servent leurs propres dieux.

Il y a beaucoup de gens qui font profession d'être les serviteurs de Dieu et qui travaillent ardemment à acquérir des biens, calculant de manière à pouvoir se retirer bientôt dans leur maison de campagne pour y vivre à leur aise. Qu'en pensez-vous? Dieu vous donne-t-il droit à un sabbat perpétuel dès que vous avez acquis certaine somme d'argent ? Quand vous avez déclaré entrer à son service, vous a-t-il dit de travailler rudement pendant tant d'années et qu'après cela vous pourriez avoir vacances perpétuelles ? Vous a-t-il promis de vous tenir quittes, après cela, d'avoir perdu la plus grande partie de votre temps et de vos talents? Du reste, vous a-t-il seulement promis de vous laisser, après vos labeurs, vivre à votre aise le reste de vos jours ? Si vous avez de telles idées, je vous le dis, vous ne servez point Dieu mais seulement votre propre égoïsme et votre paresse.

 

10. Ceux-là servent leurs propres dieux qui aiment mieux satisfaire leurs appétits que de se priver de choses nécessaires, nuisibles même, afin de faire du bien.

On trouve des gens qui aiment extrêmement des choses qui ne leur font aucun bien, d'autres qui se créent un appétit artificiel pour une chose positivement repoussante ; et ils s'adonneront à leur passion sans que jamais aucun argument puisse les décider à l'abandonner, pas même la pensée de faire du bien. De telles gens sont-ils absorbés par le service de Dieu ? Certainement non. Sacrifieront-ils leurs vies pour le royaume de Jésus-Christ ? On ne peut pas même leur faire. abandonner une chique de tabac ! une mauvaise herbe qui est  nuisible pour la santé et dégoûtante pour la société, ils ne peuvent y renoncer, fût-ce même pour sauver une âme de la mort !

Qui ne voit, pas que l'égoïsme prédomine en de telles personnes ? Les faits que je viens de rappeler montrent la puissance étonnante de l'égoïsme. Souvent cette puissance se montre davantage en de telles petites choses qu'en de plus grandes. L'homme montre l'état réel de son coeur dans le fait que sa propre satisfaction est le mobile de sa vie; il recherche cette satisfaction égoïste avec tant de force, que, même dans les bagatelles, il lui sacrifiera ces grands intérêts à la poursuite desquels il est ténu. de se vouer tout entier.

 

11. Ceux qui sont dans un état d'âme tel, que ce sont les appels à leurs intérêts égoïstes qui les décident le plus vite à l'action, montrent par là qu'ils sont au nombre de ceux qui servent leurs propres dieux.

Vous voyez quel motif influe sur de telles gens. Supposons que je veuille les faire contribuer à l'érection d'un temple, quelles considérations devrai-je leur présenter pour réussir? Je devrai leur montrer que cela augmentera la valeur de leur propriété, ou que cela fera les affaires de leur parti, ou que leur égoïsme y trouvera sa satisfaction de quelqu'autre manière. Si ces gens sont plus touchés par de tels motifs que par le désir de sauver les âmes qui se perdent et d'avancer le règne de Christ, il est clair qu'ils ne se sont jamais donnés eux-mêmes au Seigneur ; ils sont, toujours au service de leur propre personne. Tous ces principes bienfaisants qui sont à la base de toute vraie piété ont moins d'influence sur eux que leurs intérêts égoïstes. Le caractère d'un vrai serviteur de Dieu est juste le contraire.

Prenez le cas de deux serviteurs, l'un dévoué aux intérêts de son maître, l'autre n'ayant aucune conscience et ne se faisant souci de rien, si ce n'est de tirer ses gages. L'un rejette dans l'ombre toute considération personnelle et se donne coeur et âme à l'accomplissement de sa tâche. L'autre ne veut rien faire à moins que son maître ne lui présente quelque motif qui satisfasse son égoïsme, à moins qu'il ne lui dise : « J'augmenterai tes gages, » ou « je te donnerai une position plus élevée ; » ou quelque chose de semblable. N'y a-t-il pas une différence radicale entre ces deux serviteurs ? Et n'est-ce pas là une image de ce que l'on voit, actuellement dans nos églises ? Proposez, pour faire du bien, un plan dont l'exécution ne coûtera rien, tous en seront partisans. Mais si vous en proposez un qui touche à leurs intérêts personnels, qui doive leur coûter de l'argent ou leur prendre du temps au moment de leurs plus grands travaux, vous les verrez se diviser. Les uns hésiteront, douteront, feront des objections, d'autres refuseront résolument; mais d'autres accepteront immédiatement parce qu'ils verront un grand bien à accomplir. Plusieurs se tiendront sur la réserve jusqu'à ce que vous trouviez moyen de mettre leur égoïsme de votre côté. Pourquoi cette différence entre eux? C'est que beaucoup servent leurs propres dieux.